117.: say to ricardo1[Reply to 107 & 108] - David Ricardo, The Works and Correspondence of David Ricardo, Vol. 6 Letters 1810-1815 [1810]
Edition used:
The Works and Correspondence of David Ricardo, ed. Piero Sraffa with the Collaboration of M.H. Dobb (Indianapolis: Liberty Fund, 2005). Vol. 6 Letters 1810-1815.
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117.
say to ricardo
[Reply to 107 & 108]
J’ai reçu, Monsieur, la lettre que vous avez chargé Messieurs Stoke et Baily de me remettre et j’y ai trouvé avec grand plaisir des détails et des discussions d’Economie politique qui me sont toujours agréables et profitables lorsqu’elles me viennent de votre part. Je ne sais réellement pas oú j’avais la tête quand je vous ai ecrit par Mr. Basevi, puisque je ne vous ai point parlé de votre Essay on the influence of a low price of corn etc.—J’ai bien reçu dans le tems cet interessant opuscule, et je l’ai lu avec tant de fruit que je l’ai mis á contribution et l’ai cité dans la troisiéme édition que je prépare de mon Traité d’Economie politique. Je dois vous dire en attendant que je partage votre opinion dans tous les principes que vous établissez, et que j’ai été fort aise de trouver de nouveaux et solides argumens en faveur de la liberté du commerce. Je pense bien, commeM. Mill, que si vous aviez developé chaque proposition abstraite, par quelques applications et par des exemples, vous auriez été plus facilement entendu. Mais je ne conçois pas que vous puissiez croire cette tâche au dessus de vos forces, puisque ce que vous avez fait, j’entends l’établissement des principes, etait précisément ce qu’il y avait de plus difficile et ce qui exigeait la plus grande exertion de ce que vous me permettrez d’appeler un génie trés profond.
Apres vous avoir dit que je partage votre opinion, je vous dirai que vous partagez la mienne, nonobstant les observations que vous me faites sur le mot Valeur dans mon Catéchisme. Vous avez été fondéá croire que je regardais l’Utilité (c’est á dire la faculté de pouvoir servir) comme l’unique fondement de la valeur des choses parce qu’afin de ne pas brouiller l’esprit des commençans, je n’ai pas dit tout de suite les restrictions qu’il faut mettre á cette proposition; mais je pose les restrictions un peu plus loin, page 31 et 33. Il resulte du tout que l’utilité n’est pas l’unique mais la premiere cause de la valeur; car enfin une chose qui ne serait d’aucun usage ne serait nullement demandée, on n’y mettrait point de prix, elle n’aurait point de valeur. Mais il faut que le prix, que son utilitédétermine les gens á y mettre, suffise pour payer ses frais de production (what you call the difficulty of its production) et c’est ce qui fait que son prix ne peut pas tomber au dessous de ce taux. Je dis donc, comme vous, que les frais de production d’une chose, déterminent la plus basse limite de son prix; mais ils ne sont pas la cause premiere du prix qu’on en offre.
Il me semble qu’il n’y a rien lá de contraire á ce que vous etablissez.
Quant á l’observation que vous me faites sur la page 95, je crains de n’avoir pas été suffisamment compris. Vous dites: He may only wish to consume bread and water...he cannot be so rich as his neighbour who has abundance of valuables which he can exchange for all the luxuries of life. Mais je prétends dire que l’on serait au comble de la richesse, quelque peu de valeur qu’on possedát, si l’on pouvait se procurer pour rien, non seulement du pain et de l’eau, mais tout ce que l’on voudrait consommer,even the luxuries of life. Etlapro-position ne me semble pas susceptible d’etre niée.
Je ne dis pas comme Epictéte que la richesse est d’autant plus grande que les desirs sont plus moderés, mais d’autant plus grande que les choses qu’on veut avoir sont moins chéres.
En un mot toute valeur est relative, et la richesse n’etant que de la valeur, est relative aussi.
A l’égard de l’appréciation par le moyen d’un inventaire des biens qu’on posséde, je vous dirai que je n’oblige pas qu’on se serve pour cette appréciation d’une marchandise plutôt que d’une autre, de la monnaie, ou du papier-monnaie, plutôt que du blé. Pour comparer sa fortune de l’année derniere, avec sa fortune de l’année presente, il vaut mieux les évaluer en une marchandise qui varie peu en valeur d’une année á l’autre, comme l’argent, plutot qu’en une marchandise qui peut varier beaucoup, comme le papier-monnaye. Un inventaire n’est proprement que la réduction en une valeur homogéne d’un grand nombre de valeurs de nature diverse. En disant: The increase of capital is to be ascertained only by the power of employing more industry, c’est préferer la mesure des valeurs proposée par Smith, c’est á dire la valeur du travail. Le travail est une marchandise du prix de laquelle on peut se servir, si l’on veut, pour faire une évaluation; mais je crois ce prix plus variable que celui de l’argent, plus difficile a etablir clairement et d’un emploi plus pénible.
Voila, Monsieur et respectable ami, mes observations sur vos observations. Elles m’ont obligéá remanier le sujet, et quand je réimprimerai mon catéchisme, j’aurai soin de mettre plus de clarté aux endroits que vous m’indiquez. Que si vous y trouvez encore bien des passages criticables, accordez-moi votre indulgence en songeant á la quantité d’idées justes encore entierement ignorées ou combattues, qu’il peut répandre, et tout le bien qui resulterait pour l’humanitédela diffusion de ces lumieres, de ce seul corollaire qui resulte de nos principes, que chaque nation est interessée á la prosperité de toutes les autres.
Agréez, Monsieur, mes salutations bien sincéres et l’assurance de mon inviolable attachement
J. B. Say
Comme je finissais cette lettre, j’ai vu entrer chez moi Mr. votre frere. Je ferai ce qui dépendra de moi pour lui etre utile en ce pays-ci.
Paris 10 september 1815.
David Ricardo Esqre
[The above letter has not been published before. Another reply to Ricardo’s letter 107, however, was published in Say’s Mélanges, pp. 97–100 and Œuvres diverses, pp. 411–13, and is reprinted below; Say’s editors must have found it among his papers, but the MS is no longer extant. It may be conjectured that Say, forgetting that he had already replied on 10 September, wrote the second letter and, when he discovered his error (cp. above, p. 246, n. 1), refrained from sending it.