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Front Page Titles (by Subject) DOUZIÈME LEÇON: la part du capital ( suite ) - Cours d'Economie Politique vol. 1
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DOUZIÈME LEÇON: la part du capital ( suite ) - Gustave de Molinari, Cours d’Economie Politique vol. 1 [1854]Edition used:Cours d’Economie Politique (Paris: Guillaumin, 1863). 2 vols. 2nd revised edition. Vol. 1.
Part of: Cours d’Économie Politique 2 vols.About Liberty Fund:Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals. Copyright information:The text is in the public domain. Fair use statement:This material is put online to further the educational goals of Liberty Fund, Inc. Unless otherwise stated in the Copyright Information section above, this material may be used freely for educational and academic purposes. It may not be used in any way for profit.
DOUZIÈME LEÇONla part du capital (suite)Du prix courant du service productif du capital. — Comment il gravite autour du prix naturel de ce service. — Des formes sons lesquelles il est perçu. — En quoi consistent le profit, — le dividende, — le loyer, — l’intérêt. — Qu’il y a toujours entre ces différentes formes de la rémunération du capital proportionnalité ou équivalence. — Que l’on a cependant attaqué l’intérêt d’une manière spéciale. — Historique du préjugé contre le prêt à intérét. — Arguments employés pour justifier ce préjugé. — Circonstances qui ont pu lui donner naissance et le faire subsister jusqu’à nos jours. — D’où est venue la réaction contre ce préjugé. — Comment et par qui il a été battu en brêche. — Atténuations que l’Eglise catholique a apportées à sa doctrine prohibitive du prêt à intérêt. — Du dommage naissant et du lucre cessant. — État actuel de la question. — Aperçu des inconvénients de la limitation du taux de l’intérêt. — Résumé. — A quoi aboutissent les déclamations contre le capital. Le prix courant du service productif des capitaux tend incessamment, comme celui des services productifs des facultés humaines, à se confondre avec son prix naturel, c’est à dire avec la somme nécessaire pour maintenir le capital au service de la production et l’augmenter dans la proportion utile. Quand l’offre du capital dépasse la demande, le prix courant de son service productif petit tomber au dessous du prix naturel de ce service; mais aussitôt, les risques de l’emploi du capital n’étant plus suffisamment couverts ni la privation suffisamment compensée, une partie du capital se dissipe ou se retire, l’offre diminue et le prix courant s’élève. Quand, au contraire, le prix courant vient à dépasser le prix naturel, par suite de l’excès de la demande relativement à l’offre, la rémunération du capital s’augmente d’une prime qui encourage la formation des capitaux et leur application à la production. Alors l’offre des capitaux s’accroît et le prix courant s’abaisse. Des circonstances diverses peuvent toutefois, comme dans le cas de la rémunération du travail, entraver l’action de cette loi régulatrice. Quand les détenteurs de capitaux possèdent un monopole, par exemple, ils peuvent diminuer artificiellement leur offre et maintenir ainsi, pendant une période plus ou moins longue, le prix courant du service productif de leurs capitaux au dessus de son prix naturel. Mais, comme dans le cas du travail encore, la prime extraordinaire dont jouissent les détenteurs du monopole, agit activement pour le détruire, qu’il soit naturel ou artificiel. Examinons maintenant sous quelles formes se perçoit la rémunération du service productif des capitaux. Comme la rémunération du travail, elle se présente tantôt sous la forme d’une part éventuelle, tantôt sous la forme d’une part assurée. Dans le premier cas, elle se nomme profit on dividende; dans le second cas, intérêt ou loyer. Lorsque vous engagez un capital dans la production, c’est en vue d’obtenir une part de produit qui couvre votre privation ainsi que vos risques et vous procure un bénéfice. Mais cette part de produit, vous pouvez ne point la recevoir si les risques de la production viennent à échoir; elle est, de sa nature, purement éventuelle. S’il s’agit d’une entreprise formée à l’aide des fonds d’un seul capitaliste ou d’un petit nombre de capitalistes, cette part éventuelle prend le nom de profit. S’il s’agit d’une entreprise formée au moyen de la réunion d’un grand nombre de fractions de capital, cette part éventuelle se nomme dividende. N’oublions pas toutefois que le profit comprend ordinairement avec une part afférente au capital, une part afférente au travail. L’entrepreneur d’industrie est, en effet, un travailleurcapitaliste qui consacre à la production son fonds de facultés productives ainsi que les capitaux fixes et circulants dont il dispose. Il doit donc être rémunéré à ce double titre. Il doit recevoir une part comme travailleur et une part comme capitaliste. Les choses se passent autrement dans les entreprises fondées au moyen de capitaux collectifs. Dans cette forme de la production incontestablement plus parfaite que la précédente, la séparation des fonctions productives, la division du travail, a fait un pas de plus. L’entreprise est dirigée et mise en activité par un personnel de travailleurs qui reçoivent séparément, et le plus souvent sous la forme d’une part fixe et assurée, la rémunération de leurs services productifs. Les actionnaires qui fournissent le capital ne participent que dans une faible mesure à la gestion de l’entreprise et leur rémunération ne comprend, en conséquence, que la part éventuelle, afférente à leur capital. Cette part éventuelle, c’est le dividende. Le profit et le dividende n’en sont pas moins des termes synonymes, lorsqu’on a soin de séparer du profit la part qui revient au travail. Au lieu d’être purement éventuelle, partant mobile, variable, selon les résultats de l’opération productive, la part du capital peut être indépendante des résultats de cette opération, elle peut être assurée, partant fixe. Dans ce cas, elle se nomme intérêt, lorsqu’il s’agit d’un capital circulant, loyer lorsqu’il s’agit d’un capital fixe. Je dis que la part du capital dans la production peut être assurée, an lieu d’être simplement éventuelle. Ceci a lieu chaque fois qu’on prête ou qu’on loue un capital au lieu de l’employer pour son propre compte, soit isolément, soit par association. Ainsi, par exemple, nu homme a besoin d’un capital pour entreprendre une industrie. Ce capital, il ne le possède point, mais vous le possédez. Vous pouvez vous associer avec lui et percevoir votre part dans le produit de l’entreprise sous la forme d’un profit ou d’un dividende, mais vous n’aurez dans ce cas qu’un revenu purement éventuel. Si l’entreprise tourne mal, non seulement vous ne percevrez aucun revenu, mais encore vous courrez le risque de perdre votre capital. Vous préférez, en conséquence, recevoir un revenu fixe et assuré, dùt-il être moins élevé. Que fait alors l’individu qui a besoin de votre capital? Après avoir évalué le bénéfice probable de l’entreprise, il s’engage: 1° à vous restituer intact votre capital à une époque convenue; 2° à vous fournir dans l’intervalle un revenu fixe. C’est une double assurance qu’il vous procure, une double responsabilité dont il se charge, car il n’a point et ne peut avoir la certitude que l’entreprise lui donnera un produit suffisant pour vous fournir une part fixe, ou même pour recomposer intégralement le capital que vous lui avez prêté. Tout emprunteur est donc, en même temps, un assureur. Mais on conçoit que cette assurance ne soit pas, ne puisse pas être entière, qu’elle ne vaille que ce que vaut l’assureur lui-même. Si c’est un homme habile, prudent et honnête; s’il possède un capital assez considérable pour servir de garantie au vôtre, les risques que vous subirez seront très faibles. L’assurance, en ce cas, sera presque complète. Mais si votre emprunteur est un homme d’une habileté médiocre et d’une probité douteuse, s’il ne possède qu’un faible capital, enfin s’il se trouve engagé dans une entreprise chanceuse, les risques que vous subirez, vous prêteur assuré, pourront s’élever fort haut. Une portion plus ou moins importante des risques afférents à la production se retrouve clone dans la part assurée comme dans la part éventuelle. Un risque particulier s’y ajoute même, lorsque l’emprunteur ne présente point de suffisantes garanties de moralité. La privation s’y retrouve aussi. Quand vous prêtez un capital circulant, quand vous louez un capital fixe, vous en perdez la libre disposition pour une période plus ou moins longue. Quelquefois cette période est limitée, quelquefois elle ne l’est point. S’il vous arrivait d’avoir besoin de votre capital, dans l’intervalle, vous ne pourriez en disposer, vous en demeureriez privé, en supportant tout le dommage ou le manque à gagner résultant de cette privation, à moins que vous n’eussiez la possibilité de vendre votre créance, ou d’emprunter sur le dépôt du titre. Selon le mode d’emploi du capital, la vente des créances, ou l’emprunt sur le dépôt des titres est plus ou moins facile, et la prime nécessaire pour compenser la privation plus ou moins élevée. Mais que le capital soit employé aux frais et risques du capitaliste; que la part qui revient à celui-ci soit, en conséquence, variable et éventuelle; ou bien que le capital soit employé aux frais et risques d’un emprunteur qui s’engage à fournir au prêteur une part de produit fixe et assurée, sa rémunération demeurera la même, compensation faite de la différence de la privation et des risques. En d’autres termes, il y aura toujours équivalence entre le loyer et l’intérêt d’une part, le profit et le dividende de l’autre, ou si cette équivalence n’existe pas, elle tendra irrésistiblement à s’établir. Supposons, en effet, qu’elle n’existe point; supposons que la rémunération des capitaux employés aux frais et risques des capitalistes, vienne, toutes choses étant égales, à dépasser celle des capitaux loués ou prêtés; supposons que le taux des profits et des dividendes s’élève au dessus de celui des intérêts et des loyers, qu’en résultera-t-il? Que les capitalistes préféreront employer leurs capitaux eux-mêmes, pour leur propre compte, plutôt que de les prêter ou de les louer. Moins de capitaux s’offriront donc pour être prêtés ou loués et le taux de l’intérêt ou du loyer haussera jusqu’à ce que l’équilibre se trouve rétabli. Le contraire aura lieu si le taux de l’intérêt et du loyer vient à s’élever proportionnellement au dessus du taux des profits et des dividendes. En ce cas, les individus qui ont des capitaux engagés pour leur propre compte ou qui sont en train d’en accumuler, s’empresseront de les prêter ou de les louer et l’équilibre se rétablira encore. L’assurance qui se trouve comprise dans le prêt et le loyer, ne saurait, comme on voit, procurer un profit supérieur à celui de toute autre opération. La prime payée de ce chef ne saurait excéder le taux rémunérateur, sinon le prêteur préférerait subir lui-même le risque attaché à l’emploi de son capital; elle ne saurait non plus demeurer longtemps au dessous, sinon l’emprunteur cesserait de trouver avantage à conclure ce genre d’opération; il trouverait plus de profit, par exemple, à s’associer un capitaliste à qui il fournirait une part éventvelle dans ses bénéfices. Donc, on peut affirmer qu’il y a, sauf l’action des causes perturbatrices, équivalence entre les profits et les dividendes d’une part, les intérêts et les loyers de l’autre. Nous allons voir qu’il y a, de même, équivalence entre les intérêts et les loyers. Les expressions d’intérêt et de loyer sont fréquemment confondues, et on comprend qu’elles le soient, car l’opération qui donne naissance à l’intérêt est absolument de la même nature que celle qui. donne naissance au loyer. Entre le prêt et la location il n’y a aucune différence essentielle, Seulement, le prêt auquel correspond l’intérêt se dit communément des capitaux circulants, tandis que la location à laquelle correspond le loyer s’applique aux capitaux fixes. Voyous sur quoi repose la distinction que l’on a établie cependant entre le prêt et la location, l’intérêt et le loyer. Les capitaux circulants sont, comme nous l’avons vu, ceux qui disparaissent entièrement dans chaque opération productive. De là encore le nom de capitaux fongibles qui leur a été donné. Ils consistent, par exemple, dans les matières premières qui entrent dans la composition du produit et dans les moyens de subsistance que l’on fournit aux travailleurs, ou bien encore dans le numéraire à l’aide duquel on se procure matières premières et subsistances. Chaque opération doit reproduire entièrement cette portion du matériel de la production, ces capitaux circulants ou fongibles. Il n’en est pas de même pour les capitaux fixes, consistant dans les bâtiments, les machines, les outils, etc., nécessaires à la production. Ceux-ci ne se consomment qu’en partie et ils ne doivent, en conséquence, être rétablis qu’au bout d’un certain nombre d’opérations. De cette différence naturelle qui existe entre les capitaux circulants ou fongibles et les capitaux fixes ou durables, voici ce qui résulte: C’est que l’homme qui a prêté un capital circulant ou fongible ne peut pas recouvrer les mêmes matières qu’il a prêtées; c’est qu’il en recouvre d’autres, égales en valeur. C’est, au contraire, que l’homme qui a loué un capital fixe ou durable, un bâtiment, une machine, une bête de somme, un outil, recouvre le même agent productif qu’il a loué, le même bâtiment, la même machine, la même bête de somme, le même outil. Seulement, il le recouvre plus ou moins détérioré, endommagé, usé. D’où la nécessité qui incombe au locataire, de payer outre le prix du service de l’agent productif, une somme suffisante pour l’entretenir et le renouveler. Ainsi donc, l’intérêt comprend seulement le prix de l’usage d’un capital; le loyer comprend, outre le prix de l’usage ou du service productif, la somme nécessaire pour maintenir en bon état et renouveler à la longue l’instrument loué. Il semblerait, d’après cela, que le loyer dῦt toujours être supérieur à l’intérêt. Cependant il n’en est rien. Souvent même, c’est le contraire qui arrive. Voici pourquoi: c’est que la plus grande partie du matériel que l’on désigne sous le nom de capital fixe, s’use, se détériore avec une extrême lenteur, en sorte que l’annuité nécessaire pour entretenir et renouveler cette portion du matériel de la production demeure très faible; c’est qu’elle ne dépasse pas un pour cent ou un demi pour cent, par exemple. Or, en vertu de la nature même de l’instrument loué, les risques de la location d’un capital fixe sont généralement moindres que ceux du prêt d’un capital circulant ou fongible. Si l’opération à laquelle concourent ces deux espèces de capitaux ne réussit point, le capital fongible peut être entièrement détruit, fondu; le capital fixe subsiste au contraire, ou du moins l’on n’en perd que la portion qui a été usée, consommée dans l’opération. Le prêteur est donc exposé à perdre, outre l’intérêt auquel il a droit, la totalité ou la plus grande partie de son capital, tandis que le loueur n’est exposé, lui, qu’à la perte de son loyer et de la partie de son instrument qui a été usée, consommée dans l’opération. L’homme qui loue un capital fixe subit donc, en vertu de la nature même de son instrument, un moindre risque que l’homme qui prête un capital circulant. Si la différence qui existe entre ces deux risques s’élève à un p. c., tandis que l’annuité nécessaire pour entretenir et renouveler le capital fixe n’est que d’un demi p. c., le loyer sera d’un demi p. c. plus bas que l’intérêt. Si, au contraire, l’annuité est supérieure à la différence des risques, le loyer sera plus élevé que l’intérêt. Ces inégalités dépendent à la fois ’de la nature de l’emploi du capital et de la nature du capital employé. Mais, en tous cas, le taux du loyer ne saurait dépasser, au moins d’une manière régulière et permanente, le taux de l’intérêt, ni demeurer au dessous. Chacun peut, en effet, donner à la portion de produit net qu’il capitalise, la destination qu’il trouve la plus avantageuse; il peut la mettre sous la forme d’un capital fixe, d’une maison, d’une terre, d’une machine, ou sous la forme d’un capital circulant, d’une provision de blé, de vin, d’huile, ou bien encore d’une somme d’argent. Si la location des capitaux fixes rapporte, toutes choses étant supposées égales, plus que le prêt des capitaux circulants, il la choisira de préférence. Il échangera la portion de produit net qu’il veut capitaliser contre une terre, une maison ou une machine qu’il louera. Dans le cas contraire, il l’échangera contre une provision de blé, d’huile, de vin, ou contre une somme d’argent qu’il prêtera. L’équilibre s’établit ainsi nécessairement entre le taux de l’intérêt et le taux du loyer, c’est à dire entre le prix de l’usage de cette portion du matériel de la production que l’on désigne sous le nom de capital circulant, et le prix de l’usage de cette autre portion du matériel de la production que l’on désigne sous le nom de capital fixe. Ainsi donc, d’un côté l’intérêt et le loyer tendent incessamment à se mettre en équilibre avec le profit et le dividende, la part assurée avec la part éventuelle; d’un autre côté, l’intérêt tend, en vertu de la même impulsion, à se mettre en équilibre avec le loyer. Chose curieuse cependant. Rarement on a attaqué la légitimité des profits ou des dividendes provenant de l’exploitation des capitaux fixes ou des capitaux circulants mis an service de la production. Rarement aussi, on s’est élevé contre le loyer des capitaux fixes. En revanche, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, on a contesté la légitimité de l’intérêt des capitaux circulants ou fongibles. La religion a proscrit le prêt à intérêt, bien avant que le socialisme songeât à réclamer la gratuité du crédit. Et tandis que les législateurs n’ont réglementé que d’une manière accidentelle le taux des profits, des dividendes et des loyers, ils ont presque universellement limité le taux de l’intérêt. L’Église catholique s’est particulièrement signalée, dès son origine, par la guerre à mort qu’elle a faite an prêt à intérêt. Elle l’a prohibé de la manière la plus formelle, en s’appuyant sur un passage de l’Évangile selon saint Lue où Jésus-Christ s’exprime ainsi: “Si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir quelque service, quel gré vous en saura-t-on, puisque les pécheurs mêmes se prêtent les uns aux autres pour recevoir un pareil avantage?.... Prêtez sans rien espérer (mutuum date, nihil indè sperantes), et alors votre récompense sera très grande, et vous serez les enfants du Très-Haut.” Selon tonte apparence, ce n’était là qu’un simple précepte de charité; mais dès l’origine, il fut interprété d’une manière beaucoup plus rigoureuse. L’Église interdit d’une manière formelle le prêt à intérêt, même à un très bas intérêt. Selon ses pères et ses docteurs, notamment selon saint Thomas, celui-là est un usurier, et, comme tel, passible de toutes les censures de l’Église, qui exige quelque chose en sus du sort principal, c’est à dire de la somme prêtée. Saint Ambroise, Tertullien, saint Basile, saint Jérôme, saint Chrysostôme, toutes les grandes autorités de la primitive Église avaient exprimé à cet égard la même opinion que saint Thomas. Les conciles défendirent en outre à diverses reprises le prêt à intérêt en le flétrissant du nom d’usure. Cette opinion contraire au prêt à intérêt remonte, du reste, bien plus haut que le christianisme. Ainsi, Moise défendit aux Juifs de tirer aucun intérêt de l’argent qu’ils prêtaient à leurs concitoyens pauvres; il permit toutefois de tirer un intérêt des prêts faits aux riches et aux étrangers. Le roi David et les prophètes, particulièrement Ézéchiel, fulminèrent l’anathème contre les usuriers. Les mêmes répulsions contre le prêt à intérêt se retrouvent chez la plupart des législateurs et des philosophes de l’antiquité païenne. Aristote, par exemple, pose en principe que l’intérêt est une chose contre nature. Caton, Cicéron, Senèque, Plutarque sont du même avis. Quelqu’un ayant demandé à Caton ce qu’il pensait du prêt à intérêt, il répondit qu’à ses yeux c’était à peu près le même crime de prêter à intérêt et de tuer un homme: quid fœnerari? quid hominem occidere? Le sentiment universel s’élevait dans l’antiquité contre le prêt à intérêt, et les apôtres du christianisme n’ont fait autre chose que d’adopter à cet égard l’opinion commune. Cependant les mêmes philosophes et les mêmes docteurs qui réprouvaient l’intérét provenant des capitaux circulants, ne songeaient à s’élever ni contre le loyer des capitaux fixes, ni contre le profit des capitaux fixes ou circulants. Il est assez curieux de rechercher la cause de cette anomalie. Examinons donc sommairement de quelle manière on s’y prenait pour justifier le préjugé contraire au prêt à intérêt. Qu’il soit répréhensible de retirer un intérêt de l’argent ou des marchandises que l’on a prêtées, tandis qu’il ne l’est point de retirer un loyer de la maison que l’on a louée, une rente de la terre que l’on a affermée, ou bien encore un profit de l’argent ou des marchandises que l’on a fait valoir soi-même; que l’on commette un délit et un péché dans le premier cas, tandis qu’on use d’un pouvoir légitime dans les deux autres, voilà ce qui semble difficile à démontrer. Cette difficulté n’a pas arrêté cependant les adversaires du prêt à intérêt. Ils ont entassé volumes sur volumes pour la surmonter, et, grâce à l’ignorance universelle, ils ont pu avoir raison pendant des siècles contre le sens commun. Je me bornerai à reproduire quelques-uns des sophismes dont ils ont fait le plus fréquent usage. Voici d’abord comment ils justifiaient la différence qu’ils établissaient entre l’intérêt et le loyer. “Quand je loue une maison, une terre, un outil, un cheval on un âne, disaient-ils, je puis séparer de la chose même l’usage que j’en fais, et il est juste que je vous fasse payer cet usage. Car lorsque vous me restituez ma maison, ma terre, mon outil, mon cheval, mon âne, vous me les avez plus ou moins usés, détériorés. Or n’estil pas équitable que vous me fournissiez une compensation, une indemnité pour la dépréciation que vous avez fait subir à ma chose en vous en servant? Cette compensation, cette indemnité, c’est le loyer. “Il y a, en revanche, une autre catégorie d’objets dont l’usage ne saurait être séparé de la chose même, car on ne peut s’en servir sans qu’ils se consomment ou disparaissent des mains de celui qui s’en sert. Ce sont les objets fongibles. Tels sont l’argent, le blé, le vin, l’huile, les matières premières nécessaires à l’industrie, etc. Quand je vous prête une somme d’argent, un sac de blé, un tonneau de vin, un baril d’huile, vous ne pouvez me restituer ces choses après vous en être servi comme vous me restituez ma maison, ma terre, mon outil, mon cheval, mon âne. Vous ne le pouvez, parce qu’il est dans la nature de ces choses de se consommer par l’usage. Vous me restituez donc d’autre argent, d’autre blé, d’autre vin, d’autre huile. Mais serait-il juste que vous m’en rendissiez plus que vous n’en avez reçu? On conçoit qu’en restituant la maison, la terre, l’outil, le cheval ou l’âne, vous y ajoutiez une indemnité pour compenser la détérioration, l’usure. Mais si vous remplacez intégralement le capital fongible que je vous ai prêté, puis-je rien exiger de plus? Ne reçois-je pas sinon la chose prêtée ellemême, du moins une chose équivalente? Le prêt des objets fongibles ne doit-il pas être gratuit en vertu de la nature même des choses?” S’agissait-il de justifier la différence qu’ils établissaient entre le profit résultant de l’emploi d’un capital fongible et l’intérêt provenant du prêt de ce même capital, les adversaires de l’usure prétendaient que, dans le premier cas, l’on courait des risques, tandis que dans le second on n’en courait point. “En faisant valoir soi-même son capital, disaient-ils, on court risque de faire de mauvaises opérations et de perdre son capital en tout ou en partie, tandis qu’en le prêtant, soit que l’emprunteur fasse de bonnes ou de mauvaises affaires, on reçoit toujours le même intérêt.” Rien de plus faible, de plus puéril même que ces arguments des adversaires de l’usure. N’était-il pas visible, en effet, que le loyer des maisons, des terres, etc., comprenait autre chose que l’indemnité nécessaire pour les maintenir en bon état? Que le profit provenant de l’emploi des capitaux fongibles dépassait de beaucoup l’indemnité nécessaire pour couvrir les risques de cet emploi? Enfin, qu’en prêtant un capital on n’était pas toujours “sῦr de recevoir le même intérêt;” qu’on n’avait aucune certitude de recevoir un intérêt quelconque ou même de récupérer son capital? On aurait pu aisément démontrer aux adversaires de l’usure qu’ils devaient, sous peine de se montrer illogiques, condamner comme usure tout ce qui, dans le loyer d’une maison, d’une terre, d’un outil, d’un cheval, d’un âne, dépassait l’indemnité nécessaire pour compenser la détérioration de la chose louée; tout ce qui, dans le profit d’un capital employé par son propriétaire, excédait la prime du risque. Ils auraient été conduits ainsi à cette conséquence d’une absurdité palpable qu’un fermier, par exemple, qui restituait une terre après l’avoir améliorée, non seulement ne devait aucun fermage au propriétaire, mais encore qu’il pouvait, en bonne justice, exiger de lui une indemnité. Un troisième argument, qui surpassait encore ceux-là en puérilité, était tiré de la prétendue stérilité de l’argent et des autres métaux servant de monnaie. C’est une chose contre nature, disait Aristote, ou lui faisaient dire ses interprètes, que l’argent produise de l’argent. Saint Basile, qui avait adopté pleinement l’opinion attribuée au philosophe grec, rappelait aux fidèles que le cuivre, l’or et les métaux ne produisent rien; qu’ils ne portent aucun fruit en vertu de leur nature même. Un autre père de l’Église, saint Grégoire de Nysse, faisait remarquer que le créateur n’a dit qu’aux créatures animées: Croissez et multipliez; qu’il n’a rien dit de semblable aux créatures inanimées, telles que l’argent. Jérémie Bentham réfute d’une manière originale cet argument attribué à Aristote et répété par la plupart des pères et des docteurs de l’Église ainsi que par un bon nombre de jurisconsultes (1) Il arriva, dit-il, que ce grand philosophe, avec tout son talent et toute sa pénétration, et malgré le nombre de pièces d’argent qui avaient passé par ses mains (nombre plus grand peut-être que celui qui ait jamais passé avant ou depuis dans les mains d’aucun philosophe), et malgré les peines toutes particulières qu’il s’était données pour éclaircir la question de la génération, ne pῦt jamais parvenir à découvrir dans aucune pièce de monnaie quelque organe qui la rendît propre à en engendrer une autre. Enhardi par une preuve négative de cette force, il s’aventura à donner au monde le résultat de ses observations sous la forme de cette proposition universelle, que, de sa nature, tout argent est stérile. Vous, mon ami, sur qui la saine raison a beaucoup plus d’empire que l’ancienne philosophie, vous aurez déjà remarqué, sans doute, que ce qu’on aurait dῦ conclure de cette observation spécieuse, s’il y avait lieu d’en conclure quelque chose, c’est qu’on essayerait en vain de tirer 5 p. c. de son argent, et non pas qu’on ferait mal si on parvenait à en tirer ce profit. Mais ce fut autrement que les sages de l’époque en jugèrent. Une autre considération qui ne s’est point présentée à l’esprit de ce grand philosophe, et qui, si elle s’y fῦt présentée, n’aurait point été tout à fait indigne de son attention, c’est que, bien qu’une darique (monnaie persane) fῦt aussi incapable d’engendrer une autre darique que d’engendrer un bélier ou une brebis, un homme cependant, avec une darique empruntée, pouvait acheter un bélier et deux brebis qui, laissés ensemble, devaient probablement, au bout de l’année, produire deux ou trois agneaux; en sorte que cet homme, venant, à l’expiration de ce terme, à vendre son bélier et ses deux brebis pour rembourser la darique, et en donnant en outre un de ses agneaux pour l’usage de cette somme, devait encore se trouver de deux agneaux, ou d’un au moins, plus riche que s’il n’avait point fait ce marché (1) Avant Bentham, Calvin avait réfuté, en employant des arguments analogues, le sophisme d’Aristote: L’argent, dit-on, n’enfante pas l’argent. Et la mer le produit-elle? Est-il le fruit d’une maison, pour l’usage de laquelle pourtant je reçois un loyer? L’argent naît-il, à proprement parler, du toit et des murailles? Non, mais la terre produit, la mer porte des navires qui servent à un commerce productif, et avec une somme d’argent on peut se procurer une habitation commode. Si donc il arrive que l’on retire d’un négoce plus que de la culture d’un champ, pourquoi ne permettrait-on pas au possesseur d’une somme d’argent d’en retirer une somme quelconque, quand on permet au propriétaire d’un champ stérile de le donner à bail moyennant un fermage? Et lorsqu’on acquiert à prix d’argent un fonds de terre, est-ce que ce capital ne produit pas un revenu annuel? Quelle est cependant la source des profits que fait un marchand? Son industrie, direz-vous, et son activité intelligente. Qui doute que l’argent, que l’on n’emploie pas, soit une richesse inutile? Celui qui demande à un emprunteur un capital veut apparemment s’en servir comme d’un instrument de production. Ce n’est donc pas de l’argent même que provient le bénéfice, mais de l’emploi qu’on en fait (2) L’erreur d’Aristote et de ses disciples provenait, comme on voit, de ce qu’ils se méprenaient sur la signification économique des mots stérilité, productivité. L’argent est stérile en ce sens que deux pièces d’argent juxtaposées n’en engendreront jamais une troisième; mais les maisons, les navires, les machines et les outils de toute sorte ne sont-ils pas affectés du même genre de stérilité? Leur productivité réside dans le concours qu’ils apportent à la production, dans l’emploi qu’on en fait, pour nous servir de l’expression de Calvin, et telle est aussi la source de la productivité de l’argent. C’est donc à grands renforts de sophismes que l’opinion contraire au prêt à intérêt a été soutenue. Il n’en est que plus intéressant de rechercher quelles circonstances l’ont suscitée et lui ont permis de subsister jusqu’à nos jours, malgré la faiblesse vraiment puérile des arguments employés pour la soutenir. Comme dans le cas du salaire, mais en sens inverse, ces circonstances peuvent se résumer en un seul mot: le monopole. Dans l’antiquité, le monopole agissait à la fois pour surélever le taux du profit et celui de l’intérêt. La rareté du travail et du capital d’entreprises, au sein de sociétés dont la guerre était la principale occupation, l’espèce de réprobation qui était attachée aux arts industriels, les règlements qui limitaient les professions, enfin l’esclavage qui mettait les travailleurs à la discrétion des entrepreneurs d’industrie, contribuaient, dans l’antiquité, à surélever le taux courant des profits. Or, le taux de l’intérêt devait correspondre exactement au taux des profits, sinon les capitalistes auraient préféré employer leurs fonds pour leur propre compte, plutôt que de les prêter. La seconde cause de l’élévation du taux de l’intérêt résidait dans le peu de garanties que présentait aux prêteurs la classe nombreuse qui recourait habituellement aux emprunts dans les sociétés anciennes. La guerre était, à Rome et dans la plupart des autres sociétés de l’antiquité, la grande nécessité qui obligeait cette classe à emprunter, et qui, en même temps, l’empêchait de donner des garanties valables aux prêteurs. Le système des armées permanentes était, comme chacun sait, inconnu dans l’antiquité. Lorsqu’une guerre survenait, tous les citoyens valides étaient tenus d’y prendre part. Le petit propriétaire, par exemple, qui cultivait lui-même son champ avec un ou deux esclaves, était obligé de partir pour l’armée. Pendant son absence, sa propriété demeurait à l’abandon. A son retour, il trouvait son petit capital entamé, ses réserves détruites. Il était obligé d’emprunter la somme nécessaire pour subsister jusqu’à la récolte suivante, et il allait frapper à la porte du riche patricien qui se trouvait, lui, dans une situation bien différente; car, le patricien avait de nombreux esclaves, disciplinés comme une armée et dirigés par des contre-maîtres dont il stimulait le zèle en leur offrant la perspective de l’affranchissement. Quand il allait à la guerre, sa terre continuait d’être cultivée, ses ateliers ne chômaient point; en outre, la guerre était bien plus profitable pour les patriciens, qui occupaient les principaux grades de l’armée, qu’elle ne l’était pour les plébéiens. Les chefs ne manquaient point de s’adjuger la grosse part des dépouilles des vaincus; souvent même ils ne laissaient rien aux simples soldats, leurs compagnons de périls et de gloire. De retour à Rome, la campagne finie, le patricien se retrouvait riche, — riche des dépouilles qu’il avait ravies à l’ennemi, riche aussi des profits que lui avaient rapportés ses terres ou ses ateliers pendant son absence. Le malheureux plébéien, au contraire, ne retrouvait chez lui que la misère. Il empruntait pour se refaire; il empruntait au riche patricien, sous la condition de rembourser son emprunt à une échéance plus ou moins prochaine. Mais souvent, aux approches de l’échéance, une nouvelle guerre éclatait. Obligé encore une fois d’abandonner son champ ou son atelier, le plébéien ne pouvait acquitter sa dette. Alors il était impitoyablement saisi à la requête de son créancier, et ce vétéran glorieux, ce vainqueur des nations, était vendu à l’encan et attaché à la même chaîne que les ennemis qu’il avait vaincus. On conçoit combien une destinée si cruelle devait émouvoir les masses au sein desquelles se rencontraient tant de débiteurs menacés d’un sort semblable. Les plébéiens, victimes de la rigueur des créanciers, rappelaient bien haut les services qu’ils avaient rendus à la république; ils énuméraient leurs actions d’éclat; ils montraient les cicatrices dont ils étaient couverts, et parfois le peuple indigné brisait leurs chaînes. De là des troubles continuels et des plaintes véhémentes dont les échos ont traversé les siècles; de là aussi ce sentiment de commisération pour le débiteur et de répulsion pour le créancier qui remplissait les âmes et qui n’est pas encore complétement effacé; de là enfin le préjugé des masses contre le prêt à intérêt et leur haine contre les usuriers. Car les masses remontent rarement jusqu’à la source du mal qu’elles endurent. Elles s’en tiennent commumunément à la cause apparente. La guerre et l’esclavage, voilà quelles étaient, dans l’antiquité, les causes premières des maux qui accablaient les classes plébéiennes. Mais l’opinion populaire était favorable à la guerre, et l’esclavage était, malgré ses vices, une institution indispensable. On s’en prenait donc à l’usure, et le peuple en tumulte exigeait que l’avidité des prêteurs fῦt réprimée et punie. Tantôt il réclamait l’abolition des anciennes dettes, tantôt la limitation du taux de l’intérêt. Quand, après de longs débats, on satisfaisait à ces exigences de la démocratie du temps, les emprunteurs s’abandonnaient à la joie; ils se croyaient pour jamais à l’abri des atteintes de l’usure. Cependant, bien loin d’en être améliorée, leur situation en devenait, presque toujours, plus mauvaise. En effet, lorsqu’on touchait aux anciennes dettes, on augmentait les risques du prêt, partant le taux de la prime nécessaire pour les couvrir. Lorsqu’on limitait le taux de l’intérêt, on contribuait de même à l’élever: d’abord en diminuant le nombre des prêteurs, car les plus honnêtes préféraient retirer leurs capitaux du marché et les employer pour leur propre compte, plutôt que de les prèter au dessus du taux légal. On l’élevait ensuite en augmentant les risques de ceux que ne retenait point ce scrupule et qui s’exposaient du même coup à la réprobation publique et à la vindicte de la loi, en prêtant à un taux prohibé. Les emprunteurs devenaient ainsi victimes des mesures mêmes qui étaient prises pour les protéger. Ces circonstances réunies expliquent l’élévation excessive du taux de l’intérêt dans l’antiquité. A Rome, le taux légal de l’intérêt fut de 12 p. c. jusqu’au temps de Justinien; mais le taux auquel on prêtait communément était beaucoup plus élevé. On voit, par exemple, dans les lettres de Cicéron, que Brutus prêta de l’argent dans l’île de Chypre à 48 p. c. Au moyen âge, la situation n’avait guère changé. Les capitaux étaient tout aussi rares que dans l’antiquité, sinon davantage, et les marchés aussi resserrés. Le prêt des capitaux continuait d’être à peu près partout le monopole d’un petit nombre d’individus. Une circonstance particulière contribuait même à rendre ce monopole plus oppressif et plus odieux que jamais. A cette époque, les juifs, dispersés sur toute la surface du monde civilisé, étaient considérés comme une race maudite. Partout on leur interdisait la possession des capitaux immobiliers, afin de les empêcher, autant que possible, de s’établir à demeure fixe. Ils ne pouvaient acquérir que des richesses mobilières. La situation que les préjugés du temps faisaient à cette race intelligente et économe ne lui laissait guère d’autre ressource que de prêter à intérêt pour subsister. D’un autre côté, l’interdiction canonique de l’usure rendait le métier de prêteur particulièrement avantageux. Retenus par la menace de la damnation éternelle qui était fulminée contre les usuriers, les chrétiens s’abstenaient, pour la plupart, de prêter. Le marché des capitaux demeurait, en conséquence, à la merci des juifs et des autres mécréants. C’était un monopole que l’Église leur conférait sans le savoir et, à coup sῦr, sans le vouloir. Ils ne manquèrent point d’en tirer un bon profit: sur toute la surface du monde chrétien, on vit ces proscrits, ces maudits s’enrichir aux dépens des fidèles. On essaya de limiter leurs bénéfices, d’abord par la violence, ensuite par des mesures légales. On les dépouilla, on les bannit après avoir confisqué leurs biens, etc.; mais ces mesures violentes, en aggravant les risques du prêt, n’avaient d’autre résultat que d’augmenter encore le taux de l’intérêt. On rétablit un maximum légal du taux de l’intérêt, à l’instar de ce qui s’était pratiqué dans l’antiquité, mais les prescriptions de la loi furent éludées. Ainsi, par exemple, les prêteurs ne livraient qu’une partie de la somme stipulée dans le contrat, ou bien, au lieu de la fournir tout entière en argent, ils n’en fournissaient qu’une partie. Le complément se composait de marchandises invendables. On trouve, dans l’Avare de Molière, une esquisse d’un prêt de cette espèce. La loi était constamment éludée, et d’ailleurs les risques qu’elle faisait courir au prêteur retombaient toujours en définitive sur les emprunteurs, dont la condition devenait de plus en plus mauvaise. En résumé, l’opinion contraire au prêt à intérêt provenait de ce que les circonstances et les institutions se joignaient communément pour conférer aux capitalistes un monopole qui leur permettait de prêter à un taux excessif. Et comme les moyens que l’on employait pour combattre ce monopole demeuraient le plus souvent inefficaces, comme ils aggravaient même parfois le mal qu’on voulait détruire, on se persuadait que le prêt à intérêt était entaché d’un vice irrémédiable. On lui imputait les maux provenant de l’usure, au lieu de les ramener à leur véritable source, qui était le monopole, et on le frappait d’anathème; puis, faute de bonnes raisons pour motiver cet anathème, on avait recours à des sophismes. Cependant, la situation économique de l’Europe s’était peu à peu modifiée. L’anarchie qui avait régné pendant le moyen âge dans l’intérieur de chaque État commençait à faire place à l’ordre, les guerres devenaient moins fréquentes, les relations de cité à cité et de pays à pays se développaient. L’industrie et le commerce prenaient un essor rapide. Or, ces deux branches de la production, la dernière surtout, exigent une proportion considérable de capitaux circulants. Les négociants qui pouvaient réaliser de grands profits en employant des capitaux, en demandèrent des quantités de plus en plus fortes. Les capitalistes chrétiens auraient bien voulu leur en fournir; mais ils étaient intimidés par la menace de la damnation éternelle que l’Église fulminait contre les usuriers. La prohibition canonique de l’intérêt fut alors soumise à un nouvel examen et vigoureusement battue en brêche par les intérêts de plus en plus nombreux qu’elle lésait. Deux camps se formèrent dans l’Église et dans la magistrature: les esprits routiniers et infatués du principe d’autorité soutinrent la vieille doctrine; les esprits avancés, les partisans du libre examen adoptèrent la nouvelle. Les promoteurs de la réformation se prononcèrent, pour la plupart, en faveur de la légitimité de l’intérêt, et ce fait, comme le remarque avec raison M.Léon Faucher, donne en partie l’explication de la supériorité industrielle et commerciale des nations protestantes (1) . Ainsi Calvin déclarait: 1° Que, s’il y a de l’usure et une espèce de cruauté d’exiger des intérêts lorsqu’on prête aux pauvres, il n’y en a pas lorsqu’on prête aux riches; 2° que l’usure n’est mauvaise et condamnable entre les riches que quand on tire du prêt des intérêts excessifs. Des théologiens catholiques, parmi lesquels nous citerons Major, Navarro, Launoy, des jurisconsultes, tels que Charles Dumoulin et Grotius, soutinrent hardiment la légitimité du prêt à intérêt; mais leur opinion fut condamnée par la plupart des assemblées générales du clergé. Bossuet écrivit pour la réfuter un Traité de l’usure. Cependant la réaction en faveur de l’intérêt ne s’en poursuivit pas moins. Au xviiie siècle, Turgot et les économistes démontrèrent avec une clarté irrésistible la légitimité du prêt à intérêt. Jérémie Bentham leur vint en aide dans son admirable Défense de l’usure. L’Église catholique sentit alors la nécessité de mettre sa doctrine un peu plus en harmonie avec les exigences du temps. Elle continua de prohiber d’une manière générale le prêt à intérêt, en invoquant le précepte de l’Évangile: “Mutuum date, nihil inde sperantes, “prêtez sans rien espérer;” mais elle admit deux circonstances dans lesquelles le prêteur pouvait recevoir, à titre de dédommagement, une indemnité de l’emprunteur: ces deux circonstances étaient celles du dommage naissant et du lucre cessant. Par dommage naissant, on entendait le préjudice que le prêteur pouvait éprouver en se dessaisissant de son capital. Ainsi, par exemple, disait-on: “Celui qui, ayant de l’argent pour faire les réparations nécessaires dans sa maison, est assez obligeant pour le prêter à une personne qui le lui demande, ne peut faire de réparations à sa maison et ne peut la louer à cause qu’elle menace ruine: il est juste qu’il reçoive quelque chose au dessus du principal, pour le dédommager de la perte qu’il fait, faute de louer sa maison (1) “Voilà ce que l’Église, suivant en cela la définition des jurisconsultes, entendait par dommage naissant. Le lucre cessant consistait dans la privation d’un gain. Si, par exemple, disaient les casuistes, un négociant prête une somme d’argent dont il aurait retiré un bénéfice assuré en l’employant dans son commerce, il peut légitimement réclamer, à titre de lucre cessant, un dédommagement pour le gain qu’il a manqué de réaliser. Toutefois, l’Église mettait au dédommagement pour cause de lucre cessant des conditions assez rigoureuses: “Ce n’est pas assez que le lucre cessant soit possible, disaient les théologiens orthodoxes, ce n’est pas assez, parce qu’il n’y aurait plus d’usure de prêter à intérêt. Tout le monde pourrait alléguer qu’il pouvait faire profiter l’argent qu’il a prêté, et ce serait s’abuser; ainsi il est absolument nécessaire que le lucre cessant soit prochain, probable, et comme dit le droit, moralement certain et assuré. Tel est le lucre cessant des marchands qui, ayant résolu de mettre leur argent dans le commerce, se privent d’un gain prochain, probable et moralement certain, quand ils prêtent à un ami qui les en sollicite (1) ” Malgré ces restrictions, l’Église, en admettant les circonstances du dommage naissant et du lucre cessant, allait droit à la réhabilitation du prêt à intérêt. Aussi, à l’époque où le bénéfice de ces deux circonstances fut accordé aux prêteurs, c’est à dire, en France, vers la fin du xviie siècle, vit-on une partie du clergé protester contre une innovation si pernicieuse. C’étaient les docteurs de Sorbonne qui avaient admis le dommage naissant et le lucre cessant (2) Les docteurs de province, qui demeuraient plus en dehors du mouvement du siècle, repoussèrent avec indignation une doctrine qu’ils n’hésitèrent pas à qualifier d’infidèle à la tradition de l’Église. Le lucre cessant fut surtout en butte à leurs attaques. Ils prétendirent qu’en légitimant cette circonstance, les docteurs de Sorbonne avaient suivis les errements des casuistes relâchés: “Ni Moïse, écrivaient-ils dans un mémoire, ni David, ni Ézéchiel, ni les autres prophètes, ni même Jésus-Christ dans l’Écriture, ni les saints Pères, ni le droit canon ou civil n’ont jamais parlé du lucre cessant: il faut donc le rejeter.” En même temps, ils invoquaient l’autorité de plusieurs grands docteurs, tels que saint Thomas, saint Raymond, saint Antonin, qui s’étaient prononcés d’une manière formelle contre le lucre cessant. Les docteurs de Sorbonne ne manquèrent pas de répliquer; ils s’efforcèrent de démontrer que rien dans les Écritures ni dans les Pères de l’Église ne s’opposait à l’adoption du lucre cessant; qu’il était inexact de prétendre que saint Thomas l’eῦt condamné, et, de plus, que ce grand docteur avait admis le dommage naissant (1) Mieux en harmonie avec les besoins du siècle, la doctrine soutenue par les docteurs de Sorbonne a prévalu dans l’Église. Cette doctrine ne légitime toutefois l’intérêt qu’en partie, et elle laisse une ample carrière ouverte au péché d’usure. Sous les titres de dommage naissant et de lucre cessant, l’Église admet une compensation pour la privation du capital; en revanche, elle se refuse à considérer comme légitime la prime destinée à couvrir le risque du prêt. Ceci est d’autant plus bizarre que l’Église ne fait aucune difficulté à reconnaître la légitimité des bénéfices, souvent énormes, que l’on réalise en prêtant à la grosse aventure, c’est à dire en fournissant une partie de la cargaison d’un navire, en vue de participer aux chances de l’entreprise. Au moment où nous sommes, la question n’est pas encore résolue canoniquement. Il y a encore au sein de l’Église catholique des adversaires du prêt à intérêt. Le 18 aoῦt 1830, la cour de Rome rendit un arrêt portant que les confesseurs ne devaient pas inquiéter les prêteurs, mais laissant la question pendante quant au fond. Cet arrêt souleva un nouvel orage au sein du clergé. On vit se reproduire en France la vieille querelle des docteurs de province et des docteurs de Sorbonne. Plusieurs membres du clergé, parmi lesquels nous citerons l’abbé Laborde, vicaire de la métropole d’Auch, et l’abbé Denavit, professeur de théologie à Lyon, protestèrent contre l’arrêt de la Pénitencerie romaine. “Je refuse l’absolution, écrivait notamment l’abbé Denavit, à ceux qui prennent des intérêts, et aux prêtres qui prétendent que la loi civile est un titre suffisant.” La majorité du clergé finit toutefois par accepter cet arrêt, et l’Église se borne aujourd’hui généralement à condamner comme usuriers les prêteurs qui exigent un intérêt supérieur au taux légal. Malheureusement, il faut le dire, les erreurs des légistes en cette matière continuent à venir en aide à celles des théologiens. La plupart des pays civilisés ont conservé leurs vieilles lois limitatives du taux de l’intérêt. En France, ces lois, après avoir été abolies pendant la révolution, furent rétablies en 1807. Le taux de l’intérêt fut limité à 5 p. c. en matière civile, et à 6 p. c. en matière commerciale. Et, chose fâcheuse! cette législation surannée a encore été renforcée en 1850 par l’assemblée législative. Cependant, la limitation légale du taux de l’intérét devient de moins en moins justifiable. Les capitaux se disséminent de plus en plus et les communications deviennent de plus en plus faciles. On ne saurait plus citer un seul endroit où quelques individus exercent le monopole du prêt sans qu’il soit possible de le leur enlever. Or, la limitation légale du taux de l’intérêt qui pouvait, dans une certaine mesure, se justifier à des époques où le prêt formait à peu près partout l’objet d’un monopole, cette limitation n’est-elle pas un non sens économique, lorsque rien ne s’oppose plus à l’action de la concurrence? N’est-elle pas un obstacle qui entrave la distribution utile des capitaux dans les diverses parties de l’arène de la production? Ainsi, par exemple, il y a des industries qui ne peuvent emprunter à 5 où 6 p. c., qui doivent payer un intérêt plus élevé, à cause des risques particuliers auxquels les capitaux s’y trouvent exposés. Ces industries n’offrent un intérêt rémunérateur au capitaliste qu’en lui payant 8 ou 10 p. c. et davantage. Que fait la loi en proscrivant ce taux comme usuraire? Elle empêche les capitalistes scrupuleux d’alimenter ces industries; elle les livre aux capitalistes les moins honnêtes, qu’elle oblige à prélever une prime destinée à couvrir les risques supplémentaires qu’elle leur fait courir. Elle empêche encore le capital de se distribuer partout, selon le besoin qu’on en a. Si elle n’existait point, l’élévation extraordinaire, anormale, du taux de l’intérêt dans certaines localités, causée soit par le manque de capitaux, soit par leur concentration excessive, attirerait bientôt dans ces localités les capitaux du dehors. Les premiers arrivés se prêteraient à un taux élevé, mais l’élévation, l’exagération même de ce taux en attirerait de nouveaux, jusqu’à ce que les bénéfices du monopole eussent disparu, jusqu’à ce que le niveau se fῦt rétabli entre la rémunération des capitaux dans cette localité et dans les autres. La limitation légale du taux de l’intérêt contribue à perpétuer les monopoles, elle les protége au lieu de les détruire. Effet ordinaire des lois qui survivent aux circonstances qui les ont provoquées! Résumons-nous. Comme le service productif du personnel de la production, le service productif du matériel ou de cette portion du matériel qui a été comprise sous les dénominations de capital fixe et de capital circulant, a un prix naturel et un prix courant. Le prix naturel du service des capitaux se compose d’abord de la somme nécessaire pour les entretenir et les renouveler, de manière à maintenir intact le matériel de la production. Cette somme comprend, comme nous l’avons vu, outre la portion de produit nécessaire pour rétablir le capital au bout de chaque opération, une prime destinée à compenser la privation de ce capital et une autre prime destinée à couvrir les risques afférents à son emploi. A ces frais de production, il faut ajouter une part proportionnelle de produit net, qui permette d’accroître le matériel de la production, comme la part proportionnelle de produit net afférente au travail permet d’en augmenter le personnel. Tels sont les éléments du prix naturel du service productif des capitaux. Le prix courant de ce service, le prix auquel il se paye sur le marché tend incessamment à se confondre avec le prix naturel. En effet, quand il demeure au dessous, une portion du capital se détruit ou se dégage de la production, ou bien encore cesse de s’y engager, l’offre du capital diminue relativement à la demande, et le prix se relève. Quand le prix courant s’élève au dessus du prix naturel, une prime extraordinaire est aussitôt offerte soit à la formation des capitaux, soit à leur apport dans les branches de la production où cette rémunération extraordinaire est perçue, l’offre s’augmente et le prix s’abaisse. Telle est la loi qui régle la rémunération du capital comme celle du travail. Comme la rémunération du travail encore, celle du capital se perçoit sous différentes formes, lesquelles peuvent cependant être ramenées à deux formes générales: la part éventuelle et la part fixe ou assurée. La part éventuelle porte tantôt le nom de profit, tantôt le nom de dividende; la part assurée, le nom de loyer quand il s’agit de capitaux fixes, le nom d’intérêt quand il s’agit de capitaux circulants. Nous avons vu qu’il y a toujours équivalence, sauf l’action des causes perturbatrices, entre les rémunérations perçues sous ces différentes formes; que le profit et le dividende doivent nécessairement se mettre en équilibre avec le loyer et l’intérêt; que le taux du loyer ne peut de même excéder, d’une manière régulière et permanente, le taux de l’intérêt ni demeurer en dessous, en un mot que la loi qui détermine le taux de la rémunération du capital agit indépendamment de la forme sous laquelle cette rémunération est perçue. Nous avons vu enfin combien il serait absurde et impossible de vouloir toucher à la rémunération du capital, soit qu’il s’agisse de ses frais de production ou de sa part proportionnelle de produit net; que néanmoins cette rémunération a été de tous temps attaquée, principalement lorsqu’elle a été perçue sous forme d’intérêt; nous avons recherché d’où provenait le préjugé contre le prêt à intérêt, et nous avons vu qu’il avait sa source dans les circonstances au sein desquelles se concluait habituellement le prêt; nous avons vu que le prix naturel de l’intérêt était très élevé autrefois, et que le monopole contribuait, en outre, à rendre le prix courant supérieur au prix naturel. De là les anathèmes fulminés contre l’usure, c’est à dire contre le prix de monopole de l’intérêt, de là encore les lois limitatives du taux de l’intérêt. Nous avons essayé de démontrer que ces lois, qui avaient pu avoir une certaine utilité à l’époque où le monopole du prêt était un produit des circonstances sociales, ont complétement perdu leur raison d’être à l’époque actuelle; qu’elles sont devenues nuisibles au lieu d’être utiles. Ajoutons quelques mots sur les effets de la guerre que le socialisme moderne a déclarée à la rémunération du capital. Que voulaient, en 1848, les adversaires de la “tyrannie du capital?” Ils voulaient surtout abaisser le taux de l’intérêt et augmenter le taux des salaires. Quels ont été les résultats de l’agitation révolutionnaire dont ils ont été les promoteurs? Ç’a été d’élever le taux de l’intérêt et d’abaisser le taux des salaires. Ces résultats que le socialisme ne prévoyait guère étaient cependant inévitables. Que faisaient les socialistes? Ils menaçaient le capital. Or, menacer le capital, n’est-ce pas augmenter ses risques, et tout supplément de risques ne doit-il pas être couvert par un supplément de rémunération? On aurait, certes, étonné beaucoup les socialistes, si on leur avait dit que chacune de leurs philippiques contre le capital contribuait à augmenter la part de ce “tyran,” et pourtant c’eῦt été l’exacte vérité. Puisse au moins cet exemple servir de leçon aux agitateurs à venir! Puissent les hommes qui ont à cœur d’améliorer la situation des classes laborieuses, s’abstenir désormais de toucher à l’organisation sociale avant de l’avoir suffisamment étudiée! [(1)]Sans parler des poètes. Dans le Marchand de Venise de Shakespeare, la question de la légitimité de l’intérêt donne lieu à une discussion des plus curieuses entre le juif Shylock et le marchand chrétien Antonio. Le juif Shylock, qui plaide pro domo sua en défendant l’usure, cite à l’appui de sa thèse les profits que Jacob faisait sur ses brebis. Son adversaire lui demande ironiquement si l’or et l’argent sont des brebis? Le juif ne trouve rien à répondre à un argument si péremptoire. Cela ne l’empêche pas de prêter ensuite au marchand de Venise une somme de 3 mille sequins, en stipulant que, si cette somme ne lui est pas restituée à l’échéance, il aura le droit de couper une livre de chair dans telle portion du corps de son débiteur qu’il lui plaira de choisir. Antonio qui a consenti à se soumettre à cette usure de cannibale, n’est pas en mesure de rembourser à l’échéance la somme empruntée. Shylock réclame impitoyablement son dῦ en invoquant la justice et la bonne foi. Le marchand de Venise est sur le point de devenir sa victime, lorsque la jeune et belle héroïne Porcia, déguisée en homme de loi, le tire d’affaire en remarquant que “le sang n’est pas entré daus le marché.” Shylock peut donc prendre sa livre de chair, à titre d’intérêt ou d’usure, mais sans une goutte de sang, — ceci sous peine de mort. Le marchand de Venise est sauvé. Cette fable, dont le génie de Shakespeare a tiré un parti si merveilleux, n’est-elle pas un spécimen curieux de l’ignorance du temps? [(1)]Défense de l’usure, par JÉrÉmie Bentham, lettre X. [(2)]Lettres de Calvin, citées par M. LÉon Faucher, article Intérét du Dictionnaire de l’économie politique. [(1)]LÉon Faucher. Art. Intérét du Dictionnaire de l’économie politique. [(1)]Conférences ecclésiastiques de Paris sur l’usure et la restitution, établies et imprimées par ordre de Mgr le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, 1756, t. I, p. 261. [(1)]Conférences, t. I, p. 271. [(2)]Assemblées des docteurs de Sorbonne, du 4 octobre 1665 et du 17 février 1666. [(1)]Réplique des douze docteurs de Sorbonne, du 7 mai 1672. |

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