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Subject Area: Political Theory
Collection: The Collected Works of John Stuart Mill

CHAPITRE IV: CLASSIFICATION DES IDÉES - John Stuart Mill, The Collected Works of John Stuart Mill, Volume XXVI - Journals and Debating Speeches Part I [1820]

Edition used:

The Collected Works of John Stuart Mill, Volume XXVI - Journals and Debating Speeches Part I, ed. John M. Robson (Toronto: University of Toronto Press, London: Routledge and Kegan Paul, 1988).

Part of: Collected Works of John Stuart Mill, in 33 vols.

About Liberty Fund:

Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals.


CHAPITRE IV

CLASSIFICATION DES IDÉES

nous avons déjà divisé les idées en sensibles et en intellectuelles. Nous avons dit que les idées sensibles viennent immédiatement des objets extérieurs: nous y avons compris les idées que nous donne l’imagination, parcequ’elles ne sont que de nouvelles combinaisons de celles qui sont venues directement des sens. Mais les idées de la crainte, de l’espérance, etc. qui ne peuvent pas se peindre, et qui ne sont pas tirées immédiatement des objets extérieurs, sont appelées intellectuelles.

Des idées distinctes et confuses.Les idées se divisent aussi en distinctes et en confuses. On n’a jamais une idée distincte d’un objet, à moins qu’on ne l’ait bien saisi dans tous les traits principaux. J’ai une idée distincte, par exemple, d’un tableau historique, si je puis l’esquisser sans l’avoir devant les yeux. L’une des causes qui empêchent souvent de réussir dans l’étude qu’on entreprend, c’ést qu’on se contente d’avoir une idée confuse du sujet. En mathématiques, par exemple, on parcourt une proposition sans avoir une idée distincte de l’enoncé: c’ést ce qui empêche aqu’on ne comprenne rien àa la proposition.

Des idées complettes et incomplettes.On a une idée complette d’un objet lorsqu’on en connaît en détail toutes les parties. Une idée complette n’ést pas la même chose qu’une idée distincte. On peut avoir une idée bien distincte d’une partie, sans avoir une idée complette de l’ensemble. Ce n’ést guère qu’en mathématiques qu’on peut avoir des idées complettes: pour en avoir d’un objet physique, il faudrait connaître non seulement toutes les propriétés qu’on y a reconnues jusqu’ici, mais celles aussi qui ne sont pas encore découvertes.

Des idées simples et complexes.La distinction la plus importante ést celle bentre les idées simples etb complexes. Une idée ést simple lorsqu’on ne peut pas en séparer d’autres idées étrangères les unes aux autres. Pour en donner un exemple,—les idées du tems et de l’espace, de quelque manière qu’on les tourne ou qu’on les retourne, ne peuvent varier que du plus au moins et du moins au plus: elles ne se reduisent point à d’autres idées qu’à elles-mêmes. Mais l’idée du mouvement se résout en deux idées, celle d’un espace parcouru, et celle d’un tems passé à le parcourir. Les idées de tous les objets physiques sont infiniment plus compliquées que celle du mouvement. Celle, par exemple, d’une orange, ést composée des idées d’un certain dégré de mollesse, d’une certaine couleur, saveur, et pesanteur, d’un certain parfum, d’une certain forme, etc. Il y a des idées très composées, mais dont on ne connaît point la composition: telle ést celle du génie, et beaucoup d’autres. Ce serait très utile à la science si l’on pouvait faire un tableau de toutes les idées simples, comme on en fait des corps simples en chimie. On n’aurait plus alors qu’à examiner leurs différentes combinaisons entr’elles: ce qui raccourcirait de beaucoup cette étude, et nous enseignerait d’ailleurs la composition exacte de bien des idées qui se présentent tous les jours à notre esprit, sans que jamais nous pensions à en chercher la composition.

Des idées absolues et relatives.Les idées se divisent encore en absolues et en relatives. Une idée rélative ést celle qui ést susceptible de plus ou de moins, c.à.d. de modification de degré. Les idées des différentes couleurs sont absolues: car tous les objets qui sont blancs, rouges, noirs, etc. le sont autant les uns que les autres. Parmi les idées intellectuelles, celle de l’égalité ést absolue, ainsi que celle de la justice, car tout ce qui n’ést pas tout à fait juste ne l’ést pas du tout. L’idée du pouvoir ést au contraire rélative, car on peut être plus ou moins puissant. Les idées de chaleur, de grandeur, etc. en sont de même. Je m’arrêterai ici un moment pour relever une faute qui ést très ordinaire, en parlant de Dieu. On dit qu’il ést infiniment puissant: ici l’on ne fait point de faute, car l’idée de la puissance, étant susceptible de plus et de moins, peut être portée à l’infini. Mais lorsqu’on dit que Dieu ést infiniment juste, on fait une faute, car la justice n’ést pas susceptible de dégré: à moins qu’on ne veuille dire qu’il ést juste dans une infinité de circonstances, ou dans tous les cas possibles: dans ce cas-là on ne fait point de faute.

Des idées positives et négatives.On a une idée positive d’un objet, si on le connaît par les propriétés qu’il a: mais quand on sait seulement ce qu’il n’ést pas, on en a une idée négative. Nos idées de tous les objets physiques sont positives: mais l’idée du néant ést négative car qu’ést-ce que le néant? Ce qui n’ést pas, ce qui n’a point de propriétés. En mathématiques, l’idée d’un nombre cprimec ést négative, car c’ést un nombre qui n’a point de facteurs.

L’idée de l’infinie ést négative.L’idée de l’infini ést-elle positive ou négative? Il y a deux opinions à ce sujet: les uns font valoir l’étymologie du nom, et disent que l’infini ést ce qui n’ést point fini. Les autres répondent que le nom ne fait rien à la chose, que l’idée d’un nombre impair, par exemple, ést positive, car c’ést un nombre qui divisé par 2 laisse 1 de reste: cependant le mot impair ést négatif. Ceux-là disent que pour avoir une idée de l’infini, il faut d’abord se faire une idée du fini, et puis, faire abstraction des limites: tandis que ceux-ci prétendent que c’ést dans l’infini qu’on puise l’idée du fini, en posant de certaines bornes, et en rejetant tout ce qui ést dehors. Je serais plutôt de l’avis des premiers. Je crois qu’un enfant peut beaucoup apprendre sans se faire aucune idée de l’infini: quant à moi je sais que je n’avais jamais pensé à la chose, tant que le mot n’avait pas frappé mon oreille.

[a-a]CH de comprendre

[b-b]CH qui divise les idées simples des idées

[c-c]CH premier