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Front Page Titles (by Subject) Chapitre I.: État de la question. - The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 2
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Chapitre I.: État de la question. - Jean-Jacques Rousseau, The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 2 [1915]Edition used:The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, ed. from the original manuscripts and authentic editions, with introductions and notes by C. E. Vaughan. (Cambridge University Press, 1915). In 2 vols. Vol. 2.
Part of: The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, 2 vols.About Liberty Fund:Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals. Copyright information:The text is in the public domain. Fair use statement:This material is put online to further the educational goals of Liberty Fund, Inc. Unless otherwise stated in the Copyright Information section above, this material may be used freely for educational and academic purposes. It may not be used in any way for profit.
Chapitre I.État de la question.Le tableau du Gouvernement de Pologne fait par M. le comte Wielhorski, et les réflexions qu’il y a jointes, sont des pièces instructives2 pour quiconque voudra former un plan régulier pour la refonte de ce Gouvernement, Je ne connais personne plus en état de tracer ce plan que lui-même, qui joint aux connaissances générales que ce travail exige toutes celles du local, et des détalls particuliers, impossibles à donner par écrit, et néanmoins nécessaires à savoir pour approprier une institution au peuple auquel on la destine. Si l’on ne connaît à fond la nation pour laquelle on travaille, l’ouvrage qu’on fera pour elle, quelque excellent qu’il puisse être en lui-même, péchera toujours par l’application: et bien plus encore, lorsqu’il s’agira d’une nation déjà toute instituée, dont les goûts, les mœurs, les préjugés, et les vices1 sont trop enracinés pour pouvoir être aisément étouffés par des semences nouvelles. Une bonne institution pour la Pologne ne peut être l’ouvrage que des Polonais, ou de quelqu’un qui ait bien étudié sur les lieux2 la nation polonaise et celles3 qui l’avoisment. Un étranger ne peut guère donner que des vues générales, pour éclairer, non pour guider, l’instituteur. Dans toute la vigueur de ina tête je n’aurais pu saisir l’ensemble de ces grands rapports. Aujourd’hui qu’il me reste à peine la faculté de lier des idées, je dois me borner, pour obéir à M. le comte Wielhorski et faire acte de mon zèle pour sa patrie, à lui rendre compte des impressions que m’a faites la lecture de son travail, et des réflexions4 qu’il m’a suggérées. En lisant5 l’histoire du Gouvernement de Pologne, on a peine à comprendre comment un État si bizarrement constitué a pu subsister si longtemps. Un grand corps formé d’un grand nombre de membres morts, et d’un petit nombre de membres désunis, dont tous les mouvements presque indépendants les uns des autres, loin d’avoir une fin commune, s’entre-détruisent mutuellement; qui s’agite beaucoup pour ne rien faire; qui ne peut faire aucune résistance à quiconque veut l’entamer; qui tombe en dissolution cinq ou six fois chaque siècle; qui tombe en paralysie à chaque effort qu’il veut faire, à chaque besoin auquel il veut pourvoir; et qui malgré tout cela, vit et se conserve en vigueur: voilà, ce me semble, un des plus singuliers spectacles qui puissent frapper un être6 pensant. Je vois tous les États de l’Europe courir à leur ruine. Monarchies, Républiques, toutes ces nations si magnifiquement instituées, tous ces beaux Gouvernements si sagement pondérés, tombés en décrépitude, menacent d’une mort prochaine; et la Pologne, cette région dépeuple’e, dévastée, opprimée, ouverte à ses agresseurs, au fort de ses malheurs et de son anarchie, montre encore tout le feu de la jeunesse; elle ose demander un Gouvernement et des lois, comme si elle ne faisait que de naître. Elle est dans les fers, et discute les moyens de se conserver libre; elle sent en elle cette force que celle de la tyrannie ne peut subjuguer. Je crois voir Rome assiégée régir tranquillement les terres sur lesquelles son ennemi venait d’asseoir son camp. Braves Polonais, prenez garde; prenez garde que, pour vouloir trop bien être, vous n’empiriez votre situation. En songeant à ce que vous voulez acquérir, n’oubliez pas ce que vous pouvez perdre. Corrigez, s’il se peut, les abus de votre constitution; mais ne méprisez pas celle qui vous a faits ce que vous êtes. Vous aimez la liberté; vous en êtes dignes; vous l’avez défendu 1 contre un agresseur puissant et rusé, qui, feignant de vous présenter les liens de l’amitié, vous chargeait des fers de la servitude. Maintenant, las des troubles de votre patrie, vous soupirez après la tranquillité. Je crois fort2 aisé de l’obtenir; mais la conserver avec la liberté, voilà ce qui me paraît difficile. C’est au sei3 de cette anarchie, qui vous est odieuse, que se sont formées ces âmes patriotiques qui vous ont garantis du joug. Elles s’endormaient dans un repos léthargique; l’orage les a réveillées. Aprés avoir brisé les fers qu’on leur destinait, elles sentent le poids de la fatigue. Elles voudraient allier la paix du despotisme aux douceurs de la liberté. J’ai peur qu’elles ne veuillent des choses contradictoires, Le repos et la liberté me paraissent incompatibles il faut opter4 . Je ne dis pas qu’il faille laisser les choses dans l’état où elles sont; mais je dis qu’il n’y faut toucher qu’avec une circonspection extrême. En ce moment on est plus frappé des abus que des avantages. Le temps viendra, je le crains, qu’on sentira mieux ces avantages; et malheureusement, ce sera quand on les aura perdus. Qu’il soit aisé, si l’on veut, de faire de meilleures lois; il est impossible d’en faire dont les passions des hommes n’abusent pas, comme ils ont abusé des premières. Prévoir et peser tous ces abus à venir est peut-être une chose impossible à l’homme d’État le plus consommé. Mettre la Loi au-dessus de l’homme est un problème en politique, que je compare à celui de la quadrature du cercle en géométrie5 . Résolvez bien ce problème; et le Gouvernement fondé sur cette solution sera bon et sans abus. Mais jusque-là soyez sûrs qu’où vous croirez faire régner les lois ce seront les hommes qui régneront. Il n’y aura jamais de bonne et solide constitution que celle où la Loi régnera sur1 les cœurs des citoyens: tant que la force législative n’ira pas jusque-là, les lois seront toujours éludées. Mais comment arriver aux cœurs? c’est à quoi nos instituteurs, qui ne voient jamais que la force et les châtiments, ne songent guére; et c’est à quoi les récompenses matérielles ne mèneraient peut être pas mieux. La justice même la plus intègre n’y mène pas parce que la justice est, ainsi que la santé, un bien dont on jouit sans le sentir, qui n’inspire point d’enthousiasme, et dont on ne sent le prix qu’après l’avoir perdu. Par où donc émouvoir les cœurs, et faire aimer2 la patrie et ses lois? L’oserai-je dire? Par des jeux d’enfants? par des institutions oiseuses3 aux yeux des hommes superficiels, mais qui forment des habitudes chéries et des attachements invincibles. Si j’extravague ici, c’est du4 moins bien complètement; car j’avoue que je vois ma folie sous tous les traits de la raison. |

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