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Front Page Titles (by Subject) CHAPITRE IV.: En quoi consiste la souveraineté, et ce qui la rend inaliénable 1 . - The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 1
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CHAPITRE IV.: En quoi consiste la souveraineté, et ce qui la rend inaliénable 1 . - Jean-Jacques Rousseau, The Political Writings of Jean Jacques Rousseau vol. 1 [1915]Edition used:The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, ed. from the original manuscripts and authentic editions, with introductions and notes by C. E. Vaughan. (Cambridge University Press, 1915). In 2 vols. Vol. 1.
Part of: The Political Writings of Jean Jacques Rousseau, 2 vols.About Liberty Fund:Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals. Copyright information:The text is in the public domain. Fair use statement:This material is put online to further the educational goals of Liberty Fund, Inc. Unless otherwise stated in the Copyright Information section above, this material may be used freely for educational and academic purposes. It may not be used in any way for profit.
CHAPITRE IV.Enquoi consiste la souveraineté, et ce qui la rend inaliénable1 .Il y a donc dans l’État une force commune qui le soutient, une volonté générale qui dirige cette force, et c’est l’application de l’une à l’autre qui constitue la souveraineté. Par où l’on voit que le souverain n’est par sa nature qu’une personne morale, qu’il n’a qu’une existence abstraite et collective, et que l’idée qu’on attache à ce mot ne peut être unie à celle d’un simple individu. Mais, comme c’est ici une proposition des plus importantes en matière de droit politique, tâchons de la mieux éclaircir. Je crois pouvoir poser pour une maxime incontestable, que la volonté générale peut seule diriger les forces de l’État selon la fin de son institution, qui est le bien commun. Car, si l’opposition des intérêts particuliers a rendu nécessaire l’établissement des sociétés civiles, c’est l’accord de ces mêmes intérêts qui l’a rendu possible. C’est ce qu’il y a de commun dans ces différents intérêts qui forme le lien social; et s’il n’y avait pas quelque point dans lequel tous les intérêts s’accordent, la société ne saurait exister. Or, comme la volonté tend toujours au bien de l’être qui veut, que la volonté particulière a toujours pour objet l’intérêt privé, et la volonté générale l’intérêt commun, il s’ensuit que cette dernière est, ou doit être, seule le vrai mobile du Corps social. Je conviens qu’on peut mettre en doute si quelque volonté particulière ne saurait s’accorder en tout avec la volonté générale; et par conséquent, supposé qu’une telle volonté particulière existât, si l’on ne pourrait pas sans inconvénient lui confier l’entière direction des forces publiques. Mais, sans prévenir sur cette question les solutions que j’en donnerai ci-après, chacun doit voir dès à présent qu’une volonté particulière, substituée à la volonté générale, est un instrument superflu quand elles sont d’accord, et nuisible quand elles sont opposées. On doit voir encore qu’une pareille supposition est absurde et impossible par la nature des choses; car l’intérêt privé tend toujours aux préférences, et l’intérêt public à l’égalité. De plus; quand on aurait trouvé pour un moment l’accord des deux volontés, on ne pourrait jamais s’assurer que cet accord durerait encore le moment d’après1 , et qu’il ne naîtrait jamais d’opposition entre elles. 2 L’ordre des choses humaines est sujet à tant de révolutions, et les manières de penser, ainsi que les manières d’être, changent avec tant de facilité, que ce serait une témerité d’affirmer qu’on voudra demain ce qu’on veut aujourd’hui; et, si la volonté générale est moins sujette à cette inconstance, rien n’en peut mettre à couvert la volonté particulière. Ainsi, quand même le Corps social pourrait dire une fois: ‘je veux maintenant tout ce que veut un tel homme,’ jamais il ne pourrait dire en parlant du même homme: ‘ce qu’il voudra demain, je le voudrai encore.’ Or, la volonté générale, qui doit diriger l’État, n’est pas celle d’un temps passé, mais celle du moment présent; et le vrai caractère de la souveraineté est qu’il y ait toujours accord de temps, de lieu, d’effet, entre 3 la direction de la volonté générale et l’emploi de la force publique109: 4 accord sur lequel on ne peut plus compter110, sitôt qu’une autre volonté, telle qu’elle puisse être, dispose de cette force. Il est vrai que, dans un État bien réglé, l’on peut toujours inférer5 la durée6 d’un acte de la volonté du peuple, de ce qu’il ne le détruit pas par un acte contraire. Mais c’est toujours en vertu 7 d’un consentement présent113 et tacite que l’acte antérieur peut continuer d’avoir son effet; 8 dans la suite, on verra114 quelles con-ditions sont nécessaires pour faire présumer ce consentement. Comme dans la constitution de l’homme l’action de l’âme sur le corps est l’abîme de la philosophie, de même l’action de la volonté générale sur la force publique est l’abîme de la politique dans la constitution de l’État. C’est là que tous les Législateurs 9 se sont perdus9. J’exposerai dans la suite les meilleurs moyens 10 qu’on ait employés à cet effet116, et 11 je ne me fierai pour les apprécier au raisonnement qu’autant qu’il sera justifié par l’expérience117 Si12 vouloir et faire sont la même chose pour tout être libre, et si la volonté d’un tel être mesure exactement la quantité de ses forces, qu’il emploie à l’accomplir, il est évident que, dans tout ce qui n’excède pas la puissance publique, l’État exécuterait toujours fidèlement tout ce que veut le souverain et comme il le veut, si la volonté était un acte aussi simple, et l’action un effet aussi immédiat, de cette même volonté, dans le corps civil que dans le corps humain. Mais, quand même la liaison dont je parle serait établie 1 aussi bien qu’elle peut l’être119, toutes les difficultés ne seraient pas levées. Les ouvrages des hommes, toujours moins parfaits que ceux de la nature, ne vont jamais si directement à leur fin. L’on ne peut éviter en politique, non plus qu’en mécanique, d’agir plus faiblement ou moins vite, et de perdre de la force ou du temps. La volonté générale est rarement celle de tous, et la force publique est toujours moindre que la somme des forces particulières; de sorte qu’il y a dans les ressorts de l’État un équivalent aux frottements des machines, qu’il faut savoir réduire à la moindre quantité possible, et qu’il faut du moins calculer et déduire d’avance de la force totale, pour proportionner exactement les moyens qu’on emploie à l’effet qu’on veut obtenir. Mais, sans entrer dans ces pénibles recherches qui font la science du Législateur, achevons de fixer l’idée de l’état civil. [1][Ce que c’est que la souveraineté et qu’elle est inaliénable.] [1]D. B. reads le moment après. [2][Car.] [3]In reverse order originally. [4][ce qu’on ne peut plus affirmer; accord dont on ne peut plus s’assurer.] [5][inférer quelquefois.] [6][continuation.] [7][de ce consentement actuel.] [8][et je ferai voir [je dirai] dans la suite.] [9][sont échoués.] [10][qui semblent pouvoir être employés pour cela.] [11][je me fierai moins pour en juger au raisonnement qu’à l’expérience.] In the text, D. B. omits ne before me fierai, by a slip. [12][Cependant.] [1]Added in margin. |

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