1844
418.
TO ALEXANDER BAIN
Jan. 8, 1844
I am reading a German professor’s book on Logic—Beneke is his name—which he has sent to me after reading mine, and which had previously been recommended to me by Austin and by Herschel as in accordance with the spirit of my doctrines. It is so in some degree, though far more psychological than entered into my plans. Though I think much of his psychology unsound for want of his having properly grasped the principle of association (he comes very close to it now and then), there is much of it of a suggestive kind.
419.
TO MACVEY NAPIER
10th Jany
1844
My dear Sir
Your note of the 6th arrived safe, & permit me to thank you for the very handsome remittance inclosed in it.
I do not feel confident of having the Guizot ready for your next number, even if you should have room for it. When I can speak more positively on the subject I will inform you.
The insertion of the words “my father” required no apology. I should very willingly have inserted them myself, if you had asked me: although of myself I should not have used them—the ground on which I begged you to insert my letter not being filial feeling but the desire to correct an injustice. However, considerations which affect only manner, are always, in my eyes, of quite subordinate importance to matter.
Senior’s article is full of excellent matter, though I think he is too hard upon O’Connell & the Repealers.
With cordial return of your kind wishes on the occasion of the new year, believe me
yours very truly,
J. S. Mill
420.
TO AUGUSTE COMTE
le 17 Janvier 1844
Mon cher Monsieur Comte
Je suis comme vous voyez un peu en retard pour ma réponse à votre dernière lettre, ce qui tient surtout à un nouveau dérangement chronique de ma santé qui gêne considérablement ma faculté de penser. Je crains que ma lettre actuelle ne se ressente un peu de cet affaiblissement, d’autant plus que la paresse d’esprit qui en est la suite, me décide pour la première fois depuis le commencement de notre correspondance à vous écrire sans faire de brouillon. Je vous préviendrai à ce propos, que malgré mon habitude à cet égard je ne suis pas, par rapport à la conservation de notre correspondance, en meilleur état que vous: je garde soigneusement toutes vos lettres, mais je n’ai pas conservé les miennes, pas même en brouillon, excepté toutefois les parties qui se rapportent à notre grande discussion récente que j’ai transcrite en entier sur vos lettres et sur les miennes et recueillie dans un livre.
Il est fort peu probable que je me trouve naturellement amené à imprimer quelque chose d’un peu important sur la question dont il s’agit, avant d’avoir eu l’occasion de lire votre traité de sociologie, malgré le retard nécessairement produit par votre intention de ne le faire paraître qu’intégralement. Quant à cette résolution elle-même, bien que j’en doive nécessairement retirer un vrai désappointment, en ne lisant pendant plusieurs années rien de vous et en ne pouvant suivre comme je l’ai fait jusqu’ici le progrès de votre grande entreprise philosophique, je dois pourtant applaudir à votre décision. Cette élaboration, en effet, ne me paraît pas susceptible d’être appréciée ou même étudiée avec fruit, si ce n’est dans son ensemble. Vous avez déjà donné toutes les idées de philosophie sociologique qui soient à mon sens, vraiment propres à être accueillies à titre de préparation: il reste à présent à établir systématiquement, dans leur connexité, les principales doctrines de la science sociale; et une publication partielle serait aussi peu propre à remplir ce but-là, qu’elle l’eût été dans le cas par exemple, de mon propre livre.
Je croyais avoir donné dans l’avant-dernier chapitre de mon ouvrage, une adhésion publique complette à votre loi fondamentale de l’évolution humaine. J’en avais certainement l’intention bien arrêtée. Je n’ai pas le moindre doute, ni sur la vérité et l’universalité de cette grande loi, ni sur sa susceptibilité de servir de fondement à l’explication des principaux faits secondaires du développement humain ce que je n’aurais jamais cru possible, à un degré si complette, avant les preuves nombreuses que vous en avez données dans votre grand ouvrage, en réalisant, à tant d’égards importants, cette explication. C’est parce que le travail dynamique se trouve par là dans un état déjà assez avancé que je regarde l’établissement des principes de la statique comme devant occuper la place la plus importante dans la phase prochaine de notre entreprise.
Je serai vraiment heureux si la traduction de mon libre vient enfin à dépendre du jeune Bernard que je préférais de beaucoup à un professeur quelconque ignoré, non seulement par ce que vous m’en dites, mais encore plus parce que vous exerceriez naturellement sur lui une autorité morale qui empêcherait toute atteinte grave à l’exactitude soigneuse qu’exige une pareille tâche.
Je suis très content de l’impression qu’ont faite sur vous M. et Mme Austin. Le premier mérite bien tout ce que vous dites à sa louange, soit sous le rapport de son intelligence, soit par élévation de son caractère et par la noblesse de ses sentimens. C’est d’ailleurs l’homme le plus dénué de préjugés, conservatoires [sic] ou révolutionnaires, religieux ou antiréligieux, qu’on puisse trouver peut-être dans toute l’angleterre. Sa femme est non seulement très aimable mais vraiment supérieure, quoique je connaisse des femmes qui la dépassent infiniment. C’est par le bon sens des idées et par la clarté et l’élégance de l’expression qu’elle excelle le plus, soit dans la conversation, soit dans le peu qu’elle a écrit. Quant à la tendance blue je crois qu’elle s’en défendrait très vigoureusement: Son genre de vanité me semble tout autre, c’est du reste, un reproche qui atteint tout naturellement toute femme qui se mêle de littérature.
Mon ami Bain me mande qu’à sa recommandation un libraire d’Aberdeen y a fait venir deux exemplaires de votre grand ouvrage. Il ajoute: “The Bookseller who ordered them found it impossible to procure them in London, which he ascribed, I know not with what truth, to a great and sudden demand for the book through the country.” Il est certain que votre nom se rencontre aujourd’hui beaucoup plus souvent dans les feuilles périodiques. Je ne vois pas encore beaucoup de citations une peu considérables, si ce n’est dans les articles de notre ami Lewes.
Les tentatives des meneurs jésuitiques auprès de vous m’amusent beaucoup. Je crois nos chefs anglo-catholiques beaucoup plus consciencieux. Il y a meme parmi eux quelques esprits supérieurs.
tout à vous
J. S. Mill
421.
TO WILLIAM TAIT
5th Feb.
1844
My dear Sir
It will not be in my power at present for reasons connected with my other engagements & with my health, to furnish you with the paper you wish for, nor am I sure that if I could furnish one, it would be of the kind you wish—so much new light having been thrown on banking questions by the discussions of the last few years that my former opinions require much reconsideration.
I should be glad to hear anything you can tell me about Professor Nichol, as he has written to me very seldom of late years.
Very truly yours
J. S. Mill.
422.
TO SARAH AUSTIN
26th February
1844
Dear Mrs. Austin—
I had heard a favourable account of Mr Austin from Lewis before I received your letter, & I am very glad to have it confirmed—the experiment of whether Paris agrees with his health & whether he likes it as a place to live in, which is one great element of health, was well worth trying & I congratulate him on its having succeeded thus far. I hope he is well enough to go on with what he had begun to write. It seems to me of more importance than ever that the public should have his account of Prussia & the Prussian government since I have read Laing’s. I want to see his view of that view of Prussian affairs. There is a real faculty of observation & original remark about Laing which is likely to give his book considerable influence here, whenever his prejudices coincide with the common English ones, which in spite of many appearances to the contrary, they generally do. It is strange to find a man recognizing as he does that the Norwegian, & German, & French state of society are much better for the happiness of all concerned than the struggling, go-ahead English & American state, & yet always measuring the merit of all things by their tendency to increase the number of steam engines, & to make human beings as good machines & therefore as mere machines as those. His attacks on the peculiarities of the German governments are likely to have the more influence because they are in all probability exaggerations of truths.
Comte’s taking to you is what I should have expected. I do not find that his profession of avoiding society stands good at all towards those who seek, or whom he thinks likely to value, him. He is at war with most of his cotemporaries, & is disposed to like those who give him the appreciation he thinks unjustly withheld by others: reste à savoir whether his liking would hold unless kept up by homage or services to himself.
Thanks for your invitation—but there is nothing in the state of my health to require change, that being much the same as it was when I saw you last—& I do not wish to leave London or apply for any holiday at present. I am looking forward to a real holiday in summer which will set me up for some time—
yours ever
J. S. Mill
423.
TO ROBERT BARCLAY FOX
22d March
1844
My dear friend
Many thanks for your writing to tell me of your present & prospective happiness. I had heard of it through your sisters & mine, but it was pleasant to receive the intelligence from yourself.
If this important event in your life turns out as favourably as you have apparently the best reasons to expect, there are as I often think, few persons whose lot in life is more favourable than yours or who have more reason to look forward to a happy existence. In any case you have my sympathy & good wishes in the fullest measure.
I am sorry for what you tell me about Sterling. I had not heard of or from him for some time, nor indeed had I written to him lately, having been rather unsocial & neglectful of such duties for the last few months. I have the most agreeable remembrance of a visit to him last October. The brightness of that sea & air have often “flashed upon the inward eye” between that time & this.
yours most truly
J. S. Mill
424.
TO WILLIAM TAIT
22d March
1844
My dear Sir
The opinion you expressed the other day that those Pol. Economy papers of mine if printed would have a good chance of selling enough to pay their expenses, induces me to ask you whether you would be inclined, on that chance, to take the risk of publishing them. I have never hitherto offered them to any publisher, but if you were really inclined to it I should think seriously of the matter. I should probably think it right to offer them first to Parker, but I have no idea that he would publish them.
Yours very truly
J. S. Mill.
W. Tait Esq.
425.
TO JOHN WILLIAM PARKER
30th March
1844
My dear Sir
I have been urged by various people to publish certain Political Economy essays which I wrote some years ago & have kept by me in manuscript, in which form several of my friends have read them. They are of too abstract a character for popularity, but the most important of them has a direct bearing upon the question of Reciprocity which has been raised by Col. Torrens in his “Budget” & so much discussed of late & therefore, among political economists, they would doubtless excite some attention though not, I am afraid, among the general public.
I should not have thought of proposing to any publisher to take the risk of printing them, if I had not lately had an offer to that effect—but having had such an offer I should at once close with it if I did not wish first to ascertain whether you would undertake the publication. I should prefer you as publisher to any one else, though I do not feel at all confident that it will suit you.
The Essays will I think make an octavo volume of some 250 pages.
Very truly yours,
J. S. Mill
426.
TO AUGUSTE COMTE
le 3 avril 1844
Mon cher Monsieur Comte
Depuis plusieurs jours deux exemplaires de votre Discours me sont parvenus par l’intermédiaire de Madame Austin, qui m’en promet encore trois par la première occasion et je viens d’en recevoir cinq directement. Je commence à les placer le plus convenablement que je le puis, en évitant d’en donner à ceux sur qui on peut compter pour en acheter et qui le peuvent sans aucun inconvénient. Ce petit sommaire m’est parvenu au moment où je faisais une nouvelle lecture sérieuse de votre sixième volume, qui en raison de sa publication plus récente, et aussi parce que je l’avais laissé emporter en Ecosse par mon ami Bain, était celui de tous que j’avais lu le moins souvent. J’ai trouvé dans le Discours un résumé admirable des conclusions générales de votre Système, avec quelques éclaircissements accessoires. Mais plus j’y réfléchis, plus il me semble merveilleux que vos artisans parisiens puissent comprendre cela. Sans doute puisqu’ils y portent un intérêt soutenu ils doivent en recueillir un certain fruit, et je suis bien persuadé que ce qu’ils en retirent doit nécessairement leur profiter beaucoup. Mais il me semble très difficile, même pour les intelligences très cultivées, de se placer au point de vue philosophique de ce petit Traité sans s’y être élevé graduellement par la préparation des six volumes de votre grand Traité. Je trouve, de même, qu’il ne pourrait résulter qu’un avantage très problématique de la traduction actuelle de votre Discours en anglais. Les principes logiques énoncés dans ce Discours dans une forme nécessairement abstraite feraient ici peu d’effet, sans avoir été précédés de l’exposition concrète; ceux même à qui ces principes ne répugneraient pas n’en sentiraient probablement pas assez la valeur et la portée, tandis que des lecteurs mal préparés, qui craignent le travail lent et fatigant d’une étude suivie de votre Cours, se croiraient le droit de juger définitivement votre philosophie d’après une appréciation rapide d’un petit écrit qui leur semblerait à tort destiné à en présenter les titres, ainsi que les principaux résultats. Le seul attribut caractéristique de la nouvelle philosophie, dont on aurait par cet écrit une suffisante connaissance réelle, ce serait son incompatibilité radicale avec toute théologie quelconque, et c’est précisément ce qu’il importe beaucoup qu’on ne reconnaisse pas encore, parce que cette idée, généralement répandue, détournerait de cette étude un grand nombre d’esprits, surtout jeunes, qui, si on ne les effrayait pas dans le commencement, finiraient par s’accoutumer à toutes les conséquences, même anti-religieuses, du positivisme. Le temps n’est pas venu où sans compromettre notre cause, nous pourrons en angleterre diriger des attaques ouvertes contre la théologie, même chrétienne. Nous pouvons seulement l’éluder, en l’éliminant tranquillement de toutes les discussions philosophiques et sociales et en passant à l’ordre du jour sur toutes les questions qui lui sont propres. Par conséquent il me paraît que le propagandisme que vos ouvrages ne manqueront pas d’exercer en angleterre comme ailleurs, aura lieu par leur lecture directe. Ceux qui ajoutent une certaine culture scientifique à une émancipation ou même à une demi-émancipation religieuse, sont presque toujours capables de lire votre livre en français et la traduction ne leur en serait d’aucune utilité.
J’attends avec beaucoup d’intérêt votre Cours populaire d’astronomie. Je désire vivement apprendre la manière dont vous présentez cette science à des esprits sans aucune préparation mathématique sérieuse. Nous avons chez nous des traités populaires d’astronomie, assez bien faits au reste, mais qui se contentent, comme à l’ordinaire, d’en faire connaître empiriquement les résultats, sans donner, comme vous avez dû le faire, une idée nette et juste, quoique générale, de la méthode par laquelle la raison humaine est parvenue à découvrir et à démontrer les lois des phénomènes soustraits en apparence à ses principaux moyens d’exploration.
J’ai reçu dernièrement une nouvelle preuve de l’impression générale produite par le succès de ma Logique. Un libraire m’a fait la proposition d’imprimer un petit recueil de discussions en économie politique, que j’ai écrites il y a longtemps et que ce même libraire avait autrefois refusé de publier. Il y a là des choses qui peuvent encore être utiles et je me suis décidé d’accepter la proposition en ajoutant à ce petit livre la réimpression d’un article de revue dans lequel j’avais autrefois expliqué, à propos de l’économie politique, les principes de la méthode déductive. J’ai même encore l’idée, puisque mes méditations éthologiques ne seront pas mûres de longtemps, de faire en attendant ce qui ne serait pour moi qu’un travail de quelques mois, c’est-à-dire un traité spécial d’économie politique, analogue à celui d’Adam Smith qui n’est certainement plus au niveau de ce temps-ci, tandis que sa place n’est pas encore convenablement remplie. Je sais ce que vous pensez de l’économie politique actuelle: j’en ai une meilleure opinion que vous, mais si j’écris quelque chose là dessus ce sera en ne perdant jamais de vue le caractère purement provisoire de toutes ses conclusions concrètes, et je m’attacherais surtout à séparer les lois générales de la production, nécessairement communes à toutes les sociétés industrielles, des principes de la distribution et de l’échange des richesses, principes qui supposent nécessairement un état de société déterminé, sans préjuger que cet état doive ou même qu’il puisse durer indéfiniment, quoiqu’en revanche il soit impossible de juger les divers états de la société sans prendre en considération les lois économiques qui leur sont propres. Je crois qu’un pareil traité peut avoir, surtout ici, une grande utilité provisoire et qu’il servira puissamment à faire pénétrer l’esprit positif dans les discussions politiques.
tout à vous
J. S. Mill
427.
TO WILLIAM TAIT
8th April
1844
My dear Sir
After receiving your note I determined to publish the Essays & accordingly made a tender of them in the first instance, as I felt bound to do, to Parker, who after a few days consideration contrary to my expectation consented to publish them.
I am therefore precluded from closing, as I should otherwise have done, with your proposition. But I consider you as completely the primary cause of their being published, as I should not probably have thought of offering them to any publisher if you had not mentioned the subject to me.
You certainly do not lose much profit by not being the publisher.
Very truly yours
J. S. Mill
428.
TO JOHN MITCHELL KEMBLE
Saturday [May (?) 1844]
My dear Sir
I have commenced an article on Duveyrier’s Lettres Politiques & expect to have finished it in a fortnight or three weeks when if you are inclined to take such an article I will send it to you.
Very truly yours
J. S. Mill
429.
TO JOHN WILLIAM PARKER
10 May
1844
My dear Sir
This will introduce to you my friend Mr. G. H. Lewes who wishes to converse with you on the subject of a literary work projected by him.
Of course I cannot judge how far such a work would suit you as a publisher but I have a very high opinion of Mr Lewes’ qualifications for undertaking it.
Very truly yours
J. S. Mill
430.
TO JOHN MITCHELL KEMBLE
28th May 1844
My dear Sir
My friend Mr David Masson, of Aberdeen, has requested me to give him a line of introduction to accompany an article on Wallace which he proposes offering to your review. I think you will find that he has treated the subject in a way by no means commonplace or trite & I consider him likely to be a valuable contributor to any review. If I were still an editor myself I should certainly print the article.
Believe me
very truly yours
J. S. Mill
431.
TO JOHN STERLING
29th May 1844
My dear Sterling
For some time after I heard of your last dreadful attack I was afraid to write to you, your father having given me what seemed strong reasons against doing so—but as these do not seem any longer to exist, I venture to write. I do most earnestly hope that you will not give way to discouragement about your state, although I know by painful experience how natural it is to do so & what mere idle words everything must appear that can be said to you by persons who have so much less means of judging than yourself. But there is a surprising elasticity in your constitution which has carried you through shocks which would have been fatal to many a stronger person, & that is what we have to rest hope upon. And there is one thing which cannot be said to you too often, because I have seen before that there was real need of saying it. If there should be but little chance of your recovering anything like solid or perfect health, or even of your possessing permanently & safely such a degree of it as you have sometimes had for considerable periods together, in the last few years, I am afraid you will think that anything short of this is not worth having or worth wishing for—that you will be useless & helpless & that it is better to be dead. I enter most perfectly into such a feeling & should very likely feel the very same if I were as I have several times thought I might be, in your circumstances—but I cannot conceive anything more completely mistaken than in your case such a feeling would be. If you were never able to go through any active exertion, or to write a single line, except an occasional letter, or to exercise any influence over mankind except the influence of your thoughts & feelings upon your children & upon those by whom you are personally known and valued, you would still be, I sincerely think, the most useful man I know. It is very little that any of us can do, except doing good to those nearest to us—& of what we can do the smallest part, in general, is that which we calculate upon & to which we can attach our name. There are certainly few persons living who are capable of doing so much good by their indirect & unconscious influence as you are & I do not believe you have ever had an adequate conception of the extent of influence you possess & the quantity of good which you produce by it. Even by your mere existence you do more good than many by their laborious exertions. I do not speak of what the loss of you would be, or the blank it would make in life even to those who like me have except for short periods had little of you except the knowledge of your existence & of your affection. None of us could hope in our lives to meet with your like again—& if we did, it would be no compensation. And when I think how many of the best people living are at this moment feeling this, I am sure that you have much to live for.
All connected with me whom you know are feeling deeply interested about you, including Clara, who has repeatedly written most anxiously wishing to know all that can be known about your health & intentions. She is now at Dresden & has been much interested & excited by the change of scene & manner of life; her ἀποδημια has been a completely successful experiment & she does not seem at all disposed to return soon. George is now working under me in the India House to which he has been appointed by the Directors in a way very kind & agreeable to me. He is learning his business very successfully & is in other respects of great promise. I myself have been writing several review articles, one on Guizot’s essays & lectures, at the request of Napier though I do not know when he will print it, & one on the Currency, which is just coming out in the Westminster. I have also been able to get published some Political Economy essays, written fourteen years ago. This is one effect of the success of the Logic. I think my next book will be a systematic treatise on Political Economy, for none of the existing ones are at all up to the present state of speculation.
Ever my dear Sterling yours most affectionately
J. S. Mill
432.
TO AUGUSTE COMTE
le 6 juin 1844
Mon cher Monsieur Comte
Vous devez recevoir bientôt, si vous ne l’avez pas encore reçu, un exemplaire d’un petit volume de moi que je vous ai fait adresser par l’éditeur, quoique je ne puisse pas espérer qu’il vous intéresse beaucoup ni que fous fassiez en sa faveur une nouvelle exception à votre règle d’hygiène cérébrale, à laquelle vous avez dérogé d’une manière si honorable pour moi, en faveur d’un ouvrage plus important. Je ne le vous ai envoyé que pour mémoire, et parce que je ne voudrais pas qu’il parût quelque chose en mon nom, sans que vous en eussiez connaissance. Je n’y mets pas au reste beaucoup d’importance; c’est un recueil de discussions d’économie politique, écrites il y a 14 ou 15 ans et restées depuis lors en manuscrit, à l’exception d’une seule qui se rapportant principalement à la méthode, comportait un intérêt plus général et qui a paru dans une revue en 1836. Puisque je les avais écrites et qu’on m’a proposé de les publier j’ai cru qu’elles valaient la peine de les imprimer mais non celle de les refaire, sauf des corrections verbales et quelques suppressions motivées par le progrès postérieur de mes conceptions logiques, progrès essentiellement dû à votre grand ouvrage.
Je me félicite de l’approbation que vous voulez bien donner à mon projet de faire sur l’économie industrielle des sociétés un traité un peu plus systématique. Je ne me sentais pas auparavant suffisamment assuré de votre adhésion à ce projet, qui pouvait vous paraître essentiellement anti-scientifique, et qui le serait en effet si je n’avais le plus grand soin de bien établir le caractère purement provisoire de toute doctrine sur les phénomènes industriels qui fasse abstraction du mouvement général de l’humanité. Je crois que ce dessein, s’il pouvait être convenablement exécuté, aurait l’avantage de préparer l’éducation positive de beaucoup d’esprits qui s’occupent plus ou moins sérieusement des questions sociales, et il me semble aussi qu’en prenant pour modèle général le grand et le beau travail d’Adam Smith, j’aurais des occasions importants de répandre directement quelquesuns des principes de la nouvelle philosophie, comme Adam Smith a fait pour la plupart de ceux de la métaphysique négative dans ses applications sociales sans éveiller les défiances ombrageuses en déployant aucun drapeau. Je crois d’ailleurs qu’un tel ouvrage a aujourd’hui des chances favorables pour s’emparer de son terrain spécial, en écartant les traités existants, tous essentiellement surannés même par rapport à l’état actuel de l’opinion publique, qui si elle ne trouve pas bientôt quelque chose d’un peu mieux, se détournerait certainement de cet ordre d’études, sans que ce dégoût puisse encore profiter à autre chose qu’à l’empirisme systématique qui nie toute doctrine générale en matière sociologique.
Je vous remercie vivement de vos remarques philosophiques sur la discussion pendante en France sur la liberté d’enseignement. Sans avoir suivi les différentes phases de cette discussion j’avais saisi ce qu’il y a d’anormal et de contradictoire dans les positions respectives des théologiens et des métaphysiciens à l’égard de cette lutte, où leurs rôles sont comme vous l’avez si bien dit, essentiellement renversés: ce qui du reste a lieu aujourd’hui dans presque toutes les grandes discussions politiques, non seulement en france mais même ici, où les situations, malgré des différences superficielles, sont les mêmes au fond. Le parti des anciennes idées a cessé, ici comme ailleurs, de gouverner: quel que soit le parti dominant, il n’y a des différences réelles de doctrine que chez ceux qui suivent: les chefs se conduisent toujours dans des intentions de juste milieu; ils n’ont que les prémisses convenues de leur parti politique, en renonçant à toutes les conséquences. C’est seulement depuis quelques ans, et surtout depuis le dernier avènement du parti tory, que cette situation commence à être généralement comprise; et c’est surtout aujourd’hui qu’elle se dessine très fortement par les attaques systématiques qu’une partie des Torys, dirigée par quelques jeunes gens assez remarquables, a entreprisés au nom des anciens principes, contre la politique actuelle du parti conservateur. C’est là encore une phase indispensable de notre mouvement social et intellectuel. Les doctrines négatives étant tombées en discrédit avant d’avoir accompli leur œuvre, il est indispensable que les anciennes doctrines sociales reprennent un peu de leur influence antérieure afin qu’elles aussi puissent de nouveau démontrer expérimentalement leur impuissance actuelle. C’est ce qu’elles ne tarderont pas à faire. En attendant tout cela sert à ranimer les spéculations sociales. Dans les temps modernes la pensée n’est jamais, au fond, ennemie de la pensée: tous les penseurs sont tellement en danger d’être opprimés par les médiocrités de leur propre parti que leur sympathie mutuelle est à peu près assurée, sauf des rivalités personnelles directes.
Je regrette beaucoup, quoique je n’en sois nullement surpris, que vous ayez éprouvé un dérangement physique auquel il est très difficile d’échapper quand on travaille comme vous, à peu près sans intermission. La cessation totale de travail cérébral soutenu, pendant quelques mois, que vous me recommandez avec un intérêt si amical, vous serait probablement encore plus avantageux qu’à moi. Je ne manquerais pas de profiter de votre conseil si une pareille relâche me devenait réellement importante, et dans ce cas-là je n’aurais aucune difficulté à obtenir un congé de la longueur suffisante. Il n’y a lieu aujourd’hui à aucune démarche pareille, puisque je me porte mieux que je ne me suis porté depuis deux ans, et je me sens aussi propre qu’à l’ordinaire à toute espèce de travail intellectuel. J’espère m’y livrer beaucoup cette année.
Ne vous mettez pas en peine à l’égard de la traduction de mon livre; il en sera comme il pourra. Si, comme je l’espère, le professeur de Marrast ne la fait pas, il sera toujours libre au jeune Bernard de l’entreprendre, pourvu toutefois qu’il y ait un éditeur qui veuille s’en charger, ce qui peut-être ne se trouvera pas, par des raisons que vous sentirez très facilement, car les doctrines de mon livre sont tout aussi opposées à celles de toutes les écoles régnantes en France, que celles du vôtre, et si de mon côté je n’ai attaqué personne, au moins je vous ai loué, en m’abstenant de louer aucun chef de coterie. Si par ces raisons le livre n’est pas traduit, nous l’avons bien merité.
tout à vous
J. S. Mill
433.
TO JOHN MITCHELL KEMBLE
6th June 1844
My dear Sir
I have been disappointed by not finding time to finish my article on Duveyrier. Part of it is completed & the first draught made of the rest but I have been so taken off by things of more immediate emergency & especially by official work that I have not been able to get it completed & now I am about to go out of town for some weeks during which it must be suspended. I have no doubt however of being able to let you have it before the end of August, which I suppose will be in time for your autumn number.
Very truly yours
J. S. Mill
434.
TO AUGUSTE COMTE
le 12 août
1844
Il fallait, mon cher Monsieur Comte, que la première de vos lettres qui ne me fût pas venue promptement fût précisément celle dont la prompte arrivée importait le plus. J’arrive aujourd’hui d’un congé court et dont la destination était depuis longtemps rigoureusement fixée et je viens seulement de lire cette lettre et d’apprendre tout ce qu’elle contient. Vous me connaissez, j’espère, assez pour croire que je m’associe on ne peut pas plus à votre indignation et que je me réjouis cordialement que les indignes menées de ceux que vous avez avec votre franchise philosophique si justement dénoncés vous aient moins nui qu’il n’y avait d’abord lieu de craindre. Quoique le rétard de ma réponse vous ait probablement décidé à vous adresser directement à M. Grote, je n’ai pas perdu un moment à lui faire part de votre lettre; il est à la campagne et je n’ai pas pu encore avoir de réponse. Je connais assez son caractère et je suis assez sûr de l’estime profonde qu’il a pour vous pour que je n’eusse pas hésité, même si vous n’y aviez pas pensé, à demander ses conseils dans un pareil cas, en lui offrant l’occasion de participer par lui-même et de provoquer la participation de ses amis riches à une œuvre qui ne peut manquer de faire honneur à ceux qui y prennent part. Comme vous le désirez, par des raisons dont je reconnais la justesse, je réserverai mes propres ressources pour le cas où leur emploi serait indispensable ce dont je pourrai mieux juger en quelques jours d’ici. Je vous écris, mon cher ami, au milieu des embarras de toutes sortes dont on est entouré quand on arrive. Je vous écrirai au long le plustôt possible.
tout à vous
J. S. Mill
435.
TO AUGUSTE COMTE
14 août 1844
Mon cher ami
M. Grote prend sur lui la moitié de la somme nécessaire. Demain j’espère pouvoir vous dire définitivement d’où viendra l’autre moitié. En tout cas les six mille francs sont assurés.
votre devoué
J. S. Mill
436.
TO JOHN MITCHELL KEMBLE
14th Aug. 1844
My dear Sir
How much time can you give me to finish Duveyrier for your next number. I have just returned & find myself loaded with occupation.
Very truly yours
J. S. Mill
437.
TO JOHN STERLING
16 Aug. 1844
My dear Sterling—
The trifling thing you ask might have been done without asking—& if there is anything in which I can ever be useful or helpful to you or yours, you cannot do me a greater kindness than by telling me of it.
I have never so much wished for another life as I do for the sake of meeting you in it. The chief reason for desiring it has always seemed to me to be that the curtain may not drop altogether on those one loves & honours. Every analogy which favours the idea of a future life leads one to expect that if such a life there be, death will no further change our character than as it is liable to be changed by any other important event in our existence—and I feel most acutely what it would be to have a firm faith that the world to which one is in progress was enriching itself with those by the loss of whom this world is impoverished.
If we lose you, the remembrance of your friendship will be a precious possession to me as long as I remain here, & the thought of you will be often an incitement to me when in time of need & sometimes a restraint. I shall never think of you but as one of the noblest, & quite the most loveable of all men I have known or ever look to know.
J.S.M.
438.
TO AUGUSTE COMTE
le 20 août
1844
Mon cher ami
Nous tenons une partie de la seconde moitié du déficit, et je suis assuré d’obtenir le reste sans recourir à mes propres fonds. La chose a traîné un peu, seulement à cause de l’absence de tous ceux à qui on devait s’adresser de préférence et qui ne sont pas à Londres dans ce tems-ci. D’un jour à l’autre je puis être à même de vous annoncer le résultat définitif de mes démarches.
Je ne tarderai pas à faire parvenir à M. Whewell de votre part un exemplaire de votre Discours. Il m’en reste encore, puisque je ne le donne qu’à ceux que je juge capables d’en profiter, et pas assez riches pour devoir l’acheter. Comme mon libraire-éditeur est aussi celui de M. Whewell, il m’est facile de me servir de son intermédiaire dans le cas dont il s’agit.
Je désire beaucoup savoir de vous la nature de cette nouvelle crise polytechnique. Il me semble qu’elle offre à l’autorité un puissant moyen de changer tout ce qu’il y a de nuisible dans le règlement de l’école.
tout à vous
J. S. Mill
439.
TO AUGUSTE COMTE
le 23 août
1844
Mon cher ami
Il est ouvert en votre faveur chez MM. Delamarre Martin Didier et Co banquiers, Rue des Jeuneurs, à Paris un crédit de 3000 francs et le 1er février prochain une autre somme pareille sera à votre disposition chez les mêmes banquiers. La somme provient tout entière de M. Grote et de sir William Molesworth, M. Grote s’étant opposé formellement à ce qu’on essayât d’y associer d’autres. Il a trouvé plus convenable de ne s’adresser qu’à des esprits complètement émancipés sous le rapport religieux, jugeant que nul autre n’était capable de vous apprécier suffisamment. Sans cela je n’eusse pas craint de m’adresser à deux d’entre les chefs de banque les plus distingués, qui admirent beaucoup vos ouvrages: chez l’un d’eux surtout j’ai pu m’assurer personnellement qu’il avait pour vous une admiration sentie, malgré ses opinions religieuses assez prononcées. Cependant je trouve avec M. Grote que la chose est mieux comme elle est. Lui et Sir William Molesworth sont tous deux assez riches pour que vous ne puissiez pas vous croire obligé en conscience de les rembourser jamais, et je sais que vous leur feriez plus de plaisir en ne les remboursant pas. Ainsi tout est arrangé pour le mieux, et vous pourrez ainsi jouir sans inquiétude de votre loisir inaccoutumé, et vous occuper en tems opportun du commencement de votre second grand ouvrage.
votre dévoué
J. S. Mill
440.
TO AUGUSTE COMTE
le 5 october 1844
Mon cher Monsieur Comte
Mon absence de Londres, quoique courte, a laissé aux affaires du bureau le temps de s’accumuler de manière à m’avoir laissé jusqu’ici peu de loisir pour m’occuper d’autre chose que de mes devoirs officiels et d’affaires domestiques. Après deux mois de travail et de préoccupation qui ne m’ont permis ni aucune étude ni le très peu de distractions dont j’ai l’habitude, ce n’est vraiment que depuis hier que je me suis trouvé assez libre d’occupation et de pensée pour pouvoir songer à vous écrire. Je n’ai, par conséquent, rien de bien intéressant à vous apprendre sur mon propre compte, sauf l’état de ma santé, qui sans être forte, est maintenant à peu près bonne et capable de supporter tout ce que je serai probablement en lieu d’exiger d’elle. A cet égard le congé que j’ai obtenu m’a rendu un service véritable. Puisse le loisir inusité qui vous est échu cette année vous avoir pareillement servi, en dissipant le dérangement exceptionnel que votre santé semblait avoir subi sur les commencemens de l’année, que la crise que vous avez traversée était de nature à empirer, mais qui était apparemment de la sorte de dérangement qui lorsqu’ils ne sont pas de trop longue date, n’ont guère besoin pour la guérison, que d’un changement suffisant d’habitudes, et surtout d’une intermission de travail. Si, en outre, cette intermission vous a permis de commencer votre seconde grande élaboration philosophique, je n’ai assurément pas besoin de vous dire que je m’en réjouirai profondément. Plus on s’avance dans la vie, et mieux on sent le prix du temps. J’ai souvent besoin de me rappeler avec une émotion pénible, combien l’incertitude de la vie fait un devoir à chacun de mettre le plutôt possible à l’abri de tout hasard les choses utiles qu’il peut faire mieux que les autres ou que les autres ne peuvent ou ne veulent pas faire. Peu d’années s’écoulent sans que cette réflexion soit douloureusement fortifiée par quelque perte irréparable. Je viens d’en subir une, par la mort prématurée d’un du très petit nombre de ceux pour qui j’éprouvais une amitié vive et une estime parfaite. Il réunissait à l’un des plus nobles caractères qui puissent exister, une profondeur de sympathie qui tient de l’idéal féminin et qu’on ne trouve que fort rarement en angleterre si ce n’est dans les femmes et encore très exceptionnellement. Avec une grande étendue de connaissances et une forte intelligence, il n’avait pas le véritable esprit positif; il était pourtant très au delà de nos écoles métaphysiques les plus avancées. Ecclésiastique anglican, il avait depuis longtemps cessé d’appartenir par ses opinions à une église quelconque, et à en juger par ce qu’il avait fait et par les progrès de son intelligence pendant dix ans d’une santé faible et fragile, il eût rendu de très grands services au progrès moral et intellectuel par l’influence qu’il aurait exercée sur des esprits auxquels le positivisme pur ne peut pas encore avoir accès. Il est mort de phtisie pulmonaire à l’âge de 38 ans. M. et Mme Austin l’ont connu et aimé, sans avoir été, je crois, autant que moi en état d’apprécier sa valeur.
Je trouve toujours que le positivisme marche ici, mais il y a encore très peu d’hommes qui par la force primitive de leur esprit et par le degré de leur préparation, soient capables de s’approprier complètement la méthode et de faire faire des progrès à la doctrine. Je ne vois que Bain en qui, si je mourais demain, je serais sûr de laisser un successeur. Vous avez pu juger notre digne ami M. Grote. Il a bien dépassé son Benthamisme primitif, mais la métaphysique négative fait toujours le fond de sa culture intellectuelle. Molesworth, avec les mêmes tendances générales, a l’esprit plus libre; il est, aussi plus jeune mais son intelligence est plus déductive qu’inductive; sa nature est géomètre: il est par nature ce que j’étais il y a quinze ans par mon éducation. Austin s’est élevé très lentement et très péniblement au-dessus de ce niveau, mais sa déplorable santé, l’imperfection de son éducation scientifique, et son incapacité maladive de rien terminer, empêchent malheureusement de pouvoir compter sur lui pour des choses du premier ordre, qu’il est, à tout autre égard, fait pour dignement accomplir. Restent donc les jeunes gens, et parmi ceux de ma connaissance je ne vois que chez Bain l’étoffe d’un esprit du premier ordre, avec des habitudes intellectuelles parfaitement bonnes. Et nous pouvons nous vanter, vous et moi, d’avoir décidé de sa direction. S’il vit, et il a heureusement une organisation forte, il fera de grandes choses, et il soutiendra dignement la cause du positivisme chez nous. Je compte sur lui pour former beaucoup d’élèves à Aberdeen, où il enseigne publiquement avec un succès remarquable. Je crois d’ailleurs que la philosophie positive trouvera plus d’apôtres actuels en écosse qu’en angleterre, non seulement à cause de l’influence des antécédents philosophiques de ce pays, qui sont, comme vous savez plus voisins de l’esprit positif, mais encore par plusieurs autres raisons. D’abord, l’instruction supérieure y est beaucoup plus répandue qu’ici: les écoles supérieures et les universités sont de nature à mettre cette instruction à portée de la classe moyenne, et même de quelques fils de paysans, classe qui a fourni noblement son contingent à la gloire intellectuelle de l’Ecosse. Ensuite cette instruction elle même est moins exclusivement littéraire et plus scientifique qu’en angleterre. En troisième lieu, bien que les croyances religieuses soient restées plus fortes chez le peuple écossais, l’influence ecclésiastique y est beaucoup plus faible, ce qui est aujourd’hui plus qu’équivalent. Enfin, je trouve qu’il y a une analogie réelle dans la tournure de l’esprit écossais et de l’esprit français. Vous n’avez certainement pu méconnaître à quel point les Hume, les Ferguson, les Adam Smith, les Millar, les Brown, les Reid, même les Chalmers ressemblent intellectuellement à des français, tandis que nos philosophes anglais, en exceptant peut être Hobbes, appartiennent à une type différent: chez Locke, chez Berkeley, chez Hartley, chez Coleridge, ches Bentham même, c’est un ordre d’idées et de tendances intellectuelles profondément disparates, et je pense qu’un esprit vraiment anglais, sorti de notre éducation publique, et étranger à toute culture continentale, est, à beaucoup d’égards, plus éloigné du véritable esprit positif qu’aucun autre homme instruit. Vous vous plaignez avec raison de l’état du public français, dont l’incapacité positive tient aujourd’hui, ce me semble, à des causes plutôt morales qu’intellectuelles. Ici nous avons encore beaucoup de chemin à faire pour nous placer au niveau intellectuel de Guizot, et ce sont déjà des hommes très supérieurs au vulgaire qui ont accompli ce progrès, quelque minime qu’il doive paraître au point de vue de la vraie positivité.
Je ne sais si je vous ai dit que j’avais exécuté votre commission auprès de M. Whewell, en lui faisant parvenir un exemplaire de votre Discours. J’avais, comme vous, reçu son petit opuscule. Je conçois que ne connaissant probablement pas ses autres ouvrages, vous ayez vu avec une juste indulgence ce qu’il y avait de bon dans cette brochure. Pour moi je l’ai trouvée très faible: tout ce qu’il a dit, il l’avait beaucoup mieux dit ailleurs, et ce qui m’y a le plus frappé c’est qu’en reproduisant, très imparfaitement, les objections de son critique, il en a montré si peu d’intelligence qu’il oppose à ses objections les mêmes choses qu’il avait dites auparavant sans tenir aucun compte des réponses. Le critique auquel il répond, et que moi-même j’ai cité dans l’avant-dernier chapitre de mon 2me livre, est l’illustre physicien sir John Herschel, que je trouve très supérieur à M. Whewell. Je ne sais (par parenthèse) si je vous ai dit qu’il m’a mandé que mon livre l’avait décidé à étudier le vôtre: je ne sais s’il l’a fait avec fruit. On me dit que M. Whewell se propose de me réfuter aussi, dans le premier ouvrage qu’il publiera. J’ai toujours comté un peu sur son goût polémique, pour engager une discussion utile. D’ailleurs il mérite toute notre reconnaissance par les améliorations importantes qu’il a faites dans le système d’enseignement de Cambridge et par l’attention qu’il a attirée sur les grandes questions philosophiques. Il a trouvé l’esprit philosophique assoupi: il est un de ceux qui ont le plus fait pour le réveiller.
tout à vous
J. S. Mill
441.
TO WILLIAM TAIT
4th November
1844
My dear Sir
Are you provided with an article on Johnstone’s [sic] “Travels in Southern Abyssinia”? & if you are not, should you be disposed to insert one in the Magazine if on seeing it you find it suitable?
Very truly yours
J. S. Mill
442.
TO HENRY S. CHAPMAN
8th November, 1844
My dear Chapman,
I am afraid you must by this time think that I have forgotten my promise to write to you, but I have never ceased to bear it in mind, although in the matter of letter writing there is usually a long interval with me, between purpose and performance. I have not much personal news to tell you. My own life goes on just as it did, and I see very few people, Roebuck, Graham, and our other friends, as seldom as anybody else.
You will rather, I suppose, expect to hear from me about public matters; but even these I have scarcely anything prominent or prononcé to relate, in the way of events. It is rather the state of the public mind which is curious and interesting. There is a prodigious current setting in every day more strongly, of superficial philanthropy. English benevolence can no longer be accused of confining itself to niggers and other distant folks; on the contrary everybody is all agog to do something for the poor. A great many things have conduced to this, some good, some bad. The anti-poor-law cry; the state of the houses of the poor, and their sanitary condition, as made known by Chadwick’s official investigations; the conditions of large masses of people as shown by the enquiries of Commissions about factories, mines, etc., then in another way the speculations of Carlyle, the Puseyites, and others, about the impossibility of any social stability or security if there is not a habitual bond of good offices and sympathy between the ruling classes and the ruled, especially the poor—which speculations would have had no effect whatever if there were no chartism and socialism to frighten the rich. One sees plainly that while the noise is made up by a few sincere people, the bulk of the following has for its motive the desire of preventing revolution, and perhaps still more, the desire of taking the popularis aura out of the sails of the Anti-Corn-law league. In both these things they will fail. The Corn Law must go, and very soon, and as for revolution, there has been nothing in our day so calculated to produce it as the talk now in vogue, none of which is lost upon the working class, who do not thank them for it one jot, but whom it greatly strengthens in the faith that it is other people’s business to take care of them, that all of the rich have more than they is a wrong to them, and that the rich themselves are partly ashamed of this wrong, and partly afraid of its consequences and desiring to buy them off at the expense of those who are better off, is always asserted; and I never remember a time when any suggestion of anti-population doctrine or of forethought and self-command on the part of the poor was so contemptuously scouted as it is now. The “Times” is at the head of this movement, and has contributed very much to set it going. Strange to say, I believe it is sincere. There has been a great change of late years in the “Times”, owing it is said, to young Walter, who is a sort of Puseyite, and the “Times” falls in with everything which Puseyism has set going. There is a great appearance of honesty now about all it does. You are not to suppose, however, that all is bad and stupid about this philanthropy-movement—on the contrary there is very much good in it, and it will lead to many very good things being done. Among other things I have no doubt it will lead in time to a considerable move in favour of colonization, and to shew what other things it leads to, the “Times” already talks occasionally of the great benefits of the labourers being proprietors of land! Things never seemed to tend so rapidly to a complete bouleversement of our social system, though whether peaceably or violently, none can tell. I am thinking of saying out my say on all these things in a treatise on political economy, not in the abstract manner of Ricardo and my father, but in the practical and popular manner of Adam Smith. The whole science requires extremely to be recast, incorporating, of course, Wakefield’s and all the other new doctrines and shewing how they do not contradict but fit into the others, and such a book if one were able to do it well would at once supersede all the existing treatises, which are, one and all, effete and useless except as matter of history, and would give a right direction to the revived interest which begins to be felt in the study, and which languishes for want of a book at once free from gross error and teaching the applications along with the principles, which it is the beauty of Adam Smith’s book that he did. A propos, I published, last spring, the political economy essays which you know of. The success of my Logic brought an offer from Tait to publish them, whereupon I made an offer of them to my own publisher, Parker, which he accepted, and to my surprise the trade subscription was nearly 100. I have not heard anything about the sale; I should fear it is but small. However, Parker has no reason to complain, as it was his own choice, and he has made money by me. On the 25th March we had already divided profit on the Logic, and I expect it will soon be out of print. It has had a degree of success I never expected, and has got into the hands of almost everybody who could be supposed to read such a book.
There is no probability of any change of Ministry here; the Whigs are in as much discredit as ever, Peel is much greater than ever, but nobody wants him turned out, because his hinges are so well oiled and he yields to pressure. I fully expect every session to shew concessions to liberalism, and every year certainly helps to disorganise all the old order. I only wish for personal changes, because I wish that ill-conditioned fellow Stanley to be out of his post of mischief. The Governor he has sent you seems to be hardly better than the last, although so much better was expected from him.
I hope to hear from you soon, as I am very much interested both in the prospects of the Colony and in your own. I fancy that I can figure to myself the position of a New Zealand settler better than I can that of most distant objects, sufficiently well to make it really interesting to me. I hear a little about Nelson by means of Bell’s circulars, but I am more curious about Wellington, though I have no land there. Give my kind regards to Revans, and will you kindly ask him if he was out of pocket in any way by my rascal of a relation John Burrow. His draft of £10 was paid. If there is anything more I will repay it.
Ever yours truly,
J. S. Mill.
443.
TO MACVEY NAPIER
9th November
1844
My dear Sir
I have been feeling lately a very great inclination to write something on the doctrines & projects which are so rife just at present on the fashionable subject of the “Claims of Labour” —& the little book so called, would furnish an appropriate text, if you are inclined to the subject, & would not prefer seeing it in other hands. It appears to me that along with much of good intention, & something even of sound doctrine, the speculations now afloat are sadly deficient, on the whole, in sobriety & wisdom—forgetful, in general, of the lessons of universal experience, & of some of those fundamental principles which one did think had been put for ever out of the reach of controversy by Adam Smith, Malthus, & others. The general tendency is to rivet firmly in the minds of the labouring people the persuasion that it is the business of others to take care of their condition, without any self control on their own part—& that whatever is possessed by other people, more than they possess, is a wrong to them, or at least a kind of stewardship, of which an account is to be rendered to them. I am sure you will agree with me in thinking it very necessary to make a stand against this sort of spirit while it is at the same time highly necessary as well as right, to shew sympathy in all that is good of the new tendencies, & to avoid the hard, abstract mode of treating such questions which has brought discredit upon political economists & has enabled those who are in the wrong to claim, & generally to receive, exclusive credit for high & benevolent feeling.
I do not know of anything so important at the present time as to attempt to place these subjects in their right position before the public—& it can nowhere be done so well as in the Edinburgh review—where I hope it will be done even if it should not suit you that I should do it—although I know no reason for thinking that the manner in which I should treat the subject would be unsuitable to you.
Very truly yours
J. S. Mill
444.
TO WILLIAM TAIT
12th Novr 1844
My dear Sir
I send you the article on Johnston, which as you will see, is not mine. It is a light amusing article, chiefly of extracts, & I think it will be pleasant reading for the readers of the Magazine. The few words said about Harris’s book are, I should hope, not sufficient to come into unpleasant collision with anything you have said before. Johnstone [sic] & his book are, I think, worthy of better treatment than they have received—the book seems to me both more amusing & more interesting than Harris’s.
I have ordered a copy of the Essays to be sent to you. I ought to have done so before, as you had certainly a good claim to a copy. I have given away scarcely any. As for Parker it is not his way to give copies, either to the press or to any one else. But I ought myself to have looked to your receiving one.
Very truly yours
J. S. Mill
W. Tait Esq.
445.
TO MACVEY NAPIER
20th Novr 1844
My dear Sir
The article which I have in view would, according to my present conception of it, be rather one of principles than of details; & would, so far, admit the more easily of being brought within the space to which you consider it necessary to confine it. My object would be to examine & controvert what appears to me an erroneous theory of the condition of the labouring classes. The practical consequences of the theory break out in all sorts of propositions of things to be done for the poor either by the Government, the millowners, the landowners, or the rich in general; some of which propositions have more or less of utility & good sense in them, others are quite chimerical & absurd, but all are absurd when looked to as things of great or permanent efficacy. The discussion of the theory will naturally involve a consideration of the real nature of the duties both of Government & of the various classes of society towards the poor; tending mainly to the conclusion, that the greater part of the good they can do is indirect, & consists in stimulating & guiding the energy & prudence of the people themselves: in all which I should wish to use details copiously for purposes of example & illustration, but without laying any particular stress upon them, & still less undertaking to specify with any minuteness what particular things either the Government, or the employers of labour, ought to do or attempt.
According to this idea of what the article would be, it does not seem to be of any special importance that it should precede in its appearance any particular discussion in the House of Commons; but of very considerable importance that it should appear soon: the question being, as you justly remark, the greatest of the day, & moreover most emphatically the question of the day: & although the interest of it with thinkers is not likely to abate, anything written on the subject would both be more useful, & much more successful, if it appeared before the subject has been overlaid by the wearisome longwinded discussions of all the periodicals & all the speakers in parliament.
The Times gives us little else from day to day—& the other newspapers are beginning to be full of it. For a time, this works in favour of the interest of the subject—but after a time it will work the contrary way, by exhausting the freshness of the ideas.
We seem quite to agree in our general view of the subject & if you think favorably of the sketch I have now given you of the mode in which it should be treated, I will set about it & write the article while my mind is full of the subject.
ever yours truly
J. S. Mill
Guizot of course can wait indefinitely.
446.
TO AUGUSTE COMTE
le 25 novembre 1844
Mon cher Monsieur Comte
Vous ne vous trompiez pas en jugeant que votre volume astronomique ne m’était pas encore parvenue lorsque j’écrivais ma dernière lettre. Il ne m’est arrivé, comme de coutume, que très tard, ce qui a depuis longtemps cessé de me surprendre. C’est seulement depuis une huitaine de jours que j’ai pu achever la lecture de ce travail intéressant, dont la valeur a dépassé mes espérances. Il est vraiment heureux que vous vous soyez décidé à écrire ce Traité: quoique d’une importance secondaire en rapport à votre grande entreprise philosophique, il n’en est pas moins fait pour exercer une notable influence en hâtant la formation d’une véritable école positive, et il me semble que vous même vous n’appréciez pas encore suffisamment sa valeur à cet égard. Nous reconnaissons l’un et l’autre de plus en plus combien on doit peu compter pour la cause du positivisme sur ceux qui en possèdent déjà les bases scientifiques. Il importe donc infiniment, sous tous les rapports de mettre le plus tôt possible à la portée des intelligences convenables, non fournies d’instruction scientifique spéciale, ce qu’il faut de connaissances positives pour s’approprier les idées fondamentales de la méthode scientifique, sans les assujettir préalablement à de longues et pénibles études techniques, qui leur répugneraient le plus souvent au point d’empêcher tout développement ultérieur de leur capacité scientifique, attendu que pour sentir réellement l’importance de cette préparation positive, il faudrait posséder déjà l’esprit positif. Pour sortir donc de ce cercle vicieux, il n’y a rien de plus urgent que d’avoir un Cours de science positive, préliminaire naturel de votre Cours de philosophie positive. Or ce petit ouvrage en remplit admirablement les conditions, autant que le comportent son étendue et son caractère de spécialité. Depuis quelque temps les traités scientifiques à l’usage du public paraissent chez nous en grande abondance; il y en a d’assez bien faits; J. Herschel lui-même a fait un traité populaire d’astronomie. Mais dans ces traités on n’essaie pas même de faire servir de si mémorables conquêtes de l’intelligence humaine à constater la manière dont elle doit procéder pour en faire de nouvelles. Il est même, je crois, heureux que ces écrivains n’aient pas tenté d’enseigner la méthode, mais seulement la doctrine, vu l’insuffisance de leurs propres notions logiques; insuffisance tellement prononcée qu’il n’y a presque pas un seul traité de science positive, soit classique, soit populaire, qui ne tende sous quelques égards notables à fausser le véritable esprit de la marche scientifique. Or il me paraît que vous avez comblé, d’une manière admirable, cette déplorable lacune. Je ne croyais guère qu’il fût possible de donner à des lecteurs à qui on supposaerit si peu de préparation mathématique une connaissance si pleinement satisfaisante du vrai caractère de la science astronomique, et des procédés scientifiques qui l’ont créée. Après un pareil exemple, nous pouvons nous flatter de voir prochainement des ouvrages au moins passables du même genre, par rapport aux autres sciences fondamentales. Ce sera je crois le fruit que nous recueillerons de la première extension notable de la philosophie positive parmi les intelligences du second ordre. Aujourd’hui même je sens que les difficultés du propagandisme positif commencent à s’aplanir par suite de ce que vous avez fait. Le défaut d’instruction scientifique préalable n’est plus un obstacle pour faire comprendre ce que c’est que le positivisme à ceux qu’on pourrait décider à lire votre petit Traité. On peut même dire qu’après cette seule lecture une intelligence bien organisée se trouverait mieux préparée aux spéculations sociales que la presque totalité des savans actuels, sans parler des métaphysiciens.
J’ai appris avec une joie véritable que la méprisable taciturnité de la presse française à votre égard allait enfin être rompue, et je suis bien aise que ce soit par M. Littré, à qui depuis longtemps j’ai voué une haute estime. Je le connais très bien de réputation; je l’ai même vu, en 1836, à Paris, où sa figure de savant solitaire et son maintien calme et modeste m’on beaucoup frappé. Probablement, il ne se souvient guère de notre entrevue. Je ne savais pas qu’il fût en sympathie avec la nouvelle philosophie, et je m’en réjouis vivement: son accession, quelqu’incomplète qu’elle puisse être, est du plus heureux augure, et j’attends avec impatience son appréciation de votre grand ouvrage. Si cette publication s’effectue dans le National, ou même dans un journal quelconque, elle attirera sur la philosophie positive l’attention de beaucoup de lecteurs qui n’en tenaient auparavant aucun compte, qui n’en avaient peut-être pas même entendu le nom, et parmi eux il doit s’en trouver de bien préparés pour sa réception complète. Si vous pouviez m’envoyer les numéros du journal qui contiendront ces articles ce serait me faire un très grand plaisir: ceux-là on peut les confier à la poste. Dans tout cas je compte sur vous pour m’en indiquer les dates.
J’espère que vous êtes depuis longtemps parfaitement rétabli des suites du trouble physique que vous avez subi le mois dernier. Une maladie éruptive par suite d’une surexcitation nerveuse est certainement un exemple très remarquable, quoique d’un genre aujourd’hui très familier, du consensus biologique, et surtout de cette complication des phénomènes de la vie animale avec ceux de la vie organique qui a rendu si difficile et si tardive leur séparation logique, sans laquelle pourtant la biologie ne pouvait nullement devenir positive. J’ai appris avec un vif intérêt le résultat de vos observations spontanées sur les effets intellectuels du jeûne, et je vous félicite d’avoir surmonté la plus sérieuse difficulté de votre nouvelle élaboration philosophique. Je juge essentiellement comme vous le genre d’esprit de M. Herschel, et je ne fonde aucun espoir sérieux sur sa lecture de votre Cours, qui, je crois, aura peu d’influence, ici comme ailleurs, sur les hommes dont la réputation est faite. Je trouve toutefois dans la critique qu’il a faite de la philosophie de Whewell, des marques d’une certaine capacité philosophique: au moins il a échappé aux influences germaniques, ce qui chez nous n’est pas peu de chose. Je n’ai jamais lu Vico mais autant que j’en puis juger je crois votre opinion de lui très bien fondée.
Tout à vous,
J. S. Mill
447.
TO ADOLPHE D’EICHTHAL
10th December
1844
My dear Adolphe
I was truly disappointed the other day when I found that you had been here & that I had missed you. Wednesday is a day on which I am usually engaged with the Court of Directors, as it is the day of their meeting. I should have enjoyed greatly seeing you once again & comparing notes with you (as we say) on a great many subjects.
I have read with very great interest the papers you sent me, the report on the caisse de retraite, & the four numbers of the Moniteur Grec. The first is very important, & all the views & propositions seem to me extremely well-considered & reasonable: what is the probability of their being adopted? The Greek paper is well written & seems candid. I have always been inclined to think well of Coletti because I knew him to be a friend of yours & of your brother’s & I knew Gustave’s high opinion of him, & I was not inclined to think the worse of him for being attacked by our newspapers with which I am as thoroughly disgusted as I am with yours. But I do not know how to get over the gross illegalities which his party seem to be committing in the exclusion of the partisans of the former ministry from the chamber on any or on no pretext—a thing which the Moniteur Grec in its fourth number seems to admit, or at least to be unable to deny. It is impossible for me to think otherwise than ill of any minister to whom a constitution & laws are a dead letter which they think nothing of violating—& the infamous conduct of your government in the affairs of Spain inclines every one here to put the worst construction on whatever is done in any constitutional country by the party which is supposed to have the support of the French diplomatic agent.—I doubt if I could induce any English newspaper of influence to insert the correspondence which you propose—but I could perhaps succeed either with the Times or the Morning Chronicle, both of which however would probably combat in their leading articles the views of their correspondent. Still, if you think it worth while, I will try—& I should for my own part have much pleasure in doing so.
I owe a letter to Gustave in return for one he wrote to me communicating the interesting fact of the birth of his son, on which I beg you to offer to him my sincere congratulations. Although I have not been a very frequent correspondent lately, either with him or my other friends at Paris, I have not lost any of my regard for them & there is no one I shall be more glad to see again than him.
ever & most truly yours
J. S. Mill
448.
TO AUGUSTE COMTE
le 31 décembre
1844
Mon cher Monsieur Comte
C’est avec une peine extrême que j’ai appris le déplorable résultat, en ce qui vous regarde, de cette tentative avortée de réorganisation dans l’école polytechnique, qui devait au contraire, suivant toute apparence, consolider votre position de manière à vous mettre à l’abri de toute attaque future de la part de ceux que votre franchise philosophique a soulevés contre vous. Malheureusement il y a lieu de s’attendre à une inimitié plus forcenée de leur part, en raison directe de l’importance croissante de la nouvelle école. On peut croire que les savans, ainsi que les prêtres, auraient pu se soumettre à vous laisser tranquille dans la position modeste qui vous était échue, s’ils avaient pu compter que par un silence calculé ils pourraient vous ensevelir dans l’obscurité: mais, lorsqu’ils s’aperçoivent que votre nom commence à percer, et que partout où l’on vous fait une place quelconque, on vous en fait une très élevée, dès lors, ce n’est plus seulement la vanité blessée qui est en jeu, c’est toute l’importance sociale d’une classe puissante qui se trouverait compromise si on ne parvenait à étouffer une voix qu’on sait bien ne pouvoir réduire au silence qu’en vous ôtant tout moyen de vivre ou du moins de loisir. Vous aurez donc des ennemis de plus en plus acharnés, et plus ils vous auront nui, plus ils chercheront à vous nuire. Il est certes bien digne de vous, de voir dans cet ensemble de circonstances, si fâcheuses en ce qui vous regarde personnellement, des motifs de consolation fondés sur le retentissement social auquel ce duel à mort doit donner lieu et qui sans doute, comme vous en faites l’observation, serait resté dans des proportions minimes si nulle existence sociale ne se trouvait compromise dans la lutte. Il faut espérer du moins que si vous subissez les peines du martyre vous en aurez aussi les honneurs, et que l’humanité en recueillera le fruit. Il n’y a d’esperi réel que dans l’opinion, et ce sera une importante expérience sociologique qui décidera si aujourd’hui une classe sociale peut persécuter un philosophe isolé sans avoir même le concours du gouvernement. Il est très malheureux que la fermeté du maréchal Soult ne se soutienne pas: je craindrais bien que l’influence auguste dont on vous a parlé n’y soit pour quelque chose. Le devoir du gouvernement serait, s’il répugne à casser l’arrêt du nouveau conseil polytechnique sitôt après l’avoir organisé, de vous enlever à cette carrière, en vous en faisant une autre, plus importante, en vous nommant, par exemple, à quelque chaire du premier ordre, qui conviendrait à quelque partie du cercle immense de vos connaissances scientifiques et historiques. Ce serait pour M. Guizot une belle occasion de montrer de la magnanimité, s’il en a, suivant le noble exemple de M. Poinsot, et j’ai appris avec un vrai plaisir que dans la question immédiate au moins, un homme de sa capacité, auquel je n’ai jamais pu refuser une certaine estime, s’est montré disposé à bien agir. Il est fâcheux que cette affaire doit probablement traîner en longueur, et que vous ne pouvez pas savoir au plus tôt, à quoi vous en tenir. Si malheureusement vous êtes réduit de nouveau à la ressource de l’enseignement privé, comptez sur tous mes efforts et sur ceux de tous mes amis qui vous connaissent ou sur lesquels je puis exercer quelque influence. Je ne connais actuellement aucun anglais riche qui habite Paris, mais il doit sans doute y en avoir que je pourrais mettre en mouvement, du moins indirectement. Vous m’indiquerez le moment où il conviendrait de commencer cette tentative, si malheureusement il y a lieu.
Les articles de Littré sont excellents. Je ne m’attendais nullement à une si pleine adhésion, et je la trouve du plus heureux augure. Quel que soit le génie de l’auteur d’une théorie quelconque le public n’y prend pas beaucoup d’intérêt tant qu’il reste seul de son avis, trouvant fort naturel qu’un homme tienne à ses propres idées: mais dès que ces idées sont solennellement adoptées par un second penseur d’une supériorité reconnue, la bataille est presque gagnée; les esprits supérieurs ne tardent plus à y affluer en foule. C’est une véritable époque dans la nouvelle crise sociale, que cette importante adhésion, qui me rappelle celle de Berthollet aux doctrines de Lavoisier. La mienne n’était pas, à beaucoup près, aussi importante, ne pouvant guère agir sur la France, seul pays vraiment préparé aujourd’hui pour la régénération philosophique. Je voudrais bien savoir quelle réception l’Allemagne donne à votre grand ouvrage. J’ai lieu de croire que le mien y est mieux accueilli que je ne pouvais m’y attendre, si je puis me fier aux rapports d’un allemand que je vis il y a huit jours et qui me raconta entr’autres choses qu’il avait lu un article très favorable à ce sujet dans un journal publié dans la petite ville de Hohenzollern—quelque chose (j’ai oublié le reste du mot) ce qui équivaudrait au plus à un simple chef lieu de département au centre de la France et qu’on y disait que c’était le meilleur ouvrage philosophique que l’angleterre a produit de nos jours, en y ajoutant que ce n’était certainement pas de la philosophie allemande. Je pense qu’il y a en allemagne un commencement très décidé de réaction contre la philosophie qu’on appelle allemande et que la méthode positive y trouvera de l’appui plus tôt qu’on ne pouvait le croire. Il doit y avoir parmi les physiciens et physiologistes et même parmi la jeunesse active qui désire s’occuper de politique, une sincère aversion, d’un côté pour le vague et d’un autre côté pour les tendances quiétistes de la métaphysique de Schelling et de Hegel.
Tout à vous
J. S. Mill
John Sterling
On the verso in JSM’s hand:“Sterling 8 September 1844 nine days before his deathâ€