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Front Page arrow Titles (by Subject) arrow Chapitre V.: Vice radical 1 . - The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 2

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Subject Area: Political Theory

Chapitre V.: Vice radical 1 . - Jean-Jacques Rousseau, The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 2 [1915]

Edition used:

The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, ed. from the original manuscripts and authentic editions, with introductions and notes by C. E. Vaughan. (Cambridge University Press, 1915). In 2 vols. Vol. 2.

Part of: The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, 2 vols.

About Liberty Fund:

Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals.


Chapitre V.

Vice radical1 .

Évitons, s’il se peut, de nous jeter dès les premiers pas2 dans des projets chimériques. Quelle entreprise, messieurs, vous occupe en ce moment Celle de réformer le Gouvernement de Pologne: c’est-à-dire de donner à la constitution d’un grand Royaume la consistance et la vigueur de celle d’une petite République. Avant de travailler à l’exécution de ce projet, il faudrait voir d’abord s’il est possible d y réussir. Grandeur des nations, étendue des États: première et principale source des malheurs du genre humain, et surtout des calamités sans nombre 3 qui minent et détruisent3 les peuples policés. Presque tous les petits États, Républiques et Monarchies indifféremment, prospèrent par cela seul qu’ils sont petits; que tous les citoyens s’y connaissent mutuellement et s’entre-gardent4 ; que les chefs peuvent voir par eux-mêmes le mal qui se fait, le bien qu’ils ont à faire; et que leurs ordres s’exécutent sous leurs yeux. Tous les grands peuples, écrasés par leurs propres masses, gémissent, ou comme vous dans l’anarchie, ou sous les oppresseurs subalternes qu’une gradation nécessaire force les rois de leur donner. Il n’y a que Dieu qui puisse gouverner le monde; et il faudrait des facultés plus qu’humaines pour gouverner de grandes nations Il est étonnant, il est prodigieux, que la vaste étendue de la Pologne n’ait pas déjà cent fois opéré la conversion du Gouvernemen 5 en despotisme, abâtardi les âmes des Polonais, et corrompu la masse de la nation. C’est un exemple unique dans l’histoire qu après des siècles un pareil État n’en soit6 encore qu’à l’anarchie La lenteur de ce progrès est due à des avantages inséparables des inconvénients dont vous voulez vous délivrer. Ah ! je ne saurais trop le redire; pensez-y bien avant de toucher à vos lois, et surtout à celles qui vous firent ce que vous êtes. La première réforme dont vous auriez besoin serait celle de votre étendue. Vos vastes provinces ne comporteront jamais la sévère administration des petites Républiques. Commencez par resserrer vos limites, si vous voulez réformer votre Gouvernement. Peut-être vos voisins songent-ils à vous rendre ce service. Ce serait sans doute un grand mal pour les parties démembrées; mais ce serait un grand bien pour le Corps de la nation.

Que si ces retranchements n’ont pas lieu, je ne vois qu’un moyen qui pût y suppléer peut-être; et, ce qui est heureux, ce moyen est déjà dans l’esprit de votre institution. Que la séparation des deux Polognes soit aussi marquée que celle de la Lithuanie: ayez trois États réunis en un. Je voudrais, s’il était possible, que vous en eussiez autant que de Palatinats. Formez dans chacun autant d’administrations particulières. Perfectionnez la forme des Diétines, étendez leur autorité dans leurs Palatinats respectifs; mais marquez-en soigneusement les bornes, et faites que rien ne puisse rompre entre elles le lien de la commune législation et de la subordination au Corps de la République. En un mot, appliquezvous à étendre et perfectionner le système des Gouvernements fédératifs: le seul qui réunisse les avantages des grands et des petits États, et par là le seul qui puisse vous convenir. Si vous négligez ce conseil, je doute que jamais vous puissiez faire un bon ouvrage.