199.: From LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULD - Adam Smith, Glasgow Edition of the Works and Correspondence Vol. 6 Correspondence of Adam Smith [1740]
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Correspondence of Adam Smith, ed. E. C. Mossner and I. S. Ross, vol. VI of the Glasgow Edition of the Works and Correspondence of Adam Smith (Indianapolis: Liberty Fund, 1987).
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199.
From LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULD
MS., GUL Gen. 1035/158; Scott 278–9.
Verteuil, 6 Aout 1779
C’estici, Monsieur, au fond d’une Province où sont situées nos terres, et où le voisinage de ma garnison m’a permis de venir passer quelque tems avec ma mere, que me sont parvenus votre lettre du 15. Mai, et l’ouvrage posthume de votre digne ami que vous avez eu la bonté de m’envoier. Il est tel que son esprit aussi délicat que profond, et sa manière de penser fort connue devoient le faire présumer en voiant son titre; je l’ai lû avec un véritable plaisir; on ne peut pas mieux plaider le Scepticisme; mais comme il le dit lui même, s’il y a de veritable Sceptiques, ils sont en bien petit nombre, et cette doctrine ne convient qu’à bien peu de gens: je vous avoue que je ne le suis point sur l’existence d’un Etre premier, et je crois qu’il seroit très avantageux que tout le monde crût a son existence dépouillée des accompagnemens dangereux que la superstition y a joints dans presque tous les pais; mais je ne voudrois pas que l’on regardât son existence comme si peu liée avec qui se passe ici bas. Mais je m’appercois que, insensiblement, j’entre en matière sur un sujet bien au dessus de mes forces, et qui appartiendroit â l’Auteur de la Théory of Moral Sentiments.
Je reçois avec bien du plaisir l’annonce de la nouvelle Edition que vous préparez de cet excellent ouvrage; je pousserai l’indiscretion jusqu’à vous en demander un Exemplaire quand il paroîtra: et si les changemens que vous y aurez faits, exigeoient une nouvelle Edition françoise, et que M. l’Abbé Blavet ne la donnât pas, j’aurois peut être la témérité de reprendre mon entreprise, mais il faudroit que j’y fusse autorisé par votre aveu, et par l’assurance que vous voudriez bien revoir la traduction avant qu’elle vît le jour.
Je suis ici dans un lieu qu’a beaucoup habité mon grandpere Auteur des Maximes, et je vous dois en son nom des remercimens de la justice que vous voulez lui rendre, et qu’il mérite: la reputation de son esprit est bien établie, et celle de son coeur a été injustement attaquée, car il étoit honnête homme, et croioit à la vertu qu’il pratiquoit. Il a fait comme beaucoup d’Auteurs, il a trop generalisé les conséquences d’un principe vrai; et Diderot me disoit un jour au sujet de son livre, que le moien de lui éviter les reproches qu’il a quelque fois encourus, c’étoit de l’intituler, Réflexions Morales, a l’usage des Cours.
J’ai recu en même tems que le vôtre, un autre Exemplaire de l’ouvrage de M. hume par un de ses neveux que j’ai connu il y a quelques années a Metz, et qui étoit alors Militaire; je voudrois bien lui en témoigner ma reconnoissance, mais j’ignore son adresse; si vous pouvez me mander où et par quel moien je pourrois lui faire parvenir une lettre, je vous en Serai infiniment obligé.
Ma mere me charge de vous faire ses complimens; recevez, je vous supplie, l’expression sincere de tous les sentimens d’estime et d’attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur, Votre très humble et très obeissant Serviteur.
Le Duc de la Rochefoucauld