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Subject Area: Political Theory
Collection: The Collected Works of John Stuart Mill

CHAPITRE II: DES IDÉES EN GÈNÉRAL - John Stuart Mill, The Collected Works of John Stuart Mill, Volume XXVI - Journals and Debating Speeches Part I [1820]

Edition used:

The Collected Works of John Stuart Mill, Volume XXVI - Journals and Debating Speeches Part I, ed. John M. Robson (Toronto: University of Toronto Press, London: Routledge and Kegan Paul, 1988).

Part of: Collected Works of John Stuart Mill, in 33 vols.

About Liberty Fund:

Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals.


CHAPITRE II

DES IDÉES EN GÈNÉRAL

un corps peut agir sur un autre corps de deux manières. Si je frappe un objet de ma main, celle-ci agit immédiatement sur l’objet. Si j’abats un mur d’un coup de canon, j’agis médiatement sur le mur: ma main, en allumant la poudre, produit une emission de gaz; le gaz, en se dilatant, fait aller le boulet; celui-ci frappe contre le mur, et le fait tomber. Un corps agit donc médiatement sur un autre corps, s’il ne le modifie que par suite des modifications, qu’il fait éprouver immédiatement à d’autres corps.

Les sensations sont communiquées au cerveau par les nerfs. Le cerveau ést le siège de l’âme.Les phénomènes de la sensation offrent un exemple d’action médiate. L’impression, reçue par l’un des cinq organes des sens, est communiquée par les nerfs, de l’organe affecté jusqu’au cerveau, qui paraît être le siège de l’âme, c.à.d. le centre du système sensitif. La manière dont les impressions se communiquent au cerveau peut être comparée à la manière dont quelques araignées font leur toîle: Toute impression sur une partie quelconque de la toîle se reproduit à une espèce de foyer commun, où l’araignée se place et attend que par la secousse elle s’aperçoive de l’arrivée d’une mouche.

Perception.L’attention, pour ainsi dire, de l’âme aux sensations ést appelée perception. Il ést clair que la sensation peut exister sans la perception: comme dans le cas de celui qui travaille en hiver sans feu: S’il prend beaucoup d’intérêt à son ouvrage, le froid peut se saisir de ses pieds, sans qu’il s’en aperçoive: et ce n’ést qu’après qu’il a achevé son ouvrage qu’il se trouve avoir les pieds gelés. On a connu des militaires qui dans la chaleur d’une bataille ont reçu sans le savoir de très graves blessures. Ces exemples prouvent qu’il y a non seulement une action de l’organe affecté sur le cerveau, mais aussi une reaction du cerveau sur l’organe, qui rend l’impression plus intense: et c’ést ce qu’on appelle perception. Les modifications même de notre langue peuvent nous faire sentir cette distinction entre la sensation et la perception. Nous disons, par exemple, voir et regarder: toucher et tâter: entendre et écouter. On entend beaucoup de monde qui parle: mais on ne sait pas ce qu’ils ont dit, parcequ’on n’a pas écouté; la sensation n’est pas aperçue.

Attention.L’acte par lequel l’âme s’applique à la sensation, et fait réagir le cerveau sur l’organe affecté, ést appelé attention. L’âme ne donne son attention que lorsqu’il y a quelque intérêt.

Définition des idées.La manière d’être d’une sensation dans l’esprit a reçu le nom d’idée. Une idée n’ést donc autre chose que l’impression reçue par les sens, et communiquée à l’âme; impression qui porte le nom de sensation lorsqu’elle ést reçue par les sens, mais qui devient idée lorsqu’elle est transférée à l’âme.

Théorie physique des Sensations.Les sensations sont reçues et communiquées au cerveau par de petits vaisseaux d’une substance moëlleuse, qui partent du cerveau, et aboutissent à la surface du corps. Ces vaisseaux, appelés nerfs, sont si nombreux qu’il ést impossible de piquer avec l’aiguille la plus fine, une partie quelconque du corps, sans en rencontrer un ou plusieurs. Les vaisseaux de certaines parties du corps, étant plus déliés que ceux des autres parties, et d’une construction peut être un peu différente, donnent lieu à adifférentesa variétés du tact, qu’on appelle goût, odorat, etc.

Cette théorie ést confirmée par ce qui arrive aux paralytiques. Dans leur corps, une partie du système nerveux ést devenue incapable d’exécuter ses fonctions: c’ést pourquoi les parties affectées ne jouissent plus de la sensation, quoiqu’elles puissent vivre, et même croître, la circulation du sang n’étant pas interrompue.

J’ai tâché de prendre les mots, sensation, perception, attention, idée, dans le sens que j’ai cru le plus usité: ne suivant pas, en cela, l’exemple de quelques métaphysiciens, qui se font une langue à eux seuls, donnant aux termes du langage ordinaire, un sens tout autre que celui qu’on leur donne communément.

Théorie de l’attention.Si une impression ést peu forte, la volonté ést une condition indispensable à l’attention: mais il ést fort difficile à l’âme de se refuser aux impressions violentes. Si donc la sensation ést agréable, l’âme s’y donne toute entière, afin d’en tirer le plus grand parti possible: Si elle ést désagréable, sans être forte, l’âme peut ordinairement trouver le moyen de s’en distraire: Mais si la sensation ést forte et pénible, elle ést forcée de s’y prêter, malgré tous ses efforts pour s’en détourner. L’absence involontaire de l’attention ést appelée distraction. Il y a des personnes qui vivent en une distraction continuelle: qui ne peuvent sans la plus grande peine, fixer leur attention. Ce sont des individus qu’il ést toujours fort difficile d’instruire: ils vous font une question, mais avant que votre réponse ne soit achevée, vous voyez sur leur visage qu’ils ne vous écoutent plus. Il y a encore des gens qui fixent volontiers leur attention sur certaines impressions, quoique désagréables: ce sont les mélancoliques.

Souvent un objet nous affecte en certaines circonstances bquib ne nous affecte pas en d’autres: cela dépend de l’état actuel de l’âme par rapport aux impressions qu’elle reçoit. On voit très clairement les étoiles dans la nuit: elles brillent du même lustre pendant le jour: mais l’attention ést tellement dirigée vers la lumière, plus forte, du soleil, qu’elle ést nécessairement distraite de celle des étoiles. Si on allumait, le soir, un feu de joie au sommet du Pic St. Loup, tout Montpellier sortirait pour le regarder: mais dans le jour, on n’y ferait pas attention. Il faut donc, en étudiant un phénomène qui n’ést pas très saîllant, prendre garde qu’il ne soit pas masqué par un autre phénomène plus apparent. C’ést pourquoi l’on fait ordinairement les expériences sur la lumière dans une chambre obscure.1 C’ést encore pour cela que les gens qui méditent beaucoup se mettent quelquefois à l’obscurité, afin de n’être pas distraits par la vue des objets extérieurs. Je leur conseillerais aussi de se mettre dans un endroit où ils ne seraient distraits par aucun bruit.

Ce ne sont pas des gens fort cméditativesc qui louent des apartemens garnis dans la Rue St. Honoré, par exemple, à Paris, ou dans la Grande Rue de Montpellier. Ceux pourtant qui par leur situation se trouvent exposés à entendre beaucoup de bruit, ceux, par exemple, qui travaillent dans un moulin s’y accoutument enfin de manière à n’en être plus incommodés.2 On raconte qu’Archimède, étant occupé de la solution d’un problème, n’entendit pas le bruit de la prise de Syracuse.3

La sensation dure au moins quelques instans, après que sa cause a disparu: c’ést ainsi qu’on explique un phénomène très connu, savoir qu’un bâton dont le bout ést enflammé, et qu’on fait tourner très rapidement dans l’air, donne l’idée d’un ruban de feu. C’ést dà la même cause, qu’on doit attribuer,d que les sons répetés à de petits intervalles, ese confondent àe un seul.

[a-a]CH plusieurs

[b-b]CH et

[1 ]A footnote indicator appears here, but there is no note in the manuscript.

[c-c]CH portés à la méditation

[2 ]The two parts of the preceding clause (“ceux . . . moulin” and “s’y . . . incommodés”) appear in the text in reverse order, but marked for transposition.

[3 ]Plutarch (ca. 50-120 ) tells the story of Archimedes (287-212 ) in his Life of Marcellus, in Lives (Greek and English), trans. Bernadotte Perrin, 11 vols. (London: Heinemann; Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 1914-26), Vol. V, p. 487 (xix).

[d-d]CH par la même raison

[e-e]CH paraissent se confondre en