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Front Page arrow Titles (by Subject) arrow 446.: say to ricardo1[Reply to 430.—Answered by 488] - The Works and Correspondence of David Ricardo, Vol. 9 Letters 1821-1823

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446.: say to ricardo1[Reply to 430.—Answered by 488] - David Ricardo, The Works and Correspondence of David Ricardo, Vol. 9 Letters 1821-1823 [1821]

Edition used:

The Works and Correspondence of David Ricardo, ed. Piero Sraffa with the Collaboration of M.H. Dobb (Indianapolis: Liberty Fund, 2005). Vol. 9 Letters 1821-1823.

Part of: The Works and Correspondence of David Ricardo, 11 vols (Sraffa ed.)

About Liberty Fund:

Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals.


446.

say to ricardo1
[Reply to 430.—Answered by 488]

Mon cher Monsieur

J’ai reçu avec votre lettre du 8 mai, un exemplaire de la 3e. edition de votre important ouvrage. Agréez-en tous mes remerciemens. J’y vois de nouvelles preuves que les matieres d’Economie politique sont prodigieusement compliquées, puisque, tout en cherchant la verité de bonne foi, et après que nous avons, les uns et les autres, consacré des années entieres à approfondir les questions que presente cette science, il est encore plusieurs points sur lesquels M. Malthus, vous, et moi ne pouvons entierement nous mettre d’accord.

Au milieu de ces dissentimens, c’est néanmoins un bien bon signe que nous soyons d’accord sur l’essentiel; je veux dire sur la possibilité qu’ont les hommes de multiplier leurs richesses.

Vous m’exhortez à soumettre à de nouvelles meditations la doctrine qui fonde les richesses sur la valeur echangeable des choses. Je l’avais deja fait à l’epoque où je fus critiqué par vous dans votre premiere edition; j’ai recommencéle même examen en publiant la quatrieme edition de mon Traité d’Economie politique; je viens de remettre ce même sujet sur le metier en travaillant à un ouvrage1 bien plus considerable que tout ce que j’ai fait jusqu’à present; et je vous avoue que cette doctrine me semble toujours conforme aux faits (qui sont nos maitres à tous) et qu’à mes yeux elle ne laisse sans explication aucun des phenomènes de l’Economie politique.

Elle a de plus l’avantage de raisonner sur des quantités appréciables, caractere essentiel de toute doctrine scientifique, caractere qui peut seul assurer la marche des investigateurs. Car enfin pour savoir ce qui fait grandir ou diminuer nos biens, il faut savoir ce qui les constitue grands ou petits. C’est, permettez-moi de vous le dire, ce que ne peut enseigner la considération de la valeur en utilité (value in use) mots qui me paraissent incompatibles, parce que l’idée de valeur ne peut etre séparée de celle de comparaison et d’échange.

Je persiste donc à croire que créer de l’utilité c’est créer de la richesse, mais que nous n’avons d’autre mesure de cette utilité créée, que la plus ou moins grande quantité d’un autre produit quelconque; quantité qui forme la valeur echangeable du premier, son prix-courant.

L’utilité qui est naturellement dans une chose, et qui ne lui a pas été donnée, comme celle de l’eau, fait partie de nos richesses naturelles; mais n’ayant aucune valeur echangeable, elle ne peut être l’objet des recherches de la science economique. Et pourquoi l’eau n’a t’elle point de valeur echangeable? Parce qu’elle n’est pas un sujet d’échange, parce que, pour en avoir, personne n’etant obligé d’en acquérir, elle n’est l’objet d’aucune demande.

Une grande utilité qui peut se donner à peu de frais, rapproche la chose à laquelle elle est conferée, d’une richesse naturelle, d’une chose qui a son utilité par elle même et sans frais; mais en Economie politique, nous ne pouvons nous occuper que de la portion d’utilitéquiaété donnée avec des frais.

Les circonstances qui occasionnent des frais sans production d’utilité, comme les impôts, ne produisent pas de la richesse; et lorsqu’on les fait payer au consommateur, on lui fait payer un prix pour lequel on ne lui donne rien en échange.

En d’autres termes, les seules richesses nouvelles sont des services productifs, premiers fruits de notre industrie, de nos capitaux, et de nos terres. On les echange entr’eux, ou bien on echange leurs produits; et la quantité que l’on donne des uns pour avoir les autres, est l’indication de la valeur qu’on y attache, valeur qui seule fait le sujet de notre etude.

Il me semble, Monsieur, qu’il n’y a rien dans toute cette doctrine que de parfaitement conforme à la verité, et je vous engage à mon tour à la soumettre à de nouvelles méditations de votre part, avec toute la profondeur dont vous etes capable. Vous allez voir qu’elle explique les principales difficultés que vous m’opposez.

Vous dites (pag. 332. 4th. ed.)1 “When I give 2000 times more cloth for a pound of gold than I give for a pound of iron, does it prove that I attach 2000 times more utility to gold than I do to iron? etc.” Non; mais en supposant pour un moment qu’une livre d’or et une livre de fer rendent à l’homme un service parfaitement égal malgré l’inégalitéde leur valeur, je dis qu’il y a dans une livre de fer:

1999degrés d’utilité naturelle fesant partie des richesses que la nature ne nous fait pas payer, et qui ne concernent pas l’Economie politique;
et 1degré d’utilité créée par l’industrie, les capitaux et les terres, utilité que nous payons et qui est la seule qui fasse partie des richesses echangeables, unique objet de nos recherches.

2000—degrés d’utilité en tout, residans dans une livre de fer. Tandis que dans une livre d’or il y a:

2000—degrés d’utilité tout entiere echangeable parce qu’elle est tout entiere le fruit de notre industrie, de nos capitaux et de nos terres; utilité qui fait partie, non de nos richesses naturelles, mais de nos richesses sociales, les seules dont l’Economie politique puisse s’occuper.

Voila ce qui m’attire le reproche que vous me faites (pag. 336)1 lorsque vous dites: “Mr. Say constantly overlooks the essential difference that there is between value in use, and value in exchange.” Certainement je néglige ce qui n’a qu’une valeur d’utilité, ou plutot de l’utilité sans valeur, car je regarde ces mots: valeur d’utilité (value in use) comme un contre sens; et que je prétends que l’utilité sans valeur n’entre pas dans les considerations de l’Economie politique.

A l’egard de l’exemple ingénieux que vous me citez dans votre derniere lettre, de deux pains d’égale valeur, provenus de deux terrains d’inégale fertilité, je vous demande la permission de l’expliquer selon ma doctrine, comme j’ai fait pour l’exemple de la livre d’or et de la livre de fer. La nature fait present au proprietaire du terrain, d’un service productif qu’il peut faire payer au consommateur, parce qu’il a le monopole de ce service indispensable. Ce present que lui fait la nature, est plus grand lorsque le terrain est fertile; il est plus petit lorsque le terrain est ingrat. Si le service du terrain etait sans bornes, inepuisable, à la portée de tout le monde, ce serait un present fait à tout le monde et dont nous jouirions sans le payer, comme du vent qui enfle nos voiles, chaque fois que nous voulons nous en servir. Le consommateur serait infiniment riche s’il pouvait acquerir au même prix toutes les portions d’utilité qu’il voudrait consacrer à la satisfaction de ses besoins; mais toutes ses richesses seraient naturelles: elles n’auraient plus de valeur echangeable; il n’y aurait plus d’Economie politique; mais l’on n’en aurait plus besoin.

Je ne comprends pas pourquoi vous me dites dans votre lettre en parlant de cette doctrine: “The information is not useful and can lead to no inference whatever that may guide our future practice.” Il me semble au contraire que nous en pouvons tirer cette induction que les grands progrès de la production consistent dans la substitution des services gratuits de la nature à la place des services dispendieux de l’industrie, des capitaux et des terres.

Vous ajoutez: “What we wish to know is what the general law is that regulates the value of bread as compared with the value of other things.” C’est ce qu’enseigne la doctrine de l’offre et de la demande (want and supply). Le besoin qu’on a d’une chose en fait naître la demande; la necessité de produire la chose en restreint la demande. Lorsqu’aux yeux du consommateur, une chose vaut autant que les frais de production qu’elle coûte, on la produit. Lorsque la valeur qu’on y attache n’egale pas la valeur des services productifs nécessaires pour qu’elle existe, on ne la produit pas. Cette derniere circonstance est une preuve que la même quantité de services productifs peut former un produit qu’on estime valoir plus que cette chose.

Je ne crains pas de me tromper en affirmant que ces doctrines, (avec tous leurs dévelopemens) enseignent tout ce qu’on peut etre desireux de savoir sur ce sujet.

C’est avec beaucoup de plaisir que j’apprends que vous avez formé en Angleterre, un Club d’Economistes politiques; et je ne doute pas qu’il ne contribue puissamment à repandre les principes de cette science. Je m’estimerais heureux d’y être associé. En attendant si vous croyez que nos controverses puissent interesser ses membres, je vous engage à leur communiquer cette lettre.1

Agréez, Mon cher Monsieur, l’assurance de ma haute consideration et de mon très sincère dévouement

J. B. Say

David Ricardo, Esqr. à Londres

P.S. J’ai vu avec peine que plusieurs des ecrivains Anglais qui ont fait mention de mes Lettres à Malthus, outre qu’ils n’ont pas toujours rendu fidelement mon sens, ont interpreté ironiquement les eloges que je donne à l’illustre auteur de l’Essai sur la population. Comme vous le voyez quelquefois, ayez la bonté de lui dire que les temoignages de mon admiration pour son premier ouvrage3 , sont la fidele expression des sentimens que je professe et qui ne peuvent etre alterés par les discussions où nous sommes entrés sur des questions d’Economie politique. J’ai lu les principaux ecrits où l’on a attaqué sa doctrine de la population, et je serais bien aise qu’il sût qu’ils n’ont ebranlé en rien l’estime que je fais et de la doctrine, et du livre, et de son respectable auteur.

[1 ]MS in R.P.—Minor Papers, pp. 185–90. The text given in Mélanges, pp. 112–22 and Œuvres diverses, pp. 418–22 differs considerably from that of the original printed above and is probably a new version prepared by Say in 1825 with a view to publication; it contains notably several additional jibes at Ricardo’s ‘abstractions’.

[1 ]Cours complet d’Economie politique pratique, 6 vols., published in 1828–1829.

[1 ]Should be ‘3rd ed.’ Above, I, 283.

[1 ]Above, I, 286.

[1 ]Ricardo did so at the next meeting of the Club which he attended, on 4 Feb. 1822. See below, p. 172, n. 2.

[2 ]Omitted in MS, but given in Mélanges and Œuvres diverses.

[3 ]Essay on Population.