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Subject Area: Political Theory
Topic: The American Revolution and Constitution

BARON VAN DER CAPELLEN TO JOHN ADAMS. - John Adams, The Works of John Adams, vol. 7 (Letters and State Papers 1777-1782) [1852]

Edition used:

The Works of John Adams, Second President of the United States: with a Life of the Author, Notes and Illustrations, by his Grandson Charles Francis Adams (Boston: Little, Brown and Co., 1856). 10 volumes. Vol. 7.

Part of: The Works of John Adams, 10 vols.

About Liberty Fund:

Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals.


BARON VAN DER CAPELLEN TO JOHN ADAMS.

Monsieur,

J’aurois déjà eu le plaisir de répondre de bouche a votre honorée de ce mois si la gelée m’avoit permis de m’embarquer, Mardi passé, comme je l’avois projeté.

Je prendrai la liberté d’en suivre le fil dans celle-ci. Si Gouverneur Pownall peut avoir eu dessein d’alarmer cette république, et peut-être d’autres nations, il eût été plus prudent de ne pas publier la brochure en Français sans quelque antidote en forme de note sur les passages les plus dangereux. Vous vous rappellerez, monsieur, que cela a été mon opinion lorsque j’eûs l’honneur de vous en parler à Amsterdam.

Pour ce qui est du crédit de l’Amérique, j’avois pris la liberté de vous tracer dans ma dernière cumulativement toutes les causes qui coöpèrent à son abaissement actuel. L’invasion de la Georgie et de la Caroline Méridionale, la prise de Charleston, la perte des frégates continentales, la défaite de Gates, l’inaction des flottes combinées de Guichen et de Solano, la supériorité décidée des Anglais aux isles et à New York même, la défection d’Arnold, le mécontentement de l’armée et la jalousie entre elle et le corps politique, l’état toujours fluctuant de Monsieur Necker et l’incertitude de la durée du phénomène d’une bonne administration en France, et enfin, ce qui est plus que tout ceci et que j’avois oublié par mégarde d’ajouter à ma précédente, la dépréciation monstrueuse des papiers Américains, dépréciation qui ne peut qu’aboutir à une banqueroute nationale si le congrès ne trouve pas le moyen de les sauver par de la monnaie sonnante; tout ceci, monsieur, ne sont nullement des tales. Ce sont des faits qui influent sur la nation en général; qui même font trembler les amis de l’Amérique, parmi lesquels j’en connois de très éclairés, qui appréhendent beaucoup les suites d’une annihilation totale du cours des papiers. Ils craignent que l’Angleterre ne saisisse les momens où l’armée, faute de paye, n’existera plus ou sera fort affoiblie; où la milice pour la même raison ne sera pas assemblée en nombre suffisant; ils redoutent les troubles, les dérangemens, la confusion, que doit occasioner une banqueroute nationale dans toutes les classes du peuple, et ils tremblent à la perspective, qu’à la fin ce peuple se lassera de soutenir une guerre qui entraine avec elle des calamités qu’aucun peuple n’a jamais eprouvées, savoir, un manque total d’espèces et tout ce qui résulte d’une si terrible situation. Il en coûte moins de verser son sang pour sa patrie, que de souffrir à la longue l’indigence pour l’amour d’elle. Si le peuple Américain trouve encore dans sa vertu et dans son patriotisme une ressource contre cette épreuve, sûrement c’est un peuple encore unique à cet égard comme il est à bien d’autres. Vous concevez, monsieur; toutes ces inquiétudes ne sont pas les miennes. C’est la façon dont ma nation envisage les affaires de l’Amérique que je dépeins.

Tout crédit, soit d’un peuple, soit d’un particulier, dépend uniquement de deux choses, savoir, de l’opinion que l’on a de la bonne foi de l’emprunteur, et de la possibilité où il se trouve de faire face à ses engagemens. Quant à l’Amérique, le premier article n’est jamais révoqué en doute; mais je suis mortifié de ne pas pouvoir en dire autant du second, et je puis vous assurer, monsieur, que selon la nature de la chose, ce ne sera que par des informations authentiques du véritable état des affaires dans le nouveau monde que vous réussirez à persuader les capitalistes du vieux de lui prêter leur argent. N’attendez pas qu’on le fasse par principes. Une telle générosité surpasseroit les bornes de la vertu du gros des hommes. Cependant je puis vous assurer que la grande pluralité de ma nation, certainement plus de quatre-cinquièmes parties, aime les Américains et souhaite une bonne réussite. Etant du pays, parlant la langue, fréquentant toutes les classes de mes concitoyens, je suis plus à même de former un jugement juste là-dessus, que ceux qui sont privés de ces moyens d’information. Ce n’est que les gens attachés à la cour que l’on ne gagnera jamais; mais, grâces à dieux, ce ne sont pas les seuls; ce sont même les moindres de ceux de qui l’on a quelque chose à espérer. Je vous conjure pour cela, monsieur, de ne pas donner à vos seigneurs et maîtres une idée de la situation des affaires dans ce pays, et surtout de la façon de penser de ses habitans en général, laquelle, à la fin, pourroit ne pas se trouver justifiée par l’événement, et occasioner des mesures qui éloigneroient de plus en plus les deux républiques faites l’une pour l’autre, et que je souhaiterois ardemment de voir plus en plus s’unir. La nôtre est dans une violente crise, dont en bonne politique, avant de se déterminer, on doit absolument attendre l’issue, qui peut tourner du bon côté. Une guerre avec les Anglais me paroit inévitable. S’ils ne la cherchoient pas, ils ne hasarderoient pas de nous pousser à bout par des outrages, qui ne leur sont utiles à rien, que jamais peuple n’a avalé, ni enduré si longtemps que nous avons été contraints de le faire. C’est bien dommage, dans ces circonstances, que la saisie des papiers de Monsieur Laurens a fourni aux Anglais un prétexte specieux à maltraiter la république, ou plutôt la ville d’Amsterdam, que l’on veut perdre à tout prix, et de qui je crains que l’influence de la cour n’empêche les autres membres de l’état de prendre la défense. Mais quoiqu’il arrive, la lumière peut naître des ténèbres mêmes. L’Amérique ne peut se tirer d’affaires sans notre argent. Il faut donc, pour favoriser ses intérêts, attendre patiemment et saisir avec addresse le moment favorable pour l’attraper. Tôt ou tard il se présentera, peut-être plutôt que l’on s’y attend. On doit prendre les hommes comme ils sont.

J’ai reçu par le canal de son Excellence John Jay une lettre du Gouverneur Livingston du 15 Mars. Elle me renvoie pour des détails à la lettre du Gouverneur Trumbull (qui paroitra dans peu) et ne contient d’ailleurs aucune nouvelle, n’étant proprement que l’accusation de la réception de la mienne. “The chief difficulty we have now to struggle with” (ce sont les paroles du gouverneur) “is the depreciation of our currency; but as congress has lately most assiduously applied to financiering, I hope they will discover some way to extricate us out of that perplexity.

Je crois que jamais ces papiers ne seroient tombés si bas, je crois même qu’ils se seroient parfaitement soutenus, si, à chaque émission, le congrès avoit pu imposer des taxes proportionelles; dans ce cas les papiers auroient circulé. L’État les recevant toujours au juste prix, les particuliers n’auroient pas osé ou pu les refuser à pari, et ces taxes les auroient tour à tour fait rentrer dans la caisse de l’état, qui par ce moyen là auroit pu trouver les nouvelles sommes dont il avoit besoin en empruntant sans intérêts les papiers déjà en circulation au lieu d’être dans la nécessité de faire toujours de nouvelles émissions, et d’augmenter plus qu’il ne falloit la quantité de ces papiers. Il y a moins d’argent dans le monde que l’on ne pense. La même pièce se représente, et pour ainsi dire se reproduit plusieurs fois, et l’Amérique ne me paroit pas avoir besoin de 200 millions de dollars pour suffire à tous ses objets de guerre ou de commerce intérieur.

J’assure de mes respects Messrs. Searle, Gillon, Dana, et le gentilhomme que j’ai eu l’honneur de voir souvent chez vous sans pouvoir me rappeler son nom; et j’ai l’honneur d’etre avec une profonde vénération, monsieur, &c.

Capellen de Pol.