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Front Page Titles (by Subject) CINQUIÈME LEÇON: l'assiette de la production - Cours d'Economie Politique vol. 1
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CINQUIÈME LEÇON: l’assiette de la production - Gustave de Molinari, Cours d’Economie Politique vol. 1 [1854]Edition used:Cours d’Economie Politique (Paris: Guillaumin, 1863). 2 vols. 2nd revised edition. Vol. 1.
Part of: Cours d’Économie Politique 2 vols.About Liberty Fund:Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals. Copyright information:The text is in the public domain. Fair use statement:This material is put online to further the educational goals of Liberty Fund, Inc. Unless otherwise stated in the Copyright Information section above, this material may be used freely for educational and academic purposes. It may not be used in any way for profit.
CINQUIÈME LEÇONl’assiette de la productionComment l’assiette de la production s’établit, lorsque le producteur est isolé; — que cette assiette n’a rien d’arbitraire; — qu’elle est essentiellement mobile. — Comment elle s’établit sous le régime de la division du travail et de l’échange; — que la loi de la formation des prix apparaît, sous ce régime, comme le grand régulateur de la production; — qu’elle agit incessamment pour faire naître les différentes branches de la production, dans le temps le plus opportun, pour les établir dans les lieux, sous les formes et dans les limites les plus utiles. — Des obstacles qui s’opposent à ce que les différentes branches de la production se localisent de la manière la plus conforme aux ressources du sol et au génie particulier des habitants; — Comment ces obstacles s’aplanissent. — Vice des discussions entamées sur les formes et les limites de la production. C’est seulement après s’être bien rendu compte du phénomène de la constitution des valeurs ou de la formation des prix, qu’on peut concevoir, d’une manière un peu nette, comment, sous le régime de la division du travail et de l’échange, la production s’assied et s’organise, comment aussi elle se proportionne avec la consommation; comment, pour tout dire, l’ordre s’établit et se maintient de lui-même dans le monde économique. Sous le régime de la production isolée, ce problème de l’établissement de l’ordre économique se résout d’une manière fort simple. L’homme isolé consulte, d’une part, ses besoins, d’une autre part, les moyens de production dont il dispose, et il organise sa production en conséquence. Comme ses ressources sont d’abord fort limitées, il se contente de produire les choses nécessaires à la satisfaction de ses besoins les plus urgents et dans la proportion marquée par le caractère de nécessité de ces choses. A mesure que ses ressources se développent, il accroît sa production. Dans quel ordre? Dans l’ordre indiqué par la nature et l’étendue de ses besoins, la nature et l’étendue de ses ressources. Après avoir pourvu à ses besoins de première nécessité, il commence à satisfaire ceux de seconde nécessité, puis ses goῦts de luxe. C’est l’intensité plus ou moins grande de ses besoins et, par conséquent, des jouissances qu’il peut retirer de leur satisfaction, qui le dirigera, avant tout, dans l’organisation de sa production. Sera-t-elle cependant son seul guide? L’homme isolé s’attachera-t-il toujours à pourvoir à ses besoins en proportion de leur intensité? Oui, s’ils ne sont pas plus difficiles à satisfaire les uns que les autres. Non, si, comme c’est le cas ordinaire, la nature de ses ressources est telle qu’il puisse satisfaire facilement certains besoins, difficilement certains autres, et qu’il s’en trouve même qu’il ne puisse satisfaire. Les difficultés de la production des choses nécessaires à la satisfaction de ses besoins, et par conséquent l’intensité de la peine ou la grandeur du sacrifice que chacune de ces choses lui coútera, entreront comme un second élément dans son appréciation. Il organisera sa production des différentes choses dont il a besoin et qu’il a les moyens de produire, en raison directe de la jouissance que lui procurera la consommation de ces choses, en raison inverse de la peine que leur production lui coῦtera. L’assiette de sa production sera le résultat de cette double appréciation. L’assiette de la production de l’homme isolé n’aura, comme on voit, rien d’arbitraire. L’homme isolé produira d’abord les choses dont la consommation lui procurera le plus de jouissances on, ce qui revient au même, dont la privation lui causerait le plus de souffrances, et dont la production lui coῦtera le moins de peine. Successivement, à mesure que ses premiers besoins seront apaisés, il produira d’autres choses, toujours en raison directe de la jouissance qu’elles lui procurent, et en raison inverse de la peine qu’elles lui coῦtent. Tel sera l’ordre chronologique naturel de l’établissement des branches plus ou moins nombreuses de sa production. Cet établissement s’opérera aussi dans les conditions les plus économiques. Car l’homme isolé ayant beaucoup de besoins et peu de moyens de les satisfaire, s’efforcera de ne consacrer à chacune des branches de sa production que la moindre quantité possible des forces et des ressources dont il dispose. Dans ce but, il s’attachera à les établir dans la situation la plus favorable et à les exploiter de la manière la plus économique, afin d’obtenir un maximum de produit, partant de jouissances, moyennant un minimum de dépense, partant de peine. Enfin, l’homme isolé ayant établi sa production conformément à la nature et à l’étendue de ses besoins, conformément aussi à la nature et à l’étendue de ses ressources, cherchera naturellement à maintenir entre les différentes branches de son travail, la proportion la plus utile: ses ressources étant limitées, il n’exagérera point sa production d’un côté, afin de n’être point obligé de l’amoindrir d’un autre. Il maintiendra parmi ses produits la proportion indiquée par l’état de ses besoins et de ses ressources, c’est à dire la proportion qui lui sera la plus utile ou qui lui semblera telle. Tel est l’ordre que l’homme isolé s’attachera à établir dans sa production. Cet ordre sera-t-il immuable? Non, il sera fréquemment troublé et changé. Il le sera par le fait de causes indépendantes de l’homme et par le fait de sa volonté. L’homme vit dans un milieu essentiellement mobile et il est exposé à des risques de toute sorte. Sa demeure pent être consumée par l’incendie, ses moissons peuvent être ravagées par la grêle, ou dévorées par les sauterelles. Les accidents de la température exercent une influence considérable sur la branche la plus importante de son travail, sur la production de ses aliments. Quand il entreprend une culture, il ne peut jamais savoir au juste quelle quantité de produits elle lui rendra. Il ne peut le savoir que d’une manière approximative, et souvent le résultat s’éloigne beaucoup de son approximation. En tous cas, la proportion des produits qu’il obtient diffère toujours plus ou moins de celle qu’il avait cherché à obtenir. L’ordre de sa production se trouve ainsi troublé par des accidents qui échappent à son influence. Cet ordre se trouve encore incessamment modifié, bouleversé par le fait de sa volonté. Doué d’une intelligence progressive, l’homme se modifie et il modifie le milieu où il vit ainsi que les agents dont il se sert. Ses besoins et ses goῦts changent, au moins dans une certaine mesure. Les uns deviennent plus intenses, les autres le deviennent moins. De jour en jour, il raisonne davantage ce qui lui parait utile. Il avait, par exemple, la passion des liqueurs fortes. Il s’aperçoit que cette passion lui est nuisible et il s’en corrige. Aussitôt, il consomme moins de spiritueux et, en conséquence, il en produit moins. La portion de son temps et de ses ressources qu’il économise de ce côté, il l’applique à produire un supplément de choses destinées à satisfaire d’autres besoins. L’assiette de sa production se modifie, dans ce cas, parce que l’assiette de sa consommation s’est modifiée. L’inverse se produit aussi. L’homme perfectionne certaines branches de sa production, et il obtient facilement, en se donnant peu de peine, ce qu’il obtenait naguère difficilement, en se donnant beaucoup de peine. Alors l’assiette de sa consommation se modifie parce que l’assiette de sa production s’est modifiée. Trois cas différents peuvent, du reste, se présenter ici: 1° que l’homme augmente sa consommation de la denrée dont il a perfectionné la production, exactement en proportion de la diminution de sa dépense ou de sa peine; 2° qu’il augmente sa consommation dans une proportion plus faible; 3° qu’il l’augment dans une proportion plus forte. Dans le premier cas, l’assiette de sa consommation se trouvera changée, mais non celle de sa production. Dans les deux autres, l’assiette de sa production sera modifiée comme celle de sa consommation. En tous cas, quelles que soient les modifications qu’elles subissent, la production et la consommation de l’homme isolé tendent toujours à se mettre en équilibre. Cet équilibre peut toujours aussi s’établir aisément, sauf, bien entendu, les perturbations indépendantes de la volonté humaine, puisque chacun connaît, d’une part, ses besoins et les choses qui lui sont nécessaires pour les satisfaire, d’une autre part, les ressources dont il dispose pour produire ces choses. En d’autres termes, l’homme isolé connaît ou peut connaître aisément l’étendue du débouché qu’il s’offre à lui-même; il peut apprécier aisément la demande qu’il fera de chacune des choses qui lui sont nécessaires, et régler sa production de manière à proportionner son offre à sa demande, sauf toujours les perturbations indépendantes de sa volonté. C’est l’intérêt bien ou mal entendu de l’homme isolé qui détermine la nature de sa consommation, et c’est la nature de sa consommation qui détermine l’assiette de sa production. Sous le régime de la division du travail et de l’échange, le même principe gouverne l’organisation de la production. Comme dans le cas de l’isolement, chaque homme est sollicité par un certain nombre de besoins et il dispose pour les satisfaire d’une certaine quantité de moyens de production, avec cette différence que les moyens de production de l’homme en société sont infiniment plus considérables que ceux de l’homme isolé, nous avons vu pour quelle raison (1) . L’homme en société peut, en conséquence, pourvoir à ses besoins d’une manière plus complète que l’homme isolé. Mais, dans les deux cas, l’assiette de la consommation, partant celle de la production, s’établit de la même manière. Ainsi que l’homme isolé, l’homme en société échelonne sa consommation en raison directe de la jouissance que les choses lui procurent, ou, ce qui revient au même, de la souffrance qu’elles lui épargnent, en raison inverse de la peine ou des sacrifices qu’elles lui coῦtent. C’est son intérêt bien ou mal entendu qui gouverne sa consommation. Seulement, dans le cas de l’isolement, on conçoit aisément que la production s’opère toujours dans le temps, dans le lieu, sous la forme et dans la proportion qui paraissent le plus utiles au consommateur, sauf bien entendu les perturbations indépendantes de la volonté humaine, puisque l’homme isolé consomme lui-même toutes les choses qu’il produit, puisque le producteur s’identifie en lui avec le consommateur. Dans le cas de la division du travail et de l’échange, la production étant séparée de la consommation, en ce sens que chacun produit des choses qu’il livre à la consommation générale pour recevoir en échange les choses qui entrent dans sa consommation particulière, le problème de l’organisation utile de la production semble infiniment plus difficile à résoudre. On ne s’explique pas d’emblée comment, sous ce régime, la production puisse s’opérer toujours dans le temps, dans le lieu, sous la forme et dans les conditions les plus utiles, comme aussi dans la proportion requise par la consommation. Nous allons voir que la loi qui fait graviter avec une puissance irrésistible le prix des choses vers un point central marqué par leurs frais de production, augmentés d’une part proportionnelle de produit net; nous allons voir, disons-nous, que cette loi donne, sauf l’action des causes perturbatrices, la solution du problème que nous venons de poser; qu’elle agit incessamment pour faire naître les différentes branches de la production dans le temps le plus opportun, pour les établir et les organiser dans les lieux, sous les formes et dans les conditions les plus utiles, enfin pour les développer dans les proportions requises par la consommation, absolument comme si le producteur continuait à ne faire qu’un avec le consommateur; qu’elle est, en un mot. le grand régulateur de la production. 1. Chacune des branches de la production naît-elle toujours dans le temps le plus opportun? C’est seulement lorsqu’une denrée est assez demandée pour que son prix s’élève au niveau de ses frais de production, augmentés d’une part proportionnelle de produit net, qu’elle commence à être produite. On dit alors qu’elle possède un débouché. Nous venons de voir qu’à l’origine, chaque producteur se sert de débouché à lui-même. Mais lorsque le travail vient à se diviser, le débouché s’agrandit: chaque catégorie de producteurs sert de débouché aux autres. Ainsi, les agriculteurs produisent des substances alimentaires non seulement pour eux-mêmes, mais encore pour les maçons, les cordonniers, les fabricants d’étoffes, etc. Les cordonniers fournissent des souliers aux agriculteurs, aux maçons et aux autres catégories de production. Ainsi de suite. Cependant, dans la production divisée aussi bien que dans la production isolée, ces différentes branches de l’industrie humaine ne naissent point d’une manière simultanée. Elles ont un ordre de développement naturel, ordre déterminé par la formation et le développement de chaque débouché. Le besoin de nourriture étant celui que nous pouvons le moins nous dispenser de satisfaire, l’industrie alimentaire a été évidemment la première à se constituer. Viennent ensuite le besoin de se préserver des intempéries des saisons, et celui de se défendre contre les hommes et les animaux nuisibles, qui ont donné naissance à plusieurs autres branches de la production. Les industries qui pourvoient à ces besoins de première nécessité sont les seules que l’on observe chez les peuples demeurés à l’échelon inférieur de la civilisation. Pourquoi? parce que le travail de l’homme, chez ces peuples arriérés, suffit à peine pour lui procurer une alimentation, des vêtements et un abri grossiers. Tout son temps et toutes ses ressources doivent y être consacrés. Mais que l’industrie se perfectionne, que les moyens de production dont l’homme dispose viennent à s’accroître de telle façon qu’après avoir pourvu à ses besoins de première nécessité, il puisse encore en satisfaire d’autres, on verra aussitôt un débouché naître pour les denrées de seconde nécessité et même pour les objets de luxe. Ces moyens de production supplémentaires que le progrès aura mis au service de l’homme, il les emploiera à créer un supplément de choses utiles et à apaiser des besoins qui étaient demeurés jusqu’alors non satisfaits. C’est ainsi que les différentes branches de la production naissent et se développent, successivement, à mesure que l’industrie se perfectionne. Il y a dans leur croissance un ordre chronologique naturel. Chaque branche de la production naît aussitôt qu’elle trouve un débouché, et la formation du débouché dépend, à son tour, du nombre et de la perfection des agents productifs dont l’homme dispose. Tout progrès, en développant les moyens de production, crée par là même un nouveau débouché et permet à l’homme de satisfaire un nouveau besoin ou, pour mieux dire, un besoin demeuré jusqu’alors inassouvi. Grâce aux progrès successifs que l’humanité a accomplis depuis l’origine de la civilisation, l’homme peut satisfaire aujourd’hui un bien plus grand nombre de besoins et d’une manière bien plus complète qu’il ne le pouvait jadis, et la production qui n’avait alors que quelques rameaux en possède aujourd’hui des milliers. Examinons maintenant comment il se fait que chacune des nombreuses ramifications de l’industrie humaine naisse d’ellemême, dans le plus opportun, sauf toujours bien entendu l’action des causes perturbatrices de l’ordre économique. Nous venons de dire qu’une industrie ne peut naître qu’à la condition de posséder un débouché, c’est à dire à la condition que ses produits soient assez demandés pour que leur prix courant s’élève au niveau de leurs frais de production augmentés d’une part proportionnelle de produit net. C’est seulement alors, en effet, qu’on peut en entreprendre la production avec avantage pour soi, avec utilité pour autrui. Si on l’entreprend plus tôt, qu’arrivera-t-il? Que l’on n’obtiendra pas de cette denrée un prix suffisant pour couvrir ses frais de production augmentés d’une part proportionnelle de produit net, c’est à dire qu’il y aura perte à la produire. Qu’est-ce que cela signifiera? Cela signifiera que cette denrée est moins utile que les autres, puisque les consommateurs ne consentent pas à s’imposer pour l’obtenir des sacrifices proportionnés à ceux qu’ils s’imposent pour se procurer celles-ci. Moins elle sera utile, moins haut s’élèvera son prix, en sorte que plus on devancera l’époque où il deviendra opportun de la produire, plus considérable sera la perte que l’on éprouvera en la produisant. Cette époque ne pourra non plus être dépassée, au moins d’une manière sensible. Supposons, en effet, qu’une denrée non encore produite vienne à obtenir un débouché, supposons qu’elle vienne à être assez demandée pour que son prix dépasse ses frais de production, augmentés d’une part proportionnelle de produit net, qu’arrivera-t-il? Que la production de cette denrée devenant plus avantageuse que celle de tout autre, on la produira de préférence, et que l’excitation sera d’autant plus vive que l’époque où l’on pouvait commencer à la produire utilement s’éloignera davantage, car son prix s’élèvera progressivement à mesure qu’elle sera plus demandée sans être encore offerte. Si l’on se rend bien compte de ce phénomène économique, on se convaincra, comme nous l’avons remarqué ailleurs (1) , qu’il n’est nullement nécessaire que le gouvernement inter vienne pour provoquer l’établissement de n’importe quelle branche de la production. S’il intervient pour produire une denrée, avant que cette denrée soit assez demandée pour que son prix s’élève au niveau de ses frais de production augmentés d’une part proportionnelle de produit net, il causera une perte à la société et son intervention sera nuisible. S’il intervient pour la produire, après que la production en est devenue suffisamment avantageuse, son intervention sera au moins inutile. Quelques-uns affirment cependant qu’il peut être utile de hâter ou de reculer, voire même d’ajourner indéfiniment l’époque où une industrie prendrait naissance, soit en la subventionnant de manière à couvrir tout ou partie du montant de ses frais de production et en créant ainsi à ses produits un débouché artificiel, aux dépens des débouchés de tous les autres produits; soit, au contraire, en renchérissant ou même en interdisant la production nouvelle, de manière à retarder autant que possible l’époque de son éclosion naturelle. Ce genre d’intervention, dont nous aurons à discuter le mérite lorsque nous nous occuperons de la consommation, s’appuie sur une proposition dont la vérité devient de jour en jour plus contestable, savoir que les gouvernés sont moins aptes que le gouvernement à discerner ce qui leur est utile. Mais en laissant à part la question de la légitimité ou de l’utilité des divers besoins qui se manifestent dans l’homme, nous pouvons affirmer que la production tend toujours, d’elle-même, à se mettre en harmonie avec eux; nous pouvons affirmer qu’aussitôt qu’une chose non encore produite acquiert une utilité proportionnée à celle des choses déjà produites, elle ne tarde pas à être offerte aux consommateurs, car les agents productifs sont attirés dans cette nouvelle direction, avec d’autant plus de force que le produit est plus demandé, c’est à dire qu’il a acquis plus d’utilité. Sous le régime de la production divisée comme sous le régime de la production isolée, l’éclosion des différentes branches de l’industrie humaine tend donc à s’opérer toujours conformément aux besoins du consommateur et aux ressources dont il dispose pour les satisfaire, c’est à dire dans le temps le plus utile. II. Chacune des branches de la production s’établit-elle toujours dans le lieu, sous la forme et dans les conditions les plus utiles? Quand vous portez vos regards sur la carte économique du monde, vous vous a percevez au premier coup d’œil que chaque contrée ne produit pas indifféremment toutes choses; vous vous apercevez que la production a sa distribution topographique comme elle a son développement chronologique. Ainsi, le blé ne croît guère que dans les régions tempérées, le riz exige un climat plus chaud, le café, le coton, les épices ne peuvent être produits que sous les latitudes les plus basses. Il en est de même pour les minéraux. Chaque région du globe a ses gisements particuliers de minéraux comme elle a ses gisements d’animaux et de plantes. Enfin, si l’on étudie la race humaine dans les différentes contrées du globe, on se convaincra que les facultés dont elle est pourvue peuvent être assujetties aussi à un classement topographique. Il y a certainement une relation qui nous échappe entre la formation du règne minéral et celle des deux autres règnes; il y a des rapports mystérieux qui unissent les minéraux, les plantes et les animaux et qui déterminent leur distribution. En tous cas, le coup d’œil le plus superficiel jeté sur notre globe suffit pour démontrer que tous les genres de production ne peuvent s’établir en tous lieux. Ces conditions de lieu ne se manifestent pas seulement de contrée à contrée; elles s’observent encore dans le choix des localités où chaque industrie établit ses principaux foyers. Ainsi la plupart des industries de luxe se sont concentrées à Paris, sauf l’industrie de la soie dont le foyer est à Lyon. En Belgique, la production du drap s’est concentrée à Verviers et celle du coton à Gand. Cette localisation industrielle ne s’est pas opérée d’une manière arbitraire. Des causes naturelles, résidant dans le climat, dans le gisement des matières premières et des facultés industrielles des populations, déterminent chacune des branches de la production à se caser dans telle localité plutôt que dans telle autre. Des causes artifielles interviennent aussi pour déterminer la localisation des industries parfois à contresens de la nature. On peut affirmer, d’une manière générale, que toutes les industries tendent à se localiser dans les endroits où les difficultés de la production sont les moins considérables, où la production est la plus économique. Il en est ainsi, soit qu’elle se trouve placée sous le régime du monopole, soit qu’elle se développe sous la loi de la concurrence. Dans le premier cas, les producteurs peuvent s’attribuer, en grande partie, les bénéfices des progrès qu’ils réalisent. Or, se placer dans une localité où la production est plus facile qu’ailleurs, n’est-ce pas réaliser un progrès? Les producteurs se trouvent ainsi excités, même sous le régime du monopole, à se placer dans les endroits les plus favorables à l’exercice de leur industrie. Dans le second cas, savoir sous le régime de la concurrence, le prix des choses tend irrésistiblement à se mettre au niveau des difficultés de la production, dans les endroits où elle est la plus économique. Il en résulte que les producteurs placés dans des localités peu favorables ne peuvent obtenir un prix suffisant pour couvrir leurs frais. Cela étant, ils finissent par être dépouillés peu à peu des éléments de production dont ils disposent et par cesser de produire. Sous ce régime, les producteurs se trouvent dont excités, bien plus énergiquement encore que sous le régime du monopole, à se fixer dans les localités les plus favorables à l’exercice de leur industrie. En effet, dans le cas du monopole, c’est uniquement l’appât d’un supplément de bénéfice qui les y provoque; dans le cas de la concurrence, ils y sont tenus sous peine de mort industrielle. Si aucun obstacle ne s’était opposé depuis l’origine des sociétés à la bonne distribution topographique de la production, il est présumable qu’après une foule de tâtonnements et d’écoles, ses différentes branches auraient fini par se localiser de la manière la plus conforme à la distribution des ressources particulières du sol et du climat, comme aussi au génie particulier des populations. Malheureusement cette distribution économique de la production a rencontré des obstacles de tous genres. Elle en a rencontré dans la nature, elle en a rencontré aussi dans les hommes. La difficulté naturelle des communications a été jusqu’à présent le principal obstacle à une bonne distribution topographique de la production. Cette difficulté inhérente à l’imperfection ou à l’insuffisance originaire des moyens de transport, a permis à certaines industries de s’établir dans des localités naturellement peu favorables et de subsister, ainsi placées, sous la protection de l’obstacle des distances. D’autres causes, provenant des passions ou des mauvais calculs de l’homme, telles que la guerre et la prohibition, ont agi encore pour entraver la distribution économique de la production. Voici une comparaison qui pourra vous montrer, je pense, avec une certaine clarté, de quelle manière elles ont agi. Il y a un fait qui doit vous avoir frappés, car vous pouvez l’observer à Bruxèlles mieux que partout ailleurs, c’est la manière incommode et anti-économique dont la plupart des anciennes villes sont bâties; c’est la mauvaise situation dans laquelle elles sont placées. Bruxelles, par exemple, est bâti sur le versant d’une colline. La partie supérieure de la ville est sur un plateau, la partie inférieure est dans un marais. Les habitants de Bruxelles passent leur vie à monter et à descendre. Si l’on évaluait la force et le temps qui sont perdus, les matériaux qui sont usés dans ces montées et dans ces descentes continuelles, en d’autres termes, si l’on supputait ce que Bruxelles a perdu, depuis son origine, à n’être pas bâti sur un terrain plat, on arriverait certainement à un total énorme. Une autre particularité caractérise encore les anciennes villes, c’est l’étroitesse incommode et insalubre des rues. Cependant, si l’on examine les environs de ces villes bâties sur le flanc des montagnes et resserrées dans une étroite enceinte, on apercevra, le plus souvent, des plaines magnifiques, offrant un choix d’emplacements vastes et commodes pour l’établissement d’une cité. Enfin, si l’on visite un pays neuf, les États-Unis par exemple, on remarquera que les habitants choisissent de préférence pour bâtir leurs villes non les montagnes, mais les plaines; on remarquera aussi que l’espace n’est pas épargné dans les villes d’Amérique que les places et les squares y abondent et que les rues y ont toute la largeur désirable. D’où proviennent ces différences dans le choix de l’emplacement des villes et dans la manière de les bâtir? Devons-nous croire que nos ancêtres préféraient les montagnes aux plaines et les rues étroites aux rues larges? Devons-nous croire qu’ils préféraient ce qui est incommode et malsain à ce qui est commode et sain? Nullement. Ce n’était point par goῦt qu’ils se logeaient sur le flanc des montagnes et dans des rues étroites et malsaines; c’était par nécessité. Ils y étaient contraints par la guerre. A l’époque où le plus grand nombre de nos anciennes villes ont été bâties, on ne trouvait de sécurité nulle part. Partout, le citoyen paisible courait incessamment le risque d’être volé ou assassiné. Au moyen âge, par exemple, l’insécurité était universelle. Les conquérants barbares s’étaient établis dans les endroits les plus inaccessibles; ils y avaient bâti des châteaux forts, et ils s’élançaient de ces nids de vautours sur les contrées avoisinantes pour les piller ou les rançonner. Trop faibles pour leur résister, les victimes de leurs déprédations songèrent alors à composer régulièrement avec eux comme on compose avec les bandits, dans les pays où le gouvernement est sans force. Ils s’assurèrent contre leurs incursions et leurs pillages en leur payant un tribut. Mais comme les bandes qui ravageaient le pays étaient nombreuses, ce procédé serait devenu fort dispendieux s’il avait fallu payer un tribut à chacune. On s’adressait donc à la bande la plus forte pour obtenir sa protection contre les autres bandes. Cette protection, on l’obtenait moyennant un tribut plus ou moins élevé, selon les circonstances. Enfin, pour que la garantie fῦt plus sῦre, la protection plus efficace, les protégés se logeaient aussi près que possible de leurs protecteurs. D’ordinaire, ils s’établissaient immédiatement au dessous des châteaux forts, afin de pouvoir s’y réfugier en cas d’alerte. Ce fut ainsi que se bâtirent le plus grand nombre des villes, dont l’origine remonte au moyen âge. Les premières maisons s’élevèrent au dessous des fossés du château, et les autres s’échelonnèrent, comme en amphithéâtre, sur les gradins inférieurs. Aussitôt que les habitants se trouvèrent réunis en nombre suffisant, ils environnèrent leur cité de murailles pour compléter leur système de défense. Quand on se rend compte des nécessités du temps, on comprend aussi pourquoi les rues étaient si étroites. C’est que les murailles avaient été bâties à une époque où les habitants, encore en petit nombre, resserraient, autant que possible, leurs lignes de défense. Mais, à mesure que la population s’accroissait, il fallait plus de place pour la loger. Que faisait-on pour résoudre ce problème? On augmentait la hauteur des maisons et l’on diminuait la largeur des rues. On parvenait ainsi à loger un maximum de population dans l’intervalle compris entre les lignes de défense. On aurait pu, à la vérité, reculer les murs d’enceinte de la cité, mais cette opération, exigeant une dépense considérable, on la retardait autant que possible. Une partie de la population aurait pu se loger aussi en dehors des portes, mais, dans les premiers siècles qui suivirent les grandes invasions des barbares, elle ne s’y serait pas trouvée suffisamment en sῦreté. Voilà pourquoi les populations s’entassaient sur le flanc des montagnes au lieu de se loger commodément dans les plaines. Ce n’était point par goῦt, c’était par nécessité. Cependant, la sécurité s’est progressivement accrue. La féodalité a disparu et la guerre avec elle, du moins dans l’intérieur de chaque pays. Alors, qu’est-il arrivé? C’est que la popution urbaine a tendu à se déplacer, c’est qu’elle a choisi des emplacements plus commodes et plus sains que ceux où le soin de sa sécurité l’obligeait d’abord à se confiner. La population des villes hautes est généralement descendue dans les plaines avoisinantes et elle y a bâti les villes basses. Les faubourgs doivent leur origine à ce progrès de la sécurité, qui permettait aux hommes industrieux et paisibles de vivre désormais en dehors d’une enceinte fortifiée (1) . Ce mouvement de déplacement de la population des anciennes villes s’est, du reste, opéré lentement, car les maisons sont des capitaux durables que leurs propriétaires ne se résignent pas aisément à abandonner, et qu’ils louent à vil prix plutôt que de les démolir; mais c’est un mouvement universel. Nos villes tendent de plus en plus à quitter les versants des montagnes ou des collines pour s’épandre largement dans les plaines, et ce mouvement s’opère, le plus souvent, en dépit des résistances des administrations municipales qui s’efforcent de “protéger” les vieux quartiers aux dépens des nouveaux. Vous voyez quelle influence considérable la gnerre a exercée sur “l’assiette” des anciennes villes. Elle n’en a pas exercé une moindre sur l’assiette de la production. Lorsque la guerre était l’état normal des sociétés, les producteurs, en choisissant un emplacement pour leur industrie, avaient égard, avant tout, au degré de sécurité qu’il pouvait leur offrir. C’était la condition principale. La difficulté naturelle des communications,—difficulté que la guerre augmentait encore, — rendait d’ailleurs toute concurrence fort difficile sinon impossible. Mais, à la longue, la guerre a cessé d’être l’état normal de la société, et l’industrie de la locomotion, dont elle enrayait les progrès, s’est rapidement développée et perfectionnée. Alors l’assiette de la production a été menacée d’une révolution analogue à celle qui vient d’être signalée dans l’emplacement des cités. Des établissements que la guerre et la difficulté naturelle des communications avaient jusqu’alors préservés de la concurrence, ont vu leur clientèle passer à d’autres établissements situés dans des conditions plus favorables, et leur ruine aurait été certaine si l’on n’avait imaginé de remplacer, à leur profit, les entraves de la guerre par celles des barrières de douanes, les soldats par des douaniers. Le système prohibitif eut primitivement pour objet de neutraliser les effets de la paix et du développement progressif des communications internationales, au profit des établissements qui s’étaient constitués sous le régime antérieur. Il fut établi en vue d’empêcher les industries mal placées de succomber sous l’effort des concurrences que cette nouvelle situation de la société faisait surgir. A coup sῦr, ce système était peu intelligent, car il perpétuait pour les peuples la plus grosse part des maux de la guerre. Il empêchait la production de s’établir dans la situation la plus favorable, et il faisait ainsi obstacle à l’abaissement naturel des prix. Mais s’il lésait les intérêts des masses, il favorisait, en revanche, ceux des propriétaires des fonds immobiliers servant à la production, et ces propriétaires, qui jouissaient d’une influence prépondérante dans la plupart des États civilisés, ne se firent point scrupule de faire prévaloir leurs intérêts sur ceux du reste de la nation. De même, si les propriétaires des habitations situées sur le flanc des montagnes avaient eu le pouvoir d’empêcher les populations urbaines d’aller se loger dans les plaines, ils ne se seraient vraisemblablement point fait scrupule d’user de ce pouvoir. Ils auraient établi des douanes pour empêcher ces populations de s’épandre en dehors de l’enceinte des anciennes cités. Les habitants des villes auraient continué alors, indéfiniment, de supporter une partie des maux auxquels les soumettait l’anarchie féodale. Ils auraient continué de vivre dans des maisons bâties et entretenues à grands frais sur le flanc des montagnes, chères, incommodes et malsaines. Telle a été l’influence du système prohibitif sur la plupart des branches de l’industrie humaine. Ç’a été de maintenir sous un régime de paix les conditions de production et les prix d’un régime de guerre. Mais la guerre et le système prohibitif qui la continue finiront certainement par disparaître. Lorsque la guerre aura cessé d’exister d’une manière normale, lorsqu’elle ne sera plus qu’un accident dans la vie de l’humanité, lorsque le système prohibitif aura été abandonné, la production se localisera d’ellemême de la manière la plus conforme à la nature. Restera encore, à la vérité, la difficulté naturelle des communications qui continuera de protéger, dans une certaine mesure, les industries mal situées. Mais il ne faut pas oublier que l’application de la vapeur et de l’électricité à la locomotion est en train de révolutionner l’industrie des transports; il ne faut pas oublier que les distances s’annulent, pour ainsi dire, devant ces deux agents formidables. La protection résultant de l’obstacle des distances s’annule avec elles, et chacune des branches de la production se trouve ainsi, de plus en plus, mise en demeure de se placer dans la situation la plus économique. Ce qui est vrai pour le temps et le lieu où se développent les différentes branches de la production ne l’est pas moins pour le mode de leur établissement, pour la forme sous laquelle elles se constituent. Ici encore rien n’est arbitraire, rien n’est “anarchique.” Les entreprises de production tendent à se constituer toujours sous la forme et dans les limites les plus utiles, eu égard aux circonstances. On conçoit encore qu’il en soit ainsi. S’il y a concurrence, les producteurs seront obligés d’adopter pour leurs entreprises les formes et les limites qui leur permettront de réduire leurs frais de production au minimum, c’est à dire les formes et les limites les plus économiques. Dans ce cas, les consommateurs profiteront de l’abaissement de prix qui en résultera. S’il y a monopole, l’excitation à choisir les formes et les limites les plus utiles sera moindre, et il arrivera fréquemment sous ce régime que les entreprises de production seront mal constituées et limitées d’une manière peu économique. Toutefois, les producteurs auront encore intérêt à choisir les formes et les limites les plus utiles, sinon par l’appréhension d’une perte, au moins par l’appât d’un bénéfice, car ils tireront profit de l’économie résultant de toute modification progressive de la constitution et des limites de leur entreprise. Cela posé, la forme et les limites des entreprises de production sont essentiellement diverses et mobiles. Telles formes et telles limites peuvent convenir à un certain genre d’entreprises et ne pas convenir à un autre; telles formes et telles limites, qui peuvent encore se trouver appropriées à certaines circonstances de temps ou de lieu, doivent être abandonnées ou modifiées lorsque ces circonstances changent ou se modifient. Cette partie de la science économique est encore peu avancée, et nous en avons la preuve dans les discussions qu’elle suscite journellement. Ainsi, nous avons vu, à une époque récente, certaines écoles condamner, d’une manière absolue, la constitution actuelle de la production, et demander qu’on substituât aux entrepreneurs d’industrie des associations de travailleurs. L’essai de cette nouvelle forme de la production a été fait, mais il n’a réussi que d’une manière partielle et insuffisante. Est-ce à dire que le régime des “associations ouvrières” doive être condamné d’une manière irrévocable? Non, à coup sῦr, car telle forme de la production qui vaut aujourd’hui moins que telle autre, peut valoir davantage demain. Il en est de même pour les limites des entreprises de production. On discute beaucoup, par exemple, sur la grande et sur la petite culture. L’une et l’autre ont des partisans exclusifs et fanatiques. Qu’est-il résulté cependant des débats auxquels cette question intéressante a donné lieu? C’est que dans certains pays, à certaines époques et pour certains produits agricoles, la grande culture est plus avantageuse que la petite, tandis qu’elle l’est moins dans d’autres pays, à d’autres époques et pour d’autres produits. L’essentiel, c’est de laisser pleine liberté aux producteurs de choisir les formes et les limites qui leur paraissent préférables, car ils sont irrésistiblement poussés à adopter celles qui présentent un maximum d’utilité ou d’économie, eu égard aux circonstances. Quand on examine les formes et les limites des entreprises de production, il faut avoir égard avant tout à la situation des milieux où elles s’établissent. Cela n’empêche pas que les unes ne puissent être plus parfaites que les autres. De mème que la production acquiert chaque jour un matériel plus puissant, un personnel plus instruit et plus habile, elle s’établit aussi sous des formes et dans des limites de plus en plus économiques. Mais c’est là un progrès qui a ses conditions naturelles, et qu’on essayerait en vain d’accélérer en implantant, par exemple, de nouveaux modes d’organisation de la production dans un pays et dans un temps qui ne les comportent pas encore. C’est comme si l’on voulait remplacer la force des chevaux ou même celle des hommes par celle de la vapeur, dans un pays où les chevaux et les hommes seraient en abondance, ainsi que les aliments nécessaires pour les faire subsister, tandis que les matériaux qui entrent dans la construction des machines, le combustible qui sert à les alimenter, les connaissances indispensables pour les diriger, seraient rares. Malgré sa supériorité intrinsèque, la machine à vapeur ne pourrait, dans de telles circonstances, soutenir la concurrence de la bête de somme ou de l’homme de peine. La même observation s’applique aux formes et aux limites de la production. C’est pour n’y avoir pas pris garde que certains socialistes ont réclamé d’une manière si peu opportune la substitution immédiate et générale des associations ouvrières aux entrepreneurs d’industrie, et que certains économistes ont commis la faute de se faire les avocats exclusifs de la grande ou de la petite culture. En résumé, soit qu’on observe les entreprises de production, au point de vue du temps et du lieu où elles s’établissent, de la forme sous laquelle elles se constituent, des limites dans lesquelles elles se développent, on demeure frappé du même phénomène, savoir, qu’elles ont une irrésistible tendance à s’organiser toujours de la manière la plus utile. Cette tendance existe dans la production divisée au même degré que dans la production isolée. Dans l’une comme dans l’autre, c’est l’intérêt du producteur qui agit pour la faire naître; seulement, dans la production isolée, cet intérêt agit sans aucun intermédiaire, tandis que, dans la production divisée, il agit à l’aide du mécanisme naturel de la formation des prix. Nous verrons dans la prochaine leçon que ce même mécanisme détermine, sous le régime de la spécialisation des industries et de l’échange, la proportion utile des différentes industries et des différents produits, en d’autres termes, l’équilibre de la production avec la consommation. [(1)]Voir le chapitre de la Spècialisation des industries et de l’échange. [(1)]Dans les Soirées de la rue Saint-Lazare ou Entretiens sur les lois économiques, etc. Voici le passage auquel il est fait allusion ici: [(1)]Dans certains pays où la sécurité n’a pas fait de progrès, dans la Calabre par exemple, l’enceinte des villes seule est habitée. C’est ainsi du moins que Paul Louis Courier peint la Calabre dans sa correspondance: |

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