EconlibThe LibraryOther Sites |
Front Page Titles (by Subject) CHAPITRE I.: Que la volontÉ gÉnÉrale est indestructible. - The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 2
Return to Title Page for The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 2The Online Library of LibertyA project of Liberty Fund, Inc.Search this Title:Also in the Library:
CHAPITRE I.: Que la volontÉ gÉnÉrale est indestructible. - Jean-Jacques Rousseau, The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 2 [1915]Edition used:The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, ed. from the original manuscripts and authentic editions, with introductions and notes by C. E. Vaughan. (Cambridge University Press, 1915). In 2 vols. Vol. 2.
Part of: The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, 2 vols.About Liberty Fund:Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals. Copyright information:The text is in the public domain. Fair use statement:This material is put online to further the educational goals of Liberty Fund, Inc. Unless otherwise stated in the Copyright Information section above, this material may be used freely for educational and academic purposes. It may not be used in any way for profit.
CHAPITRE I.Que la volontÉ gÉnÉrale est indestructible.Tant que plusieurs hommes réunis se considèrent comme un seul corps, ils n’ont qu’une seule volonté, qui se rapporte à la commune conservation et au bien-être général. Alors tous les ressorts de l’État sont vigoureux et simples, ses maximes sont claires et lumineuses; il n’a point d’intérêts embrouillés, contradictoires; le bien commun se montre partout avec évidence, et ne demande que du bon sens pour être aperçu. La paix, l’union, l’égalité, sont ennemies des subtilités politiques. Les hommes droits et simples sont difficiles à tromper, à cause de leur simplicité; les leurres les prétextes raffinés ne leur en imposent point; ils ne sont pas même assez fins pour être dupes. Quand on voit chez le plus heureux peuple du monde des troupes de paysans régler les affaires de l’État sous un chêne, et se conduire toujours sagement, peut-on s’empêcher de mépriser les raffinements des autres nations, qui se rendent illustres et misérables avec tant d’art et de mystères 1 ? Un État ainsi gouverné a besoin de très peu de lois; et, à mesure qu’il devient nécessaire d’en promulguer de nouvelles, cette nécessité se voit universellement. Le premier qui les propose ne fait que dire ce que tous ont déjà senti; et il n’est question ni de brigues, ni d’éloquence, pour faire passer en loi ce que chacun a déjà résolu de faire, sitôt qu’il sera sûr que les autres le feront comme lui. Ce qui trompe les raisonneurs, c’est que, ne voyant que des États mal constitués dès leur origine, ils sont frappés de l’impossibilité d’y maintenir une semblable police. Ils rient d’imaginer toutes les sottises qu’un fourbe adroit, un parleur insinuant pourrait persuader au peuple de Paris ou de Londres. Ils ne savent pas que Cromwell eût été mis aux sonnettes par le peuple de Berne, et le duc de Beaufort2 à la discipline par les Genevois. Mais quand le nœud social commence à se relâcher et l’État à s’affaiblir, quand les intérêts particuliers commencent à se faire sentir et les petites sociétés à influer sur la grande, l’intérêt commun s’altère et trouve des opposants; l’unanimité ne règne plus dans les voix; la volonté générale n’est plus la volonté de tous ; il s’élève des contradictions, des débats; et le meilleur avis ne passe point sans disputes. Enfin, quand l’État, près de sa ruine, ne subsiste plus que par une forme illusoire et vaine, que le lien social est rompu dans tous les cœurs, que le plus vil intérêt se pare effrontément du nom sacré du bien public, alors la volonté générale devient muette; tous, guidés par des motifs secrets, n’opinent pas plus comme citoyens que si l’État n’eût jamais existé; et l’on fait passer faussement, sous le nom de lois, des décrets iniques qui n’ont pour but que l’intérêt particulier. S’ensuit-il de là que la volonté générale soit anéantie ou corrompue? Non: elle est toujours constante, inaltérable et pure; mais elle est subordonnée à d’autres qui l’emportent sur elle. Chacun détachant son intérêt de l’intérêt commun, voit bien qu’il ne peut l’en séparer tout à fait; mais sa part du mal public ne lui paraît rien, auprès du bien exclusif qu’il prétend s’approprier. Ce bien particulier excepté, il veut le bien général, pour son propre intérêt, tout aussi fortement qu’aucun autre. Même en vendant son suffrage à prix d’argent, il n’éteint pas en lui la volonté générale, il l’élude. La faute qu’il commet est de changer l’état de la question et de répondre autre chose que ce qu’on lui demande; en sorte qu’au lieu de dire, par son1 suffrage: Il est avantageux à l’État, il dit: Il est avantageux à tel homme ou à tel parti que tel ou tel avis passe. Ainsi, la loi de l’ordre public dans les assemblées n’est pas tant d’y maintenir la volonté générale que de faire qu’elle soit toujours interrogée, et qu’elle réponde toujours. J’aurais ici bien des réflexions à faire sur le simple droit de voter dans tout acte de souveraineté, droit que rien ne peut ôter aux citoyens; et sur celui d’opiner, de proposer, de diviser, de discuter que le Gouvernement a toujours grand soin de ne laisser qu’à ses membres. Mais cette importante matière demanderait un traité à part; et je ne puis tout dire dans celui-ci. [1]Hachette has mystère. Eds. 1762, 1782, 1801 as in the text. The allusion is to the pastoral Cantons of Switzerland, such as Appenzell. [2]One of the leaders in the Fronde. See de Retz, Mémoires, passim. [1]Hachette has par un suffrage, against all the authentic Eds. |

Titles (by Subject)