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Front Page arrow Titles (by Subject) arrow CHAPITRE VII.: Nécessité des lois positives . - The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 1

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Subject Area: Political Theory

CHAPITRE VII.: Nécessité des lois positives . - Jean-Jacques Rousseau, The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 1 [1915]

Edition used:

The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, ed. from the original manuscripts and authentic editions, with introductions and notes by C. E. Vaughan. (Cambridge University Press, 1915). In 2 vols. Vol. 1.

Part of: The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, 2 vols.

About Liberty Fund:

Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals.


CHAPITRE VII.

Nécessitédes lois positives.

Voilà, ce me semble, les plus justes idées qu’on puisse avoir du pacte fondamental qui est la base de tout vrai Corps politique: idées qu’il importait d’autant plus de développer que, faute de les avoir bien conçues, tous ceux qui ont traité de cette matière2 ont toujours fondé le gouvernement civil sur des principes arbitraires, qui ne découlent point de la nature de ce pacte. On verra dans la suite3 avec quelle facilité tout le système politique se déduit de ceux que je viens d’établir4 , et combien les conséquences en sont naturelles et lumineuses. Mais achevons de poser les fondements de notre5 édifice.

L’union sociale ayant un objet déterminé, sitôt qu’elle est formée, il faut chercher à le remplir. Pour que chacun veuille ce qu’il doit faire selon l’engagement du Contrat social, il faut que chacun sache6 ce qu’il doit vouloir. Ce qu’il doit vouloir, c’est le bien commun; ce qu’il doit fuir, c’est le mal public. Mais, l’État n’ayant qu’une existence idéale et conventionnelle, ses membres n’ont aucune sensibilité naturelle et commune, par laquelle 7 immédiatement avertis193 ils reçoivent une impression agréable de ce qui lui est utile8 , et une impression douleureuse sitôt qu’il est offensé. Loin de prévenir les maux qui l’attaquent, rarement sont-ils à temps9 d’y remédier quand ils commencent à les sentir; il faut les prévoir de loin pour les détourner10 ou les guérir11 . Comment donc les particuliers garantiraient-ils la communauté des maux qu’ils ne peuvent ni voir ni sentir qu’après coup? comment lui procureraient-ils des biens dont ils ne peuvent juger qu’après leur effet? Comment s’assurer d’ailleurs que, sans cesse rappelés par la nature à leur condition primitive, ils ne négligeront jamais cette autre condition artificielle, dont l’avantage ne leur est sensible que par des conséquences souvent fort éloignées? Supposons-les toujours soumis à la volonté générale, comment cette volonté pourra-t-elle se manifester dans toutes les occasions? Sera-t-elle toujours évidente? L’intérêt particulier ne l’offusquera-t-il jamais de ses illusions? Le peuple restera-t-il toujours assemblé pour la déclarer, ou s’en remettra à des particuliers toujours prêts à lui substituer la leur? Enfin, comment tous agiront-ils de concert, quel ordre mettront-ils dans leurs affaires, quels moyens auront-ils de s’entendre, et comment feront-ils entre eux la répartition des travaux communs?

Ces 1 difficultés, qui devaient paraître insurmontables, ont 2 été levées par la plus sublime de toutes les institutions humaines, ou plutôt par une inspiration céleste qui apprit au peuple à imiter ici-bas les décrets immuables de la divinité. Par quel art inconcevable a-t-on pu trouver le moyen3 d’assujettir les hommes pour les rendre libres? d’employer au service de l’État les biens, les bras, la vie même de ses membres4 , sans les contraindre et sans les consulter? d’enchaîner leur volonté de leur propre aveu? de faire valoir leur consentement contre leur refus? et de les forcer à se punir eux-mêmes, quand ils font ce qu’ils n’ont pas voulu? Comment se peut-il faire que5 tous obéissent et que nul6 ne commande? qu’ils servent et n’aient point de maître? d’autant plus libres en effet que, sous une apparente sujétion, nul ne perd de sa liberté que ce qui peut nuire à celle d’un autre? Ces prodiges sont l’ouvrage de la Loi. C’est à la Loi seule que les hommes doivent la justice et la liberté. C’est cet organe salutaire de la volonté de tous qui rétablit dans le droit l’egalité naturelle entre les hommes. C’est cette voix céleste qui dicte à chaque citoyen les préceptes de la raison publique, et lui apprend à se conduire sur les maximes de son propre jugement, et à n’être pas sans cesse en contradiction avec lui-même. Les lois sont l’unique mobile du Corps politique; il n’est actif et sensible que par elles7 . Sans les lois, l’État formé n’est qu’un corps sans âme; il existe et ne peut agir. Car ce n’est pas assez que8 chacun soit soumis à la volonté générale; pour la suivre, il la faut connaître9 Voilà d’où naît la nécessité d’une législation.

Les lois ne sont proprement que les conditions de l’association civile. Le peuple soumis aux lois en doit donc être l’auteur; car il n’appartient qu’à ceux qui s’associent de déclarer1 les conditions sous lesquelles ils veulent s’associer. Mais comment les déclareront2 -ils? Sera-ce 3 d’un commun accord, et209 par une inspiration subite? Le Corps politique a-t-il un organe pour énoncer ses volontés? Qui lui donnera la prévoyance nécessaire pour4 en former les actes210 et les publier5 d’avance? ou comment6 les prononcera-t-il au moment du besoin? Comment voudrait-on qu’une multitude aveugle qui souvent ne sait ce qu’elle veut, parce qu’elle sait rarement ce qui lui est bon, pῦt former et exécuter d’elle-même une entreprise aussi difficile qu’un système de législation, qui est le plus sublime effort de la sagesse et de la prévoyance humaine? De lui-même, le peuple veut toujours le bien; mais, de lui-même, il ne le voit pas toujours. La volonté générale est toujours droite, il n’est jamais question de la rectifier; mais il faut savoir l’interroger à propos7 . Il faut lui présenter les objets tels qu’ils sont, quelquefois tels qu’ils doivent lui paraître; lui montrer le bon chemin qu’elle veut suivre; la garantir de la séduction des volontés particulières8 ; rapprocher à ses yeux les lieux et les temps; balancer l’illusion des avantages9 présents 10 et sensibles216 par le danger des maux éloignés 216et cachés216. Les particuliers voient le bien qu’ils rejettent; le public veut le bien qu’il ne voit pas. Tous ont également besoin de guides; il faut obliger les uns à conformer leurs volontés à leur raison; il faut apprendre à l’autre à connaître11 ce qu’il veut. Alors des lumières publiques résultera la vertu des particuliers; et de cette union de l’entendement et de la volonté dans le Corps social, l’exact12 concours des parties et la plus grande force du tout. Voilà d’où naît la nécessité d’un Législateur.

LIVRE II.

Établissementdes lois.

[2]D. B. reads travaillé de cette manière.

[3][de cet ouvrage.]

[4][de poser.]

[5][ce grand.]

[6][voie.]

[7]Added.

[8][bon.]

[9]D. B. reads ont-ils le temps.

[10][s’en garantir.]

[11][s’en délivrer.]

[1]This paragraph, down to en contradiction avec lui-même, reappears in Éc. pol. See above, p. 245.

[2][semblent avoir.]

[3][l’art.]

[4]D. B. reads de ses semblables.

[5][qu’ils.]

[6][personne.]

[7][mais d’où viennent-elles? quelle est leur nature? à quel caractère est-on sῦr de les reconnaître?]

[8]‘que’ omitted in MS. by error.

[9][ce qu’il importe de bien expliquer.]

[1][déterminer.]

[2][détermineront.]

[3]Added.

[4][les former en actes.]

[5][déclarer.] D. B. reads calculer.

[6][le moyen de les déterminer.]

[7]In the final version (II. vi.) the words, il n’est jamais question...à propos, are replaced by mais le jugement qui la guide n’est pas toujours éclairé.

[8][qui tâchent d’emprunter son ton.]

[9][biens.]

[10]Added in both cases.

[11][faire.]

[12][parfait, vrai.]