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Front Page arrow Titles (by Subject) arrow CHAPITRE IX.: Des signes d'un bon gouvernement. - The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 2

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Subject Area: Political Theory

CHAPITRE IX.: Des signes d’un bon gouvernement. - Jean-Jacques Rousseau, The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 2 [1915]

Edition used:

The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, ed. from the original manuscripts and authentic editions, with introductions and notes by C. E. Vaughan. (Cambridge University Press, 1915). In 2 vols. Vol. 2.

Part of: The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, 2 vols.

About Liberty Fund:

Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals.


CHAPITRE IX.

Des signes d’un bon gouvernement.

Quand donc on demande absolument quel est le meilleur Gouvernement, on fait une question insoluble, comme indéterminée; ou si l’on veut, elle a autant de bonnes solutions qu’il y a de combinaisons possibles dans les positions absolues et relatives des peuples.

Mais si l’on demandait à quel signe on peut connaître qu’un peuple donné est bien ou mal gouverné, ce serait autre chose, et la question de fait pourrait se résoudre.

Cependant on ne la résout point, parce que chacun veut la résoudre à sa manière. Les sujets vantent la tranquillité publique, les citoyens la liberté des particuliers; l’un préfère la sûreté des possessions, et l’autre celle des personnes; l’un veut que le meilleur Gouvernement soit le plus sévère, l’autre soutient que c’est le plus doux; celui-ci veut qu’on punisse les crimes, et celui-là qu’on les prévienne; l’un trouve beau qu’on soit craint des voisins, l’autre aime mieux qu’on en soit ignoré; l’un est content quand l’argent circule, l’autre exige que le peuple ait du pain. Quand même on conviendrait sur ces points et d’autres semblables, en serait-on plus avancé? Les quantités1 morales manquant de mesure précise, fût-on d’accord sur le signe, comment l’être sur l’estimation?

Pour moi, je m’étonne toujours qu’on méconnaisse un signe aussi simple, ou qu’on ait la mauvaise foi de n’en pas convenir. Quelle est la fin de l’association politique? C’est la conservation et la prospérité de ses membres. Et quel est le signe le plus sûr qu’ils se conservent et prospèrent? C’est leur nombre et leur population. N’allez donc pas chercher ailleurs ce signe si disputé. Toute chose d’ailleurs égale, le Gouvernement sous lequel, sans moyens étrangers, sans naturalisation, sans colonies, les citoyens peuplent et multiplient davantage, est infailliblement le meilleur. Celui, sous lequel un peuple diminue et dépérit, est le pire. Calculateurs, c’est maintenant votre affaire; comptez, mesurez, comparez2

[1]Hachette absurdly reads qualités. Eds. 1762, 1782 and 1801, quantités. Compare the sentence of Burke’s Reflections, clumsily ridiculed by Paine: ‘Political reason is a Computing principle: adding, subtracting, multiplying and dividing, morally and not metaphysically or mathematically, true moral denominations’ (Works, I. p. 404).

[2]On doit juger sur le même principe des siècles qui méritent la préférence pour la prospérité du genre humain. On a trop admiré ceux où l’on a vu fleurir les lettres et les arts, sans pénétrer l’objet secret de leur culture, sans en considérer le funeste effet: Idque apud imperitos humanitas vocabatur, quum para servitutis esset . Ne verrons-nous jamais dans les maximes des livres l’intérêt grossier qui fait parler les auteurs? Non, quoi qu’ils en puissent dire, quand, malgré son éclat, un pays se dépeuple, il n’est pas vrai que tout aille bien; et il ne suffit pas qu’un poëte ait cent mille livres de rente pour que son siècle soit le meilleur de tous . Il faut moins regarder au repos apparent, et à la tranquillité des chefs, qu’au bien-être des nations entières, et surtout des états les plus nombreux. La grêle désole quelques cantons, mais elle fait rarement disette. Les émeutes, les guerres civiles effarouchent beaucoup les chefs; mais elles ne font pas les vrais malheurs des peuples, qui peuvent même avoir du relâche, tandis qu’on dispute à qui les tyrannisera. C’est de leur état permanent que naissent leurs prospérités ou leurs calamités réelles. Quand tout reste écrasé sous le joug, c’est alors que tout dépérit; c’est alors que les chefs, les détruisant à leur aise, ubi solitudinem faciunt, pacem appellant . Quand les tracasseries des grands agitaient le royaume de France, et que le coadjuteur de Paris portait au Parlement un poignard dans sa poche , cela n’empêchait pas que le peuple français ne vécût heureux et nombreux dans une honnête et libre aisance. Autrefois la Grèce florissait au sein des plus cruelles guerres; le sang y coulait à flots, et tout le pays était couvert d’hommes. Il semblait, dit Machiavel§ , qu’au milieu des meurtres, des proscriptions, des guerres civiles, notre République en devînt plus puissante; la vertu de ses citoyens, leurs mæurs, leur indépendance, avaient plus d’effet pour la renforcer que toutes ses dissensions n’en avaient pour l’affaiblir. Un peu d’agitation donne du ressort aux âmes; et ce qui fait vraiment prospérer l’espèce est moins la paix que la liberté. This note was added while the book was in the press. See letter to Rey of Feb. 18, 1762 (Bosscha, p. 141).