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Front Page Titles (by Subject) Fragments SÉparÉs. - The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 2
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Fragments SÉparÉs. - Jean-Jacques Rousseau, The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 2 [1915]Edition used:The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, ed. from the original manuscripts and authentic editions, with introductions and notes by C. E. Vaughan. (Cambridge University Press, 1915). In 2 vols. Vol. 2.
Part of: The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, 2 vols.About Liberty Fund:Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals. Copyright information:The text is in the public domain. Fair use statement:This material is put online to further the educational goals of Liberty Fund, Inc. Unless otherwise stated in the Copyright Information section above, this material may be used freely for educational and academic purposes. It may not be used in any way for profit.
Fragments SÉparÉs.Tout enfant né dans l’île sera citoyen et membre de la République, quand il aura l’âge, en suivant les statuts; et nul ne pourra l’être que de cette manière. Ainsi le droit de Cité ne pourra être donné à nul étranger; sauf une seule fois en cinquante ans à un seul, s’il se présente et qu’il en soit jugé digne, 5 ou le plus digne de ceux qui se présenteront5 . Sa réception sera une fête générale dans toute l’île. Tout Corse qui, à quarante ans accomplis, ne sera pas marié et ne l’aura point été, sera exclus du droit de Cité pour toute sa vie. Tout particulier qui changeant de domicile passera d’une piève à l’autre, perdra son droit de Cité pour trois ans, et, au bout de ce temps, sera inscrit dans la nouvelle piève en payant un droit; faute de quoi, il continuera à être exclus du droit de Cité jusqu’à ce qu’il ait payé. On excepte du précédent article tous ceux qui remplissent quelque charge publique; lesquels doivent être admis à tous les droits de Cité dans la piève où ils se trouvent, tant qu’ils sont à leur devoir. Les Corses étaient soumis aux Génois: on sait quels traitements les forcèrent à se révolter, il y a près de quarante ans. Depuis ce temps, ils se sont conservés indépendants. Cependant, les gazetiers les appellent toujours rebelles; et l’on ne sait combien de siècles ils continueront à les appeler ainsi. La génération présente n’a point vu la servitude: il est difficile de concevoir comment un homme, né libre et qui se maintient tel, est un rebelle, tandis qu’un usurpateur heureux est au bout de deux ou trois ans un monarque sacré, un1 légitime roi. Ainsi la prescription n’a lieu qu’en faveur de la tyrannie; elle n’est jamais admise en faveur de la liberté. Ce sentiment est aussi raisonnable en lui-même qu’honorable à ses partisans. Heureusement, les mots ne sont pas les choses. Rachetés au prix de leur sang, les Corses, rebelles ou non, sont libres et dignes de l’être, en dépit des Génois et des gazetiers. Il sera tenu dans chaque piève un registre de toutes les terres que possède chaque particulier. Nul ne pourra posséder des terres hors de sa piève. Nul ne pourra posséder plus de de terres2 . Celui qui en aura cette quantité pourra par échanges acquérir des quantités pareilles, mais non plus grandes, même de terres moins bonnes; et tous dons, tous legs, qui lui pourront être faits en terres seront nuls. Parce que vous avez gouverné justement pendant trois ans un peuple libre, il vous confie encore pour trois ans la même administration. Nul homme garçon ne pourra tester, mais tout son bien passera à la communauté. Corses, faites silence, je vais parler au nom de tous. Que ceux qui ne consentiront pas s’éloignent, et que ceux qui consentent lèvent la main. Il faudra faire précéder cet acte par une proclamation générale portant injonction à chacun de se rendre au lieu de son domicile dans un temps qu’on prescrira, sous peine de perdre son droit de naissance ou de naturalité. 1° Toute la nation corse se réunira par un serment solennel en un seul Corps politique, dont tant les corps, qui doivent la composer, que les individus seront désormais les membres. 2° Cet acte d’union sera célébré le même jour dans toute l’île; et tous les Corses y assisteront, autant qu’il se pourra: chacun dans sa ville, bourgade ou paroisse, ainsi qu’il sera plus particulièrement ordonné. 3° Formule du serment prononcé sous le ciel, et la main surla Bible: Au nom de Dieu tout-puissant et sur les saints Évangiles, par un serment sacré et irrévocable1 , je m’unis de corps, de biens, de volonté et de toute ma puissance, à la nation corse, pour lui appartenir en toute propriété, moi et tout ce qui dépend de moi. Je jure de vivre et mourir pour elle, d’observer toutes ses lois et d’obéir à ses chefs et magistrats légitimes en tout ce qui sera conforme aux lois. Ainsi Dieu me soit en aide en cette vie, et fasse miséricorde à mon âme. Vivent à jamais la liberté, la justice et la République des Corses. Amen. Et tous, tenant la main droite élevée, répondront: Amen. Il sera tenu dans chaque paroisse un registre exact de tous ceux qui auront assisté à cette solennité. Leur nom, le nom de leur père, leur âge et leur domicile y seront marqués. Quant à ceux qui, par des empêchements valables, n’auront pu assister à cette solennité, il leur sera assigné d’autres jours pour prêter le même serment, et se faire inscrire 2 dans l’espace de2 trois mois au plus tard après le serment solennel; passé lequel terme, tous ceux qui auront négligé de remplir ce devoir seront forclos de leur droit et resteront dans la classe des étrangers ou aspirants, dont il sera parlé ci-après. Un pays est dans sa plus grande force indépendante quand la terre y produit autant qu’il est possible; c’est-à-dire quand elle a autant de cultivateurs qu’elle en peut3 avoir Pour chaque enfant qu’il aura de plus que cinq, il lui sera alloué un patrimoine sur la commune. Les pères qui auront des enfants absents ne pourront les passer en compte qu’après leur retour; et ceux qui seront une année entière hors de l’île ne pourront plus être comptés, même après leur retour. On les détournera de la superstition, en les occupant beaucoup de leurs devoirs de citoyens, en mettant de l’appareil aux fêtes nationales, en ôtant beaucoup de leur temps aux cérémonies ecclésiastiques pour en donner aux cérémonies civiles; et cela se peut faire avec un peu d’adresse, sans fâcher le clergé, en faisant en sorte qu’il y ait toujours quelque part, mais que cette part soit si petite, que l’attention n’y demeure point fixée, De toutes les manières de vivre, celle qui attache le plus les hommes à leur pays est la vie rustique. Les Gardes des lois pourront convoquer les États généraux toutes les fois qu’il leur plaira; et depuis le jour de la convocation jusqu’au lendemain de l’assemblée, l’autorité du grand Podestat et du Conseil d’État sera suspendue. La personne des Gardes des lois sera sacrée et inviolable, et il n’y aura personne dans l’île qui ait la puissance de les arrêter. Chaque piève aura le droit de révoquer les siens et de leur en substituer d’autres, toutes les fois qu’il lui plaira; mais, à moins qu’ils ne soient rappelés expressément, ils seront à vie. Les États, une fois convoqués extraordinairement par le Sénat, ne pourront se dissoudre que le Sénat ou le grand Podestat ne soient cassés. Les lois concernant les successions doivent toutes tendre à ramener les choses à l’égalité, en sorte que chacun ait quelque chose et personne n’ait rien de trop. Tout Corse qui quittera sa piève, pour s’aller habituer dans une autre, perdra son droit de cité pendant trois ans; au bout desquels, sur sa requête et une proclamation, si rien ne vient à sa charge, il sera inscrit sur les registres de la nouvelle piève, et dans le même ordre où il était inscrit dans l’autre: citoyen, s’il était citoyen; patriote, s’il était patriote; et aspirant s’il n’était qu’aspirant. Et il fallut que les Corses payassent un tribut pour obtenir la grâce d’être desarmés1 . Il n’y aura dans l’île aucun carrosse; les ecclésiastiques et les femmes pourront se servir de chaises à deux roues; mais les laïques, de quelque rang qu’ils soient, ne pourront voyager qu’à pied ou à cheval, à moins qu’ils ne soient estropiés ou grièvement2 malades. Nul ne sera admis au serment en choses concernant son intérêt. Mais le serment ne1 . . .. Nul ne pourra être mis en prison pour dettes; et même, dans les saisies qu’on pourra faire dans les maisons d’un débiteur, on lui laissera, outre ses hardes pour se couvrir, sa charrue, ses bœufs, son lit et ses meubles les plus indispensables. Tout garçon qui se mariera avant l’âge de vingt ans accomplis, ou seulement après l’âge de trente ans accomplis, ou qui épousera une fille ayant moins de quinze ans accomplis, ou une personne fille ou veuve dont l’âge diffère du sien de plus de vingt ans, demeurera exclus de l’ordre des citoyens, à moins qu’il n’y parvienne par récompense publique, pour services rendus à l’État. Vu l’inégale distribution des productions de l’île, il ne faut pas fermer les communications; il faut en quelque chose avoir égard aux préjugés du peuple et à sa courte vue. Voyant qu’on ne lui permet pas d’aller à son voisinage chercher chez ses compatriotes les denrées qui lui manquent, il accuserait nos lois de caprice et de dureté; il se mutinerait contre elles, ou les haïrait en secret, Si nous pouvions nous passer d’argent et avoir tous les avantages que l’argent donne, nous jouirions bien mieux de ces avantages qu’avec les richesses; puisque nous les aurions séparés des vices qui les empoisonnent et que l’argent amène avec lui. Nul ne doit être magistrat par état, ni soldat par état. Tous doivent être prêts à remplir indistinctement les fonctions que la patrie leur impose. Il ne doit point y avoir d’autre état dans l’île que celui de citoyen, et celui-là seul doit comprendre tous les autres. Tant que l’argent sera utile aux Corses, ils l’aimeront; et tant qu’ils l’aimeront, la République 2 entretiendra parmi eux des émissaires et des traîtres qui influenceront sur les délibérations, et tiendront pour ainsi dire l’État aux gages de ses anciens maîtres. Il ne faut point compter sur un enthousiasme vif, mais toujours court, à la suite de la liberté recouvrée. L’héroïsme populaire est un moment de fougue, que suit la langueur et le relâchement. Il faut fonder la liberté d’un peuple sur sa manière d’être et non pas sur ses passions. Car ses passions sont passagères et changent d’objet; mais l’effet d’une bonne constitution se prolonge autant qu’elle; et aucun peuple ne saurait demeurer libre qu’aussi long-temps qu’il se trouve bien de la liberté. Qu’ils se ressouviennent bien que toute espèce de privilège est au profit des particuliers qui les obtiennent, et à la charge de la nation qui les donne. C’est la contradiction ridicule où tombent tous les Gouvernements violents, qui, voulant tenir les peuples dans un état de faiblesse, veulent pourtant se mettre par eux dans un état de force. La nation ne sera point illustre, mais elle sera heureuse. On ne parlera pas d’elle; elle aura peu de considération au dehors; mais elle aura l’abondance, la paix et la liberté dans son sein. Tout plaideur qui aura rejeté l’arbitrage des anciens, ou qui, l’ayant admis, refusera de s’en rapporter à leur jugement, s’il perd son procès en justice réglée, sera noté et incapable, pendant cinq ans, d’exercer aucun emploi public. Toute fille de citoyen1 qui épousera un Corse, de quelle classe qu’il soit, sera dotée par la piève du marié: cette dot sera toujours un fonds de terre et suffira, s’il est aspirant, pour le faire monter à la classe des patriotes. De tous les Gouvernements, le démocratique est toujours le moins dispendieux; parce que le luxe public n’est que dans l’abondance des hommes, et que, où le public est le maître, la puissance n’a nul besoin de signe éclatant. Car, que deux ou plusieurs États soient soumis au même prince, cela n’a rien de contraire au droit et à la raison. Mais qu’un État soit sujet d’un autre État, cela paraît incompatible avec la nature du Corps politique. Quoique je sache que la nation corse a des préjugés très contraires à mes principes, mon intention n’est point d’employer l’art de persuader, pour les leur faire adopter. Je veux leur dire, au contraire, mon avis et mes raisons avec une telle simplicité, qu’il n’ y ait rien qui puisse les séduire; parce qu’il est très possible que je me trompe, et que je serais bien fâché qu’ils adoptassent mon sentiment à leur préjudice. D’où vinrent à la Corse les dissensions, les querelles, les guerres civiles qui la déchirèrent pendant tant d’années, et la forcèrent enfin de recourir aux Pisans, puis aux Génois? Tout cela ne fut-il pas l’ouvrage de sa noblesse? ne fut-ce pas elle qui réduisit le peuple au désespoir et le força de préférer un esclavage tranquille aux maux qu’il souffrait sous tant de tyrans? Veut-il maintenant, après avoir secoué le joug, rentrer dans l’état qui le força de s’y soumettre? Je ne leur prêcherai pas la morale, je ne leur ordonnerai pas d’avoir des vertus. Mais je les mettrai dans une position telle qu’ils auront ces vertus, sans en connaître le mot; et qu’ils seront bons et justes, sans trop savoir ce que c’est que justice et bonté. Je ne sais comment cela se fait, mais je sais bien que les opérations, dont1 l’on tient le plus de registres et de livres de compte, sont précisément celles où l’on friponne le plus. Tels étaient ces jeunes Romains qui commençaient par être questeurs ou trésoriers des armées avant que de les commander. De tels financiers n’étaient pas des hommes vils; il ne leur entrait pas même dans la tête qu’on pût gagner sur les deniers publics; et des caisses militaires pouvaient sans risque passer dans les mains des Catons. Au lieu de réprimer2 le luxe par des lois somptuaires, il vaut mieux le prévenir par une administration qui le rende impossible. Je suis persuadé qu’en cherchant bien l’on trouvera des mines de fer dans l’île; il vaudrait mieux qu’on y trouvât des mines de fer que des mines d’or. Et, dans le doute même, il vaut mieux commencer par l’état qui naturellement mène à l’autre, et duquel on peut toujours y passer, si l’on espère s’en trouver mieux, que par celui d’où l’on ne revient plus au premier, et qui n’a plus devant lui que destruction et que ruine. Le prérogative che goderanno le suddette famiglie. Cet article est destructif de l’esprit de la République, qui veut que le militaire soit extrêmement subordonné au magistrat et ne se regarde que comme le ministre des ministres de la Loi. Il importe extrêmement que le militaire ne soit point un état par lui-même, mais un accident de l’état de citoyen. Si la noblesse avait des prérogatives, des distinctions dans les troupes, bientôt les officiers militaires se croiraient au-dessus des officiers civils; les chefs de la République ne seraient plus regardés que comme des robins; et l’État, gouverné militairement, tomberait très promptement sous le despotisme. C’est un excellent moyen d’apprendre à tout rapporter à la Loi, que de voir rentrer dans l’état privé l’homme qu’on a tant respecté tandis qu’il était en place; et c’est pour lui-même une grande leçon pour maintenir les droits des particuliers, d’être assuré qu’un jour il se retrouvera dans leur nombre. Par exemple, la province de Cap Corse ne pouvant rien produire que du vin, il faut empêcher qu’il ne s’en cultive assez dans tout le reste de l’île pour que cette partie ne puisse plus débiter le sien. Car, la propriété particulière étant si faible et si dépendante, le Gouvernement n’a besoin que de peu de force, et conduit, pour ainsi dire, les peuples avec un mouvement du doigt. Où sont les princes qui s’avisent d’assembler des théologiens, pour consulter si ce qu’ils veulent entreprendre est légitime? J’ai un profond respect pour la République de Gênes; j’en ai pour chaque souverain en particulier, quoique je leur dise quelquefois à tous des vérités un peu dures. Plût au ciel, pour leur propre avantage, qu’on osât les leur dire plus souvent, et qu’ils daignassent quelquefois les entendre. Faites attention, je vous supplie, que je ne donne ici les corvées, ni aucune sorte de travail forcé, pour un bien absolu; il serait mieux que tout cela se fît librement, et en payant, si les moyens de payer n’introduisaient une infinité d’abus sans mesure, et de maux plus grands, plus illimités que ceux qui peuvent résulter de cette contrainte, surtout quand ceux qui l’imposent sont du même état que ceux qui sont imposés1 . Car, quand il n’y aura qu’une sorte de revenu, savoir les fruits de la terre, il n’y aura non plus qu’une sorte de biens, savoir la terre même. Car le véritable esprit de la propriété publique est que la propriété particulière soit très forte dans la lignée, et très faible ou nulle dans les collatéraux. Et hausser le taux pour mettre la denrée en crédit, et la monnaie en décri. Les Corses sont presque encore dans l’état naturel et sain; mais il faut beaucoup d’art pour les y maintenir, parce que leurs préjugés les en éloignent: ils ont précisément ce qui leur convient, mais ils veulent ce qui ne leur est pas bon, Leurs sentiments sont droits; ce sont cent1 fausses lumières qui2 les trompent. Ils voient le faux éclat des nations voisines et brûlent d’être comme elles, parce qu’ils ne sentent pas leur misère et ne voient pas qu’ils sont infiniment mieux. Empêcher l’exportation des denrées, c’est couper par la racine les grandes possessions. Noble peuple, je ne veux point vous donner des lois artificielles et systématiques, inventées par des hommes; mais vous ramener sous les seules lois de la nature et de l’ordre, qui commandent au cœur et ne tyrannisent point les volontés. |

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