EconlibThe LibraryOther Sites |
Front Page Titles (by Subject) GALLATIN TO GENERAL MOREAU. - The Writings of Albert Gallatin, vol. 1
Return to Title Page for The Writings of Albert Gallatin, vol. 1The Online Library of LibertyA project of Liberty Fund, Inc.Search this Title:Also in the Library:
GALLATIN TO GENERAL MOREAU. - Albert Gallatin, The Writings of Albert Gallatin, vol. 1 [1879]Edition used:The Writings of Albert Gallatin, ed. Henry Adams (Philadelphia: J.B. Lippincott, 1879). 3 vols.
Part of: The Writings of Albert Gallatin, 3 vols.About Liberty Fund:Liberty Fund, Inc. is a private, educational foundation established to encourage the study of the ideal of a society of free and responsible individuals. Copyright information:The text is in the public domain. Fair use statement:This material is put online to further the educational goals of Liberty Fund, Inc. Unless otherwise stated in the Copyright Information section above, this material may be used freely for educational and academic purposes. It may not be used in any way for profit.
GALLATIN TO GENERAL MOREAU.St. Pétersbourg, 2e Septembre, 1813. Mon cher Général,—J’avais déjà appris avec plaisir votre heureuse traversée, et vous m’en avez fait un très-vif en me montrant par votre lettre (du 21 août) que même à l’armée vous vous souveniez de nous et preniez quelqu’ intérêt à notre mission et à moi-même. Quelque difficiles que puissent être les circonstances où vous vous trouverez, je connais toute la pureté de vos motifs, et je suis bien sûr que tant au moral qu’au militaire vous soutiendrez toujours le caractère du Général Moreau. C’est à l’ambition désordonnée de Bonaparte et à l’insatiable cupidité de l’Angleterre que l’on doit attribuer les maux qui désolent l’Europe, dont l’Amérique a ressenti le contrecoup, et que les traités de Lunéville et d’Amiens auraient dû prevenir si le monde était gouverné par des Alexandres et des Washingtons; ce qui malheureusement n’arrive que rarement et partiellement. La France et l’Angleterre, en se faisant une guerre qu’on dirait à toute outrance, en ont cependant fait tomber les plus grands fléaux sur les autres nations. Elles seules y ont gagné sinon le bonheur, au moins la puissance. L’une avait usurpé et opprimait la terre; l’autre a conquis et tyrannisé la mer. La Russie a enfin brisé le charme dont s’était entouré Bonaparte; et il sera possible de le resserrer dans les limites naturelles du pays qu’il gouverne, quoique je sois porté à croire qu’aucun changement ne peut et ne doit s’opérer en France que par la France. Mais c’est la paix seule qui peut faire renaître le commerce de toutes les nations, recréer des marines et rétablir l’équilibre et la liberté sur l’océan. Je digresse au lieu de vous parler de l’Amérique, dont je voulais vous entretenir. Car sachant l’intérêt que vous y prenez, et croyant que vous pouvez dans ce moment lui être très-utile, je profite sur-le-champ de l’offre de services que vous me faites. En attendant une pacification générale, la paix de l’Amérique est utile aux autres et nécessaire à elle-même. Sa guerre avec l’Angleterre fait quelque mal à tous et de bien à personne excepté Bonaparte, en faveur de qui elle opère une sorte de diversion. Sa Majesté Impériale a vu dès son origine que cette guerre nuisait au commerce de la Russie et donnait une mauvaise direction à une certaine partie des forces britanniques. Et ce motif joint à ses sentimens d’humanité et à sa bienveillance pour l’Amérique l’ont engagé à offrir sa médiation aux deux puissances. Nous l’avons accepté sans hésiter. Et tant pour éviter les délais qu’aurait produits la distance qui sépare l’Amérique du théatre des négociations, que pour répondre d’une manière convenable à l’offre de l’Empereur, le Président a sur-le-champ expédié une mission extraordinaire sans attendre de savoir si l’Angleterre avait accepté la médiation. L’on m’a mis du nombre, en partie peut-être parceque d’après les vues modérées qu’on me connaissait, l’on m’a cru propre à cette négociation, mais surtout vu la place que j’occupais dans la nation et auprès du Président, pour donner à l’Empereur un léger témoignage de la sensibilité qu’avait excité sa conduite amicale pour les États-Unis et son dernier procédé. Nous n’avions point cependant supposé que l’Angleterre, lorsque nous acceptions, pût refuser la médiation de S. M. I., d’une puissance avec laquelle elle avait une liaison politique très-intime, qui était son allié contre un ennemi commun et dans une guerre bien autrement importante pour toutes les deux que les affaires de l’Amérique. Nous avons été déçus à cet égard. L’Angleterre repousse la médiation. Estce par orgeuil? Est-ce par méfiance de la Russie? Est-ce parceque la suspension momentanée de notre commerce lui donne le monopole de celui du monde entier? Je l’ignore; mais quant à son prétexte de droits maritimes et aux autres raisons qu’elle allègue, c’est comme si Napoléon parlait de ses droits sur la terre, et comme lorsqu’il tâche de persuader à chaque puissance séparément qu’elles sont toutes isolées et que nulle d’elles ne peut avoir aucun intérêt dans ses démêlés avec les autres. D’ailleurs l’Empereur avait offert sa médiation comme ami commun et non pas comme arbitre de nos différends (car sa décision comme arbitre aurait bien convenu à l’Amérique mais non à l’Angleterre). Il proposait ses bons offices pour nous rapprocher, et que nous puissions sous ses auspices négocier sans aigreur et avec espoir de succès. Je puis ajouter que pour le présent nous ne désirons point discuter ces droits prétendus et ne demanderons point à l’Angleterre qu’elle les abandonne. Tout ce que nous voulons est un arrangement qui réservant aux deux nations leurs droits abstraits respectifs, substitue à la presse un moyen qui n’outrage pas notre pavillon, qui donne sécurité à nos matelots, et qui cependant exclue d’une manière efficace les marins Anglais de notre service. Mais quelques soient les motifs de l’Angleterre, l’Amérique a essentiellement besoin de la paix. Jusques à ce que ses institutions et son gouvernement fédéral soient mieux consolidés, que sa population soit plus concentrée, ses ressources plus mûries, ses revenus mieux assurés, jusqu’à ce qu’elle ait par degrés jetté les fondemens d’un pouvoir un peu militaire et surtout maritime, l’Amérique ne peut probablement faire avec succès aucune guerre dans laquelle elle ne serait pas envahie, ou qui par quelqu’autre circonstance ne sera pas parfaitement nationale. Vous avez bien observé que la guerre actuelle ne l’est pas, et telle est la situation du pays et des différens partis qui l’agitent, que je vous avouerai que je crains fort que si notre mission est infructueuse, les États-Unis, après avoir continué pendant quelques années de plus une guerre sans avantage, ne fassent à la fin par fatigue une paix défavorable et à laquelle cependant l’Angleterre gagnerait de fait moins qu’en la faisant à présent, aux conditions extrêmement modérées que nous sommes disposés et autorisés d’accepter. Car une mauvaise paix n’est jamais qu’une trêve, et tant que l’affaire de la presse ne sera pas arrangée d’une manière qui concilie les intérêts des deux pays, la guerre sera toujours prête à recommencer dès qu’on sera en état de la faire. Nous avons donc un grand intérêt à ce que la médiation de l’Empereur puisse, malgré les premières objections de l’Angleterre, être enfin acceptée; et c’est à ce sujet particulièrement que je veux révoquer vos bons offices. Nous avons toutes les raisons possibles de nous louer du Comte de Romanzoff, qui à la réception personnelle qu’il nous a faite, a joint une entière loyauté dans tous ses procédés et le plus grand zèle pour tâcher de vaincre les difficultés et de donner effet aux vues de S. M. Cependant comme c’est l’Empereur qui doit en dernier ressort décider de tout par lui-même, que vous avez l’avantage dont nous sommes privés de vous trouver auprès de sa personne, qu’au milieu de ses grandes occupations nous ne pouvons être qu’un objet secondaire de son attention, que vous connaissez bien l’Amérique et lui êtes attaché, je crois qu’il serait utile à l’objet de notre mission, et je vous prie de prendre quelqu’occasion de rappeler les États-Unis au souvenir de S. M. et de lui communiquer combien nous avons compté sur l’effet de sa médiation et de ses bons offices pour nous rendre la paix. De fait je ne crois pas que nous puissions, du moins à présent, l’obtenir autrement: nos pouvoirs sont limités à traiter de la paix sous la médiation de la Russie; et ce ne sera qu’avec le plus grand regret que je perdrai toute espérance de ce côté. Je suis fermement persuadé que dans les circonstances actuelles la Russie est la seule puissance vraiment amie de l’Amérique. Et je puis vous assurer que l’Empereur Alexandre est le seul souverain en qui nous puissions avoir confiance et que nous l’avons entièrement. Vous ignorez peut-être qu’indépendamment de toute considération politique et même du respect dû à ses qualités personnelles si rares dans un monarque absolu, il a par une série non discontinuée de bons offices depuis son avènement au trône jusqu’à sa dernière démarche à notre égard, acquis des droits particuliers à la reconnaissance du gouvernement et du peuple américain. Vous sentez bien que nous ne sommes ni assez stupides ni assez injustes pour nous attendre ou pour souhaiter que Sa Majesté presse son offre auprès de l’Angleterre au delà des convenances, ou qu’elle permette que l’intérêt qu’elle prend à notre pacification porte le moindre préjudice aux importantes liaisons politiques qu’elle a avec l’Angleterre. Mais d’un autre côté l’Angleterre elle-même a des motifs assez urgents pour ne pas désirer déplaire à l’Empereur sur un point où elle sera bien persuadée qu’il met un intérêt personnel. Et il est possible qu’on puisse trouver quelque moyen de le lui faire sentir, ainsi que quelque milieu qui puisse se concilier avec ses objections ou les écarter. Nous vous aurions et je vous aurais particulièrement beaucoup d’obligation si vous pouviez représenter le sujet sous ce point de vue à S. M. I. et me donner ensuite votre opinion particulièrement sur les points suivants. Est-il probable que l’Empereur trouve convenable d’ajouter quelque chose à l’offre officielle de sa médiation qui vient d’être renouvelée? Y a-t-il quelqu’ espoir que l’Angleterre à la fin consente de quelque manière, soit sur-le-champ, soit dans le cours de quelques mois? Convient-il que nous attendions au risque d’être retenus en Europe tout l’hiver? Ayant déjà sacrifié au besoin que mon pays a de la paix et à l’espoir d’y pouvoir contribuer, ma place et je crois mon existence politique, je prolongerai mon séjour si cela peut être utile. Rester sans espoir de rien faire serait mortifiant tant pour mon gouvernement que pour moi; et je désire rejoindre ma famille aussi promptement que possible. Je désire cependant encore plus que notre mission, lors même qu’elle manquerait son objet principal, puisse contribuer à resserrer les liens qui unissent déjà les deux pays, et qu’elle ne laisse des deux côtés que des impressions agréables et mutuellement favorables à leurs relations amicales. Cette considération aura une influence décidée sur toute ma conduite, sans en excepter l’époque de mon départ. Vous voyez que vous vous êtes attiré une bien longue lettre, et je me reprocherais de dérober une heure aux objets qui vous occupent si je ne savais le plaisir qu’une âme comme la vôtre sentira en trouvant l’occasion de pouvoir être utile au pays que vous aviez choisi pour asile. Je vous ai écrit sur certains objets avec tant de franchise que je dois vous prier qu’à l’exception de ce que vous jugerez convenable de communiquer à S. M. I., le contenu de cette lettre ne soit connu de personne. Acceptez l’assurance du respect que je porte à vos talens et à vos vertus, et croyez-moi avec la considération la plus distinguée, mon cher général, votre très-humble et très-obéissant serviteur. La navigation de la Baltique est si dangereuse après le 1er Octobre que vous ajouterez à l’obligation que je vous aurai en me donnant les renseignements que je vous demande aussitôt que cela vous sera possible. |

Titles (by Subject)