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Front Page arrow Titles (by Subject) arrow CHAPITRE III.: Si la volontÉ gÉnÉrale peut errer. - The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 2

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Subject Area: Political Theory

CHAPITRE III.: Si la volontÉ gÉnÉrale peut errer. - Jean-Jacques Rousseau, The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 2 [1915]

Edition used:

The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, ed. from the original manuscripts and authentic editions, with introductions and notes by C. E. Vaughan. (Cambridge University Press, 1915). In 2 vols. Vol. 2.

Part of: The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, 2 vols.

About Liberty Fund:

Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals.


CHAPITRE III.

Si la volontÉ gÉnÉrale peut errer.

Il s’ensuit de ce qui précède que la volonté générale est toujours droite et tend toujours à l’utilité publique; mais il ne s’ensuit pas que les délibérations du peuple aient toujours la même rectitude. On veut toujours son bien, mais on ne le voit pas toujours. Jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe; et c’est alors seulement qu’il paraît vouloir ce qui est mal.

Il y a souvent bien de la différence entre la volonté de tous et la volonté générale1 : celle-ci ne regarde qu’à l’intérêt commun; l’autre regarde à l’intérêt privé, et n’est qu’une somme de volontés particulières. Mais ôtez de ces mêmes volontés les plus et les moins qui s’entre-détruisent2 ., reste pour somme des différences la volonté générale.

Si, quand le peuple suffisamment informé délibère, les citoyens n’avaient aucune communication entre eux, du grand nombre de petites différences résulterait toujours la volonté générale, et la délibération serait toujours bonne. Mais quand il se fait des brigues, des associations partielles aux dépens de la grande, la volonté de chacune de ces associations devient générale par rapport à ses membres, et particulière par rapport à l’État: on peut dire alors qu’il n’y a plus autant de votants que d’hommes, mais seulement autant que d’associations. Les différences deviennent moins nombreuses et donnent un résultat moins général. Enfin, quand une de ces associations est si grande qu’elle l’emporte sur toutes les autres, vous n’avez plus pour résultat une somme de petites différences, mais une différence unique. Alors il n’y a plus de volonté générale, et l’avis qui l’emporte n’est qu’un avis particulier.

Il importe donc, pour avoir bien l’énoncé de la volonté générale, qu’il n’y ait pas de société partielle dans l’État, et que chaque citoyen n’opine que d’après lui1 : telle fut l’unique et sublime institution du grand Lycurgue. Que s’il y a des sociétés partielles, il en faut multiplier le nombre et en prévenir l’inégalité, comme firent Solon, Numa, Servius. Ces précautions sont les seules bonnes, pour que la volonté générale soit toujours éclairée et que le peuple ne se trompe point.

[1]In the first draft this appears as La volonté générale est rarement celle de tous (I. iv., Vol. I. p. 462).

[2]‘Chaque intérêt, dit le marquis d’Argenson, a des principes différents. L’accord de deux intérêts particuliers se forme par opposition à celui d’un tiers ’ Il eût pu ajouter que l’accord de tous les intérêts se forme par opposition à celui de chacun. S’il n’y avait point d’intérêts différents, à peine sentirait-on l’intérêt commun, qui ne trouverait jamais d’obstacle; tout irait de lui-même, et la politique cesserait d’être un art [Note de J.-J. R.1762,]

[1]‘Vera cosa è, dit Machiavel, che alcune divisioni nuocono alle repubbliche, e aloune giovano: quelle nuocono, che sono dalle sette e da partigiani accompagnate: quelle giovano, che senza sette, senza partigiani, si mantengono. Non potendo adunque provedere un fondatore d’ una repubblica che non siano nimicizie in quella, ha da proveder almeno che non vi siano sette.’ Hist. Florent. lib. VII. Ed. 1782 (Firenze, 6 vols. 4°), I. 340. [Note de J.-J. R. 1762.]