- PremiÈre Partie
- Sophismes Économiques: PremiÈre SÉrie 1 (6 0 Edition)
- I.—: Abondance, Disette.
- II.—: Obstacle, Cause.
- III.—: Effort, RÉsultat.
- IV.—: Égaliser Les Conditions De Production.
- V.—: Nos Produits Sont GrevÉs De Taxes.
- VI.—: Balance Du Commerce.
- VII.—: PÉtition Des Fabricants De Chandelles, Bougies, Lampes, Chandeliers, Réverbères, Mouchettes, éteignoirs, Et Des Producteurs De Suif, Huile, Résine, Alcool, Et Généralement De Tout Ce Qui Concerne L'éclairage.
- VIII.—: Droits DiffÉrentiels.
- IX.—: Immense DÉcouverte !!!
- X.—: RÉciprocitÉ.
- XI.—: Prix Absolus.
- XII.: La Protection ÉlÈve-t-elle Le Taux Des Salaires?
- XIII.—: ThÉorie, Pratique.
- XIV.—: Conflit De Principes.
- XV.—: Encore La RÉciprocitÉ.
- XVI.—: Les Fleuves ObstruÉs Plaidant Pour Les Prohibitionistes.
- XVII.—: Un Chemin De Fer NÉgatif.
- XVIII.—: Il N'y a Pas De Principes Absolus.
- XIX.—: IndÉpendance Nationale.
- XX.—: Travail Humain, Travail National.
- XXI.—: MatiÈres PremiÈres.
- XXII.—: MÉtaphores.
- Conclusion.
- Sophismes Économiques: DeuxiÈme SÉrie 1 . (2 E édition.)
- I.—: Physiologie De La Spoliation 2 .
- II.—: Deux Mobales.
- III.—: Les Deux Haches. Pétition De Jacques Bonhomme, Charpentier, a M. Cunin-gridaine, Ministre Du Commerce.
- IV.—: Conseil InfÉrieur Du Travail.
- V.—: ChertÉ, Bon MarchÉ 1 .
- VI.—: Aux Artisans Et Aux Ouvriers 1 .
- VII.—: Conte Chinois.
- VIII.—: Post Hoc, Ergo Propter Hoc 1 .
- IX.—: Le Vol a La Prime 1 .
- X.—: Le Percepteur.
- XI.—: L'utopiste 1 .
- XII.—: Le Sel, La Poste, La Douane 1 .
- XIII.—: La Protection Ou Les Trois Échevins.
- XIV.—: Autre Chose 1 .
- XV.—: Le Petit Arsenal Du Libre-Échangiste 2 .
- XVI.—: La Main Droite Et La Main Gauche 1 . (rapport Au Roi.)
- XVII.—: Domination Par Le Travail 1
- Pamphlets Suivis De Discours Et Opinions Parlementaires.
- PropriÉtÉ Et Loi 1
- Justice Et FraternitÉ 1
- L'État 1
- La Loi 1
- PropriÉtÉ Et Spoliation
- BaccalaurÉat Et Socialisme
- Protectionisme Et Communisme.
III.—
LES DEUX HACHES.
pétition de jacques bonhomme, charpentier, a m. cunin-gridaine, ministre du commerce.
Monsieur le fabricant-ministre,
Je suis charpentier, comme fut Jésus; je manie la hache et l'herminette pour vous servir.
Or, hachant et bῦchant, depuis l'aube jusqu'à la nuit faite, sur les terres de notre seigneur le roi, il m'est tombé dans l'idée que mon travail était national autant que le vôtre.
Et dès lors, je ne vois pas pourquoi la Protection ne visiterait pas mon chantier, comme votre atelier.
Car enfin, si vous faites des draps, je fais des toits. Tous deux, par des moyens divers, nous abritons nos clients du froid et de la pluie.
Cependant, je cours après la pratique, et la pratique court après vous. Vous l'y avez bien su forcer en l'empêchant de se pourvoir ailleurs, tandis que la mienne s'adresse à qui bon lui semble.
Quoi d'étonnant? M. Cunin ministre s'est rappelé M. Cunin tisserand; c'est bien naturel. Mais, hélas! mon humble métier n'a pas donné un ministre à la France, quoiqu'il ait donné un Dieu au monde.
Et ce Dieu, dans le code immortel qu'il légua aux hommes, n'a pas glissé le plus petit mot dont les charpentiers se puissent autoriser pour s'enrichir, comme vous faites, aux dépens d'autrui.
Aussi, voyez ma position. Je gagne trente sous par jour, quand il n'est pas dimanche ou jour chômé. Si je me présente à vous en même temps qu'un charpentier flamand, pour un sou de rabais vous lui accordez la préférence.
Mais me veux je vêtir? si un tisserand belge met son drap à côté du vôtre, vous le chassez, lui et son drap, hors du pays.
En sorte que, forcément conduit à votre boutique, qui est la plus chère, mes pauvres trente sous n'en valent, en réalité, que vingt-huit.
Que dis-je? ils n'en valent pas vingt-six! car, au lieu d'expulser le tisserand belge à vos frais (ce serait bien le moins), vous me faites payer les gens que, dans votre intérêt, vous mettez à ses trousses.
Et comme un grand nombre de vosco-législateurs, avec qui vous vous entendez à merveille, me prennent chacun un sou ou deux, sous couleur de protéger qui le fer, qui la houille, celui-ci l'huile et celui-là le blé, il se trouve, tout compte fait, que je ne sauve pas quinze sous, sur les trente, du pillage.
Vous me direz sans doute que ces petits sous, qui passent ainsi, sans compensation, de ma poche dans la vôtre, font vivre du monde autour de votre château, vous mettant à même de mener grand train.—A quoi je vous ferai observer que, si vous me les laissiez, ils feraient vivre du monde autour de moi.
Quoi qu'il en soit, monsieur le ministre-fabricant, sachant que je serais mal reçu, je ne viens pas vous sommer, comme j'en aurais bien le droit, de renoncer à la restriction que vous imposez à votre clientèle; j'aime mieux suivre la pente commune et réclamer, moi aussi, un petit brin de protection.
Ici, vous m'opposerez une difficulté: «L'ami, me direzvous, je voudrais bien te protéger, toi et tes pareils; mais comment conférer des faveurs douanières au travail des charpentiers? Faut-il prohiber l'entrée des maisons par terre et par mer?»
Cela serait passablement dérisoire; mais, à force d'y rêver, j'ai découvert un autre moyen de favoriser les enfants de Saint-Joseph; et vous l'accueillerez d'autant plus volontiers, je l'espère, qu'il ne diffère en rien de celui qui constitue le privilége que vous vous votez chaque année à vous même.
Ce moyen merveilleux, c'est d'interdire en France l'usage des haches aiguisées.
Je dis que cette restriction ne serait ni plus illogique ni plus arbitraire que celle à laquelle vous nous soumettez à l'occasion de votre drap.
Pourquoi chassez-vous les Belges? Parce qu'ils vendent à meilleur marché que vous. Et pourquoi vendent-ils à meilleur marché que vous? Parce qu'ils ont sur vous, comme tisserands, une supériorité quelconque.
Entre vous et un Belge il y a donc tout juste la différence d'une hache obtuse à une hache affilée.
Et vous me forcez, moi charpentier, de vous acheter le produit de la hache obtuse!
Considérez la France comme un ouvrier qui veut, par son travail, se procurer toutes choses, et entre autres du drap.
Pour cela il y a deux moyens:
Le premier, c'est de filer et de tisser la laine;
Le second, c'est de fabriquer, par exemple, des pendules, des papiers peints ou des vins, et de les livrer aux Belges contre du drap.
Celui de ces deux procédés qui donne le meilleur résultat peut être représenté par la hache affilée, l'autre par la hache obtuse.
Vous ne niez pas qu'actuellement, en France, on obtient avec plus de peine une pièce d'étoffe d'un métier à tisser (c'est la hache obtuse) que d'un plant de vigne (c'est la hache affilée). Vous le niez si peu, que c'est justement par la considération de cet excédant de peine (en quoi vous faites consister la richesse) que vous recommandez, bien plus, que vous imposez la plus mauvaise des deux haches.
Eh bien! soyez conséquent, soyez impartial, si vous ne voulez être juste, et traitez les pauvres charpentiers comme vous vous traitez vous-même.
Faites une loi qui porte:
«Nul ne pourra se servir que de poutres et solives produits de haches obtuses.»
A l'instant voici ce qui arrive.
Là où nous donnons cent coups de hache, nous en donnerons trois cents. Ce que nous faisons en une heure en exigera trois. Quel puissant encouragement pour le travail! Apprentis, compagnons et maîtres, nous n'y pourrons plus suffire. Nous serons recherchés, partant bien payés. Qui voudra jouir d'un toit sera bien obligé d'en passer par nos exigences, comme qui veut avoir du drap est obligé de se soumettre aux vôtres.
Et que ces théoriciens du libre échange osent jamais révoquer en doute l'utilité de la mesure, nous saurons bien où chercher une réfutation victorieuse. Votre enquête de 1834 est là. Nous les battrons avec, car vous y avez admirablement plaidé la cause des prohibitions et des haches émoussées, ce qui est tout un.