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Subject Area: Political Theory
Collection: The Collected Works of John Stuart Mill

1846 - John Stuart Mill, The Collected Works of John Stuart Mill, Volume XIII - The Earlier Letters of John Stuart Mill 1812-1848 Part II [1838]

Edition used:

The Collected Works of John Stuart Mill, Volume XIII - The Earlier Letters of John Stuart Mill 1812-1848 Part II, ed. Francis E. Mineka, Introduction by F.A. Hayek (Toronto: University of Toronto Press, London: Routledge and Kegan Paul, 1963).

Part of: Collected Works of John Stuart Mill, in 33 vols.

About Liberty Fund:

Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals.


1846

478.

TO GEORGE GROTE1

My dear Mr. Grote,

Since our last conversation on Comte’s affairs, I have had two letters from him,2 a short and a long one, both of which I enclose. The latter of them is so little creditable to his delicacy or gratitude, or, rather, shews an inordinate self-importance overriding both, that I should have been ashamed to send it to you if it had not seemed to be his intention that I should.

The shorter letter was written when he first heard from me that Molesworth was not disposed to renew his subscription. In answer3 to it I declined applying further to Molesworth, saying that he would not, probably, consider the case one of necessity while Comte had still 200£ a year. Two months after, I received the long letter.

As you will see that he then expressed himself as if I had led him to count upon the success of an application for a second subscription, I must say to you, what I said to him, that I did not intentionally give him any confidence, for I felt none myself. His sanguine disposition ran away with him in this, as in other cases. I said to him (as I once told you) that very likely he might receive further help if it were only wanted for a short, and definite, but not for an indefinite time. I do not remember saying anything else, except that “the letter he sent to me, and which I sent to you, seemed to me well suited for its object:” that I said, because he referred it to my judgement.

Ever yours truly,

J. S. Mill

P.S.—I hope the first two volumes of the History4 will soon be out; I long to see them.

479.

TO AUGUSTE COMTE1

  • India House

Mon cher Monsieur Comte

Votre lettre du 18 décembre exige de moi une réponse sérieuse, et qui aurait été immédiate, si je n’eusse été forcé d’attendre un moment où je pourrais le faire à loisir, et avec la reflexion convenable.

Votre appréciation de la conduite tenue envers vous en Angleterre me paraît reposer sur une erreur de fait. La sévère condamnation morale que vous portez sur ceux qui ont cessé de vous accorder l’appui pécuniaire qu’ils vous avaient donné temporairement, se pourrait tout au plus concevoir, en leur supposant des opinions, des sentiments, et, à tous égards, une position morale envers vous, qui n’existent pas, et dont ils n’ont certainement jamais fait profession. S’ils vous avaient accepté comme leur chef spirituel, s’ils vous regardaient comme le représentant de leurs convictions, comme l’apôtre d’un système de doctrines et de sentimens auquel ils adhéraient essentiellement; je ne sais pas s’ils se seraient crus moralement obligés de prolonger leurs subsides, mais je suis persuadé qu’ils l’auraient fait, et je les estimerais peu si je pensais qu’en pareil cas ils croiraient avoir assez fait déjà. Mais de la sympathie partielle qu’ils éprouvent pour vos opinions, et de l’admiration très réelle qu’ils ressentent envers vos talents, il y a loin à cette intime solidarité d’opinions et de sentimens. C’est leur prêter, sans fondement, vos propres convicitions, que de dire qu’ils se sont crus “moralement obligés” à faire pour vous ce qu’ils ont fait. Je ne vois dans leur procédé autre chose qu’un sentiment de philanthropie envers un philosophe éminent, pris au dépourvu par une persécution inattendue. Sans doute ils ont tous les trois une haute admiration pour votre grand ouvrage; ils le regardent comme une traité philosophique du premier ordre; ils reconnaissent en avoir beaucoup appris; et Grote, dont je parle le plus parce que je le connais le mieux, avoue qu’il y doit des modifications dans plusieurs de ses opinions. Grote, et probablement Molesworth, acceptent encore aussi pleinement que vous-même l’idée mère de vos travaux, c. à d. la substitution du point de vue scientifique au point de vue religieux, et l’application aux études sociales de la méthode philosophique qui préside aujourd’hui irrévocablement à toutes les autres études. Ils pensent encore, je puis à peu près l’assurer, du moins quant à Grote, que vous avez, le premier, conçu la méthode positive d’une manière qui la rend propre à cette dernière extension. Il y a bien là de quoi motiver une haute estime philosophique. Mais quant à votre manière particulière de concevoir la sociologie dogmatique, ils sont si loin de la partager, que pour me borner à Grote, qui en est encore probablement le moins éloigné des trois, je crois savoir que sauf la question religieuse, la plupart des doctrines sociales que vous professez sont très en désaccord avec ses opinions et bien que cette dissidence ne l’empêche pas de rendre justice à votre haute valeur philosophique, elle importe beaucoup à l’obligation que vous lui supposez de concourir à la propagation active d’opinions sociales dont beaucoup ne lui semblent ni vraies ni utiles à propager.

Il n’y a donc pas lieu d’accuser, en ce cas, la faiblesse des convictions actuelles. Ce n’est pas un cas de demi-conviction ni de demi-volunté; c’est un cas de conviction très arrêtée d’un désaccord essentiel d’opinion. Vous vous trompez davantage encore en pensant qu’un sentiment étroit de nationalité y soit pour quelque chose. Contrairement à l’opinion générale du continent, je suis d’avis qu’il y a moins de nationalité chez les anglais que chez tout autre peuple civilisé. Ils ont aujourd’hui beaucoup moins de préjugés et de préventions nationales que les peuples du continent; on peut seulement, à cet égard, les accuser d’indifférence; ils font peu d’attention aux autres peuples, et ignorent en général ce qui s’y fait; mais ceux parmi eux, qui ne partagent pas cette ignorance, ceux qui connaissent assez le continent pour en juger, soit par leurs études, soit par leurs voyages, ceux-là sont cosmopolites au delà de ce que vous pouvez vous imaginer; et s’il y a des hommes dont cela est surtout et particulièrement vrai, ce sont précisément ceux à qui vous avez eu à faire.

Quant au projet de revue, et à la manière dont il fut accueilli, vos reproches retombent surtout sur moi: les autres n’ont eu dans cette affaire qu’un rôle passif. Je n’ai même parlé là dessus qu’avec Grote, et sans le consulter, pas plus que Molesworth, sur la réponse à vous faire. Je lui a demandé son avis sur la probabilité de pouvoir placer des actions et trouver des abonnés en angleterre, parce que ma propre opinion, quelque décidée qu’elle fût, ne pouvait pas vous suffire. Je ne lui ai pas seulement demandé s’il y prendrait part. Lui seul pouvait juger jusqu’à quel point cela lui convenait, tant personnellement qu’en égard à ses opinions. Sous ce dernier rapport j’aurais espéré que la franche explication que je vous donnai sur la question de ma propre coopération, aurait suffi, et peut être à plus forte raison à l’égard des autres. Mon hésitation fut expréssement motivée sur le défaut d’un accord suffisant d’opinion. Je pense comme alors que l’acceptation commune du principe positif, et même un accord essentiel d’idées sur la méthode, ne sont pas une base suffisante pour une entreprise commune de propagation sociologique; sans toutefois rien prescrire à l’égard de ceux dont les opinions sociales, en tant qu’arrêtées, sont d’accord. Cette harmonie initiale est bien loin d’exister entre nous deux, pour ne rien dire des autres: sans cela, aurais-je accueilli la proposition comme je l’ai fait? et la tentative que nous avons faite pour vider notre différence d’opinion sur une seule question fondamentale, n’a pas été assez heureuse pour nous encourager à en entamer d’autres, ou pour faire croire que le positivisme puisse bientôt offrir au monde un système social capable de réunir tous ceux qui acceptent sa méthode. Plus j’y réfléchis et moins je crois à la proximité d’un résultat semblable, qui me paraît exiger plusieurs progrès antérieurs, non suffisamment effectués, et surtout un notable perfectionnement de la science positive de l’homme. Les dissidences qui existent en matière sociale entre deux penseurs consciencieux, qui se ressemblent d’aussi près que vous et moi dans leurs principes logiques, doivent tenir à ce que l’un ou l’autre n’entend pas assez bien les lois de la nature humaine. Une connaissance plus approfondie de ces lois me paraît une condition nécessaire d’une théorie sociologique rationnelle. Personne aujourd’hui ne s’occupe convenablement de lever cet obstacle, et je crois de plus en plus que c’est là le genre de tentative philosophique par lequel un penseur bien préparé pourrait aujourd’hui rendre le plus de service, tant à la théorie qu’à la pratique sociale.

Je dois encore décharger MM Grote et Molesworth de la responsabilité de l’allusion que j’ai faite à leurs sentimens présumés sur ce qui constituerait à votre égard le cas de nécessité. Ils ne m’avaient pas articulé un seul mot, à ce sujet, et je suis seul responsable d’une explication qui, je le vois avec peine, vous a blessé. Cependant je ne doute pas, non plus qu’alors, que j’ai exprimé leurs véritables sentimens. Je pense, certes, comme vous, qu’il serait très déplacé de la part de qui que ce soit, de prétendre vous imposer des règles de conduite dans vos dépenses privées, et que vous êtes pleinement en droit de n’y avoir égard qu’à votre opinion propre. Cela est même presque superflu à dire. S’ils ont pris ce sujet en considération, ce n’est pas pour régler votre conduite, mais la leur. Votre jugement est définitif pour vous, le leur l’est également pour eux. Quant à leur droit de se faire une opinion là dessus, il me semble découler nécessairement du fait même de l’intervention pécuniaire, et je trouve très simple qu’on ne se croie pas tenu à faire pour l’aisance d’un philosophe ce qu’on ferait volontiers pour sa subsistence. Vous jugez très sévèrement ceux qui “du sein de leur opulence” émettraient un tel avis. Sans doute, tant qu’il y aura des riches, et qu’un homme possédera plus qu’un autre sans avoir plus de mérite personnel, il y aura toujours quelque couleur de justice à de pareilles plaintes. Pour moi je ne les trouve nullement bien fondées. Je conçois qu’on ne compte pas avec ses amis personnels les plus chers, ou avec celui qu’on regarderait comme son chef spirituel et maître réveré, ou même peut-être avec celui pour le jugement duquel, dans toute question de conduite, on aurait, d’après une intime connaissance personnelle, un respect et une déférence telle, qu’on se reposerait aveuglément sur lui, en se dispensant de se faire une opinion propre. Mais partout où ces conditions n’existent pas, il me semble permis qu’on ait égard à la possibilité d’une économie sur les dépenses de celui qu’on veut aider, et je ne pense pas que, pour cela, on mérite l’accusation de s’immiscer à tort dans les affaires d’autrui.

Vous voyez, mon cher Monsieur Comte, qu’en donnant mon avis, avec une pleine franchise, sur votre lettre, je ne la juge pas d’après des considérations de délicatesse arbitraire et de convention, dont je crois qu’un homme sérieux, dans un cas important, peut se dispenser. C’est le fond même de la question que nous n’envisageons pas de la même manière. Mais nous sommes d’accord sur votre droit incontestable de travailler désormais pour votre aisance privée, dussiez-vous par là retarder la suite de vos travaux spéculatifs. Vous avez bien assez fait pour n’avoir pas besoin de justification, quelque parti que vous preniez à cet égard.

J’ai fait part de votre lettre à Grote et à Molesworth, mais ils n’ont aucune participation directe ou indirecte à ma réponse, que je ne leur ai pas même communiquée.

Vous me demandez des nouvelles de M. et Mme Austin. Je les ai vus tous deux à Londres, où ils ont passé après leur retour d’Allemagne. Ils se portaient alors assez bien. Ils doivent être maintenant à Paris, où vraisemblablement vous avez eu de leurs nouvelles.

Tout à vous

J. S. Mill

480.

TO SIR JOHN F. W. HERSCHEL1

  • India House

My dear Sir

With many apologies for troubling you so much on the subject of my Logic—will you permit me to ask whether there is anything in the first volume on which I may hope for any remarks from you?

I ask this because I am much urged by the publisher to send the volume to press for a second edition.

Believe me
Very truly yours

J. S. Mill

481.

TO SIR JOHN F. W. HERSCHEL1

  • India House

My dear Sir,

Many thanks for your remarks, all of which shall be attended to.

As to the first—I was quite aware that the tendency of the moon to the earth was not known to be as 1/D2 before Newton, but as Newton’s name is not mentioned in that passage which only traces the successive order of the discoveries as an illustration of method, I had not thought it necessary to guard the phraseology on that collateral point. I shall now do so.2

On the 2nd point—I knew that the shock of a comet could only alter the ellipse to some other conic section & to avoid the apparent ignorance I will change the wording.3

What you say on the difference between the evidence of a medium in the cases of light & of gravity, ought, in justice to the advocates of a medium, to be brought in somewhere, & I will take care to do so.4

I will omit the reference to M. Comte on the subject of pathological phenomena.5 I have never read Dr. Holland’s book,6 & I got the remark from Comte.7

Nothing has happened to make your observations on the other proposition of Laplace of less importance to me.

Very truly yours

J. S. Mill

482.

TO AUGUSTE COMTE1

  • India House

Mon cher Monsieur Comte

Je n’ai pas jugé nécessaire de répondre promptement à votre lettre du 23 janvier. Il m’a semblé inutile de prolonger la discussion sur le sujet spécial de votre lettre. Nous avons suffisamment fait connaître l’un a l’autre notre façon de penser. Cette communication n’a nullement diminué la divergence qui existait d’abord, et qui concerne, comme vous avez reconnu, les sentiments autant que les idées et les principes. Je bornerai donc ma réponse à quelques explications sur ce qui, dans votre lettre, me regarde personnellement, sans quoi vous pourriez croire que j’accepte vos observations comme fondées, ou que je les repousse sans raison aucune, ne pouvant y répondre.

D’abord, il est certain qu’il n’y a pas eu, comme vous semblez le croire, de malentendu sur la nature de la coopération pécuniaire que vous espériez obtenir en Angleterre pour le projet de revue. Vous avez alors très clairement expliqué la nature du projet, et indiqué les ressources pécuniaires nécessaires pour le mettre en exécution. Votre lettre a été soumise à MM. Grote et Molesworth. Ils ont dû croire et ils ont certainement cru en effet, que cela équivalait à leur faire la proposition de fournir eux mêmes les fonds en tout ou en partie. J’ai ensuite demandé spécialement à M. Grote son avis sur la possibilité d’obtenir ces fonds, et c’était l’inviter, autant que je trouvais convenable de le faire, à se prononcer sur sa coopération personnelle. Il s’en est abstenu en pleine connaissance de cause.

En second lieu, je ne dois pas passer sous silence quelques unes de vos observations sur l’intensité particulière que vous attribuez aux préjugés nationaux en Angleterre. Votre opinion à cet égard, loin d’être aucunement affaible, vous conduit à ne voir dans ma persuasion contraire qu’un nouvel exemple du fait que vous croyez signaler, puisque, dites-vous, une prévention nationale sur l’excellence du caractère propre à la nation anglaise, vous paraît seule pouvoir en faire ainsi méconnaître le principal défaut actuel. Vous me pardonnerez si je dis que la supposition que vous faites à mon égard est propre à faire sourire tous ceux qui connaissent un peu la tournure habituelle de mes idées et de mes sentiments. Je suis depuis longtemps dans une espèce d’opposition ouverte contre le caractère national anglais, qui, à plusieurs égards, m’est antipathique et à qui je préfère, à tout prendre, le caractère français, allemand, ou italien. Vos propres expressions témoignent assez combien je sens plus profondément que vous les défauts du caractère anglais, puisque vous regardez comme le plus grand de ses défauts les préjugés nationaux, tandis que moi je lui en trouve d’autres plus graves, plus fondamentaux, et surtout plus difficiles à corriger. Je crois au reste que sans devenir suspect de prévention nationale, on peut faire beaucoup moins de cas que vous ne faites de l’opinion générale du continent en pareille matière. Il est fort naturel que les étrangers se trompent sur le caractère d’un peuple: le nôtre, très peu expansif, offre moins de prises à l’observation qu’un autre; et comme les peuples continentaux se ressemblent beaucoup plus entr’eux qu’ils ne ressemblent aux anglais, ils doivent se comprendre mieux et se juger mutuellement avec moins d’inexactitude qu’ils ne jugent l’Angleterre. Pour moi qui depuis ma première jeunesse, me suis occupé d’étudier le caractère anglais, j’aurais peine à vous dire combien les observations faites là dessus par les étrangers les plus éclairés, même quand elles sont justes, me semblent superficielles, et jusqu’à quel point, même lorsqu’il y a lieu à des critiques sévères, toutes celles que je lis me paraissent manquer le but, en donnant une interprétation française ou allemande à des phénomènes anglais. On donne aux anglais également des défauts et des qualités qu’ils n’ont pas; souvent ceux qu’on leur donne sont l’exact contraire de ceux qu’ils ont réellement.

Pour en venir maintenant à l’explication que vous donnez de nos différences d’opinion sur la seule question biologique et sociale que nous avons expressément discutée en sens contraire, celle de la prétendue infériorité intellectuelle des femmes. Vous vous rendez raison de ce dissentiment par l’insuffisance de mes études et de mes méditations biologiques. Je pense qu’il y a, sous ce rapport, quelque malentendu. Je ne crois pas avoir moins étudié la biologie que toutes les autres sciences fondamentales. Je crois la connaître à peu près aussi bien. Je connais assez bien la méthode, et les principales généralités de toutes, y compris la biologie. Peut être même je me tiens plus au courant des derniers progrès de cette science que de ceux des autres. Quant aux méditations, c’est surtout, chez moi, sur les questions biologiques qu’elles portent. Mais enfin, que mes connaissances anatomiques et physiologiques répondent ou non à l’idée que vous vous en faites de votre point de vue, il m’est également, du mien, permis de croire que j’ai plus étudié, et mieux apprécié, à certains égards, la théorie des phénomènes intellectuels et moraux que vous n’avez dû le faire, vû le mépris que vous professez pour la psychologie, dans laquelle vous comprenez toute étude directe des phénomènes mentaux, en fesant abstraction de leurs conditions organiques. Donc, en supposant de votre part et de la mienne, une chance égale d’insuffisante compétence, je croyais avoir fait la part, sans prévention aucune, de nos points de vue respectifs. Je pense que j’aurais pu réclamer pour moimême la supériorité de chances, à aussi bon droit que vous la réclamez pour vous; et même à meilleur droit peut être, puisque, de mon côté, je ne méprise pas vos avantages comme vous méprisez les miens; je m’occupe, au contraire, de me les donner à moimême, en augmentant, autant que possible mes connaissances biologiques, ce qui, je le remarque par parenthèse, au lieu d’affaiblir mes convictions antécédentes n’a tendu jus’qu’ici qu’à les fortifier. Quant à l’appui que vous croyez tirer de la concordance entre vos conclusions philosophiques et l’opinion vulgaire, il me semble que l’existence d’une opinion ne peut en faire présumer la vérité que dans le cas où l’on ne pourrait donner d’autre explication raisonnable, de son existence; comme vous le reconnaissez vous même par rapport aux opinions religieuses, et dans bien d’autres cas encore.

Quoi qu’il en soit, je tends de plus en plus à faire de l’étude des fonctions intellectuelles et morales ma principale occupation philosophique, en la menant toutefois, comme vous le conseillez, de pair avec les spéculations sociales, car je reconnais pleinement qu’on ne peut pas connaître l’homme individuel en fesant définitivement abstraction de la société, dont il est indispensable de savoir apprécier philosophiquement les diverses influences. Toutefois je persiste à croire que la sociologie, comme science, ne peut plus faire aucun progrès capital sans s’appuyer sur une théorie plus approfondie de la nature humaine. La force des circonstances peut amener des améliorations pratiques importantes, mais la théorie sociologique ne me paraît comporter actuellement que des progrès secondaires, tant qu’on ne s’occupe pas en même temps de perfectionner la théorie intellectuelle et morale de l’homme. Je tâche de payer mon tribut à ces progrès secondaires par le traité d’économie politique dont je m’occupe et qui s’avance rapidement. Après cela je destine mes principaux efforts à cette autre grande tentative,2 et je me propose bien de ne négliger aucun genre d’études qui puisse me rendre plus propre à la poursuivre.

L’élection annuelle d’examinateur doit avoir eu lieu: quel en a été la résultat? Aurait-on réparé l’injustice commise envers vous? ou est-ce un parti pris que d’y persévérer?

tout à vous

J. S. Mill

483.

TO SIR JOHN F. W. HERSCHEL1

  • India House

My dear Sir

The printers have come to an end with reprinting the first volume of my Logic & I am pleased to send them what is ready of the second.

I attach great importance to being right on the point of difference with Laplace, which occurs in the last chapter of Book III,2 on which, too, even if the views I at present entertain are right, they evidently require to be stated more clearly & at greater length. Should I not, therefore, be favoured with any remarks from you before the printers reach that chapter (which at their present rate of progress will be very soon) I shall make them halt at that point, as long as I find in any way compatible with the interests & wishes of the publisher.

Very truly yours

J. S. Mill

484.

TO HARRIET GROTE1

  • India House

Dear Mrs. Grote,

McV. Napier has now, some days since, accepted my offer to review your History2 (for the “Edinburgh Review”).3 He wishes that it should not be later than the October number, and by that time I expect to have it ready.

The article for the “Spectator” is in Rintoul’s4 hands. It is rather long, but its length does not seem to frighten him.

I have taken my extracts from the 2nd vol., which has not yet been quoted, I believe, people not having had time to master it. You will see by the article that I like it very much. I was excessively sorry when I got to the end of it, and am impatient for the next volume.

Yours ever,

J. S. Mill

Napier says that Lewis5 had offered to review the book for the editor, so that I have prevented an article from him. It would have been such a very good one that I hope he will write it and print it somewhere else.

485.

TO SIR JOHN F. W. HERSCHEL1

  • India House

My dear Sir

Your second letter has, as you anticipated, convinced me. An analysis of the cases, such as you have given, is the last appeal when there is any doubt, & if I had resorted to it (which would have been more in conformity with my usual mode of working) I could not have fallen into the error which I committed, & which I am greatly indebted to you for causing me to rectify.

I have written a new conclusion to the chapter,2 in which I hope I have presented Laplace’s principle in a light which will prevent others from falling into my error.

I do not, however, think that Laplace’s example is a fair type of the universal character of what are called Coincidences. But what I have to say on this point does not at all infringe upon the logical soundness of Laplace’s principles.3

I had already entirely rewritten the chapter on the general Doctrine of Chances,4 on which subject I now entirely agree with Laplace. I have there too, as knowing by experience where the shoe pinched, been able, I think, to ease it a little.

Having benefitted so much by your criticisms I need hardly say how glad I should be of any others.

Very truly yours

J. S. Mill

486.

TO MACVEY NAPIER1

  • India House

My dear Sir

Before I received your letter, I had already acknowledged to Edinburgh, your remittance which was larger than I expected & for which I now renew my thanks.

I cannot complain of your having left out the passage2 controverting the warlike propensity of the French, though I should have been glad if it had been consistent with your judgment to have retained it. The opinion is a very old & firm one with me, founded on a good deal of personal observation & I do not think you will find that Englishmen or other foreigners who have lived long in France & mixed in French society, are, so generally as you seem to think, of a different opinion. I have certainly heard, from such persons, the same opinion which I have expressed, & quite as strongly. And I am sure you will admit that national importance, & consideration among other nations, may be very strongly desired & sought by people who would rather have it in any other way than by war. I venture to say thus much because I think the Edin. has lately been sometimes very unjust to the French—I allude to Senior’s otherwise excellent articles3 which he & I have sometimes had disputes about.

Touching Whately’s Rhetoric4 —I have read it twice, first when it came out, & again within the last few years, & I think of it as of all his other books, that it is full of ideas, & would make a good article in itself, but still more so if the occasion were taken—(which would be worth while as I think the Ed. has never done it)—for a general estimate of the man & of his writings. Senior is as you know a personal intimate & his admiration of Whately is probably much less qualified than mine is—but W. is certainly a very remarkable & even eminent man, & one whose merits & faults are both very important to be pointed out.

Your son has given me a reference to Merivale’s5 article which I shall lose no time in reading.

I forget whether I remembered to mention that I should like half a dozen copies of the article in the Edin. though I know you were kind enough to ask me the question. If I omitted to say so perhaps you could still procure me two copies from the waste

Believe me ever
yours truly

J. S. Mill

487.

TO WILLIAM TAIT1

  • India House,

My dear Sir,

My friend Mr. Alexander Bain, wishing to be a contributor to your magazine, has asked me to give him an introduction to you, which I do with great pleasure. I have said incidentally in my Logic the very high opinion I have of Mr. Bain and the great use he was of to me in making the book fit to present to the public and I need only say that I think he would be a most valuable contributor to any liberal periodical.

Very truly yours,

J. S. Mill

488.

TO AUGUSTE COMTE1

  • East India House

Mon cher Monsieur Comte

Votre petit billet du 10 m’est parvenu la veille même du jour que j’avais fixé définitivement pour rompre un silence effectivement très prolongé. La cause du retard n’a pas été une perturbation quelconque de ma santé, qui est restée à peu près comme à l’ordinaire. Ce fut d’abord une de ces absences occasionnelles2 (quoique non strictement périodiques) auxquelles vous faites allusion: ensuite après mon retour je me suis trouvé accablé d’occupations qui m’ont fait différer de jour en jour la lettre qui vous était dûe. Ces occupations pressantes ne se sont terminées qu’hier, et je vais maintenant pouvoir reprendre mon travail d’économie politique, suspendu depuis deux mois, et que j’espère désormais pouvoir continuer sans intermission jusqu’à sa complétion définitive.

Votre lettre du 6 mai contenait en effet des choses graves, auxquelles je n’aurais pas manqué de répondre promptement, si j’avais cru pouvoir par là donner quelque soulagement sympathique à une juste et profonde douleur.3 Je sais ce que doit être, pour tout homme capable d’une affection profonde, un événement tel que celui que vous m’avez annoncé. Mais de pareils malheurs, quand ils sont réels et fondés, ne me paraissent comporter d’autre soulagement que le triste affaiblissement spontané qui suit du temps et de la réflexion. La perte d’une unique sympathie personnelle, est toujours au-dessus ou au-dessous de toute consolation. C’est une blessure dont la gravité ne saurait être appréciée que par celui qui la subit.

Quant au reste du contenu de votre lettre, je trouve dans la publication hollandaise que vous m’indiquez, et dans la lettre dont vous m’avez envoyé copie, une nouvelle preuve du progrès des idées positives en europe. On s’attendrait peutêtre moins qu’ailleurs à un tel témoignage dans un pays comme la Hollande, qui semblait ne plus s’intéresser aux questions spéculatives et dont le développement philosophique a sans contredit beaucoup perdu à l’isolation littéraire où elle se trouve à cause de sa langue particulière, depuis que les penseurs ont renoncé à se servir d’une langue européenne. Ce signe de vie, et même d’une activité mentale assez avancée, est d’autant plus intéressant qu’il est plus inattendu. Tout indique au reste que les principes de votre grand ouvrage ont pris irrévocablement leur place dans la discussion européenne, et que rien désormais ne pourra les étouffer. Dès que ce point a été atteint, tout est fait. C’est tout ce que les penseurs peuvent accomplir, ou sont tenus à accomplir pour leurs idées. Dès qu’elles sont écoutées; dès que les partisans des doctrines contraires sont forcés de les connaître et d’en tenir compte, la cause est gagnée; elles deviennent dès lors une force sociale réelle, et plus ou moins puissante, en raison de la portion de vérite et d’importance réelle qui leur appartient. La critique systématique que vous m’annoncez devoir être faite de votre ouvrage par un des principaux organes de l’école métaphysique, indique encore plus décidément, que vous en êtes venu là. Je crois que ce temps va bientôt arriver aussi pour moi, quoique je n’aie encore éprouvé que des attaques très faibles. Je m’efforce au reste d’en hâter le moment par l’écrit dont je m’occupe actuellement, écrit plus en rapport que le premier avec l’esprit pratique et politique de l’angleterre, et où je m’abstiendrai encore moins que dans l’autre, de heurter les opinions reçues. Je crois le temps très favorable pour toute doctrine nouvelle capable de soutenir une discussion approfondie. Toutes les anciennes idées sont depuis peu très visiblement déchues, aux yeux mêmes de tout le monde, et l’on demande à grands cris des principes nouveaux. S’il y avait ici seulement deux ou trois hommes généralement considérés, qui fussent moralement et intellectuellement au niveau des besoins de l’époque, nous pourrions espérer de conquérir bientôt la liberté dont la France jouit heureusement, celle de tout dire: c’est surtout ce qui nous manque à présent, car les seules questions qui ne font point aujourd’hui de progrès sont celles dont l’opinion interdit toute véritable discussion.

tout à vous

J. S. Mill

489.

TO ALEXANDER BAIN1

I have just corrected the proof of my review of Grote,2 in which I have introduced no little of the Comtean philosophy of religion. Altogether I like the thing, though I wrote it in exactly four days, and re-wrote it in three more, but I had to read and think a good deal for it first. . . . [I have] got on well with the Pol. Ec. I am on the point of finishing the third book.3

490.

TO HENRY COLE1

  • India House,

My dear Cole,

Having been out of town I have only just received your note and its enclosure. I am truly glad of the improvement in your circumstances, and should have regretted much if you had paid me before it was perfectly convenient.

I have the pleasure of remembering that I have rendered you a service at a time when you needed it, and needed it on account of conduct for which you merited reward instead of loss.2

Very truly yours,

J. S. Mill

491.

TO MACVEY NAPIER1

  • India House

My dear Sir

Your very liberal remittance arrived safely, & I return you my best thanks for it.

I have no other subject at present in view & shall probably be otherwise occupied for some months.

The new number of the review2 seems to me a very good one.

yours ever

J. S. Mill

492.

TO JAMES BENTHAM MILL1

[. . . a letter to his brother James (2nd Nov.) shows that he was labouring under illness:] had been ill, now better, but still a bad cold.

493.

TO ALEXANDER BAIN?1

[In the middle of November, he wrote that the articles2 ] have excited a good deal of notice, and have quite snatched the initiative out of the Times. [He adds—] It is a capital thing to have the power of writing leaders in the Chronicle whenever I like, which I can always do. The paper has tried for years to get me to write to it, but it has not suited me to do it before, except once in six months or so.

494.

TO ALEXANDER BAIN?1

I continue to carry on the Pol. Econ. as well as I can with the articles in the Chronicle.2 These last I may a little slacken now, having in a great measure, as far as may be judged by appearances, carried my point, viz., to have the waste lands reclaimed and parcelled out in small properties among the best of the peasantry.

[1. ]Printed in Posthumous Papers (of George Grote), ed. Mrs. Grote (privately printed, London, 1874), p. 94. MS not located.

[2. ]Comte’s letters of Sept. 24, 1845, and Dec. 18, 1845.

[3. ]Letter 472.

[4. ]JSM reviewed the first two volumes of A History of Greece, in the Spectator, April 4, 1846, pp. 327-28, and in the ER, LXXXIV (Oct., 1846), 343-77. The latter review is reprinted in Dissertations, II, 363-415.

[1. ]MS at Johns Hopkins. Published in Lévy-Bruhl, pp. 499-505; in reply to Comte’s of Dec. 18, 1845, ibid., pp. 482-98.

[1. ]MS in the possession of the Royal Society.

[1. ]MS in the possession of the Royal Society.

[2. ]JSM made only a slight change in wording; cf. Book III, chap. 12 (“Of the Explanation of Laws of Nature”), sec. 5, ¶ 1, with the corresponding passage in the second edition of the Logic (London, 1846). The first American edition (New York, 1846) and subsequent American so-called editions do not contain JSM’s revisions.

[3. ]Cf. Book III, chap. 14 (“Of the Limits to the Explanation of Laws of Nature; and of Hypotheses”), sec. 6, ¶1, with the corresponding paragraph in the second edition.

[4. ]Cf. ibid., ¶2 with ¶3 and footnote in the second edition.

[5. ]In Book III, chap. 11 (“Of the Deductive Method”), sec. 1, ¶8, the reference to Comte is removed in the second edition.

[6. ]Probably Dr. (later Sir) Henry Holland (1788-1873), physician and writer on medical subjects, rather than Dr. George Calvert Holland (1801-1865), also a writer on medical and scientific topics. The book has not been identified.

[7. ]See Cours de Philosophie positive, Tome troisième, contenant la philosophie chimique et la philosophie biologique (Paris, 1838), pp. 331 ff.

[1. ]MS at Johns Hopkins. Published in Lévy-Bruhl, pp. 520-24; in reply to Comte’s of Jan. 23, ibid., pp. 505-19.

[2. ]See Letter 410, n. 2.

[1. ]MS in the possession of the Royal Society.

[2. ]Chap. 25, “Of the Grounds of Disbelief,” sec. 5 of the first edition, sec. 6 in later editions.

[1. ]Published in Posthumous Papers (of George Grote), p. 98. MS not located.

[2. ]See Letter 478, n. 4.

[3. ]Although in parentheses, this should probably be in brackets as Mrs. Grote’s interpolation.

[4. ]Robert S. Rintoul.

[5. ]George Cornewall Lewis.

[1. ]MS in the possession of the Royal Society; in reply to Herschel’s letters of April 2 and 3, also in the Library of the Royal Society.

[2. ]The revised sec. 5 of Book III, chap. 25, “Of the Grounds of Disbelief,” is numbered sec. 6 in later editions.

[3. ]JSM in the second edition added a new sec. 5 to Book III, chap. 25, to discuss coincidences.

[4. ]Book III, chap 18, “Of the Calculation of Chances.”

[1. ]Part published in Napier Corresp., pp. 526-27. MS in Brit. Mus.

[2. ]In his “Duveyrier’s Political Views of French Affairs,ER, LXXXIII (April, 1846), 453-74.

[3. ]A bibliography of Senior’s contributions to periodicals, including the Edinburgh Review, for which he wrote frequently after 1840, may be found in S. Leon Levy, Nassau W. Senior: The Prophet of Modern Capitalism (Boston, 1943), pp. 415-16.

[4. ]Richard Whately, Elements of Rhetoric (London, 1828); 7th ed., revised, 1846.

[5. ]Herman Merivale, a frequent contributor to the Edinburgh. A partial list of Merivale’s contributions to periodicals is included in the brief memoir of him by Charles Merivale in the Transactions of the Devonshire Association, 1884.

[1. ]MS in the Mitchell Library, Sydney, New South Wales.

[1. ]MS at Johns Hopkins. Published in Lévy-Bruhl, pp. 538-40; in reply to Comte’s of May 6 and Aug. 10, ibid., pp. 525-37.

[2. ]JSM had had a vacation of two months this year, during which he had taken with Mrs. Taylor a tour of about six weeks to the Rhine and northern France.

[3. ]Comte had reported the death on April 5 of his beloved friend Mme Clotilde de Vaux.

[1. ]Excerpt published in Bain, JSM, pp. 85-86. MS not located.

[2. ]For the Edinburgh Review, Oct., 1846.

[3. ]“Exchange.”

[1. ]MS in the possession of Professor J. M. McCrimmon.

[2. ]See Letters 414, 415.

[1. ]MS in Brit. Mus.

[2. ]ER, Oct., 1846.

[1. ]Excerpt published in Bain, JSM, p. 86. MS not located. The bracketed portion is Bain’s introduction to the excerpt.

[1. ]Excerpts published in Bain, JSM, p. 86-87. MS not located. The bracketed portions are Bain’s introduction to the excerpts.

[2. ]Between Oct. 5, 1846, and Jan. 7, 1847, JSM contributed forty-three leading articles on Irish affairs to the Morning Chronicle (see MacMinn, Bibliog., pp. 60-67).

[1. ]Excerpt published in Bain, JSM, p. 87. MS not located.

[2. ]See preceding letter, n. 2.