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Front Page Titles (by Subject) Letter from M. Turgot - Observations on the Importance of the American Revolution, and the Means of Making it a Benefit to the World
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Letter from M. Turgot - Richard Price, Observations on the Importance of the American Revolution, and the Means of Making it a Benefit to the World [1784]Edition used:Observations on the Importance of the American Revolution, and the Means of Making it a Benefit to the World. To which is added, a Letter from M. Turgot, late Comptroller-General of the Finances of France: with an Appendix, containing a Translation of the Will of M. Fortuné Ricard, lately published in France (London: T. Cadell, 1785).
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A MonsieurPrice,
AParis, le 22 Mars, 1778. MR. FRANKLIN m’a remis, Monsieur, de votre part, la nouvelle édition de vos observations sur la liberté civile, &c. Je vous dois un double remerciment; 1° de votre ouvrage dont je connois depuis longtems le prix, et que j’avois lu avec avidité, malgré les occupations multipliées, dont j’etois assailli, lorsqu’il a paru pour la premiere fois; 2° de l’honnêteté que vous avez eue de retrancher l’imputation de maladresse* que vous aviez mêlée au bien que vous disiez d’ailleurs de moi dans vos observations additionelles. J’aurois pu la meriter, si vous n’aviez eu en vue d’autre maladresse que celle de n’avoir pas sçu demêler les ressorts d’intrigues que faisoient jouer contre moi des gens beaucoup plus adroits en ce genre que je ne le suis, que je ne le serai jamais, et que je ne veux l’etre. Mais il m’a paru que vous m’imputiez la maladresse d’avoir choqué grossierement l’opinion générale de ma nation; et à cet égard je crois que vous n’aviez rendu justice ni à moi, ni à ma nation, où il y a beaucoup plus de lumieres qu’on ne le croit généralement chez vous, et où peut-être il est plus aisé que chez vous même de ramener le public à des idées raisonnables. J’en juge par l’infatuation de votre nation sur ce projet absurde de subjuguer l’Amérique, qui a duré jusqu’à ce que l’aventure de Burgoyne ait commencé à lui dessiller les yeux. J’en juge par le systême de monopole et d’exclusion qui rêgne chez tous vos écrivains politiques sur le commerce, (J’excepte Mr. Adam Smith et le Doyen Tucker) systême qui est le véritable principe de votre séparation avec vos colonies. J’en juge par tous vos écrits polémiques sur les questions qui vous agitent depuis une vingtaine d’années, et dans lesquels avant que le vôtre eut paru, je ne me rappelle presque pas d’en avoir lu un, où le vrai point de la question ait êté saisi. Je n’ai pas conçu comment une nation qui a cultivé avec tant de succès toutes les branches des sciences naturelles a pu rester si fort au dessous d’elle même, dans la science la plus interessante de toutes, celle du bonheur public; dans une science où la liberté de la presse, dont elle seule jouit, auroit dû lui donner sur toutes les autres nations de l’Europe un avantage prodigieux. Est-ce l’orgueil national qui vous a empêchés de mettre à profit cet avantage? Est-ce parce que vous etiez un peu moins mal que les autres, que vous avez tourné toutes vos spéculations à vous persuader que vous etiez bien? Est-ce l’esprit de parti, et l’envie de se faire un appui des opinions populaires qui a retardé vos progrès, en portant vos politiques à traiter de vaine métaphysique toutes les spéculations qui tendent à établir des principes fixes sur les droits et les vrais interêts des individus et des nations? Comment se fait-il que vous soyez presque le premier parmi vos écrivains qui ayez donné des notions justes de la liberté, et qui ayez fait sentir la fausseté de cette notion rebattue par presque tous les écrivains les plus républicains, que la liberté consiste à n’être soumis qu’aux loix, comme si un homme opprimé par une loi injuste êtoit libre. Cela ne seroit pas même vrai quand on supposeroit que toutes les loix sont l’ouvrage de la nation assemblée; car enfin l’individu a aussi des droits que la nation ne peut lui ôter, que par la violence et par un usage illegitime de la force générale. Quoique vous ayez eu égard à cette verité, et que vous vous en soyez expliqué, peut-être méritoit-elle que vous la dévelopassiez avec plus d’étendue, vû le peu d’attention qu’y ont donnée même les plus zelés partisans de la liberté. C’est encore une chose étrange que ce ne fût pas en Angleterre une vérité triviale de dire qu’une nation ne peut jamais avoir droit de gouverner une autre nation; et qu’un pareil gouvernement ne peut avoir d’autre fondement que la force, qui est aussi le fondement du brigandage et de la tyrannie; que la tyrannie d’un peuple est de toutes les tyrannies connues la plus cruelle et la plus intolérable, celle qui laisse le moins de ressource à l’opprimé; car enfin un despote est arrêté par son propre interêt, il a le frein du remords, ou celui de l’opinion publique, mais une multitude ne calcule rien, n’a jamais de remords, et se decerne à elle même la gloire lors qu’elle mérite le plus de honte. Les événemens sont pour la nation Angloise un terrible commentaire de votre livre. Depuis quelques mois ils se précipitent avec une rapidité très accelérée. Le dénouement est arrivé par rapport à l’Amérique. La voila indépendante sans retour. Sera-t’elle libre et heureuse? Ce peuple nouveau situé si avantageusement pour donner au monde l’exemple d’une constitution où l’hommé jouisse de tous ses droits, exerce librement toutes ses facultés, et ne soit gouverné que par la nature, la raison et la justice, saura-t’il former une pareille constitution? saura-t’il l’affermir sur des fondemens éternels, prévenir toutes les causes de division et de corruption qui peuvent la miner peu-à-peu et la détruire? Je ne suis point content je l’avoue des constitutions qui ont êté rédigées jusqu’àprésent par les différens Etats Américains. Vous reprochez avec raison à celle de la Pensylvanie le serment religieux exigé pour avoir entrée dans le corps des représentans. C’est bien pis dans les autres; il y en a une, je crois que c’est celle des Jerseis qui exige * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * Je vois dans le plus grand nombre l’imitation sans objet des usages de l’Angleterre. Au lieu de ramener toutes les autorités à une seule, celle de la nation, l’on établit des corps différens, un corps des représentans, un conseil, un gouverneur, parce que l’Angleterre a une chambre des communes, une chambre haute et un Roi. On s’occupe a balancer ces différens pouvoirs; comme si cet équilibre de forces, qu’on a pu croire necessaire pour balancer l’énorme prépondérance de la Royauté, pouvoit être de quelque usage dans des Républiques fondées sur l’égalité de tous les citoyens; et comme si tout ce qui établit différens corps n’êtoit pas une source de divisions. En voulant prévenir des dangers chimériques, on en fait naitre de réels; on veut n’avoir rien à craindre du clergé, on le réunit sous la barriere d’une proscription commune. En l’excluant du droit d’eligibilité, on en fait un corps, et un corps étranger à l’Etat. Pourquoi un citoyen, qui a le même interêt que les autres à la defense commune de sa liberté et de ses propriétés, est-il exclus d’y contribuer de ses lumieres et de ses vertus, parce qu’il est d’une profession qui exige des lumieres et des vertus? Le clergé n’est dangereux que quand il existe en corps dans l’Etat; que quand il croit avoir en corps des droits et des interêts, que quand on a imaginé d’avoir une religion établie par la loi, comme si les hommes pouvoient avoir quelque droit, ou quelque interêt à régler la conscience les uns des autres; comme si l’individu pouvoit sacrifier aux avantages de la societé civile les opinions auxquelles il croit son salut éternel attaché; comme si l’on se sauvoit, ou se damnoit, en commun. Là où la vraye tolérance, c’est-à-dire l’incompétence absolue du gouvernement sur la conscience des individus, est établie, l’ecclesiastique au milieu de l’affemblée nationale n’est qu’un citoyen, lorsqu’il y est admis; il redevient ecclesiastique lorsqu’on l’en exclut. Je ne vois pas qu’on se soit assez occupé de réduire au plus petit nombre possible, les genres d’affaires dont le gouvernement de chaque Etat sera chargé; ni à séparer les objets de législation, de ceux d’administration générale et de ceux d’administration particuliere et locale; à constituer des assemblées locales subsistantes, qui remplissant presque toutes les fonctions de detail du gouvernement dispensent les assemblées générales de s’en occuper, et ôtent aux membres de celles-ci tout moyen, et peut-être tout désir d’abuser d’une autorité qui ne peut s’appliquer qu’à des objets généraux et par là même étrangers aux petites passions qui agitent les hommes. Je ne vois pas qu’on ait fait attention à la grande distinction la seule fondée sur la nature entre deux classes d’hommes, celle des propriétaires de terres, et celle des nonpropriétaires; à leurs interets et par conséquent à leurs droits différens, relativement à la législation, à l’administration de la justice et de la police, à la contribution aux dépenses publiques et à leur emploi. Nul principe fixe établi sur l’impôt; on suppose que chaque province peut se taxer à sa fantaisie, établir des taxes personnelles, des taxes sur les consommations, sur les importations, c’est-à-dire se donner un interêt contraire à l’interêt des autres provinces. On suppose par tout le droit de régler le commerce; on autorise même les corps executifs, ou les gouverneurs à prohiber l’exportation de certaines denrées dans certaines occurrences; tant on est loin d’avoir senti que la loi de la liberté entiere de tout commerce est un corollaire du droit de propriété; tant on est encore plongé dans le brouillard des illusions Européennes. Dans l’union générale des provinces entre elles, je ne vois point une coalition, une fusion de toutes les parties, qui n’en fasse qu’un corps un, et homogene. Ce n’est qu’une aggrégation de parties, toujours trop séparées, et qui conservent toujours une tendance à se diviser, par la diversité de leurs loix, de leurs mœurs, de leurs opinions; par l’inégalité de leurs forces actuelles; plus encore par l’inégalité de leurs progrès ultérieurs. Ce n’est qu’une copie de la République Hollandoise; et celle-ci même n’avoit pas à craindre comme la République Américaine les accroissemens possibles de quelques unes de ses provinces. Tout cet édifice est appuyé jusqu’à présent sur la bâse fausse de la très ancienne et très vulgaire politique; sur le prejugé que les nations, les provinces, peuvent avoir des interêts, en corps de province et de nation, autres que celui qu’ont les individus d’être libres et de défendre leurs propriétés contre les brigan et les conquerans: interêt prétendu de faire plus de commerce que les autres, de ne point acheter les marchandises de l’étranger, de forcer l’étranger à consommer leurs productions et les ouvrages de leurs manufactures: interêt prétendu d’avoir un territoire plus vaste, d’acquérir telle ou telle province, telle ou telle isle, tel ou tel village: interêt d’inspirer la crainte aux autres nations: interêt de l’emporter sur elles par la gloire des armes, par celle des arts et des sciences. Quelques-uns de ces préjugés sont fomentés en Europe, parce que la rivalité ancienne des nations et l’ambition des princes oblige tous les Etats à se tenir armés pour se défendre contre leurs voisins armés, et à regarder la force militaire comme l’objet principal du gouvernement. L’Amérique a le bonheur de ne pouvoir avoir d’ici à bien longtems d’ennemi extérieur à craindre, si elle ne se divise elle même; ainsi elle peut et doit apprécier à leur juste valeur ces prétendus interêts, ces sujets de discorde qui seuls sont à redouter pour sa liberté. Avec le principe sacré de la liberté du commerce regardé comme une suite du droit de la proprieté, tous les prétendus interêts de commerce disparoissent. Les prétendus interêts de posseder plus ou moins de territoires s’évanouissent par le principe que le territoire n’appartient point aux nations, mais aux individus propriétaires des terres; que la question de savoir si tel canton, tel village, doit appartenir à telle province, à tel Etat ne doit point être décidée par le prétendu interêt de cette province ou de cet Etat, mais par celui qu’ont les habitans de tel canton ou de tel village de se rassembler pour leurs affaires dans le lieu où il leur est le plus commode d’aller; que cet interêt êtant mesuré par le plus ou moins de chemin qu’un homme peut faire loin de son domicile pour traiter quelques affaires plus importantes sans trop nuire à ses affaires journalieres, devient une mesure naturelle et physique de l’étendue des jurisdictions et des Etats, et établit entre tous un équilibre d’étendue et de forces, qui écarte tout danger d’inégalité, et toute prétention à la supériorité. L’interêt d’etre craint est nul quand on ne demande rien à personne, et quand on est dans une position où l’on ne peut être attaqué par des forces considérables avec quelque espérance de succès. La gloire des armes ne vaut pas le bonheur de vivre en paix. La gloire des arts, des sciences appartient à quiconque veut s’en saisir; il y a dans ce genre à moissonner pour tout le monde; le champ des découvertes est inépuisable, et tous profitent des découvertes des tous. J’imagine que les Américains n’en sont pas encore à sentir toutes ces verités, comme il faut qu’ils les sentent pour assurer le bonheur de leur postérité. Je ne blâme pas leurs chefs. Il a fallu pourvoir au besoin du moment par une union telle quelle, contre un ennemi présent et redoutable; on n’avoit pas le tems de songer à corriger les vices des constitutions et de la composition des différens etats. Mais ils doivent craindre de les éterniser, et s’occuper des moyens de réunir les opinions et les interêts et de les ramener à des principes uniformes dans toutes leurs provinces. Ils ont à cet égard de grands obstacles à vaincre. En Canada, la constitution du clergé Romain, et l’existence d’un corps de noblesse. Dans la Nouvelle Angleterre, l’esprit encore subsistant du Puritanisme rigide, et toujours, dit on, un peu intolérant. Dans la Pensylvanie, un très grand nombre de citoyens établissant en principe religieux que la profession des armes est illicite, et se refusant par conséquent aux arrangemens nécessaires pour que le fondement de la force militaire de l’Etat, soit la réunion de la qualité de citoyen avec celle d’homme de guerre et de milicien; ce qui oblige à faire du métier de la guerre un métier de mercenaires. Dans les colonies méridionales, une trop grande inégalité de fortunes, et sur tout le grand nombre d’esclaves noirs dont l’esclavage est incompatible avec une bonne constitution politique, et qui même en leur rendant la liberté embarrasseront encore en formant deux nations dans le même Etat. Dans toutes, les préjugés, l’attachement aux formes établies, l’habitude de certaines taxes, la crainte de celles qu’il faudroit y substituer, la vanité des colonies qui se sont cru les plus puissantes, et un malheureux commencement d’orgucil national. Je crois les Américains forcés à s’agrandir, non pas par la guerre, mais par la culture. S’ils laissoient derriere eux les déscrts immenses qui s’étendent jusqu’à la mer de l’Ouest il s’y etabliroit du mélange de leurs bannis, et des mauvais sujets échappés à la séverité des loix, avec les sauvages: des peuplades de brigands qui ravageroient l’Amérique, comme les barbares du nord ont ravagé l’empire Romain; de là un autre danger, la nécessité de se tenir en armes sur la frontiere et d’être dans un état de guerre continuelle. Les colonies voisines de la frontiere seroient en conséquence plus aguerries que les autres, et cette inégalité dans la force militaire seroit un aiguillon terrible pour l’ambition. Le remede à cette inégalité seroit d’entretenir une force militaire subsistante à laquelle toutes les provinces contribueroient en raison de leur population; et les Américains qui ont encore toutes les craintes que doivent avoir les Anglois redoutent plus que toute chose une armée permanente. Ils ont tort. Rien n’est plus aisé que de lier la constitution d’une armée permanente avec la milice, de façon que la milice en devienne meilleure, et que la liberté n’en soit que plus affermie. Mais il est mal aisé de calmer sur cela leurs allarmes. Voila bien des difficultés, et peut-être les interêts secrets des particuliers puissans se joindront-ils aux préjugés de la multitude pour arrêter les efforts des vrais sages et des vrais citoyens. Il est impossible de ne pas faire des vœux pour que ce peuple parvienne à toute la prospérité dont il est suceptible. Il est l’espérance du genre humain. Il peut en devenir le modéle. Il doit prouver au monde, par le fait, que les hommes peuvent être libres et tranquilles, et peuvent se passer des chaines de toute espece que les tyrans et les charlatans de toute robe ont prétendu leur impôser sous le pretexte du bien public. Il doit donner l’exemple de la liberté politique, de la liberté religieuse, de la liberté du commerce et de l’industrie. L’asyle qu’il ouvre à tous les opprimés de toutes les nations doit consoler la terre. La facilité d’en profiter pour se dérober aux suites d’un mauvais gouvernement forcera les gouvernemens d’être justes, et de s’éclairer; le reste du monde ouvrira peu-à-peu les yeux sur le néant des illusions dont les politiques se sont bercés. Mais il faut pour cela que l’Amérique s’en garantisse, et qu’elle ne redevienne pas comme l’ont tant repeté vos écrivains ministeriels une image de notre Europe, un amas de puissances divisées, se disputant des territoires ou des profits de commerce, et cimentant continuellement l’esclavage des peuples par leur propre sang. Tous les hommes eclairés, tous les amis de l’humanité devroient en ce moment réunir leurs lumieres et joindre leurs réflexions à celles des sages Américains pour concourir au grand ouvrage de leur législation. Cela seroit digne de vous, Monsieur; je voudrois pouvoir échauffer votre zêle; et si dans cette lettre je me suis livré plus que je ne l’aurois dû peut-être à l’effusion de mes propres idées, ce désir a été mon unique motif, et m’excusera à ce que j’espere de l’ennui que je vous aurai causé. Je voudrois que le sang qui a coulé, qui coulera encore dans cette querelle ne fût pas inutile au bonheur du genre humain. Nos deux nations vont se faire réciproquement bien du mal, probablement sans qu’aucune d’elles en retire un profit réel. L’accroissement des dettes et des charges, * * * * * * * * * * * * * * *, et la ruine d’un grand nombre de citoyens en seront peut-être l’unique resultat. L’Angleterre m’en paroit plus près encore que la France. Si au lieu de cette guerre vous aviez pu vous exécuter de bonne grace dès le premier moment, s’il êtoit donné à la politique de faire d’avance ce qu’elle sera infailliblement forcée de faire plus tard, si l’opinion nationale avoit pu permettre à votre gouvernement de prévenir les evenemens, en supposant qu’il les eut prévus, s’il eût pu consentir d’abord à l’indépendance de l’Amérique sans faire la guerre à personne, je crois fermement que votre nation n’auroit rien perdu à ce changement. Elle y perdra aujourd’hui ce qu’elle a dépensé, ce qu’elle dépensera encore; elle eprouvera une grande diminution pour quelque tems dans son commerce, de grands bouleversemens intérieurs si elle est forcée à la banqueroute; et quoiqu’il arrive une grande diminution dans l’influence politique au dehors, mais ce dernier article est d’une bien petite importance pour le bonheur réel d’un peuple, et je ne suis point du tout de l’avis de l’Abbé Rainal dans votre épigraphe. Je ne crois point que ceci vous mene à devenir une nation meprisable, et vous jette dans l’esclavage. Vos malheurs feront peut-être au contraire l’effet d’une amputation nécessaire; ils sont peut-être le seul moyen de vous sauver de la cangrene du luxe et de la corruption. Si dans vos agitations vous pouviez corriger votre constitution en rendant les elections annuelles, en repartissant le droit de représentation d’une maniere plus égale et plus proportionnée aux interets des représentés, vous gagneriez peut-être autant que l’Amérique à cette révolution; car votre liberté vous resteroit, et vos autres pertes se répareroient bien vîte avec elle et par elle. Vous devez juger, Monsieur, par la franchise avec laquelle je m’ouvre à vous sur ces points délicats, de l’estime que vous m’avéz inspirée, et de la satisfaction que j’eprouve à penser quil y a quelque ressemblance entre nos manieres de voir. Je compte bien que cette confidence n’est que pour vous. Je vous prie même de ne point me répondre en détail par la poste, car votre réponse seroit infailliblement ouverte dans nos bureaux de poste, et l’on me trouveroit beaucoup trop ami de la liberté pour un ministre, même pour un ministre disgracié! J’ai l’honneur d’etre, Monsieur, avec toute la consideration possible, Votre très humble, |

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