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Front Page Titles (by Subject) ONZIÈME LEÇON: la part du capital - Cours d'Economie Politique vol. 1
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ONZIÈME LEÇON: la part du capital - Gustave de Molinari, Cours d’Economie Politique vol. 1 [1854]Edition used:Cours d’Economie Politique (Paris: Guillaumin, 1863). 2 vols. 2nd revised edition. Vol. 1.
Part of: Cours d’Économie Politique 2 vols.About Liberty Fund:Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals. Copyright information:The text is in the public domain. Fair use statement:This material is put online to further the educational goals of Liberty Fund, Inc. Unless otherwise stated in the Copyright Information section above, this material may be used freely for educational and academic purposes. It may not be used in any way for profit.
ONZIÈME LEÇONla part du capitalEn quoi consiste le matériel de la production. — Des capitaux fixes et circulants. — Caractères auxquels ils se reconnaissent. — Éléments du prix naturel du service des capitaux. — Des risques de la production. — Qu’ils sont essentiellement divers et variables. — Qu’ils doivent être couverts. — Comment ils peuvent être abaissés. — De la privation. — En quoi elle consiste. — Qu’elle doit être compensée. — Que la prime nécessaire pour la compenser est plus ou moins élevée selon que le capital peut être plus ou moins aisément dégagé ou réalisé. — Exemple. — Autres éléments du prix naturel du service des capitaux. — Les inconvénients ou les avantages particuliers de chaque industrie. — Que le progrès agit incessamment pour abaisser les frais de production du service des capitaux. — De la part proportionnelle de produit net qui s’ajoute aux frais de production de ce service pour composer son prix naturel. — Sa raison d’être. — Qu’on ne peut la supprimer et mettre le capital à la portion congrue. Nous venon de voir de quels éléments se compose la rémunération du personnel de la production et en vertu de quelle loi elle se règle. La rémunération du matériel de la production se compose d’éléments analogues, et elle est réglée par la même loi. Elle se compose des frais d’entretien et de renouvellement nécessaires pour maintenir le matériel au service de la production, comme aussi d’une part proportionuelle de produit net, qui permette à ses détenteurs de l’accroître dans la proportion utile. Ces frais d’entretien et de renouvellement nécessaires, et cette part proportionnelle de produit net constituent le prix naturel du service du matériel, autour duquel gravite encore le prix courant, en vertu de la loi d’équilibre qui régit le monde économique. Le matériel de la production comprend les trois catégories d’agents productifs, que les économistes se sont accordés à désigner sous les dénominations suivantes: Capitauxfixes. Id. circulants. Agentsnaturels appropriÉS. Nous nous occuperons d’abord des deux premières catégories dont la réunion constitue le capital proprement dit. Les capitaux fixes se reconnaissent à ce caractère qu’ils ne se détruisent ou ne se consomment point intégralement dans la formation d’un produit. Tels sont, par exemple, dans une entreprise agricole, les bâtiments d’exploitation, les charrues et les autres instruments aratoires, les chevaux ou les bœufs de labour, tels sont encore les amendements durables apportés aux terres, le drainage, les clôtures, etc. Les semences, l’argent ou les provisions qu’il faut fournir aux travailleurs sous forme de salaires, les provisions et les matériaux nécessaires pour maintenir en état les différentes parties du capital fixe, etc., constituent le capital circulant. Dans une manufacture de coton, les bâtiments et les machines forment le capital fixe; le coton brut, le charbon, l’huile et les autres matières premières, l’argent que l’on consacre au paiement des travailleurs, les matériaux que l’on applique à l’entretien des bâtiments et des machines, composent le capital circulant. Dans le commerce, le capital fixe comprend le magasin et le mobilier du négociant; le capital circulant consiste principalement dans l’approvisionnement des marchandises qu’il met à la disposition du public et dans les fonds nécessaires pour les renouveler. Il ne faut accorder toutefois qu’une importance secondaire à ces divisions et à ces subdivisions qui ont été établies entre les agents productifs, car ces agents, quelle que soit leur dénomination, sont soumis aux mêmes lois, quant à leur formation, à leur entretien et à leur multiplication. Les capitaux fixes et circulants concourent à la production, dans des porportions déterminées par la nature de l’industrie à laquelle ils s’appliquent. Certaines industries réclament plus de capital fixe, d’autres plus de capital circulant. Une filature de coton exige une proportion considérable de capital fixe. Un commerce d’épiceries, au contraire, exige une proportion plus forte de capital circulant. Le capital fixe prédomine dans l’industrie, et surtout dans la grande industrie, le capital circulant prédomine dans le commerce. Le service productif des capitaux fixes et circulants a son prix naturel, faute duquel ces capitaux ne peuvent être engagés et maintenus dans la production, faute duquel aussi ils ne peuvent être multipliés dans la proportion utile. Examinons quels sont les éléments de ce prix naturel. Le premier consiste dans la somme nécessaire pour maintenir en état le capital appliqué à la production. Ainsi, par exemple, quand j’applique à la filature ou au tissage du coton, un capital consistant dans les bâtiments de la manufacture, dans l’outillage nécessaire pour travailler le coton, dans les matières premières, coton brut, huile, charbon, etc., dans les fonds et les matériaux indispensables à l’entretien du personnel et du matériel de l’entreprise, que faut-il pour que ce capital puisse demeurer indéfiniment au service de la production? Il faut que le produit suffise pour renouveler la portion du capital qui a été détruite ou consommée dans l’opération, le coton brut, l’huile, le charbon, ainsi que les fonds et les matériaux qui ont été employés à entretenir et à renouveler le personnel et le matériel de la production, faute de quoi, le capital circulant d’abord, le capital fixe ensuite, se détruisent, disparaissent, et la production, privée d’une portion de ses agents, cesse d’avoir lieu. Il faut donc que le capital engagé dans la production soit reconstitué, recomposé intégralement au bout de chaque opération. Voilà un premier point à observer. En voici un second. C’est que l’on n’a, dans aucune industrie, la certitude entière que la production renouvellera intégralement le capital engagé; c’est que l’on court dans toute industrie certains risques de ne point récupérer intégralement son capital. Ces risques sont plus ou moins considérables selon les temps et les lieux où s’accomplit la production, selon aussi la nature particulière de l’industrie. En tous cas, les risques de la production doivent être couverts, sinon ils finissent, au bout d’un délai plus ou moins long, selon leur nombre et leur intensité, par dévorer le capital. Il y a des risques généraux qui dépendent des temps, des lieux et des circonstances, et qui pèsent également sur toutes les branches de la production; il y a des risques particuliers qui grèvent spécialement certaines branches d’industrie. Je dis que les risques généraux varient suivant les temps, les lieux et les circonstances. Il y a des époques où la sécurité est tellement insuffisante et précaire, qu’un homme qui applique un capital à n’importe quelle branche de la production doit calculer qu’au bout de cinq opérations, par exemple, son capital sera emporté, détruit. Chaque opération se trouvera, en conséquence, grevée d’un risque de 20 p. c. Si ce risque n’est point couvert, si les résultats de la production ne suffisent point pour constituer, au bout de cinq opérations, un capital de rechange, le risque venant à échoir, la production cessera. Dans une situation semblable, il ne suffit donc pas que le capital soit reproduit intégralement au bout de chaque opération, il faut qu’il le soit avec 20 p. c. en sus. Mais que les risques généraux qui pèsent sur la production viennent à baisser de 10 p. c. que le capital qui naguère était emporté, détruit au bout de cinq opérations, ne le soit plus qu’au bout de dix, alors, il suffira que le capital soit reconstitué avec 10 p. c. en sus, à la fin de chacune. Toute diminution des risques généraux de la production comportera une baisse équivalente dans la rémunération des agents productifs. C’est ainsi qu’aux époques de guerre et d’anarchie, la rémunération nécessaire du capital s’élève plus haut qu’aux époques de paix et de tranquillité intérieure; c’est ainsi que dans deux pays où la sécurité dont jouit la production est inégale, les niveaux de la rémunération nécessaire du capital diffèrent de tout le montant de la différence des risques. Ceci est un point d’une extrême importance. Qu’on me permette donc de m’y arrêter un peu. La sécurité de la production tient à des causes diverses, elle dépend du degré de perfectionnement des institutions gouvernementales, elle dépend encore et surtout du degré d’honnêteté et d’intelligence des populations. Supposons qu’une nation ait un gouvernement trop faible pour la protéger efficacement contre les prétentions abusives des autres gouvernements, trop faible aussi et trop mal organisé pour garantir contre les agressions intérieures la sécurité des capitaux engagés dans la production. Supposons, en outre, que ce gouvernement dispose, d’une manière arbitraire, de la vie et de la propriété des citoyens, qu’en résultera-t-il? Qu’une nation ainsi gouvernée se trouvera dans les plus mauvaises conditions possibles pour produire, car les risques généraux de la production seront chez elle à leur maximum. Les producteurs de cette nation auront, en effet, à craindre 1° d’être dépouillés soudainement de leurs capitaux par le fait d’une invasion étrangère et des déprédations ou des crises qu’elle occasionne; 2° ils auront plus à craindre encore peut-être de la part de leur gouvernement: au moment où ils s’y attendront le moins, une banqueroute, un impôt extraordinaire, un emprunt forcé, une altération de la monnaie métallique ou une émission de papier-monnaie atteindront leur industrie, et détruiront, en tout ou en partie, le capital qui s’y trouve engagé. En outre, si le gouvernement est trop faible pour mettre les producteurs à l’abri du brigandage et du vol, si l’agriculteur, l’industriel, le marchand, peuvent être rançonnés par le seigneur, pillés par le voleur de grand chemin, dépouillés par le banqueroutier, sans que ces sévices soient punis; si, pour tout dire, le gouvernement ne protége suffisamment le producteur ni au dehors ni au dedans, s’il n’est lui-même qu’un exacteur public, les risques de la production seront énormes. Ils seront tels peut-être que, dans les entreprises ordinaires, les capitaux fixes et circulants disparaitront, en moyenne, au bout de quatre ou cinq opérations. Les risques généraux de la production s’accroîtront encore, si la nation manque d’honnêteté. Alors, en effet, les risques provenant soit des faillites et des banqueroutes, soit des altérations et des fraudes qui détériorent la qualité des produits, ces risques seront considérables, et il faudra encore les couvrir, sous peine de voir disparaître peu à peu le capital. Dans une nation ainsi gouvernée et composée, la rémunération nécessaire du capital sera à son maximum. Maintenant, supposons que dans le voisinage de cette nation il y en ait une autre qui possède un gouvernement assez fort pour la faire respecter au dehors, assez bien organisé pour faire régner au dedans l’ordre et la sécurité. Supposons que ce gouvernement ne s’engage dans des guerres extérieures qu’en cas de nécessité absolue; supposons aussi qu’il soit constitué de manière à ne pouvoir jamais lever d’impôt ou contracter d’emprunt sans le consentement des citoyens; supposons qu’il s’occupe uniquement d’empêcher les producteurs d’être victimes des exactions et des sévices qui atteignent ailleurs le capital; supposons, d’un autre côté, que la population ainsi gouvernée soit essentiellement honnête; que la fraude et le vol sous leurs formes multiples lui paraissent odieux et méprisables; supposons, enfin, que cette population soit pourvue d’un assez bon jugement pour ne point aventurer ses capitaux dans des entreprises qui ne présentent point de suffisantes garanties de succès, qu’en résultera-t-il? Qu’au sein d’une nation ainsi gouvernée et composée, les risques généraux de la production seront à leur minimum, partant aussi les primes nécessaires pour les couvrir. Ce sont là deux situations extrêmes; mais si l’on considère les différentes nations du globe au point de vue de la sécurité qu’elles présentent à l’emploi des capitaux, on s’apercevra qu’elles se placent, à des degrés divers, entre ces deux extrémités. Le haut de l’échelle est occupé par la Hollande, l’Angleterre, la Suisse et quelques autres pays remarquables par la bonté comparative de leur gouvernement, par la moralité et l’intelligence de leurs populations. Le bas est occupé par les contrées dont les populations clair-semées et encore à l’état sauvage sont impuissantes à se protéger soit contre les agressions du dehors, soit contre l’anarchie du dedans, où le gouvernement, au lieu de s’attacher à protéger les populations, n à en vue que de les exploiter, où enfin les rapines et les déprédations publiques et privées sont passées à l’état d’habitude. Sur les échelons intermédiaires se placent les pays où les institutions et les mœurs sont à l’état moyen. De là des différences énormes dans le développement de la production de ces divers pays. Arrivons maintenant aux risques particuliers de la production. Certaines branches de la production comportent plus de risques, en vertu de leur nature particulière; certaines autres en comportent moins. Les industries de luxe, par exemple, qui se trouvent pour la plupart exposées aux caprices de la mode, subissent, de ce chef, un risque spécial. En effet, que la mode vienne à changer pendant que l’on produit des étoffes d’un certain dessin, ou des meubles d’un certain modèle que tout le monde demandait hier, que personne ne demandera plus demain, et les producteurs subiront infailliblement une perte. Voilà donc un risque particulier, un risque qui ne se présente point dans les industries placées en dehors de l’influence de la mode. Ces inégalités des risques de la production se répercutent inévitablement, et d’une manière toute spontanée, dans la rémunération du capital; car, à rémunération égale, on choisit de préférence les industries qui offrent aux capitaux la sécurité la plus grande. Si une industrie, à laquelle incombe un risque de 5 p. c., ne me donne point pour mon capital une rémunération plus élevée que telle autre dont les risques sont de 2 p. c. seulement, je préférerai assurément la seconde à la première, et tout capitaliste en fera autant. J’exigerai de même une rémunération plus forte pour mon capital dans les pays où les risques généraux de la production sont élevés que dans ceux où ils sont bas. Voilà pour ce qui concerne les risques. Un second élément entre dans la rémunération nécessaire des capitaux engagés dans la production, c’est la privation. Pour nous rendre bien compte de l’importance de ce second élément de la rémunération nécessaire du capital, jetons un coup d’œil sur les mobiles qui poussent l’homme à former des capitaux et à les engager dans la production. Nous avons vu précédemment que les agents productifs qui composent le personnel et le matériel de la production se multiplient grâce au produit net et à l’épargne. Supposons qu’aucune entreprise ne fournisse un produit net; supposons que les résultals de la production n’excèdent point la somme nécessaire pour entretenir et renouveler les agents productifs, le capital ne pourra s’augmenter et la production demeurera stationnaire. Supposons encore que la production donne régulièrement un produit net, mais qu’aucune portion de ce produit net ne soit épargnée, pour être, sous forme d’un supplément de travailleurs, de bâtiments d’exploitation, de machines, de matières premières, de terres défrichées, consacrée à une augmentation du personnel et du matériel de la production, celle-ci demeurera encore stationnaire. Heurcusement, il y a des mobiles nombreux et divers qui poussent les producteurs à ne pas appliquer à la satisfaction de leurs besoins immédiats tout leur produit net, à en réserver une partie soit pour la consommation future, soit pour l’augmentation de la production. L’homme est soumis, dans le cours de son existence, à des éventualités qui l’obligent à réserver pour l’avenir une partie de son gain de chaque jour. Telles sont les maladies et la vieillesse. Si, dans les jours de prospérité, aux époques où il gagne amplement de quoi subvenir à ses besoins, il n’a pas assez de prévoyance pour réserver et accumuler une partie de son gain, un jour viendra où il se trouvera sans ressources en présence des maux et des accidents inévitables dont est parsemée l’existence humaine. La nécessité de pourvoir aux mauvaises éventualités de l’avenir, voilà donc le premier mobile qui excite l’homme à épargner. Alors même qu’il ne pourrait employer son épargne à augmenter son revenu, en la mettant sous la forme d’un supplément d’agents productifs et en la consacrant à la production, il n’accumulerait pas moins chaque année une portion de son produit net. C’est ainsi que, dans les pays et aux époques où la sécurité n’est pas suffisante pour déterminer l’application d’un supplément de capital à la production, ou même le capital engagé diminue faute d’être convenablement entretenu et renouvelé, on accumule cependant de la richesse. On épargnait aux époques les plus troublées du moyen âge; on épargne dans les contrées où la propriété est encore aujourd’hui le moins sῦrement garantie. Seulement on a soin, en ce cas, de mettre son épargne, sa richesse accumulée, sous forme de matières que l’on puisse à la fois conserver longtemps et dérober aisément à la spoliation. Chacun consacre l’excédant disponible de sa production à acheter des métaux précieux, des pierreries ou d’autres matières que l’action du temps n’altère point et qui puissent être facilement mises en lieu sῦr. Cette épargne, on a soin de la réserver et de l’enfouir pour les mauvais jours. Elle ne sert point à augmenter la production, mais elle n’en est pas moins utile. Elle donne, en premier lieu, aux populations, les moyens de pourvoir aux éventualités ordinaires de la maladie, du chômage et de la vieillesse. Elle leur donne, en second lieu, les moyens de se soustraire en partie aux conséquences funestes de l’anarchie et de la guerre. Dans les deux cas, elle concourt au maintien sinon au développement de la production. En effet, si les travailleurs n’accumulaient pas une réserve pour les jours de maladie ou de chômage, ils courraient risque d’être emportés par ces éventualités funestes, et le personnel de la production, dont ils font partie, se trouverait ainsi diminué. S’ils n’accumulaient pas pour échapper aux conséquences de l’anarchie et de la guerre, dans les pays et aux époques où ces fléaux les menacent, s’ils ne possédaient point des ressources cachées lorsque leurs maisons ont été incendiées, leurs champs ravagés, leurs moissons foulées aux pieds des chevaux, ils seraient hors d’état de réparer ces pertes; ils périraient de misère et le pays qu’ils habitent serait bientôt inculte et désert. Alors même qu’on n’aurait point en vue d’augmenter son revenu, en mettant un supplément de capital au service de la production, on épargne. Mais ne perdons pas de vue que l’épargne suppose deux choses: 1° un produit net disponible; 2° une dose de prévoyance suffisante pour soustraire une portion de ce produit net à la consommation immédiate. Quelquefois le produit net n’existe pas, soit à cause des difficultés naturelles de la production, soit à cause des risques que l’anarchie et la guerre font peser sur elle. Alors toute épargne est impossible, et l’homme demeure voué aux angoisses et aux tortures du dénῦment, aussitôt qu’il devient impropre à produire. La même situation l’attend, lorsqu’il n’a pas assez de prévoyance ni de force morale pour s’abstenir d’appliquer à la satisfaction immédiate de ses besoins tout le résultat de sa production. Moins les éventualités auxquelles les réserves doivent pourvoir sont pressantes, moins l’esprit d’économie se développe. On remarque, par exemple, que les marins et les militaires sont beaucoup moins disposés à l’épargne que les travailleurs des autres professions, surtout en temps de guerre. Cela tient d’abord à ce qu’ils sont, pour la plupart, sans famille; cela tient ensuite à ce que les chances du métier leur permettent moins de songer à la vieillesse. Ils accordent d’autant plus aux jouissances actuelles qu’ils peuvent moins compter sur l’avenir. Leur penchant à la dépense est encore encouragé par les pensions que les gouvernements ont coutume de leur garantir. On épargne donc en vue de pourvoir à la consommation future. On épargne aussi en vue d’augmenter son revenu, en appliquant à la production un supplément de capital. C’est ainsi que l’agriculteur épargne soit pour défricher un supplément de terre, soit pour cultiver mieux, à l’aide d’instruments perfectionnés, le domaine qu’il exploite, et en tirer un supplément de revenu. C’est ainsi que l’industriel épargne pour augmenter l’importance de sa manufacture, le négociant pour développer son commerce. L’homme qui épargne établit une balance entre les jouissances qu’il peut retirer de l’application de ses ressources à la satisfaction des besoins qui le sollicitent actuellement, c’est à dire à sa consommation présente, et les jouissances que pourra lui procurer une réserve destinée soit à pourvoir aux éventualités de l’avenir, soit à augmenter sa puissance productive, partant son revenu, et, dans les deux cas, sa consommation future. Les prodigues sacrifient volontiers la consommation future à la consommation présente, et ils font un mauvais calcul en ce que les privations futures auxquelles ils s’exposent leur causeront plus de mal que la consommation présente ne leur procure de jouissances. Les avares, qui sacrifient au contraire la consommation présente à la consommation future, font encore un mauvais calcul, en ce qu’ils se privent d’une portion de jouissances actuelles qu’ils pourraient se procurer sans rien exposer. Les uns dépouillent l’avenir au profit du présent, les autres dépouillent le présent au profit de l’avenir. La sagesse réside dans un esprit de judicieuse économie qui tient le milieu entre la prodigalité et l’avarice. Mais, dès que l’on épargne, on tient à conserver autant que possible la libre disposition de son capital accumulé; on tient soit à l’avoir sous la main, soit à pouvoir le réaliser d’une manière immédiate et sans perte, comme si on l’avait sous la main. Cela se conçoit aisément. Si l’on a accumulé, par exemple, un capital en vue de pourvoir à certaines éventualités de maladie, de vieillesse ou de mort, et que l’on perde la libre disposition de ce capital, en l’appliquant à la production, on pourra souffrir une privation plus ou moins intense, lorsque les éventualités en vue desquelles on l’a accumulé viendront à échoir. On conservera donc son capital disponible à moins que la production à laquelle on l’applique ne fournisse une prime suffisante pour compenser cette privation. La prime sera plus ou moins forte selon deux circonstances: 1° selon que les éventualités qui pèsent sur le capitaliste sont plus ou moins nombreuses et urgentes; 2e selon que le capital engagé dans la production peut en être retiré plus ou moins promptement et avec plus ou moins de perte. Si les éventualités qui pèsent sur le capitaliste sont nombreuses et urgentes, s’il n’a pour y faire face que de faibles ressources, si encore la production est ainsi organisée que les capitaux qui y sont engagés ne puissent en être retirés promptement et avec une faible perte, ou, ce qui revient au même, que l’on ne puisse se procurer à peu de frais des capitaux disponibles sous la garantie de ceux-là, la prime nécessaire pour couvrir la privation sera considérable. Elle sera faible, au contraire, si les détenteurs du capital ne sont exposés qu’à des éventualités peu nombreuses et dont l’échéance puisse être aisément prévue; si encore les capitalistes ont des ressources étendues pour y subvenir; s’ils sont dans l’opulence; si, d’un autre côté, la production est ainsi organisée qu’on puisse en retirer promptement et à peu de frais les capitaux qu’on y a appliqués. A cet égard, les différences de situation sont presque infinies. Il en résulte que les primes nécessaires pour couvrir la privation provenant de l’engagement du capital sont infiniment inégales aussi. Elles varient selon les époques, les lieux et les industries. Elles sont faibles dans les pays riches, élevées dans les pays pauvres; elles sont faibles encore dans les industries d’où le capital peut être aisément retiré, élevées dans celles où ce retrait est difficile et grevé d’impôts, comme aussi où les emprunts sur des capitaux engagés sont onéreux. Les difficultés que la législation oppose dans un grand nombre de pays à la réalisation des capitaux engagés, les frais que cette réalisation implique; les obstacles que l’on rencontre lorsqu’on veut emprunter sur des capitaux engagés, les impôts et les frais extraordinaires dont ces emprunts sont grevés, le peu de garanties que l’on a quant à leur recouvrement, sont pour beaucoup dans l’élévation de la rémunération nécessaire des capitaux. En France, par exemple, les vices de la législation hypothécaire, les priviléges accordés à certains officiers ministériels, les impôts qui grèvent la vente des immeubles et les emprunts sur hypothèques (enregistrement, timbre, etc.), élèvent singulièrement le taux du loyer des capitaux, car on n’en peut recouvrer la libre disposition qu’avec une lenteur extrême et moyennant des frais exorbitants: à quoi il faut ajouter que la France étant essentiellement un pays de petites fortunes, les gens qui ont des capitaux engagés sont fréquemment obligés de retirer de la production tout ou partie de leurs fonds, pour subvenir à des nécessités fortuites. La prime inhérente à la privation se trouve ainsi portée à un taux considérable. En revanche, elle est presque nulle, dans certains emplois où le capital peut être réalisé d’une manière instantanée et presque sans frais. Tels sont les emprunts publics et les entreprises par actions. Vous avez, par exemple, accumulé un capital soit pour parer aux éventualités de la maladie, du chômage ou de la vieillesse, soit pour augmenter votre revenu, en profitant des bonnes chances de gain qui peuvent s’offrir. Vous avez donc un intérêt évident à conserver la libre et pleine disposition de votre capital. Or vous cesserez de pouvoir en disposer, si vous l’employez à hâtir une maison, à défricher un champ ou à fonder un nouvel atelier. A la vérité, si l’éventualité en vue de laquelle vous avez accumulé votre capital vient à échoir, vous pourrez vendre votre maison, votre champ, votre atelier, ou bien encore emprunter sur cette garantie le capital dont vous avez besoin. Mais les institutions barbares qui régissent encore la propriété immobilière dans la plupart des pays civilisés, les impôts excessifs qui la grèvent, rendent la réalisation du capital engagé dans la maison, le champ ou l’atelier extrêmement lente et onéreuse. Quant aux emprunts, l’impossibilité de donner de sῦres garanties aux prêteurs, par suite des obscurités et des complications de la législation hypothécaire, les frais qui résultent de l’obligation imposée à l’emprunteur de passer par les mains d’officiers privilégiés, les rendent fort coῦteux. Vous ne vous dessaisirez donc pas de votre épargne pour bâtir une maison, pour défricher un champ, pour fonder un atelier, à moins que cet emploi de votre capital ne vous procure une rémunération suffisante pour vous dédommager de la privation qui vous est imposée. Il en sera autrement si, au lieu de bâtir isolément une maison, de défricher un champ ou de fonder un atelier, vous vous associez avec d’autres capitalistes pour construire un chemin de fer, exploiter une mine, entreprendre une industrie ou un commerce quelconque. Il en sera encore autrement si vous prêtez votre capital au gouvernement. Dans les deux cas, vous pourrez recouvrer d’une manière presque instantanée et à peu de frais, la disposition de votre capital, aussitôt que vous en aurez besoin. Ce sera comme si vous l’aviez conservé sous votre main, libre, non engagé. Voici, en effet, comment les choses se passeront. Si vous avez placé votre capital dans une entreprise de chemins de fer, de mines, etc., on vous donnera en échange un certain nombre d’actions, lesquelles vous conféreront le droit de toucher un dividende; si vous l’avez prêté au gouvernement, on vous donnera un titre ou coupon de rente, auquel sera attaché un intérêt. Or ces actions industrielles et ces coupons de rente, vous n’aurez pas besoin de remplir une longue série de formalités coῦtenses, lorsqu’il vous conviendra de les vendre; vous n’aurez qu’à les porter sur un marché public installé à cet effet, vous n’aurez qu’à les offrir ou les faire offrir à la Bourse. Là vous pourrez vous en défaire immédiatement et à peu de frais. Que si vous ne voulez pas les vendre, que si vous préférez emprunter la somme dont vous avez besoin, en les donnant en garantie, vous le pourrez encore aisément. Il y a des institutions qui prêtent sur dépôt d’actions ou de coupons de rente, sans vous imposer aucune formalité gênante, et moyennant un faible intérêt, car elles n’ont pas à craindre que le titre déposé se trouve grevé d’une hypothèque occulte. A la vérité, vous risquerez toujours, en vous dessaisissant de votre capital, soit pour fonder de grandes entreprises industrielles, soit pour le prêter au gouvernement, de ne pouvoir le recouvrer intégralement en vendant votre titre, ou bien encore de ne pouvoir emprunter aisément sur ce titre, au moment où vous en aurez besoin. Mais ce risque n’a qu’une faible importance. Car il pourra arriver aussi qu’en vendant vos actions ou vos titres de rentes, vous réalisiez une somme supérieure à celle que vous aurez déboursée pour vous les procurer. D’ailleurs, même en conservant votre capital disponible sous forme de métaux précieux, de pierreries, de blé ou de toute autre matière facilement et à peu de frais réalisable, vous pourrez subir aussi une dépréciation, au moment où vous aurez besoin de l’employer. Il se pourra que l’argent, les pierreries, le blé ne valent plus alors ce qu’ils valaient au moment où vous avez accumulé votre capital. La prime nécessaire pour couvrir la privation du capital engagé, — cette prime qui est très élevée lorsque le capitaliste engage isolément ses fonds sous forme de maisons, de terres, d’ateliers, — devient très faible lorsque l’engagement a lieu dans des entreprises collectives où le capital est représenté soit par des actions, soit par des titres de rentes, immédiatement et à peu de frais réalisables. Cela étant, on conçoit que les entreprises constituées par actions négociables doivent avoir sur les autres un avantage marqué, puisque la rémunération nécessaire de leur capital est moins élevée. Cette cause, et plusieurs autres, agissent activement de nos jours pour substituer aux entreprises isolées des entreprises collectives. Dans les entreprises isolées, le retrait des capitaux engagés est plus ou moins facile selon la nature de la production. Si vous avez un commerce d’épiceries, par exemple, vous pourrez réaliser votre capital plus promptement et avec une perte moindre que si vous possédiez une manufacture de coton. Vos épiceries sont des marchandises pour lesquelles on trouve toujours des acheteurs. Il en est autrement pour le matériel d’une manufacture. On peut malaisément se défaire d’un matériel de ce genre, sans subir une forte perte, surtout lorsqu’on est pressé de réaliser son capital. La rémunération nécessaire d’un capital engagé dans un commerce d’épiceries est, en conséquence, moins élevée que celle d’un capital engagé dans une manufacture, la prime requise pour couvrir les éventualités de la privation étant moins forte. D’autres éléments entrent encore dans la rémunération nécessaire des capitaux fixes et circulants engagés dans la production et contribuent à la diversifier. Ce sont d’abord les avantages ou les inconvénients particuliers qui se rattachent plus ou moins directement à l’exploitation de certaines industries. Ainsi, la rémunération nécessaire d’un capital employé à mettre en activité une entreprise de prostitution sera plus élevée que celle d’un capital employé dans une industrie honnête. Pourquoi? Parce qu’on risque de se déconsidérer en commanditant des entreprises de prostitution. Ce risque doit, en conséquence, être compensé par une prime. Au contraire, lorsque l’emploi d’un capital est de nature à procurer au capitaliste certains avantages particuliers, matériels ou moraux, la rémunération nécessaire du capital s’abaisse. On remarque, par exemple, que la rémunération des capitaux employés dans les entreprises de journaux et de théâtres est, proportion gardée, moins élevée que celle des capitaux employés dans les autres branches de la production. Pourquoi? Parce que les journaux procurent une certaine influence politique. Parce que les théâtres offrent à leurs commanditaires des avantages particuliers d’un autre genre. Il arrive fréquemment que les capitaux engagés dans les entreprises de journaux ou de théâtres n’obtiennent pas leur rémunération nécessaire, qu’ils soient détruits au bout d’un laps de temps plus ou moins long, sans que les entreprises mêmes disparaissent. Cela tient à ce que de nouveaux capitalistes viennent prendre la place des anciens, en vue d’acquérir les avantages particuliers à ce genre d’entreprises. La même observation s’applique aux capitaux engagés dans des fondations scientifiques, charitables ou religieuses. En résumé, le minimum indispensable pour qu’un capital soit appliqué et maintenu, d’une manière régulière et permanente, au service de la production, se compose:
Nous venons de voir que les risques et les éventualités attachés à l’exercice des différentes branches de la production varient suivant les temps, les lieux, les circonstances générales et les conditions particulières dans lesquelles se trouve chaque industrie; nous venons de voir que les capitaux engagés dans la production courent plus ou moins de risques selon les époques, les pays et les industries; nous venons de voir encore que les éventualités résultant de la privation du capital engagé sont plus ou moins nombreuses et urgentes selon la situation des capitalistes et la facilité plus ou moins grande avec laquelle ils peuvent réaliser leurs fonds. On conçoit donc que la rémunération nécessaire du capital soit essentiellement diverse et mobile; qu’elle ne le soit pas moins que celle du travail. Le progrès agit, du reste, sur celle-là tout autrement que sur celle-ci. Tandis qu’il élève incessamment les frais de production du service productif de l’homme, ainsi que cela a été démontré (voir la IXe leçon), il abaisse ceux du service du capital. Il les abaisse en rendant les gouvernements meilleurs, sinon moins coῦteux, les législations plus équitables et moins compliquées, la police plus efficace, en développant davantage les facultés intellectuelles et morales des peuples, notamment la faculté de raisonner et de prévoir, et celle de discerner ce qui est juste et utile de ce qui est injuste et nuisible. C’est ainsi qu’il diminue les risques industriels, partant la prime nécessaire pour les couvrir. Il abaisse encore les frais de production du service du capital, en augmentant peu à peu la richesse générale, et en mettant par là même les préteurs en état de se passer de plus en plus aisément de la portion engagée de leurs capitaux, comme aussi en perfectionnant l’organisation industrielle, de telle sorte qu’un capital engagé devienne de plus en plus aisément réalisable dans toutes les branches de la production. C’est ainsi qu’il diminue la prime nécessaire pour couvrir la privation du capital engagé. La rémunération des capitaux fixes ou circulants qui composent le matériel de la production ne saurait tomber, d’une manière régulière et permanente, au dessous de la somme indispensable pour les entretenir et les renouveler, ainsi que pour couvrir la privation et les risques dont leur emploi est accompagné. Lorsqu’elle tombe au dessous de ce minimum, ou les capitaux engagés se détruisent et disparaissent peu à peu, ou leurs détenteurs les retirent de la production afin de parer à des éventualités et à des chances qui maintenant ne sont plus couvertes. Alors cette catégorie d’agents productifs devenant moins abondante, sa rémunération hausse. Ce minimum, au dessous duquel la rémunération du capital ne peut tomber d’une manière régulière et permanente, constitue les frais de production du service du capital. Si l’on joint à ces frais une part proportionnelle de produit net, on aura le prix naturel du service productif des capitaux, autour duquel gravite incessamment le prix courant de ce service, absolument comme autour du prix naturel du service productif des facultés humaines gravite le prix courant du travail. Qu’un produit net vienne nécessairement s’adjoindre aux frais de production du service du capital, c’est ce que nous allons essayer de démontrer encore. Certains écrivains se sont élevés avec beaucoup de véhé mence, comme chacun sait, contre la rémunération du capital. Ils ont déclaré que le capital était le tyran de la production, qu’il ne laissait au travail qu’une part chétive et insuffisante, pour s’attribuer la part du lion; qu’il était temps d’en finir avec cette exploitation du travailleur par le capitaliste, et de mettre le capital à la portion congrue. Sans revenir sur les causes qui ont pu déprimer, d’une manière anormale, la rémunération de la masse des travailleurs, nous allons examiner s’il est possible de retrancher quelque chose de la rémunération du capital, telle que nous l’avons analysée. Veut-on qu’aucune part ne soit désormais accordée au capital dans les résultats de la production? Mais cela n’est évidemment pas possible. Il faut que le capital circulant soit intégralement renouvelé au bout de chaque opération; il faut que le capital fixe soit entretenu et qu’il soit renouvelé au bout d’un certain nombre d’opérations, sinon l’un et l’autre se détruisent, disparaissent et la production s’arrête. Il faut encore que les risques de la production soient couverts, sinon ces risques finissent par dévorer le capital. Il faut enfin que la privation du capital investi, engagé, soit compensée, sinon le capital sera retiré de la production ou n’y sera point appliqué. Il ne peut donc être question de toucher aux frais de production du service du capital. Peut-on du moins refuser aux capitalistes une part dans le produit net? Est-il possible d’attribuer aux travailleurs tout ce produit net, sur lequel repose le développement futur de la production? Examinons. Admettons un instant que le produit net, c’est à dire tout le surplus restant après que la somme nécessaire pour maintenir en état le personnel et le matériel de la production a été prélevée; admettons, dis-je, que le produit net aille tout entier aux travailleurs, qu’en résultera-t-il? C’est que les travailleurs, investis de la totalité du produit net, ne trouveront aucun avantage à en mettre une portion sous forme de bâtiments, de machines, de matières premières, ou, ce qui revient au même, sous forme de capitaux fixes ou circulants; c’est qu’ils le consacreront à la satisfaction de leurs besoins sans en appliquer aucune part à l’accroissement de la production. La production demeurera alors à l’état stationnaire, aucun supplément de capital fixe ou circulant n’étant plus formé. Mais il faudra, en même temps, que les détenteurs du produit net se gardent d’en consacrer la moindre part à former un supplément de travailleurs, sinon la balance cessera de pencher de leur côté. L’offre des bras et des intelligences venant, en effet, à s’accroître, tandis que celle des autres agents productifs demeurerait stationnaire, la rémunération du travail baisserait, et les travailleurs perdraient ainsi une portion de leur produit net qui irait aux mains des détenteurs des autres agents productifs. Que si maintenant l’on songe que les hommes sont à la fois détenteurs des facultés et des connaissances nécessaires à la production, des capitaux fixes et circulants, et des agents naturels appropriés, on se convaincra aisément que l’équilibre ne saurait demeurer rompu d’une manière permanente en faveur d’aucune de ces catégories d’agents productifs. Supposons, en effet, que le travail emporte tout le produit net, les capitalistes qui consacraient annuellement une partie de leur revenu à constituer de nouveaux capitaux fixes et circulants, à bâtir de nouvelles maisons, à construire de nouvelles machines, etc., ne trouveront-ils pas plus d’avantage à créer un supplément de travailleurs? N’en sera-t-il pas de même pour les propriétaires fonciers qui consacraient chaque année une portion de leur produit net à augmenter leurs exploitations rurales? On multipliera donc le personnel de la production, sans augmenter le matériel, et l’équilibre, en admettant qu’il ait pu être rompu, ne manquera pas de se rétablir. D’un autre côté, si l’équilibre vient à être rompu en faveur du matériel, on ne manquera pas de ralentir la multiplication du personnel. Les travailleurs, par exemple, ne trouveront-ils pas avantage à consacrer une partie de leur produit net ou même de leurs fonds de renouvellement à former des capitaux fixes et circulants ou des agents naturels appropriés, plutôt que des hommes, du matériel plutôt que du personnel? Le produit net doit donc évidemment se partager, sauf l’influence des causes perturbatrices, entre les agents productifs, personnel et matériel, en proportion du concours qu’ils apportent à la production. Aucun de ces agents ne peut, en vertu de la nature même des choses, emporter d’une manière permanente, la balance de son côté, et l’équilibre doit nécessairement s’établir vers le point marqué par le niveau des frais de production du service de chacun, augmentés d’une part proportionnelle de produit net. On ne saurait donc mettre le capital à la portion congrue. Ce serait une entreprise chimérique! Mais on peut fort bien, par des progrès successifs, en diminuant les risques de la production, en facilitant la réalisation des capitaux engagés, etc., réduire les frais de production du service du capital, partant aussi sa part proportionnelle de produit net. Nous connaissons maintenant les éléments du prix naturel du service des capitaux; il nous reste à examiner comment s’établit le prix courant de ce service, et sous quelles formes il se perçoit. |

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