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IV.—: CONSEIL INFÉRIEUR DU TRAVAIL. - Frédéric Bastiat, Oeuvres complètes de Frédéric Bastiat, vol. 4 Sophismes économiques et Petits pamphlets I [1873]Edition used:Oeuvres complètes de Frédéric Bastiat, mises en ordre, revues et annotées d’après les manuscrits de l’auteur (Paris: Guillaumin, 1873) 3rd edition, 7 vols. Vol. 4.
Part of: Oeuvres complètes de Frédéric Bastiat, 7 vols.About Liberty Fund:Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals. Copyright information:The text is in the public domain. Fair use statement:This material is put online to further the educational goals of Liberty Fund, Inc. Unless otherwise stated in the Copyright Information section above, this material may be used freely for educational and academic purposes. It may not be used in any way for profit.
IV.—CONSEIL INFÉRIEUR DU TRAVAIL.«Quoi! vous avez le front de demander pour tout citoyen le droit de vendre, acheter, troquer, échanger, rendre et recevoir service pour service et juger pour lui-même à la seule condition de ne pas blesser l'honnêteté et de satisfaire le trésor public? Vous voulez donc ravir aux ouvriers le travail, le salaire et le pain?» Voilà ce qu'on nous dit. Je sais qu'en penser; mais j'ai voulu savoir ce qu'en pensent les ouvriers eux-mêmes. J'avais sous la main un excellent instrument d'enquête. Ce n'étaient point ces conseils supérieurs de l'industrie, où de gros propriétaires qui se disent laboureurs, de puissants armateurs qui se croient marins, et de riches actionnaires qui se prétendent travailleurs, font de cette philanthropie que l'on sait. Non; c'étaient des ouvriers pour tout de bon, des ouvriers sérieux, comme on dit aujourd'hui, menuisiers, charpentiers, maçons, tailleurs, cordonniers, teinturiers, forgerons, aubergistes, épiciers, etc., etc., qui, dans mon village, ont fondé une société de secours mutuels. Je la transformai, de mon autorité privée, en conseil inférieur du travail, et j'en obtins une enquête qui en vaut bien une autre, quoiqu'elle ne soit pas bourrée de chiffres et enflée aux proportions d'un in-quarto imprimé aux frais de l'État. Il s'agissait d'interroger ces braves gens sur la manière dont ils sont, ou se croient affectés par le régime protecteur. Le président me fit bien observer que c'était enfreindre quelque peu les conditions d'existence de l'association. Car, en France, sur cette terre de liberté, les gens qui s'associent renoncent à s'entretenir de politique, c'est-à-dire de leurs communs intérêts. Cependant, après beaucoup d'hésitation, il mit la question à l'ordre du jour. On divisa l'assemblée en autant de commissions qu'elle présentait de groupes formant des corps de métiers. On délivra à chacune un tableau qu'elle devait remplir après quinze jours de discussions. Au jour marqué, le vénérable président prit place au fauteuil (style officiel, car c'était une chaise) et trouva sur le bureau (encore style officiel, car c'était une table en bois de peuplier) une quinzaine de rapports, dont il donna successivement lecture. Le premier qui se présenta fut celui des tailleurs. Le voici aussi exact que s'il était autographié.
Voici un autre tableau:
Tous les autres tableaux, que j'épargne au lecteur, chantaient le même refrain. Jardiniers, charpentiers, cordonniers, sabotiers, bateliers, meuniers, tous exhalaient les mêmes doléances. Je déplorai qu'il n'y eῦt pas de laboureurs dans notre association. Leur rapport eῦt été assurément fort instructif. Mais, hélas! dans notre pays des Landes, les pauvres laboureurs, tout protégés qu'ils sont, n'ont pas le sou, et, après y avoir mis leurs bestiaux, ils ne peuvent entrer eux-mêmes dans des sociétés de secours mutuels. Les prétendues faveurs de la protection ne les empêchent pas d'être les parias de notre ordre social. Que dirai-je des vignerons? Ce que je remarquai surtout, c'est le bon sens avec lequel nos villageois avaient aperçu non-seulement le mal direct que leur fait le régime protecteur, mais aussi le mal indirect qui, frappant leur clientèle, retombe par ricochet sur eux. C'est ce que ne paraissent pas comprendre, me dis-je, les économistes du Moniteur industriel. Et peut-être les hommes, dont un peu de protection fascine les yeux, notamment les agriculteurs, y renonceraient-ils volontiers, s'ils apercevaient ce côté de la question. Ils se diraient peut-être: «Mieux vaut se soutenir par soi-même, au milieu d'une clientèle aisée, que d'être protégé au milieu d'une clientèle appauvrie.» Car vouloir enrichir tour à tour chaque industrie, en faisant successivement le vide autour d'elles, c'est un effort aussi vain que d'entreprendre de sauter par-dessus son ombre. |
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