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Front Page arrow Titles (by Subject) arrow CHAPITRE VI.: Des droits respectifs du souverain et 4 du citoyen . - The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 1

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Subject Area: Political Theory

CHAPITRE VI.: Des droits respectifs du souverain et 4 du citoyen . - Jean-Jacques Rousseau, The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 1 [1915]

Edition used:

The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, ed. from the original manuscripts and authentic editions, with introductions and notes by C. E. Vaughan. (Cambridge University Press, 1915). In 2 vols. Vol. 1.

Part of: The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, 2 vols.

About Liberty Fund:

Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals.


CHAPITRE VI.

Desdroits respectifs du souverain et4du citoyen.

Si l’intérêt commun est l’objet de l’association, il est clair que la volonté générale doit être la règle des actions du Corps social. C’est le principe fondamental que j’ai tâché d’établir. Voyons maintenant quel doit être l’empire de cette volonté sur les par-ticuliers, et comment elle se manifeste à tous.

l’État ou la Cité faisant une personne morale, dont la vie con-siste dans le concours et l’union de ses membres, le premier et le plus important de ses soins est celui de sa propre conservation: soin qui demande une force universelle et compulsive, pour mouvoir et disposer chaque partie de la manière la plus convenable au tout. Ainsi, comme la nature donne à chaque homme un pouvoir absolu sur ses membres, le pacte social donne au Corps politique un pouvoir absolu sur les siens; et c’est ce même pouvoir dont l’exercice, dirigé par la volonté générale, porte, comme je l’ai dit, le nom de souveraineté.

Mais comme, outre la personne publique, nous avons à considérer les personnes privées qui la composent, et dont la vie et l’existence est naturellement indépendante de la sienne, cette matière demande quelque discussion.

Tout consiste à bien distinguer les droits que le souverain a sur les citoyens de ceux qu’il doit respecter en eux1 ; et les devoirs qu’ils ont à remplir en qualité de sujets du droit naturel 2 dont ils doivent jouir en qualité d’hommes. Il est certain3 que tout ce que chacun aliène par le pacte social de ses facultés naturelles, de ses biens, de sa liberté, c’est seulement la partie de tout cela dont la possession importe à la société4 .

Ainsi tous les services qu’un citoyen peut rendre à l’État, il les lui doit; et le souverain de son côté ne peut charger les sujets d’aucune chaîne inutile 5 à la communauté172: car sous la loi de raison rien ne se fait sans cause, non plus que sous la loi de nature. Mais il ne faut pas confondre ce qui est convenable avec ce qui est nécessaire, le simple devoir avec le droit étroit, 6 et ce qu’on peut exiger de nous avec ce que nous devons faire173 volontairement7 .

Les engagements qui nous lient au Corps social ne sont obligatoires que parce qu’ils sont mutuels, et leur nature est telle qu’on ne peut travailler pour autrui sans travailler en même temps pour soi. Pourquoi la volonté générale est-elle toujours droite, et pour-quoi tous veulent-ils constamment le bonheur de chacun d’eux, si ce n’est parce qu’il n’y a personne qui ne s’approprie en secret ce mot chacun, et qui ne songe à lui-même en votant pour tous? Ce qui prouve que l’égalité de droit et la notion de justice, qui en 8 découle, dérive175 de la préference que chacun se donne, et par conséquent de la nature de l’homme; que la volonté générale, pour être vraiment telle, doit être générale dans son1 objet ainsi que dans son essence; qu’elle doit partir de tous pour retourner à tous; et qu’elle perd sa rectitude naturelle, sitôt qu’elle tombe sur un sujet individuel et déterminé; parce qu’alors, jugeant de ce qui n’est pas nous, nous n’avons aucun vrai principe d’équité qui nous guide.

En effet, sitôt qu’il s’agit d’un fait ou d’un droit particulier sur un point qui n’a pas été réglé par une convention générale et antérieure, l’affaire devient contentieuse; c’est un procès où les particuliers intéressés sont une des parties, et le public l’autre, mais où je ne vois ni la loi qu’il faut suivre, ni le juge qui doit prononcer. Il serait ridicule de vouloir alors s’en rapporter à une expresse décision de la volonté générale, qui ne peut être que la conclusion de l’une des parties, et qui par conséquent n’est pour l’autre qu’une volonté particulière, sujette en cette occasion à l’injustice ou à l’erreur. Ainsi, de même qu’une volonté particulière ne peut représenter la volonté générale, la volonté générale, à son tour, ne peut, sans changer de nature, devenir une volonté particulière; elle ne peut prononcer nommément ni sur un homme, ni sur un fait. Quand le peuple d’Athènes, par exemple, nommait ou cassait ses chefs, décernait une recompense à l’un, imposait une amende à l’autre, et par des multitudes de décrets particuliers exerçait indistinctement tous les actes du Gouvernement, le peuple alors n’avait plus de volonté générale, proprement dit; il n’agissait plus comme souverain, mais comme magistrat.

On doit concevoir par là que ce qui généralise la volonté publique n’est pas la quantité des votants, mais l’intérêt commun qui les unit. Car, 2 dans cette institution177, chacun se soumet nécessairement aux conditions qu’il impose aux autres: accord admirable de l’intérêt et de la justice, qui donne aux délibérations communes un caractère d’équité qu’on voit évanouir dans la discussion de toute affaire particulière, faute d’un intérêt3 commun qui unisse et identifie la volonté4 du juge avec celle de la partie.

Par quelque côté qu’on remonte au principe, on arrive toujours à la même conclusion: savoir, que le pacte social établit entre les citoyens une telle égalité de droit qu’ils s’engagent tous sous les mêmes conditions, et doivent jouir tous des mêmes avantages. Ainsi, par la nature du pacte, tout acte de souveraineté, c’est à dire, tout acte authentique de volonté générale5 , oblige ou favorise également tous les citoyens; de sorte que le souverain connaît seulement le Corps de la nation, et ne distingue aucun de ceux qui le composent. Qu’est-ce donc proprement qu’un acte de souveraineté? Ce n’est pas un ordre du supérieur à l’inférieur, ni un commandement du maître à l’esclave; mais une convention du Corps de l’État avec chacun de ses membres: convention légitime, parce qu’elle a pour base le Contrat social; équitable, parce qu’elle est volontaire et générale; utile, parce qu’elle ne peut avoir d’autre objet que le bien de tous; et solide, parce qu’elle a pour garants la force publique et le pouvoir suprême. Tant que les sujets ne sont soumis qu’à de telles conventions, ils n’obéissent à personne, mais seulement à leur propre volonté; et demander jusqu’où s’étendent les droits respectifs du souverain et des particuliers, c’est demander jusqu’à quel point ceux-ci peuvent s’engager avec euxmêmes: chacun envers tous, et tous envers chacun d’eux.

Il s’ensuit de là1 que le pouvoir souverain, tout absolu, tout sacré, tout inviolable qu’il est, ne passe ni ne peut passer les bornes des conventions générales, et que tout homme peut disposer pleinement2 de ce qui lui a été laissé de ses biens et de sa liberté par ces conventions; de sorte que le souverain n’est jamais en droit de charger un particulier plus qu’un autre; parce qu’alors, l’affaire devenant particulière, son pouvoir n’est plus compétent.

Ces distinctions une fois admises, il est si faux que dans le Contrat social il y ait de la part des particuliers aucune renonciation véritable, que leur situation, par l’effet de ce Contrat, se trouve réellement préférable à ce qu’elle était auparavant; et qu’au lieu d’une simple aliénation ils n’ont fait qu’un échange avantageux d’une manière d’être 3 incertaine et précaire183 contre une autre meilleure et plus sῦre: de l’indépendance naturelle contre la liberté civile; de leur pouvoir de nuire à autrui contre leur sῦreté personnelle; et de leur force, que d’autres pouvaient surmonter, contre un droit que l’union sociale rend invincible. Leur vie même, qu’ils ont dévouée à l’État, en est continuellement protégée; et lorsqu’ils l’exposent ou la perdent pour sa défense, que font-ils alors qu’ils ne fissent4 plus fréquemment et avec plus de danger dans l’état de nature, lorsque, livrant des combats inévitables5 , ils défendraient au péril de la vie ce qui leur sert à la conserver? Tous ont à combattre au besoin pour la patrie, il est vrai; mais aussi nul n’a jamais à combattre pour soi. 6 Ne gagne-t-on pas encore à courir, pour ce qui fait notre sῦreté, une partie des risques qu’il faudrait courir pour nous-mêmes, sitôt 1 qu’elle nous serait ôtée1.

[4][de ceux.]

[1]‘en eux’ added.

[2]There is a slight variant of this page (v° of p. 37) on a cancelled sheet, numbered 38, in Rousseau’s hand (like all the rest). When it was cancelled the new page was written on the back of 37, and in a hurried hand.

[3][incontestable.]

[4][au Corps social.] In the final version (II. iv.), Rousseau added the qualification: Mais il faut convenir aussi que le souverain seul est juge de cet importance.

[5]Added.

[6]‘ni ce qu’on peut nous forcer à faire...librement et....’

[7]Variant adds: Ces distinctions, qui se développeront en leur lieu, jetteront un nouveau jour sur ce chapitre, après la lecture des suivants.

[8][dérive, tire sa source.]

[1]Here ends the cancelled page.

[2]Added.

[3][principe.]

[4][l’intérêt.]

[5]D. B. reads de la volonté générale.

[1][tout ceci.]

[2]Added.

[3]Added.

[4][fassent—a reading retained by D. B.]

[5][qu’ils pourraient éviter.]

[6][n’est-il pas simple.]

[1][que nous ne l’aurions plus.]