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Subject Area: Political Theory

APPENDIX I: AUTOBIOGRAPHICAL FRAGMENTS. - Jean-Jacques Rousseau, The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 2 [1915]

Edition used:

The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, ed. from the original manuscripts and authentic editions, with introductions and notes by C. E. Vaughan. (Cambridge University Press, 1915). In 2 vols. Vol. 2.

Part of: The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, 2 vols.

About Liberty Fund:

Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals.


APPENDIX I

AUTOBIOGRAPHICAL FRAGMENTS.

  • A.Original close ofLettres de la Montagne, v. [MS. Neuchâtel, 7840.]
  • B.Early versions of the opening ofLes Confessions. [Geneva MS, f. 229. Neuchâtel MS, 7843.]
  • C.Two fragments on art. [MSS. Neuchâtel, 7854 and 7840.]
  • D.Conclusion of the original manuscript of theDialogues. [British Museum, Add. MSS., 4925.]
  • E.Fragments intended forRêveries du promeneur solitaire. [MS. Neuchâtel, 7872.]

∗A MS. 7840, pp. 22–3. End ofLettre v. de laMontagne, as originally written.

[The preceding paragraph ends ‘et de punir la raison? la mienne s’y perd ‘(Hachette, III. 196), i.e. that which begins ‘Une des choses qui me donnent le plus de confiance’—the passage about Voltaire having preceded. An entirely different close was substituted for this in the final version.]

Eh! loin que la confiance que j’ai quelquefois dans mes sentiments soit insultante pour ceux des autres, à peine est-elle affirmative et jamais elle n’est obstinée. 1 J’avais à peine pris le premier pas dans la triste carrière, qu’on m’a fait parcourir entre les bûchers et les feux, que je me vis attaquer de toutes parts. Jeune auteur encore, quoiqu’homme déjà mûr, je me défendis d’abord avec l’impétuosité2 de la première ferveur. Le public ne jugea pas que je m’en tirasse mal et que je fusse dépourvu des talents polémiques. Je3 renonçai toutefois1 bientôt à leur usage. Je sentis que la dispute troublait l’âme, en substituant l’amour-propre à l’amour de la vérité, et qu’il était impossible d’y conserver toujours la même bonne foi. Il y a plus de dix ans que je pris publiquement congé de mes adversaires2 et, renonçant à des combats pour lesquels3 je n’étais point fait, je pouvais dire comme Entelle:

Victor cestus artemque repono4 .

Je puis ajouter que jamais engagement ne fut pris de meilleur cœur et ne coûta moins à remplir. Depuis ce temps, à chaque ouvrage que j’ai publié, quelle foule d’agresseurs ne5 sont point venus à la charge? que d’injures ne m’a-t-on point dites6 ? quels sots raisonnements n’a-t-on point employés? quelle justice, quelle décence, a-t-on montrée7 , sitôt qu’il a été question de moi? M’a-t-on vu prendre une seule fois la plume pour répondre? m’a-t-on vu me fâcher des torts que l’on me faisait.? m’a-t-on vu soutenir mes sentiments8 en aucune manière? Non! j’ai tout laissé dire, j’ai tout laissé faire; et je me suis tenu tranquille aussi longtemps qu’on m’y a laissé. De nouvelles réflexions9 m’ont affermi dans ces dispositions paisibles10 . En comparant mes raisonnements à ceux des autres, ma manière de voir aux leurs, j’ai senti que nous ne nous accorderions de la vie; que, si leurs cœurs étaient tous de bonne foi, leur tête était autrement faite que la mienne; que par conséquent rien n’était moins utile entre nous que de disputer sans s’entre-convaincre, puisqu’il faudrait qu’un des disputeurs prêtât à l’autre son cerveau, pour11 voir les choses comme il les voit lui-même.

Cette réflexion m’en fit naître une autre, plus utile encore et plus importante au repos des hommes, s’ils savaient s’en pénétrer, comme moi. C’est que nul de nous ne sait si la vérité qu’il voit, ou qu’il croit voir, est bien réellement celle qui existe. 12 Si la raison universelle passe dans le cerveau d’un homme comme dans une filière12, si elle se moule pour ainsi dire sur son organisation, comment peut-il s’assurer que sa filière est meilleure que celle d’un autre et de tous les autres? et que par conséquent il voit seul la vérité? Pour s’assurer d’elle, il faudrait avoir au moins un autre terme de comparaison; mais chacun n’a que le sien et veut le donner pour règle à tous les autres, qui ont aussi chacun le leur. Quelle injustice, quelle ineptie! Je me vois seul de mon sentiment; et il est vrai que, quant à moi, je le trouve d’une évidence dont rien n’approche. Mais si les autres ne le voient pas ainsi, ce qui n’est démontré que pour moi ne saurait l’être pour eux1 .

Ainsi2 c’est en vain, s’ils le rejettent, que je voudrais le leur faire adopter. Si je le crois utile aux hommes, mon devoir est de le leur proposer; je dois leur dire aussi mes raisons afin qu’ils les examinent et puis qu’ils jugent. Après cela, tout est dit. Soit qu’ils m’écoutent ou non, qu’ils disputent ou qu’ils se taisent, qu’ils s’échauffent ou qu’ils se calment, qu’ils m’en sachent3 bon ou mauvais gré, je n’ai plus qu’à rester tranquille; mon devoir est rempli, ma tâche est faite; le reste les regarde, et non pas moi4 .

Voilà la manière de penser sur laquelle, depuis qu’elle m’est venue, j’ai tâché de conformer ma conduite à tous égards. J’ai toujours fui les débats et la dispute. Je n’ai jamais été disputeur, chicaneur. Je n’ai jamais attaqué personne sans une absolue nécessité5 ; et quand j’y ai été entraîné malgré moi, je me suis6 borné aux sentiments, et j’ai toujours7 traité honorablement les hommes. Cependant j’avoue avoir pris quelquefois dans mes premières feuilles un l’on tranchant et sententieux, bien moins par goût que par imitation. C’était le ton à la mode, et je m’y conformais sans y songer. Mais voyez mes derniers écrits; ceux même pour lesquels on me traite avec tant de barbarie. Que de précautions n’y prends-je point pour ne pas m’ériger en juge, et pour ne pas prétendre faire autorité8 ! Je ne9 dois pas répéter ce que j’ai dit là-dessus. Mais, sur l’objection de m’ériger en prophète et réformateur, considérez, je vous prie, ma manière de vivre en toute chose et concevez-en, si vous pouvez, une plus éloignée des pratiques1 , des machinations, que me reproche l’auteur des Lettres. Je laisse mes livres courir’leur fortune, sans m’en mêler en quoi que ce soit. Qu’on adopte ou rejette mes opinions, c’est la chose dont je me soucie le moins. Qu’on me réfute, je laisse dire. Qu’on m’insulte, je ne m’en émeus pas. Qu’on m’accuse d’être rempli de contradictions, de folies, de n’avoir qu’un petit mélange de mots bien agencés, je ris et je laisse rire. Je me retiens dans mon coin le plus que je puis. Je ne cherche point à faire l’orateur, le convertisseur; je n’ai pas fait un seul prosélyte, je ne tournerais pas le pied pour en faire un2 . Je suis seul de mon parti sur la terre. Cela est clair. Voit-on que je m’en fâche, et que je me tourmente beaucoup pour gagner des sectaires3 ?

Si j’en avais voulu faire, j’aurais donc été le premier fou4 qui n’en ait pu venir à bout. Mais qui sait où est la vérité5 ? Je vois un objet que je prends pour elle; c’est la vérité pour moi et pour ceux qui verront comme moi; il ne l’est pas pour un autre: voilà la vérité6 . Mais personne ne voit comme moi; à la bonne heure. Ma vérité n’est pas la leur. Mais restons tous tranquilles dans nos sentiments, en attendant que la suprême raison nous éclaire. Restons tous dans nos principes; mais ne punissons personne pour avoir dit le sien! Voilà ma règle. Je me défends, parce qu’on attaque ma personne. Il faut bien que je me justifie des crimes que l’on m’impute et pour lesquels on me persécute, lorsque je ne les ai pas commis. Mais il ne faut que je fasse7 faire de mes opinions la règle de celles des autres; et c’est aussi ce qu’assurément je ne fais pas. Je suis tolérant par principe, et je ne connais de vrai tolérant que moi. Car je n’ai jamais su mauvais gré à personne de ne pas penser comme moi. La seule chose que je ne1 tolère pas, c’est la méchanceté, la mauvaise foi; parce que la méchanceté est nuisible aux autres; parce que la mauvaise foi est un mensonge, une insulte contre la vérité, qui retombe sur ses partisans. Avec ces conditions, je parle sans me contraindre, parce que je ne veux jamais faire loi2 .

∗ ∗ ∗ ∗ ∗

Comme il n’y a rien dans mon cœur que je doive cacher, je dis ouvertement et franchement ce que je sens3 . Je n’emploie ni ménagement ni détour. Je sens que l’intention n’en a pas besoin; et cette4 intention se montre5 . Voilà ce que l’auteur des Lettres appelle être imprudent et maladroit. Quoi qu’il m’en arrive, j’aime mieux être droit qu’adroit.

Tout cela n’a pas trop l’air, ce me semble, d’un Prophète, d’un Missionnaire, d’un envoyé de Dieu qui vient, la foudre à la main, précipiter dans les flammes éternelles quiconque ne pense pas comme lui. Ce sont vos gens qui font les prosélytes et qui prononcent leurs oracles du ton des organes du Tout-puissant. Ce sont eux qui se chargent de le venger, contre sa défense, de ceux qui ne l’offensent point. Ils osent interpeller les consciences sur les traitements qu’ils me font, comme s’ils n’avaient pas contre eux, dans Genève même, ce qu’il y a d’hommes justes et véritablement adorant 6 Dieu.

Et en conscience7 ! en mon tour! Voyez de quel côté sont la probit, la piété, l’amour des lois, la vertu, Voyez parmi les Représentants l’élite respectable de vos plus dignes citoyens, qui ont conservé la religion, les mœurs et les sentiments de leurs ancêtres. Interrogez toujours, interrogez le vertueux Abauzit8 ! Vous les voyez eux-mêmes, qui ne pensent pas comme moi, prendre ouvertement ma cause, parce qu’ils ne croient pas qu’erreur soit un crime; parce que nous sommes d’accord sur tout ce qui nous importe et qui devait nous unir: sur les devoirs de l’homme, du chrétien, du citoyen. À qui d’entre vous importe le reste?

Je répugne à parler de mes adversaires, je répugne toujours à personnaliser. Je ne dirai point s’ils ont de la religion, s’ils n’en ont pas. Mais je dirai hardiment que vouloir la venger par des injustices, par des mensonges, par des noirceurs, par des persécutions, par des crimes, c’est là vraiment l’attaquer; il vaudrait mieux n’en point avoir que d’en avoir une ainsi faite. Et il serait fort à craindre que qui ne connaîtrait point la religion chrétienne n’en prît point1 une grande opinion sur ses défenseurs2 . Ils prouvent que la mienne n’est pas la leur. Je leur rends grâce; ils m’évitent la peine de le prouver. Ile disent que je ne suis pas chrétien. Je l’accorde, lorsqu’un seul d’entr’eux fera voir qu’il l’est.

[There is no definite indication where the last four paragraphs were intended to come. It is probable that they were meant to close the Letter. They are written on the v° of p. 22.]

B. Early versions of the opening ofles Confessions.
[Geneva MS. f. 229. Neuchâtel MS. 7843.]

(a) [In connection with the above extract, which may be regarded as a prelude to the Confessions, I transcribe what is manifestly an early draft of the opening paragraphs of the Confessions. It is written in the cover, and on the v° of p. 10, of the second of the two note-books which contain the Projet de Constitution pour la Corse [Geneva MS. f. 229]. The opening sentences [J’ai remarqué . . .dans son propre] are scrawled in a large hand. The rest is in the usual hand of Rousseau. It should be compared with the opening of the version preserved in the Bibliothèque de la Ville, Neuchâtel (MS. 7841), and published in the Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, T. IV, pp 1–224 (1908). The first sentence is almost identical in both versions; a few words of the second sentence reappear in paragraph 3 of the Neuchâtel version. Both differ completely from the corresponding passage in the final version. ]

J’ai remarqué souvent dans le cours de ma vie que, même parmi ceux qui se piquaient le plus de connaître les hommes, chacun ne connaît guère que soi, et que sans dépasser cette règle on juge toujours du cœur d’autrui par le sien. Je veux tâcher de faire qu’on puisse avoir du moins une pièce de comparaison, que chacun puisse connaître soi et un autre; et cet autre, ce sera moi. Si je réussis, j’aurais fait . . .des philosophes . . .grand pas à se connaître . . .du moins . . .et le comparer; et cette étude me paraît plus  . . .et plus sûre que de chercher toujours dans son propre, . . .

Au lieu de juger des autres par soi, il faudrait peut-être juger de soi par les autres. Mais sans s’arrêter à l’apparence, il faudrait pour cela lire dans leur cœur comme on croit lire dans le sien. Mais voilà précisément où nous attend la double illusion de l’amour propre: soit en prêtant à ceux que nous jugeons les motifs qui nous auraient fait agir à leur place; soit, dans cette supposition même, en nous trompant sur nos propres motifs. Pour parvenir donc à se bien connaître, la règle, ou la preuve, est de bien connaître un autre que soi; sans quoi, l’on ne sera jamais sûr de n’être pas dans l’erreur.

Chacun croit pourtant se connaître, et son propre individu est souvent celui qu’il connaît le moins. Si j’étais à la place d’un tel, dit on, je ferais autrement qu’il ne fait. On se trompe souvent: si l’on était à sa place, on ferait tout comme lui.

[The above will be found, with Rousseau’s variants added, in the same volume of the Annales, pp. 231–2. The editor is the distinguished scholar, M. Dufour. When I copied it, I was unaware (as in the case of the next Fragment also) that it had been already published—not only by M. Dufour, but also by M. Grandjean (1893). I print it, nevertheless, because I fear it is unlikely that either the Annales or the Journal de Genève, in which it was published by M. Grandjean, will be familiar to English readers.]

(b) [I also reprint the following from MS. Neuchâtel, 7843. It has been printed before, first by Streckeisen-Moultou (Œuvres et Correspondance inédites de J.-J. R. p. 355), then by M. Schinz and M. Dufour. Like the above, it is manifestly intended to open the Confessions.]

Ne connaîtrons-nous jamais l’homme? Jusqu’ici nul mortel n’a connu que lui-même, si toutefois quelqu’un s’est bien connu lui même; et ce n’est pas assez pour juger ni de son espèce, ni du rang qu’on y tient dans l’ordre moral. Il faudrait connaître, outre soi, du moins un de ses semblables, afin de démêler dans son propre cœur ce qui est de l’espèce et ce qui est de l’individu. Beaucoup d’hommes, il est vrai, pensent en connaître d’autres; mais ils se trompent. Du moins, j’ai lieu d’en penser ainsi par les jugements qu’on a portés sur mon compte. Car, de tous ces jugements divers, quoique portés par des gens de beaucoup d’esprit, je sais en ma conscience qu’il n’y a pas un seul qui soit exactement juste et conforme à la vérité.

C. Two Fragments on the theory of Art.
[The first of these has an obvious relation to the three preceding Fragments.]

∗(a) [MS. Neuchâtel, 7854] Car, comme le goût n’est guère susceptible de démonstration, s’il n’y en a qu’un qui soit le bon et que chacun croie le posséder, ce n’est qu’en les comparant tous qu’on peut s’assurer de celui qui mérite la préférence. L opinion avantageuse que nous avons du nôtre, ainsi que celle que chaque nation a du sien, n’est donc qu’un préjugé qui ne deviendra une raison qu’au faveur de celui qui aura le mieux soutenu le parallèle, . . .le ramener à la perfection et . . ..

∗(b) [MS. Neuchâtel, 7840, p. 69 v°.] Il faut pourtant avouer que l’importance qu’on donne au bon goût est déjà un signe assuré de sa dépravation. Jamais on ne parle tant de goût ni de vertu, que dans les temps où l’on l’a le moins. Partout où règnent vraiment l’un et l’autre, la sensation en est couverte par l’habitude1 ; on les suit2 , on les aime, et l’on n’en parle point. La liaison intime du goût avec les mœurs ne peut échapper à quiconque y réfléchit un moment. C’est une inconséquence qui n’est pas dans l’homme, que d’agir constamment contre ses propres jugements. Le beau abstrait n’est rien du tout; rien n’est beau que par ses rapports de convenance; et l’homme, qui n’a que lui pour mesure de ces rapports, n’en juge que sur ses affections.

L’homme ne fait rien de beau que par imitation. Tous les vrais modèles du goût sont dans la nature. Plus nous nous éloignons du maître, plus nos tableaux sont défigurés. C’est alors des objets que nous aimons que nous tenons nos modèles; et le beau qui n’a de règle que nos fantaisies, sujet au caprice et à l’autorité, n’est plus rien que ce qu’il plaît à ceux qui nous guident.

Ceux qui nous guident sont les artistes, les grands, les riches; et ce qui les guide eux-mêmes est leur vanité. Par là le luxe établit son empire3 , et fait aimer ce qui est difficile et coûteux. Alors le prétendu beau, loin d’imiter la nature, n’est tel qu’à force de la contrarier. Comment ces manières de voir laisseraientelles quelque chose de sain dans les affections des citoyens4 ? Ils seraient5 les meilleurs des hommes, que par cela seul ils deviendraient les plus corrompus. Alors le préjugé, qui doit sa naissance à nos vices, les porte au comble; il leur rend plus de force qu’il n’en tient d’eux; et c’est par lui qu’on ne peut plus être honnête homme qu’à force d’être un fripon6 .

Ce n’est pas tant le luxe de mollesse qui nous perd que le luxe de vanité. Ce luxe, qui ne tourne au bien de personne, est le vrai fléau de la société. C’est lui qui porte la misère et la mort dans les campagnes; c’est lui qui dévaste7 la terre et fait périr le genre humain.

Viens1 , fastueux imbécile, qui ne mets ton plaisir que dans l’opinion d’autrui! que je t’apprenne à le goûter toi-même! Sois voluptueux, et non pas vain! Apprend à flatter tes sens, riche bête! prend du goût, et tu jouiras.

[D’Escherny tells us that the contrary doctrine was constantly on Rousseau’s lips: ‘Il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas.’Éloge de J.-J. Rousseau, p. xci.]

D. Conclusion of the obiginal Manuscript ofDialoguei, as handed to Brooke Boothby (1776).
[British Museum, Add. MSS., 4925, p. 110.]

Suit la copie de la suscription du Manuscrit, contenant ces trois Dialogues, que j’avais résolu de déposer à la seule garde de la Providence sur le grand Autel de Notre Dame de Paris. Mais, ayant voulu exécuter cette résolution le 24 Février, 1776, je trouvai que, par une précaution toute nouvelle, on avait fermé les grilles des bas-côtés qui environnent le Chœur et par lesquels seuls j’aurais pu pénétrer jusqu’à l’Autel. Je me vis donc forcé, sinon de renoncer à mon projet, du moins de la changer. Car je croirai l’avoir très heureusement rempli, si je trouve un dépositaire discret et fidèle. Est-il un plus digne instrument de l’œuvre de la Providence que la main d’un homme vertueux?

[This is followed (p. 111) by the prayer (Protecteur des opprimés . . .) given in all editions of the Dialogues (Hachette, Œuvres, IX. p. 317). The MS. is docketed thus: Ce manuscrit me fut mis entre les mains le 6 Avril, 1776, par M.J.-J. R. (signed) Br. Boothby. Boothby published Dialogue I. (Lichfield) in 1780, and immediately presented the MS. to the Museum. The above Fragment appears in Boothby’s edition (pp. 329–330). It may be noted that his Table des matières includes Dialogues II. and III. with the note: Ces deux derniers Dialogues ne m’ont pas été confiés.]

∗E. Selection of Fragments intended forRêveries du promeneur solitaire (1776–8).
[MS. Neuchâtel, 7872.]

  • (a)Pour bien remplir le titre de ce recueil, je l’aurais dû commencer il y a soixante ans; car ma vie entière n’a jamais été qu’une longue rêverie, divisée en chapitres par mes promenades de chaque jour. Je le commence aujourd’hui, quoique tard, parce qu’il ne me reste plus rien de mieux à faire en ce monde.Je sens déjà mon imagination se glacer, toutes mes facultés s’affroidir. Je m’attends à voir mes rêveries devenir plus froides de jour en jour, jusqu’à ce que l’ennui de les écrire m’en ôte le courage. Ainsi mon entreprise (?) doit naturellement finir quand j’approcherai de la fin de ma vie.[See opening of Rêveries, I. and II.]
  • (b)Je dois toujours faire ce que je dois, parce que je le dois, mais non par aucun espoir de succès; car je sais bien que ce succès est désormais impossible.
  • (c)Je me représente l’étonnement de cette génération, si superbe, si orgueilleuse, et si fière de son prétendu savoir, et qui compte avec une si cruelle suffisance sur l’infaillibilité de ses lumiéeres à mon égard.
  • (d)Il n’y a plus ni affinité, ni fraternité entre eux et moi. Ils m’ont renié pour leur frère; et moi, je me fais gloire de les prendre au mot. Que si néanmoins je pouvais remplir encore envers eux quelque devoir d’humanité, je le ferai sans doute: non comme avec mes semblables, mais comme avec des êtres souffrants et sensibles qui ont besoin de soulagement. Je soulagerais de même, et de meilleur cœur encore, un chien qui souffre. Car, n’étant ni traître, ni fourbe, et ne caressant jamais par fausseté, un chien m’est beaucoup plus proche qu’un homme de cette génération.
  • (e)Il n’y a que moi seul au monde qui se lève chaque jour avec la certitude parfaite de n’éprouver aucune nouvelle peine et de ne pas se coucher plus malheureux.
  • (f)[(e) previously printed by S. M.]

[The above are written on the backs of playing-cards: the last, by a strange irony, on the knave of diamonds.]