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Subject Area: Political Theory
Collection: The Collected Works of John Stuart Mill

1843 - John Stuart Mill, The Collected Works of John Stuart Mill, Volume XIII - The Earlier Letters of John Stuart Mill 1812-1848 Part II [1838]

Edition used:

The Collected Works of John Stuart Mill, Volume XIII - The Earlier Letters of John Stuart Mill 1812-1848 Part II, ed. Francis E. Mineka, Introduction by F.A. Hayek (Toronto: University of Toronto Press, London: Routledge and Kegan Paul, 1963).

Part of: Collected Works of John Stuart Mill, in 33 vols.

About Liberty Fund:

Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals.


1843

385.

TO HENRY COLE1

  • I.H.

Dear Cole,

I should like very much to make acquaintance both with the Michael Angelos & with Mr. Dilke,2 but if the weather & a bad cold permit me to go out I am supposed to go early & walk with Carlyle.

Yours ever,

J. S. Mill.

386.

TO AUGUSTE COMTE1

  • India House

Mon cher Monsieur Comte

Votre dernière lettre, que j’avais bien vivement désirée, m’a fait grand plaisir sous tous les rapports. D’abord elle m’a appris l’heureux résultat de votre procès avec Bachelier,2 résultat qui fait honneur au tribunal de commerce et qui donnera sans doute une idée juste de l’affaire à ceux qui n’en ayant aucune vraie connaissance, auraient pu n’y voir qu’une question d’amour-propre entre vous et Arago. Quant à ce qui s’est passé dans la première audience, je le savais déjà par la Gazette des Tribunaux, qui en a rendu un compte sommaire, mais à peu près exact puisqu’il s’accordait essentiellement avec celui que vous m’avez donné. Il me manquait seulement de savoir quel effet cette discussion avait fait sur votre esprit, et si les indignes menaces qu’on avait osé vous adresser à l’égard de votre réélection pouvaient offrir un danger réel. J’ai appris avec joie, par votre lettre que ce danger n’est pas fort à craindre, et que les charlatans qui pour conserver leur propre considération croient avoir besoin de rabaisser la vôtre, nuiront probablement moins à vous qu’à eux-mêmes.

J’ai appris aussi avec beaucoup d’intérêt que l’insurrection des biologistes contre la domination oppressive et aujourd’hui irrationnelle des géomètres, commence déjà à se prononcer. Votre dernier volume ne peut manquer de donner une forte impulsion à cette tendance salutaire, qui à son tour doit beaucoup favoriser l’avènement de la nouvelle philosophie à laquelle les biologistes sont nécessairement mieux préparés que toute autre classe de savans, au moins en france. Je dis en france, car je crains que si nos géomètres valent mieux à certains égards que les vôtres, il n’en est pas de même quant à nos biologistes. Cela tient à plusieurs causes. D’abord, malgré les défauts de l’éducation scientifique en france, je la crois au fond beaucoup meilleure que chez nous. Soit par les tendances trop exclusivement pratiques de notre caractère national, soit par le fractionnement encore plus exagéré qu’ailleurs des diverses études positives, le véritable esprit scientifique est très rare chez nous, et si quelques-uns le possèdent jusqu’à un certain point, ils l’ont, le plus souvent, puisé dans les livres français; sauf peut-être les écossais, chez qui l’éducation publique a un caractère plus français qu’anglais, ce qui explique le mérite éminent des penseurs écossais depuis Kaimes3 et Ferguson4 jusqu’à mon père qui mort en 1836, fut le dernier survivant de cette grande école. Quant à la biologie, elle reste encore chez nous, plus que chez vous, dans cet état provisoire si bien caractérisé par vous et même par Bacon, celui dans lequel la science n’est pas encore séparée de l’art correspondent. Sauf l’histoire naturelle concrète, qui a pris ici depuis douze à quinze années un élan très vigoureux, les connaissances biologiques ne sont guère cultivées que par des médecins ou chirurgiens, qui, s’ils ont de la capacité, sont bientôt absorbés dans les travaux accablants d’un métier ici surtout terrible. Sans doute la séparation des recherches biologiques d’avec l’art médical serait aujourd’hui pleinement opportune; elle est très bien préparée par l’état général du public scientifique, mais chez nous les prévisions sociales ne sont pas encore allées jusqu’à doter cette classe de savans du moyen de vivre comme tels, soit par la cultivation de leur science, soit par sa propagation. Cela est tellement vrai qu’un jeune biologiste de mes amis, le Dr Carpenter,5 que je crois être sans contredit le plus philosophe de tous ceux qui chez nous étudient les lois des corps vivans, qui a écrit les meilleurs traités de physiologie générale et humaine que nous possédons dans notre langue, et qui s’il était français obtiendrait sans peine une des meilleures chaires de vos écoles de médecine, est encore à chercher ici le moyen de gagner la subsistance même la plus modeste en se consacrant à la science. Ajoutez à ceci que nos biologistes sont en général bien loin d’être émancipés sous le rapport réligieux, quoiqu’ils soient peut-être plus près de cette émancipation que les autres savans et vous verrez qu’il n’y a pas de quoi s’encourager beaucoup pour le progrès rapide de la nouvelle philosophie.

A tout prendre, le public anglais ne me paraît assez bien préparé qu’à la réception de vos principes de philosophie générale, en y superposant toutefois, par une transaction profondément irrationnelle, l’idée d’une providence agissant par des lois générales; notion préparée et même beaucoup travaillée par les demi-philosophes timides qui ont rempli chez nous pendant le 18me siècle la place de l’énergique école négative française. Mais je ne trouve pas à beaucoup près chez notre public le même degré de préparation à l’égard de votre philosophie sociale, attendu que l’un des fondements principaux de cette philosophie est la loi naturelle du décroissement spontané de l’esprit réligieux, doctrine qui effraie encore presque tous les esprits en Angleterre, au point que si moi-même je la proclamais ouvertement on n’oserait pas me lire. Je risque déjà quelque chose en déclarant hautement, partout dans mon livre, l’admiration que je ressens pour votre grand ouvrage, sans faire la moindre réserve théologique, qu’à ma place tout autre anglais, je crois, n’aurait pas manqué de faire.

La publication de mon livre, aujourd’hui très prochaine, a été un peu retardée par le remaniement complet que j’ai cru devoir faire à la dernière partie pour la mettre plus en harmonie avec ma manière actuelle de penser, depuis la lecture de votre 6me volume et l’étude plus approfondie que j’ai faite des deux volumes précédens. J’y ai fait maintenant beaucoup plus de place à la nouvelle doctrine, tout en la prenant du point de vue de mon propre travail, et je crois que, sous ce rapport, mon livre est maintenant le plus avancé que mon pays soit encore susceptible de recevoir. J’ai d’ailleurs l’espoir bien fondé que tout ce qui chez nous est capable de comprendre votre ouvrage viendra apprendre chez moi où trouver quelque chose de mieux que moi.

Je vous demande pardon de n’avoir jusqu’ici rien dit en réponse au désir que vous avez plus d’une fois si aimablement témoigné de resserrer notre amitié par une entrevue personnelle prochaine. M. Lewes m’avait mal compris: malheureusement j’ai toujours eu la presque certitude que des circonstances qui tiennent à mes relations personnelles les plus intimes, me retiendraient cet hiver à Londres, mais dans le cas où ces circonstances se prolongeraient beaucoup plus longtemps je suis très décidé à courir à Paris, ne fût-ce que pour deux ou trois jours, et dans l’unique intention de vous voir.

Je suis bien aise de savoir les noms de ceux de vos amis à Montpellier qui conservent encore quelque souvenir de mon séjour dans cette ville6 que je ne cesserai jamais d’aimer. Cela ne m’étonne pas beaucoup de la part de l’aimable Roméo Pouzin,7 avec qui j’ai été plus lié qu’avec toute autre personne de Montpellier, à l’exception de Balard et de la famille Bérard.8 Quant à M. Emile Guillaume,9 il me fait un honneur qui me flatte d’autant plus que je dois l’avoir très peu connu, puisque j’ai oublié jusqu’a son nom.

J’attends avec un vif intérêt le résultat de la sorte d’expérience sociale que vous allez faire à l’ouverture de votre cours annuel d’astronomie et qui aura comme vous le sentez une grande importance par rapport à la propagation libre de la philosophie pleinement positive. Heureux si je croyais qu’on en vînt jusque-là dans ce pays-ci, de mon vivant! Cette liberté de discussion dont on jouit en france est la compensation de bien des misères. Nous en sommes bien loin encore, mais qui sait? dans un temps de transition morale les choses marchent plus vite qu’elles n’en ont l’air.

Votre tout dévoué

J. S. Mill

387.

TO ROBERT BARCLAY FOX1

  • India House

My dear friend

In a few days you will receive two ponderous volumes,2 concerning which you have shewn an interest that I desire very much they may justify. I have not defaced them with any marks because after going finally through the whole as it passed through the press I have come to the conclusion that it will not bear to be read in any way except straight through, & it is probably worth your reading it that way, while I am certain it is not worth it to your sisters being a kind of book so entirely abstract that I am sure they would never think of reading it if it did not happen to be written by one whom they know—& to make that a reason for reading a book out of one’s line, is to make friendship a burden. If I could fix on any part as capable of being read with any interest apart from the rest, it would be the fifth book, on Fallacies, & especially the chapter in the sixth book on Liberty & Necessity, which is short & in my judgment the best chapter in the two volumes. However as Sterling will have a copy and will certainly read it through, he will be able to tell your sisters if there is any part which he thinks would interest them—in case they require any opinion besides yours. You will not suspect me of the stupid coxcombry of thinking that they could not understand it, which would be my own condemnation, for if they could not, the book would be a failure. I only mean that whatever be the value of the book, it is (like a book of mathematics) pure & not mixed science, & never can be liked by any but students & I do not want them to spoil themselves by becoming that, on my account—They know that when I write anything on philosophy in the concrete, on politics or morals or religion or education or in short anything directly practical or in which feeling & character are concerned I desire very much to be read by them because there I can hope really to interest them—but any interest they could feel in this would be only like what I might feel in a treatise on mining.

The last news I have heard about Sterling was not quite so satisfactory as before in respect to rapidity of recovery: will you write a line to me on the matter? Does he think of going away this spring?

Our little girl did not carry her election,3 but the proxies were not lost, but bartered for an equivalent number next June, when Mazzini tells me she is sure of success, that is (I suppose) if those who gave their proxies this time will be kind enough to do so again.

yours ever,

J. S. Mill.

388.

TO ALEXIS DE TOCQUEVILLE1

Je vous envoie, mon cher Tocqueville, une letter que j’ai insérée dans le Morning Chronicle2 à votre intention. Je ne sais pas si on la lira, mais je sais qu’elle était bien nécessaire, car ici on donne raison à Lord Brougham contre vous. Les passions en sont aujourd’hui au point où l’on ne regarde plus assez près pour faire des catégories parmi ses adversaires, et l’on fait peser sur les plus modérés la responsabilité des choses les plus folles qu’on croit avoir été faites ou dites par les plus écervelés. Il en est souvent ainsi entre deux partis, à plus forte raison entre deux nations, qui arrivent plus difficilement à s’entendre par des explications mutuelles, et dont chacune lit encore plus exclusivement les organes de son opinion. J’ai souffert de voir la manière dont on envisage ici votre conduite sur ces malheureuses questions de politique extérieure. On ne veut rien voir sinon que vous vous êtes rangé du côté du “war party”, et comme on s’attendait à autre chose de votre part, on se venge sur vous de sa propre incapacité de comprendre les idées et les principes qui vous ont inspiré. Cela ne m’étonne point; il est très naturel que les Anglais ne comprennent pas la France, pas plus que les Français ne comprennent l’Angleterre. Vous même n’avez vous pas dit, dans le discours en question, que les Anglais ont trouvé le moyen de chasser la France de l’Espagne? Ne dirait-on pas que comme la plupart de vos compatriotes vous croyez les Anglais tout occupés d’étendre leur territoire et leur importance au dehors? Je vous jure qu’il n’y a pas deux Anglais qui se soient assez occupés de l’Espagne pour avoir un seul instant eu l’idée d’y rivaliser d’influence avec la France. Tout ce que vous voyez à ce sujet dans nos journaux est une affaire d’amour-propre entre Palmerston et Peel, à quoi le public hausse les épaules. Heureusement notre public ne s’occupe jamais d’affaires étrangères. Sans cela l’Europe serait toujours en feu: voyez ce qui est advenu de ce que nous avons eu, un seul instant, un homme à caractère français à notre Foreign Office. Vous savez que j’aime la France, mais j’avoue qu’il en est assez d’une seule en Europe. Vous voyez que je vous dis franchement ce que je pense, sans craindre de vous offenser et je vous dirai avec la même sincérité que je trouve votre discours admirable et que je ne suis pas éloigné de votre opinion sur la question elle-même. Je crois que si le gouvernement français avait pris dans le commencement le ton que vous lui conseillez, cela aurait pu réussir, mais aujourd’hui ce serait impossible. L’Angleterre ne voudrait pas céder aux provocations et aux menaces des forcenés de la Chambre et du journalisme, soit libéral soit conservateur, la Presse ou le National. Je voudrais qu’on crucifiât le premier homme qui osât dire à la tribune d’un peuple des injures contre un autre peuple. Il faut des générations entières pour guérir le mal que cela peut faire dans un jour. Cela est bien méprisable dans un siècle qui a tant besoin du concours des hommes enérgiques et éclairés de tous les pays avancés pour l’œuvre difficile de réorganiser la société européenne.

Je suis charmé que vous soyez content de M. Hickson:3 sans être un homme de génie, il est d’un mérite rare et très précieux dans son genre, et je connais peu d’hommes d’un patriotisme et d’une philanthropie plus active et plus éclairée. On le retrouve dans tout ce qui se fait de plus avancé chez nous.

Votre devoué

J. S. Mill.

India House.

389.

TO SARAH AUSTIN1

  • India House

Dear Mrs Austin

I should have answered your letter much sooner, if only on account of the proposal to Parker, but that he told me he would himself write & no doubt you have long since received an answer from him, more explicit as to details than the answer he gave me. The History of the Reformation2 he thought would not suit him, but the other book you mentioned, he thought would, & was quite willing to close with the project, but did not seem confident as to the sufficiency of such pecuniary terms as the state of the market in his opinion allowed him to offer. And as your doing the thing at all would of course depend upon his making it worth your while, it is for him to make his proposition. Au reste, everything I have seen of him is in his favour: pretending to no character but that of a tradesman, he has in every respect in which I have had to do with him acted like a gentleman, while Murray who sets up for a gentleman & a patron of letters seems to be in reality a mere tradesman & not a good one. I believe however this is not the same with the Oxford Parker,3 so that there may be a chance there if this fails. This one4 is bookseller to the University of Cambridge.—In the meanwhile I am glad you are going on writing for the Edinburgh which I suspect is more lucrative work than even your translating & which you are so well qualified for. I liked your article on Mad. Schopenhauer5 very much, both as pleasant reading & for the tone of its remarks, which are of a kind very much wanted here, & now likely as far as I can judge to be well received, for the eyes of a great number of English people are decidedly opening to much of what is wrong in their own country & comparatively right elsewhere. I hear your article underwent much excision from Napier, & that he wants more painting of manners & less general reflection. I think him wrong, &, as he always is, arrière, for the Edinburgh review & the Holland-house set6 who preside over it are the last refuge of the ideas & tastes of a generation ago; but I suppose his mandates must be complied with, & he has left quite as much of valuable remark in this article as it needed & more than is in all the other articles taken together which he published along with it in his exceedingly poor extra number.

What you tell me about Grote does not surprise me though I am sorry for it both on his account & yours. As for Mrs Grote, you know her, & would not expect either good feeling or good taste from her. But Grote has always seemed rather a sensitive person—however he is a disappointed man, & has come to the time of life at which people generally fold their wings & take to their comforts. At that stage very few men, in my experience, retain their sympathies at all strongly towards those with whom they are not in habits of daily intercourse. Perhaps too, half of the evil in Grote is shyness; & not knowing how to express sympathy: especially being perhaps in some degree concious of having already shewn less of it than you had reason to expect.—As to the calamity itself,7 I could have told you months before, all that he can have had to tell, but I thought you would know it quite soon enough. The concern has declared itself insolvent & is in the hands of trustees, but from what I hear I do not believe it to be hopeless that something may be saved for the shareholders, though in any such case the probabilities are of course against it. Grote, as you know, habitually looks at the gloomiest side of things. The Mississippi matter8 however is of much more importance really, as you were deriving no income from the money in the company before, so that in regard to present exigencies & interests the loss of the principal is only nominal. The Mississippi bonds I feel satisfied must ultimately be paid though I fear not quite so soon as I once thought. In the mean time I cannot help reverting to the idea I once threw out in a letter to you & which you promised to take into consideration at a proper time, & there seems none so proper as now. I really believe something might be done, though it is not very easy to hit upon the exact shape which would be best.

I have sent the remaining sheets of my book, addressed to Mr Austin, in the parcel from Asher’s correspondent here (Nutt of Fleet Street) which was made up yesterday. The book is to be published tomorrow. But do not let Mr Austin suppose because the sheets are sent that he is under any engagement to make the use of them which he so kindly proposed. I should of course have sent the book to him in any case & though he would be the best of all reviewers for it he must not plague himself about it. It must take its chance.

I inclose a line from my sister Clara. I have neither encouraged nor opposed her project,9 of the feasibility of which nobody can so well judge as you. If it be otherwise feasible of course the “cannot” in her note is not to be taken literally, as long as there are others who “can”.

Yours affectionately

J. S. Mill.

390.

TO AUGUSTE COMTE1

  • India House

Mon cher Monsieur Comte

Avant de recevoir cette lettre vous aurez sans doute reçu de ma part un exemplaire du livre en faveur duquel vous voulez bien admettre une exception à votre régime cérébral habituel.2 Je souhaite qu’il mérite une distinction si honorable, et je me félicite toujours davantage de notre heureux rapprochement personnel, sans lequel je n’eusse pas pû espérer d’obtenir, sur mes spéculations philosophiques le seul jugement qui ait pour moi une importance réelle. C’est encore une bonne fortune pour moi que mon livre soit tombé précisément dans ce que vous nommez votre année de repos, et que vous puissiez en prendre connaissance sans déranger aucunement le cours de vos travaux. En sollicitant pour cet ouvrage toute votre indulgence j’ai besoin de vous indiquer que le premier livre date essentiellement de 1829, que le deuxième est un simple rifaccimento d’un travail fait en 1832, sauf la polémique contre le représentant de la métaphysique allemande, qui seule est récente; et que le troisième lui-même, où j’entre enfin franchement dans la méthode positive, a été fait, dans tout ce qu’il a de plus essentiel, avant que j’eusse pris connaissance de votre grand travail, même quant à ses premiers volumes. C’est peut-être une chose favorable à l’originalité de mon point de vue philosophique que d’avoir si tard connu ce qui devait exercer sur mon esprit une si grande influence, mais il est bien certain que mon livre en vaut moins, quoique peutêtre il n’en devienne que mieux convenable aux lecteurs qu’il aura. Quant à ses chances de succès vous apprendrez avec plaisir qu’elles se déclarent déjà d’une manière pleinement satisfaisante, en égard à l’apathie spéculative de notre public et à l’opposition tranchée qui existe entre l’esprit de ce livre et celui de la philosophie à la mode. Je commence à espérer que ce livre pourra devenir un vrai point de ralliement philosophique pour cette partie de la jeunesse scientifique anglaise qui ne tient pas beaucoup aux idées religieuses; et je crois cette émancipation essentielle moins rare, même chez nous, qu’elle ne le paraît. Surtout ce livre me semble propre à servir de digne pour arrêter le dangereux progrès de la philosophie allemande. Jusqu’ici cette philosophie nous a été plus utile que nuisible; elle a déterminé chez nous une véritable tendance aux généralités scientifiques et à la systématisation de l’ensemble des connaissances humaines; cela nous manquait presque entièrement, et ne pouvait guère nous arriver par une autre route: Mais socialement parlant cette philosophie est aujourd’hui chez nous pleinement rétrograde, quelle que soit la tendance sceptique qu’on lui ait reproché d’exercer dans son pays natal, où en effet elle a rempli puissamment une fonction dissolvante envers les anciennes croyances, tandis qu’ici on s’en sert pour retremper philosophiquement ces croyances, contradiction qui ne répugne en rien au caractère vague et arbitraire des prémisses logiques d’une pareille philosophie. Depuis la chute irrévocable de la métaphysique négative, cette philosophie allemande a pû se vanter d’offrir seule à l’esprit humain une coordination systématique de la pensée; elle se prétend supérieure à ses prédécesseurs surtout en ce qu’elle constate tous les phénomènes de la sensibilité et de l’activité humaine, et qu’elle en rend compte à sa manière, tandis que les autres systémes nient tout ce qu’il ne savent pas expliquer selon leurs principes propres: et jusqu’ici, personne n’est venu se planter en face de cet ennemi, en remplissant convenablement les mêmes conditions. Désormais on pourra choisir; on ne sera plus rejeté vers le camp allemand faute de trouver ailleurs un système philosophique nettement formulé. Chez nous aussi le positivisme a déployé son drapeau.

J’attends maintenant avec un vif intérêt les discussions philosophiques qui s’engageront probablement avant peu entre nous deux et qui auront une grande influence sur mes travaux à venir. Il est vrai que très souvent dans mon livre je n’ai fait qu’effleurer les questions où ma manière de penser ne se recontrait pas encore précisément avec la vôtre, et il y en a même que la nature du livre ne m’a pas permis d’aborder. Cependant ce livre vous donnera le moyen de pénétrer assez à fond dans mon esprit, pour que les discussions partielles deviennent beaucoup plus faciles et plus commodes. J’ajourne jusqu’après ces discussions tout projet sérieux de travail nouveau. L’essentiel pour moi, quant à présent, c’est de continuer ma propre éducation philosophique, et je n’écrirai probablement, d’ici à quelque temps, rien de plus important que quelques études historiques d’un ordre secondaire. J’espère du reste recueillir de vos conseils amicaux un grand avantage en ce qui tien à la direction de mon activité intellectuelle, surtout lorsque vous serez mieux en état de juger mon genre de capacité caractéristique. Cette espérance donne un nouvel attrait à mon projet d’aller passer quelques jours auprès de vous, et il ne tiendra pas à moi que ce projet ne s’accomplisse avant la fin du printemps. En ce cas, votre aimable proposition de me recevoir chez vous serait trop agréable pour pouvoir être refusée, d’autant plus que ce serait le moyen de ne perdre, pour le but presque unique de mon voyage, que le moins possible d’un temps nécessairement très raccourci.

Je vous félicite bien cordialement de la terminaison de votre travail classique, qui devait être effectivement pour vous d’autant plus ennuyeux qu’il a été moins fatigant; et je me réjouis avec vous de la reprise de vos promenades habituelles, dont j’apprécie la douceur par ma propre expérience. Comme vous j’ai toujours eu l’habitude de beaucoup marcher, et je prépare toujours les méditations un peu difficiles en me promenant: je trouve cet acte physique tellement favorable à la pensée que même dans mon bureau je marche toujours, ne restant assis que strictement le temps qu’il faut pour écrire des choses déjà préparées debout. Votre traité de géométrie analytique me sera encore plus précieux parce que je le tiendrai de vous-même. Ce trait est vivement attendu non seulement par moi mais encore par un jeune frère3 dont l’éducation m’a été léguée par mon père et qui par les dispositions scientifiques qu’il montre, jointes à un heureux caractère, m’aide à supporter la perte irréparable d’un autre frère4 plus âgé, mort en 1840 avant l’âge de vingt ans, noble jeune homme qui a fait le charme des dernières années de mon père et sur l’amitié duquel je comptais pour ma vie tout entière.

Je suis bien sensible à l’honneur que vous me faites en demandant mon avis sur votre project de prendre une connaissance spéciale de la philosophie allemande. Je ne suis pas peutêtre en droit de donner là-dessus une opinion très décidée, n’ayant moi-même lu ni Kant ni Hegel ni aucun autre des chefs de cette école, que je n’ai d’abord connue que par ses interprètes anglais et français. Cette philosophie m’a été, à moi, fort utile; elle a corrigé ce qu’il y avait de trop exclusivement analytique dans mon esprit nourri par Bentham et par les philosophes français du 18me siècle: ajoutez à cela sa critique de l’école négative, et surtout un sens réel quoique trop incomplet des lois historiques et de la filiation des divers états de l’homme et de la société, sens qui est, je crois, le plus développé chez Hegel. Moi j’avais encore besoin de tout cela, et vous ne l’avez pas. Plus tard lorsque j’ai essayé de lire quelques ouvrages philosophiques allemands, il s’est trouvé que je possédais déjà tout ce qu’ils avaient d’utile pour moi, et le reste m’a été fastidieux au point de ne pouvoir pas en continuer la lecture. En me mettant donc à votre place, je doute si cette étude peut vous offrir un avantage suffisant pour décider en sa faveur une infraction à votre hygiène cérébrale, et je ne sache pas qu’une connaissance plus exacte des points de rapport entre cette doctrine et la vôtre puisse vous servir de grand chose dans vos travaux. Je crois que pour être lu et goûté en Allemagne, ce qu’il faut est surtout l’esprit systématique; cet esprit vous le possédez au suprême degré: et votre véritable point de contact avec les philosophes allemands est dans les faits concrets que vous expliquez bien tandis qu’ils les expliquent mal. Cependant j’approuve beaucoup votre dessein d’apprendre la langue allemande afin de lire les grands poètes de ce peuple. Les poésies lyriques de Goethe surtout me semblent dignes des plus beaux temps de l’antiquité par la perfection de la forme, et souvent bien supérieures par le fond, comme la matière esthétique moderne l’est à l’ancienne.

Je n’ai pas besoin de dire que je verrai avec grand plaisir Mazhar Effendi,5 et que tout ce que je puis faire pour lui pendant son séjour ici lui est d’avance assuré.

tout à vous

J. S. Mill

391.

TO GEORGE BENTHAM1

  • India House

Dear Mr Bentham

I was very glad to see your handwriting again, though the mere fact of sending my book2 did not require or merit any acknowledgment from you. My object in writing to you now is to ask whether you are making or likely to make an English herbarium or whether you care about having English specimens because if you do I am likely to be thinking a little of botany this year & being in a different part of England from that in which you are now fixed,3 I should be much pleased by being permitted to collect specimens for you. Any that I already have I need hardly say I should be most happy to send but they amount to so little compared with what I should like & might hope to do that I hardly like to offer them. If however you would give me what lawyers call a roving commission, I would do my best.

You probably have abundance of the Edinburgh Catalogues. However I enclose one in case you should be willing to take the trouble of returning it to me after marking any plants of which you might wish to have other English specimens from the south east parts of England. I could also send you a catalogue of Surrey plants & their habitats, tolerably large though very incomplete, being derived solely from my own individual observations—it would shew you what the plants are that I could most readily procure from this neighbourhood.

ever truly yours

J. S. Mill

392.

TO GEORGE BENTHAM1

  • India House

Dear Mr Bentham

I am sorry you troubled yourself to send back the Catalogue, not having marked it. I will keep on the lookout for the rare Orchidiae &c. I fear none of those I have from Surrey &c. are decidedly rare ones. I collected a few rather rare species in Italy, the orchis romana, papilionacea provincalis, & a few other plants almost peculiar to the Roman Campagna—the rarest, I believe, being the Vicia tricolor. Nothing but the persuasion that you must certainly have all these has prevented me from long since offering you them or any others I have. If any of the two or three I have mentioned would be of the least value to you I should feel really obliged by your saying so, as I should try anything else however trifling which you would put it in my power to do for you or yours.

I am very glad you are occupied in aiding the completion of the Prodromus as you have already done so essentially by your settlement of the Labiatae & Scrophulariacea.2 I am always to be seen or heard of here at 18 Kensington Square & though I am not often at the Athenaeum without some special cause, your being to be met with there would be cause sufficient.

ever truly yours

J. S. Mill

393.

TO SIR EDWARD LYTTON BULWER1

  • India House

My dear Sir Lytton

You very much overpraise my rather ambitious attempt, but I am very glad that you find enough in the book2 to repay the trouble of reading and I shall be amply satisfied if it is found to deserve half the good you say of it. I hope you may have time to give me the benefit of the doubts & suggestions you speak of. I can say quite sincerely & I believe from sufficient self-knowledge that I value the pointing out of an error more highly than any amount of praise.

I am afraid the proposition that Morality is an Art, not a Science, will hardly be found on closer examination to have so much in it as you seem to have thought was intended. It follows as a necessary corollary from my particular mode of using the word Art, but at bottom I fancy it is merely what everybody thinks, expressed in new language.

You would find Comte exceedingly well worth your better knowledge. I do not always agree in his opinions but so far as I know he seems to me by far the first speculative thinker of the age.

Yours very truly

J. S. Mill

394.

TO JOHN AUSTIN1

  • I.H.

My dear Austin

Your opinion of my Logic is very gratifying to me.

I have read the little tract which you sent me from Mr Ramsay.2 There is much good in it; evidence of many right opinions & feelings & of some sound knowledge. The chief fault seems to me that of entire unpracticalness.

I cannot surmise from it of what character Mr Ramsay’s ethical book3 may be, but if it falls in my way I will certainly make myself acquainted with it.

Yours ever truly

J. S. Mill

395.

TO AUGUSTE COMTE1

  • India House

Mon cher Monsieur Comte

Aussitôt que j’ai appris par votre lettre du 25 mars que mon livre ne vous était pas encore parvenu, j’ai pris des informations chez l’éditeur, et j’ai trouvé que par un retard du libraire Dulau qui s’en était chargé, le paquet ne devait partir que le 30. Je me suis depuis assuré qu’en effet il est parti ce jour-là, et j’espère que l’exemplaire est entre vos mains depuis 15 jours. Dans le cas contraire c’est Bossange, du quai Voltaire, qui vous en répondra. Ces sortes de délais, auxquelles je suis fort habitué, indiquent, ainsi que le port monstrueux qu’on vous a demandé, un état de véritable barbarie dans l’organisation matérielle du commerce intellectuel entre nos deux pays. Quant aux difficultés fiscales je crois que la faute est du côté de notre gouvernement, qui, suivant l’esprit national, n’a jamais vu dans la propagation de la pensée autre chose qu’une industrie particulière, et n’a pas plus songé à faciliter l’envoi des livres par la poste, que celui des draps; pas plus dans l’intérieur qu’avec l’étranger. Toutefois, puisque nous sommes entrés depuis quelques ans dans la voie des réformes postales, je crois que nous adopterons bientôt dans cette matière spéciale un régime plus civilisé. La disposition d’esprit qui permet de pareilles mesquineries change tous les jours: nous sommes à cet égard en plein progrès; et la préoccupation absolue des intérêts industriels que naguère on pouvait encore regarder comme nationale, est déjà très généralement flétrie comme indice d’un esprit étroit et d’une éducation inférieure. La génération actuelle vaut mieux, à mille égards, que celle qui l’a précédée. On respire un air bien plus libre et plus pur que dans ma première jeunesse.

Je vous remercie mille fois de l’envoie de votre ouvrage classique.2 J’aurais volontiers commencé, selon vos conseils, par une première lecture très rapide, mais je n’avais pas d’abord assez de loisir continu pour cela, et je tenais à commencer sans délai; ensuite, j’ai perdu depuis si longtemps l’habitude des lectures mathématiques ou du moins algébriques, que j’eusse craint de ne pas saisir réellement l’esprit du livre si je ne m’attachais pas à y suivre, avec connaissance de cause, tous les calculs. Ainsi que beaucoup de ceux qui s’occupent habituellement de méditations générales, j’ai la mémoire très mauvaise pour toute sorte de détails, même scientifiques; et quoique je retrouve toujours avec une grande facilité tout ce que j’ai une fois appris, je ne puis jamais présumer avec sûreté de la suffisance de mes connaissances actuelles d’un sujet quelconque lorsqu’elles ne sont pas d’acquisition récente. Je me suis donc mis à travailler comme un écolier à votre ouvrage, et je me flatte que je serai bientôt capable de subir passablement un examen assez approfondi à son sujet. Malgré la lenteur inévitable de cette manière de lire, je n’ai pas manqué d’apercevoir dans l’ouvrage cette sorte de symétrie qui fait d’un traité scientifique parfait, en quelque façon un ouvrage d’art, et je ne doute point d’éprouver encore davantage ce sentiment à une seconde lecture exclusivement dirigée à l’appréciation de l’ensemble. Sous le rapport logique, je connaissais assez votre merveilleuse puissance de généralisation philosophique pour ne m’étonner nullement à trouver dans votre manière de traiter ce sujet spécial un vrai modèle de ce que sera un jour l’enseignement mathématique comme moyen d’éducation des facultés spéculatives de l’homme. Mais j’avoue que malgré la profonde impression faite sur moi par le premier volume de votre grand ouvrage, je n’avais pas senti aussi profondément que je la sens maintenant, l’aptitude éminent de l’analyse mathématique, convenablement étudiée, pour développer l’esprit scientifique. Il est bien fâcheux que jusqu’ici cette heureuse qualité soit non seulement neutralisée mais vraiment tournée en sens contraire par la routine irrationnelle qui préside partout à l’éducation mathématique. Votre ouvrage aura ici un lecture diligent dans la personne de Sir William Molesworth, que vous connaissez peutêtre de nom comme ayant fait les frais intellectuels et pécuniaires de la belle édition des œuvres de Hobbes,3 dont vous avez fait une mention honorable dans une note de votre 5me volume. Sir William Molesworth, d’ailleurs admirateur éclairé de votre grand ouvrage, a fait de fortes études scientifiques. Il s’occupe beaucoup à présent de philosophie mathématique, et comme il a une véritable capacité scientifique, malgré une certaine raideur intellectuelle qui gêne un peu la marche de son intelligence, je m’efforce de le décider à faire un livre à ce sujet, en attendant celui que vous avez annoncé et que vous avez dû ajourner à un avenir un peu lointain. J’espère qu’il se trouvera bientôt parmi la jeunesse scientifique française des penseurs capable de régénérer, sous l’inspiration de vos ouvrages et de votre conversation, les diverses branches de l’enseignement mathématique, travail si important que bien qu’il ne puisse pas vous appartenir, voué comme vous l’êtes à des travaux encore plus élevés, le temps que vous avez consacré à en fournir un premier exemple décisif n’est certainement pas mal employé. Votre projet primitif d’écrire votre cours populaire d’astronomie offrait une utilité analogue, et j’aurais regretté que ce projet fût abandonné si je ne craignais, pour une santé si précieuse l’effet d’un nouveau travail sédentaire pendant l’année naturellement destinée à raffermir vos forces physiques pour la noble tâche qui vous attend. Ne se pourrait-il pas que, dans l’impossibilité où vous vous trouvez d’écrire vos divers cours, quelqu’un de ceux qui ont l’avantage de les suivre le fit à votre place, comme on l’a fait quelquefois pour d’autres professeurs? Une simple révision par vous-même pourrait alors suffire, et le succès pécuniaire ne manquerait guère de récompenser suffisamment le travail du rédacteur.

Je trouve que vous avez sagement fait en renonçant à votre velléité passagère de vous occuper de la philosophie des allemands et en vous bornant à leur poésie, dans laquelle Goethe est comme vous le sentez déjà, sans rival. Je crois pourtant que le jugement sévère que vous portez sur Schiller4 n’est pleinement mérité que pour la première moitié de ses écrits, très hautement condamnés par lui-même à un âge plus mûr. Vous trouveriez peut être dans son Wallenstein, dans sa Jeanne d’Arc, dans son Guillaume Tell, et dans ses poésies lyriques une capacité poétique réele quoique de second ordre, et une ombre même du génie créateur de Goethe, avec une élévation morale que généralement on ne reconnaît pas dans ce dernier, ou qui du moins est loin d’y être aussi saillante. Il y a de très belles choses dans Richter,5 dans Tieck,6 etc. mais le plus souvent sous la forme du roman en prose. Les romans de Goethe sont au contraire, à mon avis, ce qu’il a fait de moins bon, soit par la forme, soit même par le fond, quoiqu’il y ait semé une foule de pensées justes et profondes et qu’on y trouve un grand nombre de tableaux d’une poésie admirable.

Je me promets d’écrire incessamment à M. Balard que j’espère aussi voir si, comme je le désire, ma visite domiciliaire chez vous s’accomplit avant la fin du printemps. Il se peut toutefois que je sois forcé de l’ajourner jusqu’au mois d’octobre, aussitôt après la terminaison de votre tournée officielle. Dans ce cas-là je crains que M. Balard ne soit plus à Paris quand j’y serai.

Je n’ai pas encore vu Mazhar Effendi, qui probablement n’est pas arrivé. Je l’attends avec un grand intérêt.

Votre dévoué

J. S. Mill.

J’allais oublier de vous dire qu’en lisant votre ouvrage j’ai trouvé dans les formules un assez grand nombre d’erreurs typographiques dont je vous donnerai si vous voulez la liste.

396.

TO JOHN STERLING1

  • I.H.

I do not write to you, my dear Sterling, with any such vain notion as of attempting to offer you any comfort under the double blow2 which has fallen upon you—the first so hard, the last so much harder—though I hardly know among possible things any which I would not do or which it would not be the truest joy to me to do if it could help to lighten your burden either of grief or of care. But it is a kind of mockery to talk of the great things one will never have the power of doing—it is only little things one has the opportunity to be useful in, & little enough in them. Heaven knows there are few things which we, here, can do for you, & we have little claim to be preferred to others in regard to even those few; but I know how oppressive small cares are when they come on the back of great sufferings, & if any here could assist in relieving you from even the smallest of those, I do not believe you know, or can know, how pleasant it would be to do and how pleasant to think of when done. And with so many young creatures in your charge and your own health requiring so much care, even we might sometimes and in some ways be able to give useful help without intruding into the place of any who might be equally desirous & more capable. If it should be so, it will be real friendship & kindness in you to give us the opportunity. Do not think of writing in answer to this unless it be to tell us of something that can be done—but by & by, when you are better able, we shall wish very much to hear what your plans are both for yourself & the children & if possible, to be in some, if even the smallest degree, included in them.

Ever most affectionately,

J. S. Mill.

397.

TO SIR JOHN F. W. HERSCHEL1

  • India House,

My dear Sir,

Permit me to acknowledge with much pleasure your kind note, which deserves much more of thanks than my sending you the book, since that was due to the very great help I derived from your speculations in writing it. You will find that the most important chapter of the book,2 that on the four Experimental Methods, is little more than an expansion & a more scientific statement of what you had previously stated in the more popular manner suited to the purpose of your “Introduction.”3 Besides, you were, perhaps, of all living Englishmen, the one by whom I was most desirous that my book should be judged, since most of those who would be competent judges of the metaphysical part are not thoroughly competent in the physical, and conversely.

Mr. Beneke’s book4 I have heard of & intend to read. I feel little doubt of your finding Comte’s book worthy your better knowledge. It is a book very likely to be undervalued on a partial inspection, especially as those of his opinions which are most objectionable to most Englishmen (& now I believe even to Frenchmen) lie on the surface.

I am so conscious of superficiality in many of the departments of knowledge from which I have been forced to gather materials for attempting to methodize the process of investigating truth, that I should be very grateful if you could, without encroaching on time which is more valuably employed, note down some of the many errors I must have committed as well as of the important ideas I must have missed. It is very uncertain if I shall ever have an opportunity of improving the book by any such memoranda but for my own instruction I should value them much and could make them useful in other ways.

Believe me
Yours with great respect

J. S. Mill.

398.

TO AUGUSTE COMTE1

  • India House

Mon cher Monsieur Comte

Je me reproche un peu d’avoir tant retardé ma réponse à vos deux lettres si pleines d’intérêt, lettres qui avaient droit à la réponse la plus prompte, et qui l’auraient sans doute obtenue de moi dans l’état normal de mes facultés mentales; mais j’éprouve, pour toute communication avec vous, le besoin, ou du moins le désir, de me sentir dans la plénitude de mes forces, et je suis tombé au contraire depuis quelque temps dans une sorte de langueur intellectuelle, pour ne pas dire morale, qui tient, à ce que je crois, surtout à des causes physiques. Sans aucune maladie bien définie, j’éprouve une faiblesse nerveuse et une affection quasi-fébrile chronique que j’ai, du reste, ressentie à diverses époques antérieures de ma vie, et que je connais assez familièrement pour savoir qu’elle ne durera pas longtemps. Le meilleur moyen de me rétablir entièrement serait, je crois, un voyage de quelques mois, mais à dèfaut d’un pareil remède, qui en effet me serait à peu près impossible, je suis sûr de retrouver peu à peu ma santé ordinaire si rien ne m’arrive de nature à l’affaiblir davantage. Les médecins me conseillent en attendant de ne travailler que le moins possible, mais je ne suivrai leur conseil qu’autant que ma propre expérience peut m’en faire reconnaître la nécessité, la médecine ne me paraissant pas être parvenue à un état de positivité assez parfaite pour que la liberté de conscience ait encore cessé dans cet ordre d’idées.

Pour en venir à des choses plus importantes, je vous remercie bien vivement de m’avoir donné de si amples détails sur un sujet que vous avez cru avec raison devoir être pour moi du plus vif intérêt, celui de la lutte que vous avez eu à subir lors de votre réélection.2 Dans l’intervalle de vos deux lettres j’ai beaucoup réfléchi sur l’issue possible de cette lutte et sur la manière dont il y aurait lieu d’organiser la transition que peutêtre il vous faudra opérer de votre position présente à une autre qui ne serait plus pénible qu’en ce qu’elle serait d’abord plus précaire. L’heureuse terminaison, au moins momentanée, de cette crise, me dispense de vous entretenir aujourd’hui des diverses choses qui me sont passées par la tête, au sujet surtout de la conduite à tenir par vos amis dans le cas où l’affaire aurait tourné autrement. J’ai besoin pourtant de vous dire une chose qui est de celles qu’on peut dire hardiment lorsqu’on s’adresse à un caractère aussi supérieur à toute fausse délicatesse qu’incapable de manquer à la vraie: C’est que, quelque avenir qui vous soit réservé, toute pensée de détresse matérielle réelle vous est interdite, aussi longtemps que je vivrai et que j’aurai un sou à partager avec vous. Je crois même qu’après votre première lettre j’aurais osé vous faire en ce sens une proposition spéciale, sans certains éventualités personnelles, qui seront sans doute décidées avant l’époque de la réélection de l’an prochain et dont l’issue influera nécessairement beaucoup sur la proposition à faire. Comme ces éventualités se décideront probablement en peu de temps j’aime mieux en ajourner l’explication jusqu’à ce que je puisse vous en annoncer en même temps le résultat, qui au reste ne saurait, quel qu’il soit, m’ôter la faculté de servir d’abri temporaire, s’il y a lieu, à celui qui de tous les hommes vivants, honorerait le plus une pareille offre en l’acceptant.

Quant à ce qui dans votre lettre me regarde personnellement, il est presque superflu de vous dire avec quelle satisfaction profonde j’ai appris l’accueil que vous avez donné à mon travail philosophique, et la haute approbation que vous en témoignez, approbation propre à remplir mes désirs les plus ambitieux, et qui dépasse de beaucoup mes espérances. Vous devez bien sentir que votre opinion, sur la valeur de cet écrit, est la seule qui pouvait notablement influer sur la mienne propre, tandis que celle-ci n’était, et ne pouvait être que provisoire, tant que la partie vraiement positive et dogmatique de l’ouvrage n’avait pas reçu la sanction du juge le plus compétent, et même jusqu’ici le seul compétent, dans les questions quelconques de méthodologie systématique. Maintenant que cette sanction si précieuse lui est acquise, il m’est permis de me féliciter de l’assurance désormais inébranlable que je possède, d’être pour quelque chose non seulement dans la propagation initiale mais même dans la fondation de la philosophie finale, quelque modeste que soit la part qui m’appartienne dans cette noble œuvre. Nous pouvons aussi nous réjouir ensemble de l’heureux augure à retirer pour cette philosophie d’un tel accord spontané entre deux esprits qui seuls jusqu’ici se sont sérieusement occupés d’organiser la méthode positive, aprés une préparation convenable ou même passable, et qui partant de points très éloignés l’un de l’autre et ne se réunissant qu’à deux tiers du chemin, se trouvent pourtant en harmonie sur tous les points essentiels. Un pareil accord serait à lui seul une preuve presque suffisante de la vérité et même de l’opportunité de la nouvelle philosophie, en fesant juger qu’elle est propre à déterminer de vraies convictions dans tout esprit qui réunira les conditions nécessaires de connaissances positives et de capacité intellectuelle primitive.

Rassuré dorénavant quant aux questions de méthode, où je ne crains plus aucune divergence sérieuse, soit sur la théorie générale de la positivité, soit sur son application spéciale aux études sociales, je n’ai plus qu’à souhaiter un accord également parfait à l’égard des doctrines sociales. Jusqu’ici cet accord existe surtout par rapport à la partie de vos doctrines qui plus que toute autre vous appartient en propre. Je parle des lois générales de la dynamique sociale et du développement historique de l’humanité, en y comprenant les corollaires pratiques si importants qui en dérivent, et dont le plus essentiel est à mes yeux le grand principe de la séparation des deux pouvoirs. A l’égard des doctrines de la sociologie statique, que vous n’avez pas inventées mais bien acceptées des anciennes théories sociales, quoique vous les ayez soutenues avec votre énergie accoutumée de conviction philosophique, il y a encore entre nous des dissentiments réels. Ces dissentiments ne tiennent, sans doute, à plusieurs égards, qu’à ce que je n’ai pas encore atteint un état de conviction complette sur des choses qui sont à vos yeux démontrées. Tout en reconnaissant pleinement, par exemple, la nécessité sociale des institutions fondamentales de la propriété et du mariage, et en n’admettant aucune utopie sur l’un ou sur l’autre sujet, je suis cependant très porté à croire que ces deux institutions peuvent être destinées à subir de plus graves modifications que vous ne le semblez penser, bien que je me sente totalement inhabile à prévoir ce qu’elles seront. Je vous ai déjà dit que la question du divorce est pour moi indécise, malgré la puissante argumentation de votre 4me volume, et je suis atteint d’une hérésie plus fondamentale encore, puisque je n’admets pas en principe la subordination nécessaire d’un sexe à l’autre. Vous voyez qu’il nous reste encore des questions d’importance majeure à discuter entre nous, discussion qu’il serait au reste fort oiseux d’entamer à la fin d’une lettre. Ces matières tombent précisément dans la partie de votre grande entreprise philosophique qui va vous occuper le plus prochainement, et dans laquelle cet ordre de questions obtiendra naturellement une discussion plus approfondie que dans votre grand ouvrage.

Je suis bien heureux que mon livre vous paraisse capable d’être utile aussi en France, pourvu qu’il soit convenablement traduit en français, et je suis forcé à croire que je pourrais moi-même exécuter cette traduction, puisque vous ne m’en jugez pas incapable. Ce serait cependant pour moi un travail très pénible et très ennuyeux, car si j’écris passablement la langue française, je suis loin de l’écrire avec facilité: j’ai d’ailleurs lieu de croire que la chose sera faite sans que je m’en mêle. Avant l’impression du livre, notre ami Marrast a exprimé, avec une persistance amicale à laquelle j’a dû céder, le désir de le traduire en français, et quoique, suivant ma prévision, il n’a pas trouvé le loisir nécessaire pour une pareille occupation, il vient de me mander que le livre est entre les mains d’un des professeurs de Paris les plus distingués “qui,” dit-il, “profitera de ses premiers loisirs pour le traduire.” M. Marrast ne m’a pas encore dit le nom de ce professeur, mais il vous le dira sans doute, et l’intérêt que vous voulez bien porter à cette entreprise aura peut-être sur son exécution une heureuse influence.3

Veuillez dire à M. de Blainville4 combien je me sens flatté de l’attention dont cet illustre savant veut bien honorer mon ouvrage. Quel que puisse être son jugement éventuel sur ce livre, je mettrai toujours un grand prix à avoir été lu par un homme que j’ai appris de vous à estimer si profondément. Je me réjouis avec vous de l’honorable conduite de M. Poinsot5 dans la crise que vous avez subie. J’ai rempli votre commission auprès de Sir William Molesworth qui aura, j’espère, un jour l’avantage de vous connaître plus directement.

Votre dévoué

J. S. Mill.

399.

TO ROBERT BARCLAY FOX1

  • I.H.

My dear Barclay—

Could you not manage on your way to Cornwall (which will be I suppose by the Great Western Railway) to halt for a day & see my sisters, who are at Marlow, only 5 or 6 miles from the Maidenhead Station? It would be a great pleasure to them & would not detain you long.

I wish we could prevail on Mr & Mrs Charles Fox3 to do the same—& I wish I could see them. How long do they remain in town?

ever yours

J. S. Mill.

400.

TO AUGUSTE COMTE1

  • India House

Mon cher Monsieur Comte

J’espère que cette lettre vous atteindra avant le commencement de votre tournée officielle, qui du reste ne suspendra pas sans doute notre correspondance, et je ne doute pas qu’à quelque temps d’ici je serai plus en état de vous écrire convenablement. Le dérangement passager que je vous ai annoncé dans ma dernière lettre, de ma santé morale et physique, ne s’est pas encore terminé, tandis que le remède que vous jugez avec raison être le mieux assorti à cette situation, celui d’un voyage de quelques mois, me semble plus éloigné que jamais. Il ne s’ensuit point cependant que je ne puisse pas me permettre une absence de quelques jours, et si mes espérances, à cet égard, ne sont pas trompées, je compte toujours passer auprès de vous un court intervale vers la fin d’octobre. Quant au conseil amical que vous me donnez, de me distraire autant que possible, ce conseil est un peu difficile à suivre, par la raison que j’ai le malheur, si c’en est un, d’être très peu amusable. Je ne suis guère capable de goûter longtemps aucun délassement, à moins qu’il ne se rattache, et même assez directement, à un grave intérêt quelconque, et surtout à l’ensemble de mes occupations sérieuses: j’ajouterai même que le demi-travail intellectuel qui a toujours été mon principal amusement, n’a le pouvoir de m’intéresser longtemps qu’à la condition d’une alternation rapide avec le travail complet. Dans un état de faiblesse chronique qui m’empêche de sérieusement travailler, ma nature et mes habitudes ne comportent guère d’autre remède efficace qu’un voyage, et celui-là n’est pas à ma portée. Cependant il n’y a pas là de quoi vous inquiéter sur ma santé à venir car dans le cas où ce mal chronique viendrait à s’empirer beaucoup, les obstacles cesseraient probablement, et je pourrais m’éloigner pour un temps plus ou moins prolongé. A présent même, tout irait mieux si je me trouvais dans l’état normal de mes occupations intellectuelles, c.à.d. occupé à suivre un travail commencé, ou même une série de travaux homogènes; mais je ne me sens pas momentanément la vigueur d’esprit et de volonté nécessaire pour entrer dans un nouvel ordre quelconque de travaux.

Cette même raison me défend aussi d’entamer dès à présent, comme je l’aurais désiré, la discussion sérieuse des graves questions sociales sur lesquelles nos opinions ne s’accordent pas encore. La confiance que vous m’exprimez que cette divergence d’opinion ne sera que passagère est pour moi un nouveau témoignage de la haute estime que j’ai eu le bonheur d’obtenir de vous et dont il me serait très pénible de voir la moindre diminution. En effet, nous qui sommes si pleinement d’accord sur l’ensemble de la méthode scientifique et qui sommes, j’ose le dire, également émancipés à l’égard des préjugés quelconques, soit révolutionnaires, soit conservateurs; si nous ne devions pas nous accorder finalement sur les questions dont il s’agit, notre dissentiment serait presque une preuve que les principes biologiques dont dépend en dernier ressort la solution de ces questions, ne sont pas encore suffisamment mûris, ce qui assurément ne serait pas fort étonnant, vû la positivité si récente et si imparfaite des hautes études biologiques. Je crains pourtant que notre dissidence n’ait des racines plus profondes que celles que vous me signalez dans votre lettre. Je partage complètement votre manière de penser sur la tendance de notre époque à régler par les lois ce qui ne devrait dépendre que des mœurs, aberration for naturelle dans une époque de transition sociale, où l’on respecte si peu les institutions qu’on les crée ou les détruit avec la même légèreté, tandis que le défaut de croyances communes prive l’opinion générale de sa force normale de répression morale. Je ne crois pas être atteint, dans le cas dont il s’agit, de cette tendance irrationnelle, et je ne prétends nullement à décider quelles devraient être les lois sur l’association domestique, ni que ces lois doivent être autres qu’elles ne sont. Ce que nous aurions à vider entre nous serait précisément la question de mœurs: si nous pouvions nous accorder là dessus, je crois que nous nous rencontrerions bien facilement à l’égard des institutions. En attendant, ce que j’aurais à dire à l’appui de mon hérésie principale serait tiré tout entier de principes biologiques, très imparfaits sans doute, ce qui peut tenir à l’insuffisance de mes connaissances en biologie, mais peut être aussi à l’insuffisance actuelle de la théorie biologique elle même, dans sa partie la plus directement applicable aux spéculations sociologiques. Il se peut même que je mérite d’être rangé parmi ceux que vous avez caractérisés par une phrase de votre lettre, celle où vous parlez de ceux dont le cœur est complice des déviations intellectuelles. Quant à cela, vous en jugerez; toujours est-il que, tout en repoussant, de toutes les forces de mon esprit, l’anarchique doctrine des temps révolutionnaires, hautement contradictoire à l’ensemble de l’expérience humaine, que l’attachement, même passionné, exige l’absence d’autorité, et croyant comme je le crois fermement que dans l’état normal des relations humaines une sympathie réelle et réciproque peut et doit exister entre le protecteur et le protégé, et peut exister même entre l’esclave et le maître, je ne trouve pourtant pas que toutes les sympathies doivent être d’inégalité: je ne crois pas que ce soit là leur dernier mot et je crois qu’il y a place aussi pour l’égalité dans les affections humaines. Je ne la crois incompatible avec l’harmonie que chez les natures inférieures, les plus livrées aux penchants égoïstes, ou au moins lorsque l’une des deux natures est de cette espèce. Sans aucune vaine sentimentalité, je trouve que l’affection qu’une personne d’une nature un peu élevée peut éprouver pour un être réellement subordonné à son autorité, a toujours quelque chose d’imparfait, dont on ne se contente qu’à désespoir de pouvoir placer ailleurs une sympathie plus complète. Il est très possible qu’en ceci je juge trop la nature humaine d’après la mienne propre, qui, à plusieurs égards, est peut-être exceptionnelle. Mais voici en quoi je ne crois pas que je puisse me tromper: c’est que pour décider cet ordre de questions la philosophie a besoin de l’expérience des femmes autant que de celle des hommes, et cette expérience elle ne l’a pas encore. Ce n’est guère que d’avant-hier que les femmes pensent, ce n’est que d’hier qu’elles disent leurs pensées, et, ce qui est plus important encore, leur expérience de la vie: le plupart de celles qui écrivent, écrivent pour les hommes, ou du moins ont peur de leur désapprobation, et on ne peut pas plus se fier au témoignage de celles-là qu’à celui du très petit nombre de celles qui sont en état de rébellion ouverte. Or il me semble que l’influence sur la vie intime et morale, d’une relation quelconque de dépendance ne peut pas se décider uniquement sur les idées et sur l’expérience des supérieurs. Ceci ressemble, je le sais, à une idée émise par les saint-simoniens, à qui, en effet, je reproche surtout qu’après avoir proclamé leur propre incompétence à décider les grandes questions sociales qu’ils ont soulevées, ils ont eu la folie ou la charlatanerie d’en offrir une prétendue solution, dont ils avaient ainsi eux mêmes reconnu d’avance l’absurdité. Je n’avais pas, en commençant cette lettre, l’intention d’y tant dire sur ce sujet, mais je compte vous soumettre petit à petit tout ce que je trouve à dire là dessus, comme à mon frère aîné, pour ne rien dire de plus, en philosophie.

Je me félicite de la manière fraternelle dont vous avez accueilli une offre qui ne méritait pas la qualification que vous lui avez donnée de généreuse, puisque je me serais senti avili à mes propres yeux en ne la fesant point. En effet, pensant ce que je pense de vous, et du rôle que vous remplissez dans notre époque et même en ne comptant pour rien notre amitié, si je vous savais dans la détresse ou même en danger d’y tomber, et qu’ayant les moyens de vous en retirer je n’en usais point pour quel usage les réserverais-je? Je sens comme vous que ce devoir appartiendrait normalement à d’autres que moi, et je ne prétends pas à leur dérober l’honneur de son accomplissement, mais il m’importait beaucoup d’avoir l’assurance que si, le cas arrivant, ceux-là ne vous tendaient pas la main, vous accepteriez la mienne, pendant la durée du besoin que vous en auriez.

Quant au projet de traduction de mon livre, j’aurai les yeux là dessus, et si ce projet s’exécute, je tâcherai d’empêcher toute suppression importante, surtout si elle était de nature à atténuer les expressions destinées à vous rendre une justice philosophique que je tiens encore plus à vous rendre en france qu’en angleterre. Si malgré mes efforts le traducteur se permettait un pareil acte d’infidélité, je n’hésiterais certes pas à le dénoncer en France par une réclamation publique.

Mon jeune ami Lewes, qui se range de plus en plus à notre doctrine commune, vient d’insérer dans une revue anglaise, le British & Foreign Review, un article sur les diverses écoles philosophiques,2 ou prétendues telles qui existent actuellement en France, dans lequel après une critique assez sévère de toutes les autres, il finit par une appréciation sommaire et assez intelligente de votre système, dont il fait un éloge franc et vigoureux, accompagné de la haute expression d’admiration de votre éminente supériorité intellectuelle. Je compte que cet article fera aussi sa part pour attirer sur votre grand ouvrage l’attention des lecteurs anglais.

Je ne manquerai pas de faire un emploi convenable des exemplaires que vous m’avez addressés de l’arrêt du tribunal de commerce, qui me semble aussi satisfaisant dans ses termes que dans ses conclusions.

votre tout dévoué

J. S. Mill

401.

TO AUGUSTE COMTE1

  • India House

Mon cher Monsieur Comte

Au moment d’écrire cette lettre, c.à d. après en avoir fait le brouillon, travail indispensable chez moi lorsque j’écris en français quelque chose d’un peu important, je reçois la lettre que vous a inspirée votre aimable inquiétude sur ma santé. Je suis heureux de pouvoir dissiper cette sollicitude. Si mon état physique ne s’est pas beaucoup amélioré, il n’a certainement pas empiré, et je commence à rentrer, sous le rapport moral, dans mon état ordinaire. Je me promets bien de répondre dorénavant à vos lettres avec plus de promptitude et je me reproche les alarmes que mon silence a fait naître chez vous. Ce retard inusité tient effectivement un peu à Mazhar Effendi, mais non pas de la manière que vous pensiez. Je désirais seulement pouvoir vous parler un peu de lui. Il est venu à mon bureau avec le Docteur Bowring,2 et m’a donné votre lettre peu de jours après sa date: depuis cela il n’est plus revenu, et comme il n’a pas non plus répondu à un billet que je lui ai écrit, je crois qu’il doit être parti pour l’intérieur du pays, où en effet il trouverait, en fait d’établissements industriels et de travaux publics, des choses bien plus intéressantes qu’à Londres. Dans ce cas-là j’espère le voir davantage lorsqu’il sera de retour, d’autant plus que la première fois il n’est pas resté assez longtemps pour que j’aie pu faire vraiment connaissance avec lui. Lorsqu’il est venu, ma famille était à la campagne et ma maison encombrée d’ouvriers, mais à son retour j’aurai la faculté de lui donner un accueil plus satisfaisant.

Pour reprendre notre importante discussion sociologique, je crois comprendre ce que vous voulez dire en comparant la constitution organique du sexe féminin à un état d’enfance prolongée. Je n’ignore pas ce qu’ont dit à ce sujet beaucoup de physiologistes, et je sais que non seulement par les systèmes musculaire et cellulaire mais encore par le système nerveux, et très probablement par la structure cérébrale, les femmes sont moins éloignées que ne le sont les hommes, du caractère organique des enfants. Cela pourtant est bien loin d’être décisif pour moi. Afin qu’il le fût, il faudrait prouver que l’infériorité des enfants par rapport aux hommes dépendît de la différence anatomique de leur cerveau, tandis qu’elle dépend évidemment en majeure partie, sinon entièrement, au seul défaut d’exercice. Si l’on pouvait garder toujours son cerveau d’enfant, pendant qu’on en développerait les fonctions par l’éducation et par un exercice soigné et réglé, on ne resterait certainement pas enfant, on serait homme, et on pourrait devenir homme très supérieur, tout en offrant, sans doute, des déviations notables du type ordinaire de l’humanité. De même je ne nie pas que le type moral féminin ne présente, en terms moyen, des divergences considérables du type masculin. Je ne prétends pas définir au juste en quoi consistent ces divergences naturelles et je ne sais pas si le temps est encore venu pour cela, mais je sais que des physiologistes très éminents prétendent que le cerveau des femmes est moins grand, moins fort par conséquent, mais plus actif que celui des hommes. D’après cela les femmes devraient être moins capable de travail intellectuel continu et prolongé, mais propres à plus faire en peu de temps que les hommes, et à faire mieux qu’eux tout ce qui exige une grande promptitude d’esprit. Elles seraient donc moins propres à la science, et plus propres au moins par leur organisation, à la poésie et à la vie pratique. Ceci me semble s’accorder assez bien avec ce qui s’observe dans la vie. Cependant on risquerait d’exagérer beaucoup le degré de diversité réelle, si on ne tenait pas compte de la différence d’éducation et de position sociale: car, que les femmes soient ou ne soient pas naturellement inférieures en capacité d’effort intellectuel prolongé, il n’est pas douteux que rien dans leur éducation n’est arrangé de manière à développer en elles cette capacité, tandis que chez les hommes l’étude des sciences, et même celle des langues mortes, a certainement cette tendance. D’ailleurs chez un grand nombre d’hommes, surtout dans les classes supérieures des travailleurs, leurs occupations journalières exigent, ou du moins permettent, un travail suivi de la pensée, tandis que chez la grande majorité des femmes l’obsession perpétuelle des soins minutieux de la vie domestique, chose qui distrait l’esprit sans l’occuper, ne permet aucun travail intellectuel qui ait besoin soit d’isolement physique, soit même d’attention suivie. Parmi les hommes eux-mêmes on ne reconnaît certainement pas une grande aptitude pour le travail de l’intelligence chez ceux dont l’enfance a été étrangère à toute étude tandis que les nécessités de leur vie postérieure n’ont pas remplacé à cet égard ce qui avait manqué à leur éducation primitive. Je trouve aussi que dans les choses ordinaires de la vie, sur lesquelles l’intelligence des femmes s’exerce autant ou plus que celle des hommes, les femmes, même médiocres, montrent ordinairement plus de capacité que les hommes médiocres. Un homme ordinaire n’a guère d’intelligence, que dans sa spécialité propre, au lieu qu’une femme en a pour des intérêts plus généraux. Vous me direz que la vie affective prédomine plus chez les femmes sur la vie intellectuelle: mais vous avouerez vous-même que ceci ne doit s’entendre que de la vie sympathique: l’égoïsme pur prédomine beaucoup plus chez les hommes: et si la sympathie devient le plus souvent chez les femmes un égoïsme à plusieurs personnes, elle le devient de même chez tous les hommes, sauf ceux qui une éducation, justqu’ici très rare, a développé à un haut degré le point de vue d’ensemble et l’habitude d’envisager les effets les plus généraux d’une conduite quelconque. Vous savez que c’est là précisément ce qui manque plus que tout le reste à l’éducation des femmes, au point qu’on ne compte même pas comme vertu à leur sexe de donner la préférence à l’intérêt général sur celui de leur famille ou de leurs amis. Je ne veux pas pour cela nier que les femmes, comme tous ceux dont l’excitabilité nerveuse dépasse le degré ordinaire, ne doivent naturellement ressembler plus pour le caractère aux hommes jeunes qu’aux hommes âgés, ni qu’elles n’aient naturellement plus de difficulté que les hommes du premier ordre à faire abstraction des intérêts présents et individuels; mais je crois que ce défaut-là trouve une compensation spontanée dans l’absence d’un autre défaut particulier aux philosophes, qui souvent font abstraction non pas seulement d’intérêts immédiats mais de tout intérêt réel; au lieu que les femmes, toujours placées au point de vue pratique deviennent très rarement des rêveurs spéculatifs, et n’oublient guère qu’il s’agit d’êtres réels, de leur bonheur ou de leurs souffrances. N’oublions pas qu’il n’est nullement question de faire gouverner la société par les femmes mais bien de savoir si elle ne serait pas mieux gouvernée par les hommes et par les femmes que par les hommes seuls. Au reste il est peutêtre très naturel qu’à cet égard vous et moi soyons d’opinion différente. Vous êtes français, et l’on a remarqué de tout temps que le caractère français tient déjà un peu des défauts, ainsi que des qualités, propres aux jeunes gens et aux femmes; vous pouvez donc penser qu’en fesant aux femmes une part plus large, on donnerait plus de force à ce qui déjà en a trop; au lieu que les défauts du caractère anglais sont plutôt en sens contraire. Sans entrer plus loin dans cette discussion subordonnée, je vous ferai observer cette seule circonstance qu’on a toujours reconnu dans les français, jusqu’à un certain point, l’organisation qu’on regarde comme féminine, et cependant quel peuple a produit de plus grands philosophes et des hommes d’Etat plus distingués?

En voilà assez pour le moment sur cette grande question biologique et sociologique. Je vous dirai maintenant une bonne nouvelle. Nous avons fait pour notre philosophie commune une conquête de premier ordre: c’est celui [sic] du jeune Bain, dont j’ai fait une mention honorable dans mon livre, que je lui avais communiqué avant sa publication, et qu’il a enrichi de beaucoup d’exemples et même de quelques idées utiles. Quoique âgé seulement de 26 ans il occupe depuis deux ans provisoirement en Ecosse une chaire de philosophie morale qu’il espère obtenir définitivement. C’est de tous les hommes de sa génération à moi connus, celui qui a posé le plus solidement les bases de l’éducation positive, par l’étude approfondie des cinq premières sciences fondamentales dans leur ordre hiérarchique: il a ensuite étudié mon livre, et cet été, le jugeant assez bien préparé, je lui ai fait lire le vôtre, qu’il a tout de suite compris et apprécié, et auquel il vient de consacrer trois mois d’étude vigoureuse. Il avait reçu de son éducation écossaise de fortes impressions religieuses, qui bien que déjà un peu affaiblies, n’ont réellement cédé qu’à l’influence directe de vos spéculations. Par une exception rare de nos jours, il ne s’était pas beaucoup occupé de politique et de questions sociales: il avait vaguement l’esprit progressif de notre siècle, et voilà tout. Sous l’influence de la méthode positive qu’il a parfaitement comprise et dont ses antécédents intellectuels lui avaient donné l’habitude, l’esprit de généralisation scientifique qu’il possède à un haut degré ne risque pas de s’égarer dans le vague. C’est un penseur véritable, qui devait entrer sans effort dans la bonne voie dès qu’elle lui serait indiquée, et qui, soit par l’universalité, soit par l’originalité de son esprit, doit servir non seulement à répandre puissamment mais aussi à perfectionner la sociologie positive. Sa position dans l’enseignement public lui donne sous le premier rapport de grands avantages, d’autant plus que je luis crois un talent didactique très supérieur.

Je vous félicite cordialement de l’accomplissement de votre pénible corvée de l’hôtel de ville. Vous me ferez grand plaisir en disant à M. Roméo Pouzin combien je suis sensible au souvenir si durable qu’il a gardé de relations si courtes, souvenir aussi doux que flatteur pour moi. Je voudrais qu’il dépendit de moi d’aller le revoir avec vous à Montpellier, où j’espère bien retourner un jour. Si vous voyez M. Balard à Montpellier, je serai charmé d’avoir de ses nouvelles. Je lui ai écrit il y a, je crois trois mois. A moins de quelque chose d’imprévu, je ne doute pas de l’accomplissement de la visite fraternelle que j’ai si longtemps désirée. Au revoir donc dans les derniers jours d’octobre.

Votre tout dévoué

J. S. Mill.

402.

TO ALEXANDER BAIN1

I am now vigorously at work reviewing Michelet’s History of France for the Edinburgh. I hope to do Napier, and get him to insert it before he finds out what a fatal thing he is doing.

403.

TO JULES MICHELET1

  • India House

Monsieur

Il y a longtemps que notre correspondance est suspendue, et en effet j’ai eu honte de vous écrire à cause de la longue interruption de mon projet de donner dans la revue d’Edinbourg une analyse de vos principaux ouvrages. Une santé faible et des occupations encore plus urgentes ont causé ce délai inattendu, mais aujourd’hui je m’occupe sérieusement d’un article sur votre Histoire de France, où j’ai fait déjà beaucoup de progrès, et je prends la liberté de vous écrire pour vous demander s’il y a des explications quelconques que vous désireriez qu’on donnât au public anglais et dont la revue d’edinbourg serait susceptible de servir d’organe.

Vous savez probablement qu’une revue anglaise, le British and Foreign Review, a fait, l’année passée, une assez vive sortie contre vous au sujet de Boniface VIII.2 Le critique prétend que vous avez fait un récit fort peu exact de la vie de ce pape. Cette revue vous a fait depuis reparation jusqu’à un certain point en citant et en louant votre ouvrage,3 mais comme l’attaque peut avoir laissé des traces dans quelques esprits, je serais bien aise de faire dire quelque chose là dessus dans l’Edinburgh review si vous m’en fournissez les moyens.

Agréez, Monsieur, l’assurance de ma plus haute estime.

J. S. Mill.

404.

TO AUGUSTE COMTE1

  • India House

Mon cher Monsieur Comte

Je vous écris à la hâte pour vous annoncer que notre entrevue si longtemps attendue est destinée, cette fois encore, à subir un empêchement. Des circonstances, dont j’ai entrevu la possibilité mais que depuis quelque temps j’avais cessé de croire probables, ont fini par devenir un obstacle décisif à mon voyage.2 Je suis, par plusieurs raisons, très peu à même de pouvoir faire d’avance avec certitude des projets d’absence, ce qui fait que j’évite toujours soigneusement de faire à cet égard des engagements absolus. Toutefois je croyais, presqu’avec assurance, que celui-ci s’accomplirait. Je regrette beaucoup que je n’aie pas pu vous avertir plustôt, mais les circonstances ne se sont décidées qu’hier au soir après l’heure de la poste. Je désire infiniment que ceci vous parvienne avant le jour fixé pour votre départ de Montpellier.

En répondant à la lettre que vous m’avez écrite de Bordeaux, je reprendrai la discussion sociologique que nous avons entamée et que je regarde avec vous comme une des plus graves que la science puisse comporter. Mais je ne veux pas tarder à vous exprimer dès à présent la félicitation la plus cordiale sur la perspective d’une amélioration important dans votre position à l’école polytechnique.

L’influence naturelle de ce changement, non seulement sur votre propre bonheur, si essentiellement lié à la sécurité de votre avenir matériel, mais encore sur votre autorité intellectuelle et même à certains égards sur la liberté de vos travaux, doit faire accueillir par vos amis toute espérance semblable avec la plus vive satisfaction.

votre dévoué

J. S. Mill.

405.

TO MACVEY NAPIER1

  • India House

My dear Sir

I have been a good deal surprised & even pained by some passages relating to my father, in the article on Bentham just published in the Edinburgh Review.2 Several of the statements made on the authority of Bowring are incorrect in point of fact, but what I chiefly complain of is the insertion of some things reported to have been said by Bentham, calculated to give a most unfavorable, & as every one who really knew my father must be aware, an utterly false impression of the character & temper of his mind. Mr Bentham’s best friends well knew—I have heard some of those who were most attached to him lament—his entire incapacity to estimate the characters even of those with whom he associated intimately. The opinions he expressed of people depended very much upon their personal relations to himself: & as in the last few years of his life there was some coolness on his part towards my father, it is not unlikely that he may at times have said unpleasant things of him; but it is surely very blamable in a biographer to publish to the world every casual expression which such a man, or indeed any man, may have let fall to the disparagement of others. The additional publicity which your reviewer has given to the reflection on my father, was entirely unnecessary & uncalled for, in the place where it is introduced, (unless, indeed, lowering my father’s character was his express object): & you will, I know, excuse me for saying that I should not have expected, from so old a friend of my father & one who respected him so much as yourself, that you would have been a party to the needless publication of an attack upon him of the most personal kind, from a quarter so suspicious, & yet from the connexion of the reporter with Bentham (which is not commonly known to have been confined to the period of his extreme old age) so likely to be generally credited & circulated.

I feel that something on my part to counteract the impression has now become indispensable. While the mischief was confined to the readers of Bowring’s book, I thought it better to take no notice, but publication in the Edinburgh review is another matter. The silence of my father’s friends, & of his natural representative, would now amount to acquiescence, & an illhumoured remark, very probably misreported by Bowring, would go down to posterity as a true judgment of my father’s character—On such wretched trifles depends the remembrance that mankind retain of those whose whole lives have been devoted to their service. I know I am asking an unusual thing, & though not I believe an unprecedented one, yet one with which I can hardly hope for your compliance—but would it be quite impossible for you to print, with the next number of the review, a short letter from me, containing my protest on the subject?3 If such a thing is ever admissible, I think this case gives a claim to it, & you are aware how difficult it will otherwise be to find a channel for communicating the truth as extensively & as efficaciously as your review will circulate the calumny.

Believe me my dear Sir
yours very truly

J. S. Mill

406.

TO AUGUSTE COMTE1

  • India House

Mon cher Monsieur Comte

Je désire vivement que vous ayez reçu, avant de quitter Montpellier, une lettre que je me suis trouvé dans la fâcheuse nécessité de vous écrire pour vous avertir que notre projet d’entrevue avait de nouveau échoué. Quoique je susse toujours que dans certaines éventualités, cette visit amicale pouvait devenir impossible, de manière à me défendre nécessairement toute promesse absolue, cependant depuis quelque temps je croyais ces éventualités assez peu probables pour ne conserver plus aucun doute sérieux sur la réalisation de notre projet. Cette attente a été trompée et j’ai, de plus, le regret de n’avoir pû vous annoncer cette nouvelle que, pour ainsi dire, au dernier moment.

Je ne vous écris aujourd’hui qu’à cause de l’incertitude si ma lettre antérieure vous est parvenue. Je me réserve de répondre, au premier jour de loisir, à votre discussion sur l’importante question sociologique qui nous divise. Je n’ai dans ce moment-ci que le temps d’écrire quelques mots de plus, et je les emploierai à vous parler d’un ancien ami de mon père et de moi-même, M. Austin,2 qui va passer l’hiver actuel à Paris et qui m’a témoigné un vif désir de vous connaître. C’est un homme d’une haute intelligence et d’une grande élévation de caractère, et je ne pourrais vous citer aucun homme dont l’amitié me soit plus précieuse. Par suite d’une mauvaise santé et de son peu de goût pour la société ordinaire, il évite, comme vous, plutôt qu’il ne recherche, toute liaison personnelle nouvelle. Cependant, malgré la superficialité de ses connaissances mathématiques, et nonobstant plusieurs graves dissentimens d’opinion d’avec vos théories sociales, votre ouvrage l’a tellement frappé qu’il regretterait beaucoup de demeurer à Paris sans vous connaître personnellement. Sa femme,3 beaucoup plus connue que lui, a une certaine réputation de femme supérieure, réputation méritée à quelques égards; elle a d’ailleurs une sociabilité presque française. Je crois vraiment que vous auriez quelque plaisir à les connaître tous deux.

tout à vous

J. S. Mill.

407.

TO MACVEY NAPIER1

  • I.H.

My dear Sir

I am truly sorry that what seems to me a most natural feeling on the subject of the reflections on my father2 should appear to you unreasonable, & I am proportionally obliged to you for your friendly compliance with a request which you think uncalled for.3 I shall adhere to your conditions, as indeed I should have done if you had said nothing about them. No review can be expected to insert a controversy with itself—I have no claim upon you for more than an opportunity of correcting false statements or false impressions of fact.

After the most honest self examination I cannot charge myself with any oversusceptibility in the matter. If I had been really chargeable with any, I should have found much more to complain of than I did; for there are other things in the article quite as injurious to my father as the passage which I wrote to you about. There are misstatements of fact, as well as true facts presented in a false light, respecting my father’s connexion with Bentham, sufficient to make any one believe that Bentham had conferred upon my father the most sacred obligations, for which he had shewn himself ungrateful. To this however I did not feel that I had any right to object since the statements were taken from Bowring’s book, & had not, as you truly say, been contradicted—indeed I did not know of their existence till I read them in the review. But I did feel hurt, when instead of reprobating the practice of publishing the idle words which one man may say of another in a moment of ill humour, your reviewer repeated & circulated, on no better foundation, general imputations against my father of a selfish, malignant disposition, which I thought you could have told him, from your own knowledge, were grossly unfounded. If he did not give his direct sanction to them, the impression on every reader must be nearly if not quite the same as if he had. Besides, in such a case not to defend is to attack, & the attack was more painful as coming from a friendly quarter.

Neither can I agree with you that the needlessness of the citation is not a thing to be considered. Everybody must judge for himself whether it was needless or not, but whoever judges that it was, will draw his presumptions accordingly respecting the animus of the writer.

The reason why I took no notice of Bowring’s book was literally that I had not read it. I never attached sufficient value to anything Bowring could say about Bentham, to feel any curiosity on the subject. I was not then aware that the book contained any misstatement respecting my father’s private affairs. This particular passage I certainly was aware of, & intended to notice when I had again occasion to write anything either about Bentham or my father. But my experience of the literary estimation in which Bowring is held, & of his reputation for judgment & accuracy, was not such as to make me believe that the loose talk of Bentham, reported by him, would excite general attention, or pass for more than it is worth. The case is very much altered when that loose talk has received the imprimatur of the Edinburgh Review.

I feel sure that you acted as you thought right, & that you did not know my father sufficiently to feel, in the way I thought you would, the injustice of the accusation. This is no small disappointment to me, but I cannot justly blame you for it, & I can sincerely say that I shall not retain, respecting yourself, any feeling of soreness whatever.

Believe me
my dear Sir
very truly yours

J. S. Mill

My review of Michelet4 is finished, & I shall probably send it in next week’s parcel from Longmans’. I am keeping it a few days for revision.

408.

TO ROBERT BARCLAY FOX1

  • India House

My dear Friend

I am ashamed when I think that I have not once written to you since you called upon me in your way home—but you would excuse me if you knew in how many ways my time and thoughts have been occupied. It is not, however, so much my work, in the proper sense, as by other things, for I have written little or nothing, extraofficially, except an article on the recent French historians, & especially on Michelet’s History of France,2 which I have just finished & which has brought my hand in again for work. You will see it in the Edin. Review unless Napier takes fright at some of the very heterodox things, in the eyes of an Edinburgh reviewer, still at the point of view of the 18th century, which the article contains. There is in particular some arrant Hildebrandism3 which I suspect will shock him especially after the Scotch kirk controversy.4

By the by you will perhaps see in the same number another communication5 from me, with my name signed to it, occasioned by a shabby, trumpery article on Bentham which has just appeared in the review. The writer’s object seems to be to bring down as much as he can the character both of Bentham and of every one whose name has ever been connected with his—& he states facts & opinions respecting my father against which I have thought it imperative on me to protest publicly & have asked Napier to let me do it by a letter in his review, which he has consented to. I am sure if you have seen the article you will say it was high time.

I went down for a day to Sterling at Ventnor6 a few weeks ago, & found him as cheerful & as well as could be hoped for after what he has gone through. He had got into his house, & what remained to be done by workpeople would soon be finished. Ventnor is a little cocknified place which has grown up on the site of a very small country village, but Sterling’s is the most desirable situation in it, being the highest—it looks over the village to the sea, & itself abuts upon the almost precipitous side of a walk down where the sheep bells tinkle close to his windows. Moreover there are just trees enough about the house to cover it up when you look at it from below. He is much pleased at the thought of having at last a fixed home & it is much in favour of his health & spirits that he is now, for the first time quite free from all anxiety about pecuniary matters. But here have I been describing the place to you as if you had not seen it. I have probably, indeed, a stronger impression about it than you, as I have lived in the house for 24 hours.—Sterling is now in town, on business, for a few days. I have seen him—he continues well. His father though still appearing much broken, certainly seems a good deal better.

Thanks for the votes which your (plural) persevering kindness has got for the little girl.7 With regards & remembrances to all

Yours

J. S. Mill.

Clara continues well & prosperous—she is still at Frankfort.

409.

TO CAROLINE AND ANNA MARIA FOX1

I just slip in this little bit of paper for the sake of remembrance & to say—no, to say that I do not know what to say to such a flaming panegyric as that bestowed on my unworthiness by a young lady who has done me the honour to learn fallacies under my tuition. In spite of so much encouragement I cannot in conscience take off my injunction against reading the remainder of the book (which however is, I assure you, quite as clever) so whoever does read any of it must know that she does it at her own risk & responsibility.

The only as lofty panegyric that I have yet met with is from the Puseyite review the British Critic,3 which almost exhausts language in admiration of me & my book, & then adds that notwithstanding I shall certainly go to —. I trust there was no such mental reservation in the praise of my other eulogist.

I wish heartily I could walk to Falmouth (or Rome) one of these fine mornings. I want extremely to look upon the blue Cornish sea or the Mediterranean for one half hour, not to speak of the Ariadne in the Vatican, & the two young Cornish women whose names you will find somewhere on the envelope.

J.S.M.

410.

TO AUGUSTE COMTE1

  • India House

Mon cher Monsieur Comte,

Notre dissidence sur la question que vous caractérisez avec raison comme la plus fondamentale que puissent présenter les spéculations sociales ne doit certainement faire naître aucune inquiétude sur la possibilité finale d’une suffisante convergence d’opinion parmi les gens instruits, sur des bases purement rationnelles. Mais cette dissidence, et la manière de penser que la discussion dévoile de part et d’autre, me confirme dans l’opinion que les bases intellectuelles de la sociologie statique ne sont pas encore suffisamment préparées. Les fondements de la dynamique sociale sont aujourd’hui, à mon gré, pleinement constitués: mais, quant à la statique, l’histoire n’y tenant plus la première place, et n’y pouvant servir qu’à titre d’éclaircissement en quelque sorte accessoire, quoique je ne me dissimule pas l’importance de ce rôle secondaire; le passage de la statique sociale à l’état vraiment positif exige par conséquent, comparativement à la dynamique, une bien plus grande perfection de la science de l’homme individuel. Il suppose surtout un état très avancé de la science secondaire que j’ai nommée Ethologie,2 c.à.d. de la théorie de l’influence des diverses circonstances extérieures, soit individuelles, soit sociales, sur la formation du caractère moral et intellectuel. Cette théorie, base nécessaire de l’éducation rationnelle, me paraît aujourd’hui la moins avancée de toutes les spéculations scientifiques un peu importantes. Une certaine connaissance réelle, même empirique, de cet ordre de rapports naturels, me semble on ne peut plus rare, et les saines observations ne le sont pas moins, soit par la difficulté du sujet, soit par la tendance qui prévaut le plus souvent dans cet ordre de recherches, à regarder comme inexplicable tout ce qu’on n’est point parvenu à expliquer. Le genre d’étude biologique commencé, quoique avec une grande exagération, par Helvétius, n’a trouvé personne pour le poursuivre; et je ne puis pas m’empêcher de croire que la réaction du 19me siècle contre la philosophie du 18me a déterminé aujourd’hui une exagération en sens contraire, tendant à faire aux diversités primitives une part trop large, et à dissimuler, sous plusieurs rapports, leur vrai caractère. Je trouve très naturel que vous expliquiez chez moi cette opinion par mon insuffisante connaissance de la théorie physique de la vie animale, et surtout de la physiologie cérébrale. Je fais, et je continuerai à faire mon possible pour faire disparaître toute objection semblable. J’ai fait des études consciencieuses sur ce sujet; j’ai même lu avec une attention scrupuleuse les six volumes de Gall. J’ai trouvé fort juste une grande partie de sa polémique contre la psychologie de ses devanciers, dont au reste j’avais dès longtemps dépassé le point de vue: mais vous savez déjà que les principes généraux qui seuls selon vous sont jusqu’ici constatés dans la science phrénologique, ne me paraissent nullement prouvés par son livre, qui, au contraire, s’il prouvait quelque chose, tendrait plutôt, il me semble, conformément à l’intention de l’auteur, à déterminer l’organe cérébral de certains instincts spéciaux, soit animaux, soit particulièrement mentaux. J’admets la nécessité de prendre en sérieuse considération tous les rapports qu’on peut espérer d’établir entre la structure anatomique et les fonctions intellectuelles ou morales: je saisirai avec empressement tout moyen de m’éclairer davantage sur ce sujet; si vous m’indiquez dans ce but quelques nouvelles lectures à faire, je les ferai: mais tout ce que j’ai lu ou pensé jusqu’ici me porte à croire que rien n’est vraiment établi—que tout est encore vague et incertain dans cet ordre de spéculations. Il me semble même très difficile qu’elles sortent de cet état, tant que l’analyse éthologique de l’influence des circonstances extérieures, même générales, est aussi peu avancée qu’elle l’est; les diversités anatomiques ne devant répondre qu’à des résidus (pour me servir ici de ma terminologie logique),3 après qu’on a soustrait du phénomène total, tout ce qui comporte une autre explication quelconque. Si, dans notre discussion sur les tendances caractéristiques des deux sexes, j’ai cité une opinion que je savais être celle de plusieurs physiologistes éminens, et qui ferait croire les femmes moins propres que les hommes aux travaux cérébraux de longue haleine, partant aux sciences et à la philosophie, ce n’est pas que ce soit là mon opinion propre; je la donnais comme la seule parmi les théories de ce genre qui ne me semblait pas en contradiction flagrante avec les faits: encore si on l’admettait, elle n’indiquerait de la part des femmes, aucune inaptitude pour la science, mais seulement une moindre vocation spéciale pour elle. Maintenant, que cette théorie physiologique soit vraie ou non, c’est ce que je ne prétends pas décider; les progrès scientifiques le décideront probablement un jour. J’écarterai donc, dans la suite de notre discussion, les considérations anatomiques en me tenant disposé à accueillir tout renseignement nouveau que vous puissiez m’indiquer ou qui se présente de toute autre part. Vous pensez d’ailleurs qu’indépendamment de ces considérations, une analyse exacte de l’expérience générale, tant usuelle qu’historique, suffit pour établir vos conclusions.

Quant à l’expérience usuelle, j’avoue que la mienne ne s’accorde pas, en ce qui est en question, avec la vôtre. Ne croyez pas que je me flatte aucunement de bien connaître les femmes; il est très difficile de connaître intimement qui que ce soit; et la difficulté pour tout être mâle de connaître réellement, je ne dis pas les femmes, mais une femme quelconque, est le plus souvent insupérable [sic]. Celui qui les connaît le mieux à certains égards, ne les connaît pas du tout à d’autres. Cependant je crois le milieu anglais plus favorable, à tout prendre, pour les connaître, que le français. D’après tout ce que j’ai pu apprendre, soit par les livres, soit par ma propre observation ou par celle des autres, l’éducation des jeunes filles est beaucoup plus sexuelle, pour ainsi dire, en france, qu’elle ne l’est en angleterre. Je ne dis pas ceci dans le sens physique, quoique à cet égard aussi ce soit vrai: je veux dire que l’effet à produire sur l’autre sexe leur est habituellement présent, pour ne pas dire habituellement proposé, comme but principal de leur conduite, et même dès l’enfance. Cela est beaucoup moins vrai ici, cela n’est même pas vrai du tout, en thèse générale, et cette différence a des résultats immenses, non seulement sur le développement propre de leurs facultés mais sur la possibilité aux hommes de les bien connaître, puisqu’en france elles sont constitutées en état permanent de simulation: ici, au contraire, il y a seulement, en général, de la dissimulation, effet de la compression sociale, encore celle-là même est essentiellement involontaire, les femmes, le plus souvent, n’en ayant, elles-mêmes presque pas conscience. Elles se regardent certainement chez nous, et les hommes les regardent aussi, moins comme femmes, et beaucoup plus comme des êtres humains en général. Leur éducation leur impose bien, en leur qualité de femmes, quelques règles spéciales de bienséance, mais comme préceptes généraux, et sans qu’elles les rapportent à leur position envers les hommes, ou envers un homme quelconque. Leur dépendance sociale gêne beaucoup leur développement mais ne l’altère pas autant qu’en france.

Quoi qu’il en soit de cela, mes propres observations ne m’indiquent rien qui puisse justifier le jugement absolu que vous portez sur les femmes, d’incapacité pour toute direction des affaires quelconques. D’abord à l’égard du gouvernement domestique, il est, je crois, généralement reconnu que les ménages sont mieux gouvernés en angleterre que partout ailleurs, du moins en ce qui regarde la discipline et l’obéissance, tant à l’égard des enfants qu’à celui des domestiques. Ces derniers ont en général (si on excepte l’Ecosse) moins d’intelligence qu’en France ou en Italie, mais ils font leur tâche avec beaucoup plus d’exactitude et de perfection matérielle, qui pourtant ne s’obtiennent qu’au prix d’une surveillance intelligente et continue. Or le gouvernement domestique appartient ici exclusivement à la femme: le mari se croirait ridicule s’il s’en mêlait: il est très souvent d’une ignorance et d’une incapacité souveraine dans tout ce genre de détails. Pour la direction industrielle, les femmes ne l’ont jamais exercée jusqu’ici qu’en des établissements d’une étendue très modérée, où pourtant on n’a pas remarqué quelles s’en soient plus mal acquittées que les hommes, ni que l’esprit de suite leur ait manqué: effectivement quand on veut s’entendre sur le sens des mots, je ne trouve pas que ce soit du tout ce qui leur manque. L’esprit de suite qui vous paraît avec raison la principale condition du succès prolongé dans les entreprises industrielles de premier ordre, ne peut pas être la capacité de soutenir une forte contention intellectuelle pendant huit ou dix heures par jour: s’il en était ainsi, fort peu d’hommes s’en tireraient avec succès. Ce qui fait l’esprit de suite, c’est sans doute la persévérance dans un dessein arrêté ou dans un plan donné, jusqu’à ce que l’essai en soit suffisamment fait. Or je ne crois pas qu’on puisse contester cela aux femmes, comparativement aux hommes. Je ne crois pas que le caprice, que la mobilité, dont on les accuse (quoiqu’on soit bien loin de les en accuser en angleterre) s’exercent dans les choses qui regardent leurs intérêts permanents; je crois qu’on ne trouve nulle part, dans les desseins importants, plus de patience et de longanimité que chez elles: d’ailleurs je trouve leur caprice, même dans les cas les plus caractérisés, beaucoup plus apparent que réel, quoiqu’elles sachent quelquefois très bien s’en servir comme moyen d’agir sur ceux parmi les hommes qui les envisagent, pour citer vos paroles, comme de charmans jouets. Vous les jugez moins aptes que les hommes à la prépondérance de la raison sur la passion, c’est-à-dire, plus portées à suivre l’impulsion présente de tout désir énergique. Je pourrais dire au contraire qu’elles le sont beaucoup moins, si je voulais juger cette question d’après l’expérience journalière; car le renoncement aux choses qu’elles désirent est chez elles l’ordre usuel de la vie, au lieu que chez les chefs de famille mâles ces sacrifices n’arrivent guère que dans les grandes occasions, et que ces chefs se montrent ordinairement très peu patients à les supporter dans les choses où ils ne s’en sont pas fait une habitude. Mais je ne veux rien fonder là dessus, parce que je reconnais dans la patience des femmes ainsi que dans l’impatience des hommes en ce qui froisse leurs inclinations, l’effet naturel de la puissance d’une part et de la dépendance de l’autre. Il faut donc décider cette question par des considérations à priori. Or il me semble que la prépondérance de la raison sur l’inclination est proportionnée à l’habitude qu’on a de s’examiner soi-même, et de se rendre compte de son caractère et de ses défauts. Celui qui n’est point parvenu à avoir la conscience exacte de son propre caractère, ne saura pas diriger sa conduite d’après sa raison. Il continuera d’obéir à ses habitudes, soit d’action, soit de sentiment ou de pensée. Je crois que cet examen de soi-même, malheureusement trop rare partout, l’est pour le moins autant chez le sexe mâle que chez les femmes. Une conscience intime de soi-même, et l’empire sur soi qui en résulte, sont des faits très exceptionnels chez les uns et les autres: mais si vous demandiez à la plupart des anglais leur jugement sur ce point, vous trouverez chez eux, quelle que soit d’ailleurs leur opinion sur le compte des femmes, un préjugé tout contraire à la doctrine que vous soutenez; beaucoup d’entre eux seraient portés à croire les mâles incapables d’exercer sur eux-mêmes une force de répression morale égale à celle qu’ils regardent comme le propre des femmes. Sans partager cette idée exagérée, je l’admets au moins comme indice que le témoignage de l’expérience n’est pas exclusivement de l’autre côté. D’ailleurs, l’opinion générale accorde aux femmes une conscience ordinairement plus scrupuleuse que celle des hommes: or qu’est-ce que la conscience, si ce n’est pas la soumission des passions à la raison?

Je viens maintenant à l’argument fondé sur la persistance, jusqu’à notre temps, de la subalternité sociale des femmes, comparée à l’émancipation graduelle des classes inférieures dans les nations les plus avancées, quoique ces classes aient partout commencé par être esclaves. Cette différence historique ne vous paraît explicable que par une infériorité organique de la part des femmes. Je crois pourtant voir à cet argument une réponse suffisante. Il est vrai que les esclaves sont parvenus, dans les populations d’élite, à s’élever jusqu’à la liberté, et même quelquefois à l’égalite sociale. Mais je ne crois pas que cela ait jamais eu lieu à l’égard des esclaves domestiques. Ceux-là ne se sont, je crois, jamais émancipés eux-mêmes: ils y sont parvenus à la suite des autres esclaves, sans y avoir contribué par leurs propres efforts. C’est qu’il y a dans la dépendance continue, dans celle de tous les instants, quelque chose qui énerve l’âme, et qui arrête dès le commencement tout essor vers l’indépendance. Le serf est dans une tout autre position: il a des devoirs plus ou moins fixes à remplir envers son maître; ces devoirs remplis, il est à peu près libre: il a de la propriété à lui; il est forcé à la prévoyance; il ne reçoit pas le pain d’autrui, il est chargé du soin de sa propre subsistence: il a même du pouvoir sur les autres; il est maître chez lui; il a femme et enfants, il est responsable pour eux, il s’exerce dans le commandement, il apprend à se croire quelque chose. Tout cela était déjà vrai, jusqu’à un certain point, chez les esclaves agricoles des anciens; et pourtant, le premier pas dans leur émancipation, celui de leur transformation en serfs, n’a pas, je crois, résulté de leurs propres efforts, mais de l’intérêt des maîtres, secondés par l’autorité morale de l’église. C’est seulement depuis l’état de servage que leur élévation sociale a été essentiellement duê à eux-mêmes. Or il faut reconnaître que la position spéciale des femmes, quoique sans doute très supérieure en Europe à ce que furent jamais les serfs, est dépourvue de cette demi-indépendance, de cette habitude de diriger, entre certaines limites, leurs propres intérêts, sans aucune intervention supérieure, qui a toujours appartenu aux serfs, et qui a été, ce me semble, la principale source de l’essor par lequel ils se sont peu à peu élevés à la liberté. La servitude des femmes, quoique bien plus douce, est une servitude sans intermission, et qui s’étend à tous les actes, et qui les décharge, bien plus complètement que les serfs de toute haute prévoyance et de toute vraie direction de leur propre conduite, soit envers la societé, soit même dans le sens de l’intérêt individuel. Cela étant, la douceur comparative de cette servitude est une raison de plus pour qu’elle se prolonge. Je ne crois pas qu’il y ait un homme sur cent mille, qui, n’ayant jamais joui de la liberté, soit capable de la préférer à l’état d’esclave caressé, état si conforme à la paresse qui est universelle et à la lâcheté qui est très générale dans notre espèce. Jamais d’ailleurs des esclaves quelconques n’ont été si soigneusement élevés, dès la première enfance, dans la ferme croyance qu’ils doivent toujours être assujettis à d’autres hommes, et que les affaires réelles de la vie ne sont pas du tout de leur ressort, que le sont et l’ont toujours été les femmes. Tous les ressorts sympathiques de leur nature particulière sont employés à leur faire chercher le bonheur non pas dans leur vie propre, mais exclusivement dans la faveur et dans l’affection de l’autre sexe, ce qui ne leur est accordé qu’à condition de dépendance: peu importe alors qu’un grand nombre d’entr’elles vivent et meurent sans se lier à aucun homme, puisque la direction exclusive de leur esprit et de leur ambition dans ce sens pendant leur jeunesse doit empêcher plus tard, si ce n’est dans des cas tout à fait exceptionnels, tout élan réel dans une autre direction, même en supposant une suffisante indépendance pécuniaire, et le milieu social le plus favorable. Il est inutile de vous parler de l’influence que doit exercer l’intimité toute particulière de cette classe de dépendants avec leurs maîtres, intimité si au-delà de celle qui peut exister dans tout autre cas; je ne parle pas non plus de l’influence morale de l’infériorité en force physique, qui, même en ne supposant, du côté des mâles, aucun abus direct de leur puissance musculaire, doit nécessairement amener un certain respect involontaire, et une certaine habitude de dépendance, qui finit même souvent par s’établir entre deux mâles dont l’un est plus faible que l’autre, s’ils sont très liés ensemble.

Ces considérations me paraissent plus que suffisantes pour expliquer un retard presqu’indéfini de l’émancipation sociale des femmes, sans qu’on puisse induire delà qu’elle ne doive jamais arriver. Au moins vous avouerez qu’elle ne pouvait avoir lieu que longtemps après celle des serfs, qui n’est pas elle-même un fait très ancien. Il me semble, au reste, que l’élévation des femmes est déjà aussi avancée, et qu’elle s’avance aussi vite, qu’on pourrait s’y attendre, d’après la théorie de l’égalité naturelle. Elles ne peuvent pas faire comme les serfs, qui ne se sont affranchis qu’en formant des sociétés à part, c’est-à-dire les villes, où même, le plus souvent, ils ont eu à soutenir une longue lutte militaire avec leurs seigneurs: lutte dans laquelle leur supériorité en nombre, accompagnée d’égalité en forces physiques, fut une compensation puissante de leur infériorité en éducation militaire. Les femmes, au contraire, ne pouvaient s’élever socialement qu’en prouvant de plus en plus, par des efforts individuels, dans toutes les carrières qui ne leur sont pas interdites, qu’elles sont capables de plus grandes choses qu’on ne leur accordait auparavant. Il me semble qu’à cet égard elles font de rapides progrès, et que par ce moyen, le seul possible, leur affranchissement s’opérera par elles-mêmes. Depuis un siècle chaque génération a dépasse la précédente quant au nombre et au mérite de leurs écrits: ce mouvement progressif est surtout devenu très accéléré en France et en Angleterre depuis 50 ans. Plusieurs femmes se sont même élevées, dans leurs écrits, jusqu’au génie créateur; quoique les facultés qui le constituent ne dussent servir le plus souvent, chez le sexe qui ne fait pas d’ordinaire des études sérieuses et qui n’a pas à vivre de son travail, qu’à titre d’ornement, ou tout au plus au bonheur de la vie intérieure. Ce qui leur a principalement manqué jusqu’ici en littérature comme dans les beaux-arts, c’est une forte originalité; mais il est très naturel que cela manque, surtout dans les commencemens, à ceux qui viennent les derniers: ce sont les romains qui viennent après les grecs. La littérature féminine a nécessairement commencé par imiter la masculine; elle s’est conformée aux types et aux idées reçues, et ce n’est que d’aujourd’hui qu’on voit des femmes qui écrivent comme femmes, avec leurs sentimens et leur expérience féminine. Elles feront cela, je crois, de plus en plus, et je ne doute pas qu’alors on ne voie cesser le reproche qu’on leur a fait de n’avoir rien su créer de premier ordre, car toute grande création suppose nécessairement une conception originale.

Je ne dirai qu’une chose de plus. Dans la haute direction des affaires humaines, le rôle de reine est le seul qui ne soit pas fermé aux femmes. Ce rôle seul, par une anomalie accidentelle que vous qualifiez de ridicule, et qui l’est en effet par son contraste bizarre avec l’ensemble de leur position sociale, leur est resté ouvert dans la plupart des pays européens. Or, à partir du tems où la royauté a cessé d’exiger surtout la capacité militaire, jusqu’à celle [sic] où elle a commencé à ne plus exiger, ni même en quelque sorte comporter, aucune capacité quelconque; dans cet intervalle d’à peu près deux siècles, les reines n’ont-elles pas honorablement rempli leur fonction sociale? et l’histoire ne montre-t-elle pas dans ce temps tout autant de grandes reines, proportion gardée, que de grands rois? Je le crois du moins, et cette expérience, faite en des circonstances qui sont très loin d’être favorables, ne doit pas avoir peu de poids, à ce qui m’en semble, dans la question de leur capacité gouvernementale. Je vous envoie, comme vous voyez, mon cher Monsieur Comte, un traité au lieu d’une lettre.4 Je ne m’en excuse pas, car sans doute vous pensez comme moi qu’une question si fondamentale mérite qu’on la retourne de tous les côtés, et qu’on ne perd pas son temps à la discuter longuement. Je tiens d’ailleurs beaucoup à ce que vous ne croyiez pas que ce soit ici de ma part une idée légèrement adoptée: il y a peu de questions que j’aie plus méditées, et bien qu’en général je sois connu pour ne pas tenir à des opinions une fois admises, dès qu’on me prouve qu’elles sont mal fondées, celle-ci a résisté chez moi à tout ce qu’on lui a opposé jusqu’ici. Comme vous avez aussi de votre part une opinion très arrêtée, il n’est guère probable qu’une discussion épistolaire, ou même orale, fasse disparaître notre dissentiment, mais elle peut, sans cela, nous être, de plus d’une manière, très utile.

Il me reste peu de place pour vous parler d’autre chose. J’ai fait part à M. Austin de votre aimable intention de faire en sa faveur une exception à votre règle d’éviter les nouvelles connaissances. Il y est très sensible et se propose d’aller vous voir. Je pense que vous vous en trouverez bien: c’est un homme très digne de votre sympathie, et dont la conversation est pleine d’idées justes et profondes. Je ne connais personne qui juge plus sainement l’angleterre, et aussi, autant que je puis prononcer là dessus, l’allemagne, où il a longtemps séjourné.

Mon jeune ami Bain est digne de tout votre intérêt, et tout annonce qu’il ne trompera pas nos espérances. Il m’écrit souvent de l’Ecosse des lettres admirables de bon sens et de profondeur. Il trouve les esprits, même dans ce pays si religieux en apparence, merveilleusement bien préparés pour l’avènement final du positivisme. “At a distance,” dit-il, “one can hardly believe, how very few points of every day human life are touched by theologic views. Theology is descending rapidly to the mere Esthetic & to a bond of social agglomeration, the desire of which last is its greatest hold.”

votre dévoué

J. S. Mill.

411.

TO ALEXANDER BAIN1

My review of Michelet is in Napier’s hands. If he prints it, he will make some of his readers stare.

412.

TO ALEXIS DE TOCQUEVILLE1

Vous savez, mon cher Tocqueville, combien tout ce qui vient de vous m’est agréable et vous ne pouvez douter du plaisir que m’a donné l’opinion si flatteuse que vous venez de me témoigner à l’égard de ma Logique, et qui est d’autant plus précieuse qu’elle vient d’une lecture lente et consciencieuse. C’est un grand bonheur d’écrire pour des intelligences et pour des caractères comme la vôtre, quand on est assez heureux pour obtenir leur approbation. Je vous suis d’ailleurs redevable de tant d’instruction et de plaisir intellectuel que j’ai toujours très vivement désiré de pouvoir un jour payer in kind, comme nous disons, et de mériter auprès de vous l’honneur d’être regardé comme un collaborateur réel dans la cause du progrès intellectuel et social. J’éprouve un grand plaisir en apprenant que vous partagez mes idées sur la méthode propre à perfectionner la science sociale: les suffrages qu’on doit le plus ambitionner en pareille matière sont ceux du très petit nombre des penseurs qui, comme vous, ont rendu des services vraiment importants à cette science. Votre approbation du point de vue d’où j’ai envisagé la question de la liberté humaine m’est aussi très précieuse. Je regarde moi-même ce chapitre-là2 comme le plus important du livre: il est l’expression fidèle des idées où j’étais arrivé depuis bientôt quinze ans, que je n’avais jamais écrites, mais dans lesquelles je puis dire que j’avais trouvé la paix, puisqu’elles seules avaient satisfait pleinement chez moi au besoin de mettre en harmonie l’intelligence et la conscience, en posant sur des bases intellectuelles solides le sentiment de la responsabilité humaine. Je ne crois pas qu’aucun penseur un peu sérieux puisse jouir d’une vraie tranquillité d’esprit et d’âme, jusqu’à ce qu’il ait accompli quelque solution satisfaisante de ce grand problème. Je ne desire pas imposer ma propre solution à ceux qui sont satisfaits de la leur, mais je crois qu’il y a beaucoup d’hommes pour qui elle sera, comme elle a été pour moi, une véritable ancre de salut.

Je compte bien, suivant vos aimables conseils, ne pas en rester à ce seul ouvrage, quoique je ne me trouve pas de force à traiter systématiquement une science aussi difficile et aussi peu avancée que celle de la politique. J’ai l’espoir d’y contribuer quelque chose par des travaux partiels quoique je n’aie pas encore décidé ce qu’ils seront. En attendant je m’occupe un peu de faire connaître en Angleterre les bons écrivains français: je viens de faire un article sur les historiens et notamment sur Michelet.3 Et vous, que ferez-vous? Vous consacrerez-vous maintenant uniquement à la politique? Je le regretterais beaucoup, car tout en appréciant très hautement la valeur de la chaire politique (si cette expression est permise), je crois qu’il y a plus d’hommes capables de faire le peu qu’on puisse faire à présent dans la vie publique qu’il y en a qui peuvent écrire des livres tels que vous pourriez les faire. Ne traiterez-vous jamais la France comme vous avez traité l’Amérique? Vous l’avez bien commencé dans ce petit écrit dont vous parlez dans votre lettre et qui déjà jette une lumière importante sur plusieurs questions sociales et historiques généralement très mal comprises.

Merci mille et mille fois de votre invitation amicale. Il n’y en a point à laquelle je me rendrais avec plus de plaisir mais je n’ose rien promettre, à cause de la rareté et de la courte durée de mes vacances qui, par conséquent, sont presque toujours remplies par des obligations indispensables.

Ne viendrez-vous jamais ici?

Votre tout dévoué

J. S. Mill.

  • India House.

413.

TO ALEXANDER BAIN1

There is no chance, for Social Statics2 at least, until the laws of human character are better treated.

414.

TO HENRY COLE1

My dear Cole

A year or two ago when you said something to me about paying the £100 which I had the pleasure of accommodating you with formerly, I said to you “pay me last”. Now however I have certain reasons for wishing to call in all money due to me2 & I therefore write to retract what I then said.

I have always considered the help I then gave you as a just & proper support to the honorable & public spirited course you took at that time.3 If you had been thrown out of office and emolument permanently by your conduct at that time I should never have asked you for payment nor regretted the loss. Nor have I ever said a word to you about it until now. Now however I should really be very glad if you would make the earliest arrangements for the payment, either at once or by instalments, as would not interfere with you & your family’s comfort & convenience, and I only mention this because, though I always knew you would pay me if you lived & had the means, you might suppose that the time of payment still continued to be altogether unimportant to me, which however is no longer the case.

Very truly yours,

J. S. Mill

415.

TO HENRY COLE1

My dear Cole

Your letter is all that is right & honorable, & kind also. No explanation was requisite of your not having paid the money, as I always ascribed it to the causes you mention—except that I did not know how you had acted about the Guide,2 which does you great honour.

The reasons which induce me to wish for the money are not so urgent as to time, as to require that you should put yourself at all out of the way to pay me in a shorter time than that you mention. Nor even, if it should prove more inconvenient than you expect, would I have you make a point of doing it even in that time unless my need of it should grow stronger than I can at present foresee. All I intended to ask of you was exactly what you say—that it should be put in train as among the first things to be settled.

Ever yours
with sincere regard

J. S. Mill

416.

TO AUGUSTE COMTE1

  • India House

Mon cher Monsieur Comte,

Puisque vous jugez que la discussion qui a tenu dernièrement une si grande place dans notre correspondance, est maintenant parvenue au point au delà duquel elle ne peut plus être portée avec avantage, je m’abstiendrai de la prolonger en y ajoutant des observations quelconques sur votre dernière lettre. Cette lettre n’a nullement ébranlé ma conviction, comme, en effet, elle n’y était pas destinée, mais seulement à mieux constater les points de divergence entre nos deux manières de penser. Je dois dire pourtant que plus je médite cette question, et plus je me raffermis dans mon opinion, qui, de très ancienne date chez moi, ne s’est pas trouvée démentie mais certainement confirmée par les faits qui se sont présentés à mon observation dans la vie; en quoi elle diffère de beaucoup d’autres opinions que j’avais seulement acceptées de la philosophie négative de mon temps et que j’ai depuis modifiées ou abandonnées. Permettez-moi de dire aussi que notre discussion, par cela même qu’elle n’a pas changé mon opinion, a nécessairement tendu à la fortifier; car malgré l’élaboration plus complette que vous vous proposez de donner à cette question dans le Traité dont vous allez commencer la préparation, je suis bien persuadé que vous possédez parfaitement tout ce qu’on peut dire de mieux à l’appui d’une doctrine à laquelle vous tenez si fortement, et je crois que ce qui vous reste à dire ne pourra plus être que le commentaire, en quelque sorte, de ce que vous m’avez déjà indiqué.

Cette discussion a laissé chez moi, à d’autres égards, des traces permanentes, et je pense qu’elle aura un certain effet sur la direction de mes travaux à venir. Je vois de plus en plus que c’est la statique sociale qui maintenant appelle surtout les esprits convenablement préparés. Vous avez fondé définitivement la sociologie dynamique, et nul esprit émancipé, suffisamment pourvu de connaissances positives, ne peut manquer à reconnaître dans votre grande loi du développement humain et dans ses divers corollaires, une explication vraie de l’ensemble du passé social, et la prophétie d’un avenir indéfini. Il importe à présent que la statique sociale soit maintenue au niveau de la dynamique, qui sans elle, ne peut pas être, comme vous le dites très bien, suffisamment rationnelle, ni surtout servir nullement à contrôler l’anarchie actuelle des doctrines sociales. Pour cela je crois qu’il faut surtout travailler à perfectionner, ou plutôt, on peut presque dire, à créer l’Ethologie; en appréciant convenablement la nature et le degré des effets éthologiques produits soit par l’organisation, soit par les diverses circonstances extérieures. Je conviens avec vous que dans ces spéculations, où la méthode des résidus doit nécessairement devenir d’un usage très étendu, l’ordre des soustractions partielles n’est rien moins qu’indifférent. On doit, ce me semble, commencer par soustraire les influences dont l’effet comporte, avec le plus de facilité et de précision, l’appréciation directe: ce seront, le plus souvent, celles qui ont le plus d’importance réelle; mais peut étre pas toujours. Au reste, on devra probablement procéder tantôt du dehors en dedans, tantôt en sens inverse, suivant les moyens qu’on a d’apprécier directement les effets dûs soit à une position extérieure quelconque, soit à un type quelconque d’organisation. Je me promets, à ce propos, de lire le cours de M. de Blainville, ou du moins la partie qu’il en a livrée au public: je regrette beaucoup que ce travail ne soit pas publié intégralement. J’ai commencé à lire les œuvres anglaises de M. Spurzheim, et je ne négligerai pas les ouvrages que vous m’avez indiqués de cet auteur. Je voudrais essayer de me rendre propre à faire quelque chose pour l’Ethologie, qui sera probablement, quoique je ne sache pas encore sous quelle forme, le sujet du premier livre que j’écrirai.

Je compte sur la lecture très prochaine de votre petite brochure sur l’école polytechnique, qui, d’après votre indication, doit être à peu près terminée, et qui, si elle n’influe pas immédiatement sur la constitution à donner à cette importante école, attirera du moins, sans doute, l’attention publique par l’opportunité de sa publication. Je désire vivement que les mutations à faire dans le personnel polytechnique s’opèrent de manière à vous rendre enfin la justice qu’on vous refusa si indignement à la dernière occasion, et j’attends avec impatience le dénouement de cette sorte de crise.

Quant à mon traducteur, dont Marrast ne m’a jamais dit le nom, je ne sais rien à son égard, que ce que je vous ai déjà annoncé. J’écrivis à Marrast, il y a plusieurs mois, une lettre un peu chaleureuse pour le déterminer à veiller sur la fidélité de la traduction, notamment en ce qui regarde le juste hommage que j’ai rendu à votre ouvrage et à vous-même. Je n’ai pas reçu de réponse, ce qui tient peut-être de la part de Marrast, à son étourdissante occupation de journaliste, qui lui permet rarement de m’écrire. Au reste je ne compte pas beaucoup sur cette traduction, et je ne serai nullement étonné si elle n’a jamais lieu, ce qui vaudrait beaucoup mieux que des suppressions quelconques.

Je suis bien flatté de l’honneur que M. de Blainville a rendu à mon livre par une lecture soigneuse et par la haute approbation qu’un esprit si supérieur a bien voulu lui témoigner. Dans mon propre pays cet ouvrage a un succès bien au-delà de ce que j’avais espéré: la plupart des esprits compétents soit à juger, soit seulement à profiter de ce genre de spéculations, ont pris, ou se préparent à prendre, connaissance de ce livre, et les opinions qu’ils expriment lui sont jusqu’ici très favorables. Ce qui vous étonnera peut être, l’école Anglo-Catholique, sur laquelle je vous donnai autrefois quelques renseignements et qui a pris une importance très considérable, quoique seulement passagère dans notre public spéculatif, a trouvé bon d’afficher une haute protection de mon ouvrage: leurs divers organes lui ont consacré des articles2 quelquefois assez remarquables, et on me dit qu’à Oxford où ils sont très puissants, tout le monde me lit. C’est à peu près comme si De Maistre préconisait votre grande ouvrage. Vous comptez bien qu’ils font ceci avec de nombreuses réserves, surtout sous le rapport religieux, mais cela vaut mieux à tous égards que s’ils me louaient sans restriction. D’un autre côté, on me lit à Cambridge pour se préparer aux examens de l’université, car M. Whewell y interroge les élèves sur son propre ouvrage, et comme on pense qu’il dirigera volontiera des questions dans le sens des doctrines que j’ai combattues, on lit mon livre afin de savoir ce qu’elles sont.

Je n’ai pas revu Mazhar Effendi. Je suis parvenu à savoir qu’il a quitté Londres, où probablement il n’est pas encore revenu. Quand il sera de retour il trouvera mon dernier billet, et j’aurai fait à son égard tout ce qui dépendait de moi.

Votre dévoué,

J. S. Mill

417.

TO ALEXANDER BAIN1

I do not know when I shall be ripe for beginning “Ethology”.2 The scheme has not assumed any definite shape with me yet.

[1. ]From a copy in the possession of Professor J. M. McCrimmon. A note on the verso in a hand other than JSM’s dates this letter Jan 7—43, but this is probably the date of receipt of the letter, since Friday of this week fell on Jan. 6.

[2. ]Probably Charles Wentworth Dilke.

[1. ]MS at Johns Hopkins. Published in Lévy-Bruhl, pp. 150-55; in reply to Comte’s of Dec. 30, 1842, ibid., pp. 140-50.

[2. ]The case had been tried on Dec. 15. See Letter 377, n. 3.

[3. ]Henry Home, Lord Kames (1696-1782), Scottish judge and writer. His Essays on the Principles of Morality and Natural Religion (Edinburgh, 1751), written to combat the doctrines of David Hume, resulted in his own orthodoxy being questioned; he was tried but acquitted by the Presbytery of Edinburgh.

[4. ]Adam Ferguson (1723-1816), professor of pneumatics and moral philosophy at Edinburgh University.

[5. ]William Benjamin Carpenter, best known for his Principles of General and Comparative Physiology (London, 1839), the second edition of which JSM had reviewed briefly in WR, XXXVII (Jan., 1842), 254.

[6. ]In the winter of 1820-21.

[7. ]Comte had reported that Dr. Roméo Pouzin was now a professor in the school of pharmacy.

[8. ]The family of Etienne Bérard, prominent chemist of Montpellier. His son, Jacques Etienne Bérard (1789-1869), achieved an even greater reputation as a chemist (see John Mill’s Boyhood Visit to France, ed. Anna Jean Mill [Toronto, 1960], p. 38).

[9. ]Not identified. Perhaps the M. Guillaume referred to in JSM’s Notebook of 1820 (see ibid., p. 76, n. 140 and 141).

[1. ]Envelope addressed: R. Barclay Fox Esq. / Perran Cottage / Truro. Postmark: LS 14 / FE 1843. MS in the possession of Mr. W. H. Browning. Published in Pym, II, 340-41.

[2. ]JSM’S Logic.

[3. ]See Letter 372.

[1. ]Published in Mayer, pp. 340-41; in reply to Tocqueville’s of Feb. 9, ibid., pp. 339-40. MS in Tocqueville archives. Tocqueville protested vigorously against an attack made upon him in the House of Lords on Feb. 2 in a debate on the right of search. Brougham centred his attack on a speech made by Tocqueville in the Chamber of Deputies on Jan. 28, reprinted from the Moniteur in his Œuvres, ed. Gustave Beaumont (9 vols., Paris, 1864-66), IX, 389-406. Tocqueville’s letter to Brougham is in Mayer, pp. 341-42.

[2. ]“Lord Brougham and M. de Tocqueville,” Feb. 20, 1843, p. 3.

[3. ]William Hickson, for whom he had provided a letter of introduction to Tocqueville.

[1. ]MS in the possession of Mr. Gordon Waterfield.

[2. ]Mrs. Austin’s translation of Leopold von Ranke’s History of the Reformation in Germany was published by Longman in 1844.

[3. ]John Henry Parker (1806-1884), bookseller and writer on architecture.

[4. ]John William Parker, JSM’s publisher.

[5. ]See Letter 358, n. 3. The article was a review of books by two German novelists, Johanna Schopenhauer and Caroline Pichler.

[6. ]Holland House, the London home of Henry Fox, Lord Holland, was for forty years the most famous of the Whig salons. For an account of the visitors who came there, see Princess Marie Liechtenstein, Holland House (London, 1875), chap. iv.

[7. ]The bankruptcy of an unidentified company in which both the Austins and the Grotes had investments must have been a much harder blow for the Austins than for the Grotes, who were comparatively well to do. The portion of George Grote’s letter of Feb., 1843, to John Austin published in Janet Ross, Three Generations of Englishwomen (London, 1892), p. 191, throws no light on the matter. Even the Grotes, however, found their losses serious enough as to oblige them to make some retrenchments; Mrs. Grote in a letter to her sister in June, 1843, reported that they had lost £11,000 “by American failures” (see The Lewin Letters, ed. T. H. Lewin [2 vols., London, 1909], II, 24).

[8. ]See Letter 331, no. 2.

[9. ]To go to Germany (see Letter 408, postscript).

[1. ]MS at Johns Hopkins. Published in Lévy-Bruhl, pp. 165-70; in reply to Comte’s of Feb. 27, ibid., pp. 155-65.

[2. ]Comte’s practice of not reading other writers’ books.

[3. ]George Mill.

[4. ]Henry Mill.

[5. ]Comte in his letter of Feb. 27 bespoke JSM’s help for him as a former pupil who has become an official in charge of public works in Egypt and who plans to visit England to gain technical information.

[1. ]MS at Kew.

[2. ]The Logic.

[3. ]George Bentham in 1841 had moved to Pontrilas House, Hereford. Previously, from 1834, he had lived in the house in Queen Square which he had inherited from his uncle Jeremy.

[1. ]MS at Kew.

[2. ]In his Labiatarum Genera et Species . . . (London, 1832-36) and other publications. See the bibliography of his scientific publications in B. Daydon Jackson, George Bentham (London, 1906), pp. 269-84.

[1. ]MS in the possession of Lady Hermione Cobbold. Collated by Dr. Eileen Curran. Published in Elliot, I, 123-24.

[2. ]The Logic.

[1. ]MS at LSE.

[2. ]Probably George (later Sir George) Ramsay (1800-1871), philosophical writer. The tract in question has not been identified.

[3. ]An Enquiry into the Principles of Human Happiness and Human Duty (London, 1843).

[1. ]MS at Johns Hopkins. Published in Lévy-Bruhl, pp. 178-83; in reply to Comte’s of March 25, ibid., pp. 171-78.

[2. ]See Letter 383, n. 2.

[3. ]The English Works of Thomas Hobbes of Malmesbury, ed. Sir William Molesworth (11 vols., London, 1839-45). Also, Thomae Hobbes Malmesburiensis Opera philosophica quae Latine scripsit omnia . . . , ed. Sir William Molesworth (5 vols., London, 1839-45).

[4. ]Comte in his letter of March 23, 1843 (Lévy-Bruhl, p. 175), had written: “le fameux Schiller ne m’a jamais paru, d’après les traductions, qu’une sorte de gauche imitateur du grand Shakespeare, bien plutôt qu’un vrai poète; sa niaise sentimentalité métaphysique, réchauffée par l’influence de Rousseau, m’est d’ailleurs insupportable.”

[5. ]Johann Paul Friedrich Richter (1763-1825), German novelist and humorist.

[6. ]Johann Ludwig Tieck (1773-1853), German poet, dramatist, and novelist.

[1. ]MS at Leeds. Published in Elliot, I, 124-25. The year has been pencilled in in another hand.

[2. ]Sterling’s mother had died on April 16; his wife, two days later.

[1. ]MS in the possession of the Royal Society and published with its permission.

[2. ]The Logic.

[3. ]Herschel’s A Preliminary Discourse on the Study of Natural Philosophy (London, 1831), which constituted “The Introduction or Preface to the Cabinet of Natural Philosophy” in Dionysius Lardner’s Cabinet Cyclopædia (133 vols., London, 1830-49). JSM had reviewed it favourably in the Examiner, March 20, 1831, pp. 179-80.

[4. ]Probably Friedrich Eduard Beneke’s System der Logik als Kunstlehre des Denkens (2 vols., Berlin, 1842).

[1. ]Addressed: Monsieur / Auguste Comte / 10 Rue M. le Prince / près l’Odéon / à Paris. Postmark: 15 JU 15 / 1843. MS at Johns Hopkins. Published in Lévy-Bruhl, pp. 204-10; in reply to Comte’s of May 16 and May 28, ibid., pp. 183-204.

[2. ]The renewal of his annual appointment at the Ecole Polytechnique.

[3. ]Comte replied that he now saw little of Marrast and did not know who the professor was; he further warned JSM against blindly entrusting the translation of the Logic to someone who might be hostile to positivism (Lévy-Bruhl, p. 215). On Dec. 23 Comte reported that the professor in question was a M. Mallet, professor of philosophy at the Collège de Saint-Louis (ibid., p. 293) [Charles Auguste Mallet (1807-1876)]. Mallet did not translate the Logic.

[4. ]Henri Marie Ducrotay de Blainville (1777-1850), eminent naturalist.

[5. ]Louis Poinsot (1777-1859), mathematician, secretary of the Academy of Science.

[1. ]MS in the possession of Mr. W. H. Browning.

[2. ]The only evidence for dating this letter is that in his letter of Oct. 23 (Letter 408) JSM refers to a visit of Barclay Fox to London earlier in the year, and that Barclay appears to have been absent from Falmouth in June and July.

[3. ]Barclay Fox’s uncle and aunt, of Trebah, near Falmouth.

[1. ]MS at Johns Hopkins. Published in Lèvy-Bruhl, pp. 219-25; in reply to Comte’s of June 29, ibid., pp. 210-19.

[2. ]“The Modern Metaphysics and Moral Philosophy of France,” BFR, XV (1843), 353-406.

[1. ]MS at Johns Hopkins. Published in Lévy-Bruhl, pp. 236-42; in reply to Comte’s of July 16 and Aug. 28, ibid., pp. 225-35.

[2. ]John Bowring.

[1. ]Excerpt published in Bain, JSM, p. 78. MS not located.

[1. ]Addressed: Monsieur / le Professeur Michelet / aux archives du royaume / à Paris. Postmarks: LONDON / 12 / SEP / 1843 and [. . .] ANGL. / 14 / SEPT / 43. MS at Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, rue de Sevigné, Paris. Transcript provided by Professor Cecil Lang.

[2. ]“Boniface VIII,” BFR, XIII (1842), 415-41. Michelet was attacked for misstatements, inadequate use of sources, groundless assertions, important omissions, and “stupid” mistakes.

[3. ]In “Histories of the Reformation” (a review of works by Leopold Ranke and J. H. Merle d’Aubigné), BFR, XV (1843), 101-51. At one point, after citing Michelet, this reviewer, in a footnote (p. 119), remarks: “We must not pass by this opportunity of noticing this most singular and original writer; the most attractive of recent historians, with all his faults, of which the vulgar Anti-Anglicism of his last volumes seems to us not the least.”

[1. ]Addressed: A Monsieur / Auguste Comte / Examinateur pour l’Ecole Polytechnique / en tournée à / Montpellier / département de l’Hérault. Postmark: LONDON / 13 / OCT / 1843. MS at Johns Hopkins. Published in Lévy-Bruhl, pp. 254-55; in reply to Comte’s of Oct. 5; ibid., pp. 242-53.

[2. ]The probable reasons were the very poor health of Mrs. Taylor at this time and the financial losses he had suffered in the repudiation of some American bonds.

[1. ]MS in Brit. Mus. Published, with one omission, in Napier Corresp., pp. 441-42.

[2. ]A review [by William Empson] of John Bowring’s Memoirs of Jeremy Bentham (Edinburgh, 1843) in ER, LXXVIII (Oct., 1843), 460-516.

[3. ]The request was granted. See Letter 407.

[1. ]Addressed: Monsieur / M. Auguste Comte / 10 Rue M. le Prince / près l’Odéon / à Paris. Postmark: 17 OCT 17 / 1843. MS at Johns Hopkins. Published in Lévy-Bruhl, pp. 255-56.

[2. ]John Austin.

[3. ]Sarah Austin.

[1. ]MS in Brit. Mus. Published, with omissions, in Napier Corresp., pp. 442-44.

[2. ]See Letter 405.

[3. ]JSM’s vindication of his father appeared under the title, “Letter from John S. Mill, Esq., to the Editor” in ER, LXXIX (Jan., 1844), 267-71.

[4. ]See Letters 285, n. 3, and 333.

[1. ]Addressed: R. Barclay Fox / Perran Cottage / near Truro. Postmark: TRURO / OC 24 / 1843. MS in the possession of Mr. W. H. Browning. Published in part in Pym, II, 341-42.

[2. ]See preceding letter, n. 4.

[3. ]In the review JSM praised the mediaeval Catholic Church as “the authorized champion of intelligence and self-control” and as at that time “the great improver and civilizer of Europe” (Dissertations, II, 231). He also praised Hildebrand, Pope Gregory VII (ca. 1025-1085), for strengthening the power of the papacy against the state and for his reforms within the church itself (ibid., pp. 236-37).

[4. ]Earlier in 1843 a long-threatened schism in the Church of Scotland on the question of its Assembly’s power over local presbyteries had resulted in the withdrawal of about one-third of its ministers and members to form the Free Church of Scotland.

[5. ]See preceding letter, n. 3.

[6. ]After the death of his mother and his wife in April, Sterling had bought a house at Ventnor, Isle of Wight, and moved his family there in June, 1843.

[7. ]See Letter 387.

[1. ]MS in the possession of Mr. W. H. Browning.

[2. ]As the article referred to in the body of the letter appeared in Oct., this letter is probably of the same date as the preceding one to R. B. Fox, with which it was presumably enclosed.

[3. ]British Critic, XXXIV (Oct., 1843), 349-427, by W. G. Ward.

[1. ]Addressed: Monsieur / Auguste Comte / 10 Rue M. le Prince / près l’Odéon / à Paris. Postmark: 30 OCT 30 / 1843. MS at Johns Hopkins. Published in Lévy-Bruhl, pp. 259-72; in reply to Comte’s of Oct. 5 and 22, ibid., pp. 242-53, 257-59.

[2. ]JSM’s projected book on ethology, the science of the formation of character, had been outlined in Book VI, chap. 5 of the Logic, but it was never completed. See also Letters 416, 417, and 482.

[3. ]See his discussion of the method of residues in his Logic, Book III, chap. viii, sec. 5.

[4. ]JSM’s discussion here of the role and education of women should be compared with his final treatment of the topic in The Subjection of Women (London, 1869).

[1. ]Excerpt published in Bain, JSM, p. 78. MS not located.

[1. ]Published in Mayer, pp. 346-47; in reply to Tocqueville’s of Oct. 27, ibid., pp. 344-46. MS in Tocqueville archives.

[2. ]Book VI, chap. 2, “Of Liberty and Necessity.”

[3. ]See Letters 285, n. 3, and 333.

[1. ]Excerpt published in Bain, JSM, p. 78. MS not located.

[2. ]See Letters 410 and 416.

[1. ]MS in the possession of the Rt. Rev. Charles Larrabee Street, as is also Cole’s reply of Nov. 15, 1843.

[2. ]JSM and his family had lost heavily by the repudiation of debts by some of the American states. See Letter 331, n. 2.

[3. ]Cole had been employed by a newly established Record Commission in 1831, under the secretaryship of Charles Purton Cooper (1793-1873). In 1836, at the risk of losing his position, Cole had memorialized the Record Commission about the arbitrary conduct of Cooper. Cole’s appeal to his friend Charles Buller led to Buller’s bringing the subject of the mismanagement of the Record Commission before the House of Commons on Feb. 18, 1836. A subsequent investigation led to the vindication of Cole and the establishment of the Public Record Office in 1838, at which time Cole was appointed one of the four senior assistant-keepers (see Sir Henry Cole, Fifty Years of Public Work [2 vols., London, 1884], I, 1-33).

[1. ]MS in the possession of the Rt. Rev. Charles Larrabee Street. Endorsed in another hand: “J. Mill 1843. Agreeing to proposed time of payment of loan—H.C.”

[2. ]The Guide was a weekly newspaper established by Molesworth, J. T. Leader, Cole and others, with Cole as editor; it ran from April 22, 1837, to April 1, 1838. Cole, in his answer to JSM’s letter of Nov. 14, 1843, explained that he had discharged debts of the Guide of £150 more than need to have been ascribed to him.

[1. ]MS at Johns Hopkins. Published in Lévy-Bruhl, pp. 283-87; in reply to Comte’s of Nov. 14, ibid., pp. 273-83.

[2. ]The most notable was W. G. Ward’s in the British Critic (see Letter 409, n. 3).

[1. ]Excerpt published in Bain, JSM, p. 78. MS not located.

[2. ]See Letters 410 and 416.