- F. A. Harper, Introduction
- Gustavo R. Velasco, On the 90th Anniversary of Ludwig Von Mises
- F. A. Harper, Ludwig Von Mises
- Property and Freedom, Alberto Benegas Lynch
- Technological Progress and Social Resistance, Guillermo Walter Klein
- Principles Or Expediency? F. A. Von Hayek
- Protection For Farmers, Antony Fisher
- For a Philosophy of Choice, Lord Grantchester
- The Surest Protection, Ralph Harris
- Towards the Just Society, Ralph Horwitz
- Size and Well-being, J. Enoch Powell
- Pour Eviter “une Collectivisation Par Annuities”, René Berger-perrin
- En Défense De L'economie Libérale: Réponse à Quelques Objections, Gaston Leduc
- L'occident Pour Son Malheur a Choisi Keynes Contre Mises, Pierre Lhoste-lachaume
- Das Ordnungsdenken In Der Martwirtschaft, Ludwig Erhard
- Unsere Gesellschaftsordnung Und Die Radikale Linke, Edith Eucken-erdsiek
- Privateigentum— Die Für Mitmenschen Günstigste Lösung Bei Den Produktionsmitteln, Wolfgang Frickhöffer
- Macht Oder ökonomisches Gesetz, Ernst Heuss
- The Reliability of Financial Statements, Ulrich Leffson and Jörg Baetge
- Ist Die Inflation Unser Schicksal? Alfred Müller-armack
- Der Reiche Goethe Und Der Arme Schiller, Volkmar Muthesius
- Krise Der Politischen Formen In Europa, Otto Von Habsburg
- The Need to Make Cognizance Available, Ulysses R. Dent
- Ways to Communism, Giuseppe Ugo Papi
- Convergence Theories and Ownership of Property, Kenzo Kiga
- Soaring Urban Land Prices and Market Economy, Toshio Murata
- Jesus and the Question of Wealth, Alberto G. Salceda
- A Program For a Liberal Party, Gustavo R. Velasco
- On the Entrepreneur Andries De Graaff
- La Integracion Economica De America Latina, Romulo A. Ferrero
- Problems of Economic Responsibility and Initiative Re-emerging In Eastern Europe, Ljubo Sirc
- Rent Control In Sweden: Lessons From a Thirty Year Old Socio-economic Experiment, Sven Rydenfelt
L'Occident pour son malheur a choisi Keynes contre Mises
Pierre Lhoste-Lachaume
Je suis particulièrement heureux de participer aux hommages présentés au chef de file des libéraux intransigeants, Ludwig von MISES, pour son 90ème anniversaire; car, depuis plus de 35 ans que je combats en France pour les libertés économiques, j'ai pu constater que la mentalité de compromis des milieux patronaux et le scepticisme des intellectuels sont pour beaucoup dans l'effritement des institutions de la Société libre.
Aussi lorsque notre Centre Libéral publia en 1952 la plaquette Angoisses et Espoirs de la Civilisation Occidentale, ai-je demandé au Professeur Mises l'étude de tête, qui portait spécialement sur “La chaîne sans fin des interventions économiques”, résumant ainsi ses analyses historiques de la régression contemporaine vers le collectivisme. Mais élevant le débat comme il l'avait fait dans Human Action, il montra également que l'Economie de Marché est de nos jours la base nécessaire pour sauvegarder les valeurs primordiales: intellectuelles, culturelles et morales.
En 1959, une occasion m'a été fournie de constater á nouveau notre unisson de pensée. Sous le titre alléchant de “Manifeste pour une Société Libre”, un rassemblement éphémère des néo-libéraux en renom et de personnalités politiques et patronales avait tenté de formuler un programme politique “social et international quant aux buts, et libéral quant aux moyens”; très prosaiquement il s'agissait de permettre à la population de vivre le plus possible garantie et le moins possible assujettie, sous l'égide d'une technocratie éclairée. Ayant réfuté point par point les conclusions de ce Colleque dans mon mémoire L'Illusoire Compromis de nos Démocraties Occidentales, et ayant communiqué le tout au Professeur Mises, je reçus de lui ces lignes:
“Je suis effrayé par la teneur de ce document; toutes les erreurs spécieuses qui furent jadis ensignées par l'Ecole Allemande de Sozialpolitik, et qui aboutirent à l'avènement du Nazisme, sont répétées par ces pseudo- libéraux. Malheureusement vous avez raison en affirmant que ce programme reflète la mentalité dominante de notre bourgeoisie dirigeante, car c'est aussi vrai aux Etats-Unis et en Angleterre qu'en France”.
Notre grand aîné était d'autant meilleur juge que toute son oeuvre constitue une lumineuse démonstration des erreurs collectivistes et expansionnistes, au regard des indestructibles réalités individuelles. Constamment il s'affirme adversaire de la planification centralisée - autoritaire ou concertéeet partisan d'un rigoureux donnant-donnant, orienté par la confrontation universelle de l'offre et de la demande des biens et services de toutes sortes, et ce afin de limiter le domaine du Pouvoir au strict indispensable.
Ainsi, bien avant la vogue de Keynes, il avait prouvé la vanité et les dangers de tous les palliatifs faisant appel aux artifices étatiques; à ses yeux, l'erreur spécifique du Keynenianisme a été de méconnaître les conséquences à long terme de la substitution du crédit inflationniste à une épargne réelle, qu'elle s'investisse ou qu'elle consomme.
Malheureusement ses explications méthodiques et sans lacune se sont heurtées à la coalition du silence, dans les Universités, la Presse et les partis politiques; alors que l'on faisait chorus autour des mythes qui flattent la puissance des grands, et jouent du désir de facilité des peuples. Telle est la rançon des vrais prophètes, dont le rôle est de tèmoigner de la rèalitè dans la mesure même où l'on prétend la nier; pour moi, c'est encore le courage et la ténacité de Mises dans une mission aussi ingrate, qui me le rendent le plus exemplaire.
Au cours de ces quelques pages, diverses notations groupées sous quatre titres tendent à montrer combien les enseignements de Mises restent d'actualité et commencent à porter leurs fruits.
1.–Substitution anachronique du Pouvoir au Marché
Après avoir connu le régime des castes en Economie domestique, les peuples évolués trouvèrent une véritable libération lorsque l'esprit de négoce et d'entreprise - c'est-à-dire de coopération pacifique dans la division du travail - fit prédominer l'Economie de libre-échange. Mais les souffrances qui accompagnèrent, au début du 19ème siècle, le passage de la production artisanale à la production industrielle provoquèrent une animosité contre le grand capitalisme, accusé de spolier les travailleurs et d'enrichir une nouvelle classe privilégiée.
Bien que cette révolution économique ait engendré pour tous une élévation considérable du niveau de vie, les vieux griefs stéréotypés restent exploités à des fins politiques; et les meneurs syndicalistes en arrivent à faire croire aux salariés qu'il suffit de s'emparer des leviers de commande pour régler à son gré le pouvoir d'achat de la population.
Parallèlement, les deux guerres mondiales ont acclimaté les nationalisations, la planification et l'Etat-Providence, en même temps que la dégradation chronique des monnaies et une fiscalité de plus en plus lourde. Les “classes moyennes”, ainsi à demi prolétarisées, réclament à leur tour du Pouvoir qu'il les protège: à la fois contre la prolifération anormale des concentrations capitalistes, et contre l'anarchie tant revendicative que subversive.
Aussi le paradoxe de notre époque est-il que la possession du Pouvoir est âprement convoitée, alors que les Gouvernants sont impuissants devant la multitude des problèmes dont ils se trouvent chargés; on s'enfonce donc dans l'impasse, car pas plus le Marché et la Démocratie, que le Dirigisme et l'Etatisme, ne peuvent fonctionner au milieu d'affrontements généralisés.
La fuite en avant risque de conduire à la fausse issue d'une dictature communiste, ou d'une nou.velle expérience fasciste; dans les deux cas, l'arbitraire du Pouvoir achèverait de se substituer à la liberté de décision des consommateurs, des travailleurs, et des investisseurs.
2.–Du dérèglement économico-social à la revendication endémique
Les principes faux sont d'autant plus séduisants qu'ils donnent de prime abord l'impression que l'on peut “corriger” la nature; malheureusement, à l'échelle de l'évolution sociale, les conséquences ne se font sentir qu'à retardement. Nous en avons l'exemple dans deux revendications-types du Socialisme: la Sécurité Sociale et la Démocratie Economique.
Le risque est lié à l'existence même; il est par conséquent du devoir de chacun de s'en prémunir, en fonction des conditions de vie qui lui sont habituelles. l'épargue et la mutualité constituent les moyens adéquats; alors qu'un système d'assurance collectif et obligatoire entraîne inéluctablement à un assujettissement, au surplus dispendieux et dont la charge se répercute sur tous. Or dès avant la première Guerre Mondiale et les troubles monétaires qu'elle a provoqués, Bismarck avait instauré un tel système, dont même les libéraux anglais s'inspirèrent déjà en partie; en France, il est piquant que ce fut,après l'assainissement de la monnaie par Poincaré, le droitier Tardieu qui fit voter en 1930 les Assurances Sociales obligatoires réclamées par la Gauche. Et maintenent l'on sait le gouffre financier que représente la Sécurité Sociale, ainsi que les servitudes et les aléas du mode de retraite par répartition.
Quant à la Démocratie économique, c'est une usurpation à la fois d'appellation et de finalité. Seule l'Economie de Marché est de nature démocratique, en ce sens que toutes les décisions sont consécutives à une confrontation constante et ouverte de toutes les catégories d'intérêts particuliers; tan-dis que l'objectif d'intérêt général est de satisfaire le consommateur, à travers des échanges où aucun pouvoir de contrainte n'intervient. Au mieux, la conception collectiviste devrait s'appeler “démocratie des producteurs”, ce qui équivaudrait - comme le fait remarquer Mises - à “une constitution sociale où les fonctionnaires et les soldats, et non l'ensemble du peuple, auraient à décider de la politique du Gouvernement”; d'ailleurs les Syndicats favorisés par l'adhésion obligatoire, ou qui s'octroient le privilège d'employer la violence, constituent un Etat dans l'Etat. Même si les producteurs arrivent ainsi à imposer leurs vues, par exemple en matière d'arbitrage ou de lutte contre le chômage, ils n'obtiennent alors que des distorsions du Marché qui, par la suite, se retournent contre les intéressés.
Ce qui est encore plus grave, c'est que cette prépondérance donnée à la production about it à un non-sens dont nous subissons déjà les répercussions; le Professeur belge Marcel de Corte vient de le souligner en ces termes: “La finalité normale de l'Economie est ainsi renversée: l'homme doit consommer afin de travailler. Sous nos ueux surgit une société appelée Société de consommation, qui est, en réalité, la conséquence nécessaire d'une Economie axée essentiellement sur les producteurs, à quelque niveau qu'ils se situent…Les besoins des consommateurs se trouvent de la sorte subordonnés, sinon sacrifiés, aux besoins des producteurs”. (Philosophie économique et besoins de l'homme).
Dans sa version humanitaire, le Socialisme aboutit à un paternalisme d'Etat qui, des citoyens, refait des sujets; lesquels perdent de ce fait les sauvegardes que l'Etat de Droit leur conférait. Cette mutation a été moins sensible aux Russes lors de la révolution léniniste, car celle-ci succédait à un absolutisme décadent; mais pour l'Occident c'est le renversement d'une évolution millénaire. En fait le prétexte de l'intérêt supérieur de la communauté - dont les gouvernants sont seuls juges - couvre les dénis de droits tant à l'égard des nationaux que des étrangers; et sur cette lancée, les dictatures n'hésitent pas à recourir à la violence et à l'oppression, parfois au nom de l'eugénisme!
Même dans les meilleures conditions, lorsqu'un régime socialisant parait bienfaisant pour les individus, il n'en fait pas moins fausse route et se prépare d'inextricables complications. La drogue euphorisante du crédit, et à plus forte raison de la gratuité, désaxe les mentalités en accoutumant les bénéficiaires à de pseudo-droits, d'autant plus extensibles qu'ils sont sans contrepartie apparente alors que leur coῦt retombe sur la collectivité; cette perversion est particulièrement nocive pour la jeunesse, dont l'éducation requiert le plus tôt possible l'insertion dans le courant des échanges de services. En outre les programmes d'équipements collectifs déclenchent une expansion qui échappe au contrôle de la rentabilité et entraîne une orientation précaire de la main d'oeuvre. Le tout concourt à multiplier indéfiniment les tâches administratives, lesquelles par nature ne peuvent se passer de méthodes rigides, entravantes, uniformisantes, qui constituent un gaspillage mais protégent l'irresponsabilité du fonctionnaire.
Toutefois les déficits budgétaires ont des limites; l'Etat ne peut jamais tenir ses promesses, bien qu'il aggrave constamment ses prélèvements et réglementations. Le coῦt de la vie s'en ressent, le mécontentement s'étend et la surenchére des revendications s'accentue. Chez les étudiants, le malaise s'amplifie de l'inquiétude quant aux débouchés auxquels ils prétendent du fait de leurs études, alors qu'il leur manque d'étre aguerris et mῦris par l'expérience.
Finalement le Socialisme se trouve acculé à subir la contestation chronique, ou à exercer une impopulaire répression.
3.–La vraie Démocratie protège les droits des individus et non les intérêts des groupes.
Les tenants d'une authentique République postulent la séparation des Affaires et de l'Etat, non seulement pour moraliser la Chose Publique et rendre le Pouvoir plus efficace à son service, mais encore pour que le Citoyen ait avec l'Etat des rapports d'homme libre; il faut done ne donner au Gouvernement que sa mission propre, et laisser à l'individu toute sa responsabilité. Et cela d'autant plus qu'avec une Monnaie réelle, l'équilibre fluide et dynamique des plans individuels est le contre-poison du double désordre engendré par la planification globale et la monnaie artificielle; d'ailleurs, qu'on le veuille ou non, l'ordre monétaire conditionne aussi bien l'ordre politique que l'ordre moral.
En Economie concurrentielle, le slogan du “règne de l'Argent” n'est qu'une sottise, car c'est le nationalisme économique qui affermit les monopoles et leur permet d'exercer des pressions. Dans la Société industrielle, le capital n'est pas une richesse statique qu'on puisse distribuer pour être consommée: ce serait tuer la poule aux oeufs d'or; il représente du travail et du savoir accumulés, il ne subsiste et ne fructifie qu'à force d'invention et d'adaptation au service des utilisateurs. Quelles que soient les formes - entreprises personnelles, sociétés anonymes, coopératives - il s'agit toujours de vendre des services; et à tous échelons les accords de gré à gré seront plus efficaces et plus humains qu'une gestion bureaucratique.
On peut objecter que les contrats qui règlent les intérêts des particuliers ne sont pas suffisants pour assurer le Bien Commun de la Société. Certes c'est à l'Etat à assurer la protection de tous et à veiller au fonctionnement correct de l'ensemble des rapports sociaux; la Police, le Code et la Magistrature sont indispensables à l'intérieur du pays, de même que l'Armée et la Diplomatie vis-à-vis de l'étranger. Quant aux mesures de sauvegarde du patrimoine national naturel et historique, de préservation de l'environnement, de maintien de l'hygiène physique et morale, de répression et dédommagement des abus de droit des particuliers et des groupes, la participation active des citoyens et des associations d'intérêt public est nécessaire pour stimuler et soutenir législateurs et gouvernants, provoquer des accords internationaux, mais aussi pour prendre ou combiner des initiatives désintéressées adaptées aux cas d'espèce.
Quant au Bien Commun ce n'est pas un objectif déterminable a priori, par un jugement préférentiel imposant un certain ordre social; il ne peut être que la résultante du fonctionnement normal des lois naturelles et psychologiques, dans les disciplines d'un Etat de Droit où personne ne commande exclusivement, et où chacun peut concourir à l'orientation de l'ensemble. Mises a bien montré que le Pouvoir est nécessaire, mais qu'il est non moins nécessaire de le borner constitutionnellement; meme si par là on empêche des améliorations qu'aurait pu décider un despote bienveillant, car c'est un moindre mal en regard des risques certains de l'omnipotence.
La règle du gouvernement limité-fondamentale en philosophie libérale - trouve son application la plus catégorique dans le domaine monétaire, où l'Etat doit se borner à réprimer les contrefaçons; alors que, depuis la première guerre mondiale, les gouvernements se sont arrogé le droit d'émettre du papier à cours forcé. Intrinsèquement la monnaie étant une tierce marchandise, sa valeur est déterminée comme celle de tous autres biens et services par la loi de l'offre et de la demande. Historiquement, la monnaie-or circulante n'a pas été une création politique, mais un produit de l'activité économique elle-même; et en dépit de tous les efforts pour supprimer le témoin gênant de l'étalon-or, sa réalité internationale et son prestige public demeurent intacts. Nous ne sortirons de l'imbroglio financier actuel - qui fait que monnaie, prix et salaires sont mensongers - et nous ne mettrons un terme à la fantasmagorie inflationniste, qu'en redonnant à la Monnaie réelle sa pleine liberté au lieu de laisser les experts en faire leur domaine réservé.
Comme l'a écrit Mises, les gens sans convictions doctrinales déclarent utopique la restauration intégrale de l'étalon or; il convient alors de les avertir qu'ils sont réduits à choisir entre deux utopies bien plus démontrées par les évènements:
–l'utopie d'une Economie de Marché fonctionnant sans être débarrassée du sabotage monétaire gouvernemental,
–et l'utopie de la planification intégrale totalitaire.
4.–L'ultime dilemme: Progrès-suicide ou évolutions équilibrées.
Certes il faut expliquer à nos concitoyens toutes les perspectives rassurantes qu'offre une Société libérale; à ce sujet, je dois malheureusement constater que les pays latins ont beaucoup moins fait pour cette saine propagande, que les pays anglo-saxons et nordiques. Néanmoins les gens sont tellement intoxiqués de la mythologie socialiste, qu'ils ne retrouveront la foi en la liberté que lorsque les échappatoires collectivistes seront devenues impraticables. Mais pour préparer ce redressement, il faut éclairer les esprits réfléchis sur l'option initiale entre les deux types de structure:
–la Société fluide, milieu d'échanges humains à courants divers, où chacun décide pour lui-même dans un cadre assuré par la Monnaie réelle, le Règne de la Loi et l'impératif de la Conscience;
–la Collectivité centralisée, dont chaque compartiment a son statut ainsi que ses effectifs déterminés, et où l'autorité - qu'elle soit monocratique ou collégiale - n'est limitée que par la force des choses ou la rébellion d'un clan.
Le premier type de vie en commun est constamment vitalisé par la spontanéité imprévisible des apports personnels; il favorise la paix intérieure par la possibilité de débloquer les antagonismes; il atténue les agressivités entre pays par la complémentarité des intérêts privés; enfin il permet d'autant mieux des ententes internationales, que la majeure partie des questions éeonomiques sont arbitrées par le Marché.
Le deuxième type se sclérose inévitablement par l'inertie des masses, frustrées des initiatives individuelles; il n'obtient la cohésion intérieure que par les hostilités de groupe à groupe; il lui faut comme support idéologique un objectif de puissance qui ne laisse finalement de choix qu'entre l'autarcie et la conquête; enfin toute tentative d'entente internationale est handicapée par d'impossibles ajustements technocratiques de l'Economie.
La pierre d'achopement des prophéties étant l'appréciation du délai de leur accomplissement, je me garderai bien d'indiquer quand et comment les tensions actuelles atteindront (probablement très soudainement) leur point de rupture. Ce qui est certain crest que l'expansion artificielle, pour toujours accroître le revenu national et les ponctions fiscales, connaît déjà un rythme fracassant que les hommes supportent de plus en plus mal; et que la surproduction intensifie le gaspillage, sans soulager les misères véritables. Et l'on en vient à souhaiter “arrêter le progrès”, sans d'ailleurs se rendre compte quelles en sont la source empoisonnée et l'orientation néfaste.
Cependant on peut discerner de-ci de-là des réflexions qui, sur des problèmes concrets, marquent un progrès vers la lucidité. En Allemagne, les partisans les plus résolus de l'Economie Sociale de Marché reconnaissent qu'avec d'excellentes intentions ils ont été trop loin “en essayant de remplacer, en économie, le conflit par l'harmonie, la lutte des classes par la participation, la fluidité par le statut”. En Grande Bretagne, la courageuse association Aims of Industry lance une campagne pour la création d'un Commissariat aux Dénationalisations. Aux Etats-Unis, les milieux d'affaires commencent à faire passer l'assainissement des bilans avant la croissance des investissements. En France, des socialistes de bonne volonté reconnaissent qu'il n'y aura jamais assez de militants compétents et désintéressés pour animer une société collectiviste.
Vient de paraître à Paris, sous le titre Le Temps des Esclaves, un livre où l'auteur Jean Cau (d'origine modeste, ancien secrétaire de Jean-Paul Sartre) expose l'illumination qui l'a porté d'une extrémité à l'autre de l'horizon politique. Voici deux passages qui frappent par leur similitude avec le point de vue vigoureusement libéral: “Tout contrat social est vide s'il ne dose pas le degré d'ordre nécessaire à la survie d'une société et la dose de désordre sans laquelle le surgissement de l'individu n'est pas possible…Sur le terrain de l'ordre, une liberté est possible à condition que celle-ci ne sacrifie pas au démon égalitariste”.
Mais les lueurs d'espérance n'aboutiront à une aurore que si elles sont transcendées par un idéal moral. Aussi notre prestigieux ami Mises ne nous reprochera certainement pas de citer après lui cette phrase de Benjamin M. Anderson (économiste qui s' est élevé contre la politique d'argent facile avant la crise de 1929, et contre le New Deal qui l'a suivie): “Rien n'est plus nécessaire pour les hommes que de pouvoir se faire confiance les uns aux autres, et de pouvoir croire en leurs gouvernants …La bonne foi - personnelle, nationale et internationale - est la toute première condition d'une existence décente, d'un progrès soutenu de l'industrie, de finances publiques saines et de la paix internationale”.