241.: say to ricardo1[Answered by 243] - David Ricardo, The Works and Correspondence of David Ricardo, Vol. 7 Letters 1816-1818 [1816]
Edition used:
The Works and Correspondence of David Ricardo, ed. Piero Sraffa with the Collaboration of M.H. Dobb (Indianapolis: Liberty Fund, 2005). Vol. 7 Letters 1816-1818.
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241.
say to ricardo
[Answered by 243]
Monsieur et Respectable Ami
Je n’ai pas eu d’occasion de vous accuser reception de la bonne lettre que vous m’adressâtes en quittant Paris au mois de juillet dernier. Depuis ce moment je me flatte que votre santé et celle de votre famille, ont été satisfesantes; j’en apprendrai la confirmation avec plaisir.
La derniere recolte des blés n’a point été aussi bonne qu’on s’y etait attendu; le prix des farines, et, par suite des farines de pommes de terre, n’est pas tombé en conséquence aussi bas qu’on s’en etait flatté; ce qui m’a detourné jusqu’à present de spéculer sur cette derniere denrée, comme j’en avais le projet.
Cependant la recolte des pommes de terre a été proportionnellement meilleure que celle des grains, et les fabriques de farine de pommes de terre (de ce que nous nommons fécule) se sont fort multipliées.
Il en est resulté que le prix des fécules se maintient au dessous de celui des farines de blé1re. qualité. Les farines valent actuellement 27f. le quintal de 100 livres, et la fecule se vend environ 20f. Tous les boulangers de Paris en mèlent dans leur pain qui est très beau et très bon à present.
Les renseignemens qui arrivent des diverses parties de la France sur les subsistances, s’accordent tous en ce point que la derniere récolte ne suffira pas pour atteindre la récolte prochaine. Il y a donc grande apparence de hausse dans les grains et farines, d’ici au mois de septembre prochain.
Cette hausse est encore plus probable sur les fécules de pommes de terre, car en avril on cesse d’en fabriquer à cause de la difficulté de garder les pommes de terre plus longtems sans germination.
Je pense donc que quoique la fécule ne soit pas à très bon marché, elle subira une hausse d’ici au mois de septembre. J’aurais desiré faire avec vous une spéculation sur cette marchandise; mais puisque vous y avez de la répugnance, j’y consacrerai pour mon compte quinze à vingt mille francs que je me trouve avoir disponibles, et de plus ce que vous jugeriez à propos de me confier jusqu’à trente ou quarante mille francs, pour me mettre à portée de faire une spéculation d’environ Cinquante mille francs.
Si je peux obtenir de votre amitié ce moyen de profit, la somme sera exclusivement employée en une marchandise inaltérable de sa nature, qu’aucun événement possible ne peut faire baisser beaucoup au dessous de sa valeur actuelle avant le mois de septembre; et que plusieurs circonstances peuvent faire monter de 30, de 50 pour cent, et au delà. Il n’y a pas six mois qu’elle valait 55f. le quintal.
En supposant même que les prix baissassent accidentellement au dessous du cours actuel, le prix moyen de la fécule, d’après des relevés que j’ai faits avec soins de plusieurs années antérieures, etant de 20 a 21f. le quintal, je ne risque en achetant cette marchandise environ à ce prix et en la gardant, que mes frais de garde; et toutes les chances de hausse, sont en ma faveur. Si elle etait tombée à15f. j’aurais speculé sur quelque somme que ce fût.
Je regarderai donc, Monsieur et digne ami, comme une faveur précieuse, la facilité que vous me procurerez de faire une affaire avantageuse dans un moment où j’ai laisséen suspens mon autre affaire. L’incertitude des fermentations m’a empeché de vouloir m’interesser dans les opérations qui se font actuellement dans ma distillerie. Par un arrangement que j’ai fait avec mon associé, il travaille pour son compte particulier, et me paie le loyer du fonds qui m’appartient presqu’en entier.
Vous fixerez vous même le taux de l’interet et la forme que je devrai donner à mon engagement envers vous. Je voudrais s’il etait possible, avoir un credit ouvert chez un de nos banquiers et n’etre chargé des interets que de la somme que je prendrais et pour le tems que je la garderais; car ce sont les prix de la fécule qui me détermineront, soit pour le moment, soit pour la quotité des ventes et des achats. Si pour éviter les frais de commission du banquier de Paris, vous me fesiez des remises sur Paris à un ou deux mois d’échéance, je les escompterais au moment du besoin; et s’il survenait des variations qui m’ôtassent toute idée de spéculation, je vous demanderais la permission d’appliquer vos fonds à l’emploi que vous m’indiqueriez, ou de vous en faire les retours au mieux de votre avantage.
Permettez-moi, Monsieur et respectable ami, de vous transmettre les hommages de ma famille et de vous renouveller les assurances de mon inviolable attachement.
J. B. Say
Rue du faubourg St. Martin No 92. Paris 8 Décembre 1817
Je m’occupe toujours à corriger mon Traité d’Economie et je fais un grand usage de vos Principles of Political Economy. C’est ce que vous verrez dans ma quatrieme edition que je vous enverrai peut être avant un an.